‹ Manuel de diplomatique. Diplomes et chartes. - Chronologie technique. - Éléments critiques et parties constitutives de la teneur des chartes. - Les chancelleries. - Les actes privésChapitre 15 sur 554 · De la critique diplomatique · texte numérisé non relu

De la critique diplomatique

Très différents les uns des autres, ces documents ont cependant des caractères communs qui permettent de leur appliquer des règles communes de critique : ce sont des actes authentiques', de provenance et de date certaines. Et ce sont précisément ces caractères qui donnent aux soui*ces diplomatiques une valeur historique considérable; c*est à eux qu'elles ont di\ de devenir le complément et le contrôle perpétuels des autres sources ; c'est grâce à ces caractères que des textes, qui n'avaient à l'origine nulle prétention à être historiques, peuvent donner à l'histoire des bases plus solides que les narrations fréquemment partiales, erronées, incomplètes ou mensongères des chroniqueurs.

Mais dès 101*8 que ces documents empruntent à leur authenticité, h leur provenance et à leure dates certaines leur autorité, il importe de pouvoir vérifier cette authenticité, déterminer cette provenance, établir cette date. Reconnaître et démontrer l'authenticité des actes anciens, discerner avec sûreté les falsifications et les altérations, telle a été pendant longtemps la principale sinon Tunique préoccupation des savants qui se sont appliqués à l'étude des chartes. C'est à elle que nous devons les premières règles de la critique diplomatique et, mieux que cela, les fondements mêmes de la science. La question d'authenticité demeure toujours la première et la plus délicate qui se doive poser en présence d'un acte quelconque. La détermination de provenance se réduit généralement à une simple consultation; mais la date est souvent un problème dont la solution réclame la connaissance des anciens usages chronologiques.

Ce n'est pas assez de se prononcer sur la question d'authenticité, de déterminer la provenance et de fixer la date d'un acte, il faut encore en établir le texte. Relativement simple lorsque l'original s'est conservé, l'opération se complique si l