‹ Manuel de diagnostic médical et d'exploration cliniqueChapitre 47 sur 104 · Acide chlorhydrique libre et combiné · texte numérisé non relu

Acide chlorhydrique libre et combiné

Le dosage de cet élément a une certaine importance ; mais il est difficile.

MM. Hayem et Winter ont indiqué un procédé assez compliqué pour arriver à se rendre compte de sa valeur.

On prélève trois doses, de 5 centimètres cubes cha- C3une, du suc gastrique à analyser, et on les met dans trois capsules a, 6, c. La capsule a est additionnée de f^arbonate de soude puis évaporée à sec, au bain-marie; la capsule 6 est portée au bain-marie, son contenu est évaporé, desséché pendant une heure puis repris par l'eau, on ajoute du carbonate de soude et on dessèche de nouveau ; la capsule c est évaporée simplement.

Le contenu de chaque capsule est ensuite calciné avec précautions sur une flamme de gaz, en évitant les projections et une élévation trop considérable de la température.

Les cendres de chacune sont ensuite lavées à l'eau distillée, puis avec un peu d'acide azotique pur. On filtre les eaux de lavage, on les recueille et on les neutralise avec du carbonate de chaux. On ajoute au liquide provenant • de chaque capsule quelques gouttes de chro mate jaune de potasse, puis on y fait tomber, au moyen d'une burette graduée, une solution titrée d'azotate d'argent, jusqu'à apparition d'une coloration rouge due à la production de chromate d'argent.

Pour arriver à cette coloration, il faut une certaine quantité d'azotate d'argent qui est précipitée par le chlore contenu dans chacun des liquides.

Le liquide provenant de la capsule a contient tout le chlore (acide chlorhydrique libre, acide chlorhydrique combiné aux matières albuminoïdes, chlore des chlorures) contenu dans les 5 centimètres cubes de suc gastrique employés.

Le liquide provenant de b ne contient que le chlore de l'acide chlorhydrique combiné aux matières albuminoïdes et le chlore des chlorures fixes.

Enfin le liquide de c ne contient que le chlore des chlorures fixes.

a — b donnent donc, par un calcul fort simple, la quantité d'acide chlorhydrique libre et b — c la quantité d'acide chlorhydrique combiné.

Cette méthode est donc relativement précise, mais elle exige une installation assez compliquée, et une certaine habitude des manipulations chimiques.

Il est possible plus simplement d'arriver à un résultat aussi satisfaisant. On dose l'acidité totale du suc gastrique comme nous l'avons dit. On ajoute ensuite 10 centimètres cubos de ce suc avec deux fois 200 centimètres cubes d'élher, cinq minutes chaque fois, puis on dose Taciditê de ces 10 centimètres cubes.

Le chiffre obtenu indique la quantité d'acide chlorhydrique libre et faiblement combiné avec les matières albuminoïdes, qui se trouve dans le suc gastrique examiné.

D'autre part, il suffît de diluer plusieurs fois ce suc et de voir à quel degré de dilution on n'obtient plus la réaction de Gunzburg pour savoir à peu de chose près combien il contenait d'acide libre, puisque la réaction ne se produit plus au-dessous de 0,05 p. 1 000.

c. Acide lactique (procédé de Boas).

On ajoute au liquide stomacal quelques gouttes d'acide sulfurique,on fait bouillir, on filtre, on évapore le liquide filtré à consistance sirupeuse. On ramène avec de l'eau distillée au volume primitif, on évapore à nouveau jusqu'à ce même point.

Le liquide étendu à nouveau est agité avec de l'éther (200 centimètres cubes d'éther pour 10 centimètres

cubes de liquide à examiner), l'éther évaporé, le résidu est repris, dissous dans Teau et l'acidité dosée avec la solution de soude (1 gramme de potasse équivaut à 8»'", 15 d'acide lactique).

A tous ces procédés nous préférons le suivant, qui donne des indications plus précises :

{^Dosage du chlore total, — Cinq centimètres cubes de liquide gastrique filtré sont additionnés d'un léger excès de carbonate de sodium pur, évaporés à siccité au bain-marie et calcinés avec précaution, jusqu'à production d'un charbon. On laisse refroidir, on broie le charbon et on l'épuisé par l'eau distillée, puis on filtre. Le liquide filtré est neutralisé par l'acide azotique pur, additionné ensuite d'un léger excès de carbonate de calcium pur, et le chlore y est dosé avec une liqueur titrée d'azotate d'argent en présence du chromate de potassium.

2° Dosage de Vacide chlorhydrique libre ou non uni à des métauXy et de Vacidité totale. — On prend 5 centimètres cubes de liquide gastrique filtré qu'on neutralise exactement à l'aide de la soude décinormale (on a ainsi l'acidité totale que Ton note). La soude neutralise tous les radicaux acides, HGl libre, HCl combiné aux matières organiques, acides organiques. On évapore au bain-marie et on calcine le résidu. Par l'incinération, les sels d'acides organiques se transforment tous en carbonates. On reprend à l'eau distillée et on ajoute jalors une quantité d'HGl décinorraal exactement égale à la quantité de soude employée au début. Une partie de cet HGl transforme le carbonate de sodium en chlorure. La partie d'HGl qui reste libre correspond exactement à la quantité qui existait dans le suc gastrique non unie à des métaux ou cà l'état de liberté, c'est-à-dire à HGl actif. A l'aide de la solution décinormale de soude on dose cet HGl resté libre.

En retranchant le chlore ainsi obtenu de celui qui a été dosé (en 1°) dans la première opération, on aie chlore des chlorures métalliques, que l'on évalue en NaGl.

Si l'on tenait à savoir la quantité de chlore faible-

ment combiné aux corps organiques ^ on neutraliserait exactement 5 centimètres cubes de suc gastrique, comme il est dit en 2°, et après avoir évaporé à siccité on calcinerait jusqu'à production d'un charbon et on doserait le chlore avec l'azotate d'argent et le chromate de potassium, comme il est dit en 1®. La différence du chlore obtenu ainsi, avec le chlore obtenu en 1®, ne donnerait pas HGi libre, mais HGl uni aux corps organiques ayant une action neutralisante (acides amidés, ammoniaque, matières albuminoïdes, etc.).

Quant aux acides organiques, il suffit, pour les obtenir, de retrancher de l'acidité totale l'acidité due à HCl déterminée en 1°. On les exprime en acide lactique.

Quelles conclusions peut-on formuler au moyen des données ainsi obtenues ?

a. Acide chlorhydrique .

Sa présence dans Yestomac à jeun, caractérise une forme spéciale d'hypersécrétion gastrique (maladie de Reichmann).

Sa présence en excès (plus de 2 p. 1000) après un repas d^épreuve se rencontre :

Dans l'hypersécrétion ou la maladie de Reichmann, dans certaines formes de neurasthénie, dans les cas d'ulcère rond, dans certains cas d'adénomesbénins, lorsqu'un cancer s'est développé sur les bords d'un ulcère rond.

L'acide chlorhydrique existe en quantité normale (1 à 2 p. 1 000) dans certaines formes de dyspepsies nerveuses, qui s'accompagnent fréquemment d'atonie de la paroi musculaire. Ce fait permet de distinguer ces formes de dyspepsie de celles où un catarrhe muqueux de l'estomac, accompagné do dilatation, se traduit par des phénomènes cliniques analogues).

Vacide chlorhydrique est diminué (moins de i p. 1 000) :

Dans la gastrite chronique ou subaiguë, dans certains cas d'ulcère rond, surtout d'ulcère duodénal, au début de l'évolution d'un cancer. Dans les dilatations de l'estomac (type Bouchard), dans la neurasthénie.

Uacide chlorhydrique n'existe plus (HGl = 0) : dans

la gastrite chronique, en même temps les ferments ont disparu, — dans la neurasthénie, ' mais alors les ferments existent encore, — dans le cancer. Son absence n'est cependant pas pathognomoni que de cette dernière maladie ; il faut y joindre les notions de cachexie, de maigreur, de tumeur locale, d'adénopathie.

b. Adde lactique.

On ne peut apprécier la valeur diagnostique de cet élément que si on a donné au malade le repas d'épreuve de Boas. Ce repas d'épreuve sera pris le soir. 11 sera composé d'une cuillerée à soupe de farine d'avoine cuite dans un litre d'eau additionné d'une cuillerée à café de sol. Le lendemain matin on vide l'estomac par aspiration ou par expression (Ewald). Comme l'acide lactique existe en effet normalement dans la viande, dans le lait, sa constatation après l'ingestion de ces aliments n'a aucune valeur.

Il faut encore s'assurer, avant de tenir compte de sa présence, qu'il n'existe pas de cause d'altération de la digestion buccale (dents cariées, etc.).

Ceci dit, et toutes ces causes d'erreur étant écartées, on considérera comme pathologique une quantité d'acide lactique supérieure à 0,4 p. 1000.

Il faudra alors penser soit à des ulcérations gastriques (alcoolisme), soit à un cancer de la paroi, soit à une oblitération du pylore (dilatation concomitante). La présence d'une forte proportion d'acide lactique plaide en faveur d'un cancer.

c. Acides butyrique ^ acétique.

On ne rencontre guère ces produi ts que lorsqu'il y a stase des aliments dans un estomac dont le pylore est rétréci.

d. Ferments.

On trouve dans l'estomac de la pepsine, qui peptonise les substances albuminoïdes, le ferment du lab qui coagule le lait, et la substance peptinogène et le labzymogène qui précèdent la formation des deux ferments précédents. La recherche de ces ferments n'a aucune portée diagnostique ; on les retrouve, en effet,

en proportions souvent normales, dans la plupart de^ affections de restomac.

Leur diminution, appréciable par la lenteur des digestions artificielles, est un signe d'atrophie des glandes.

Quand on constate plusieurs fois la présence duferment lacté, on quantité normale, on peut conclure qu*il n*y a pas d'altération organique de Testomac, et que les phénomènes pathologiqnes sont dus à une simple névrose.

L'absence ou une grande diminution de ce ferment indique parfois l'existence d'un catarrhe irrémédiable. Ce dernier peut d'ailleurs être primitif ou secondaire.

Résumé d'' analyse du suc gastrique, — Les éléments d'une analyse du suc gastrique normal sont consignés dans la colonne de gauche du tableau ci-contre.

Les résultats comparatifs de l'analyse du liquide gastrique recueillis après repas d'épreuve sont inscrits dans la colonne de droite.

Les observations spéciales à chaque cas sont consignées au bas de cette feuille d'analyse.

Page 1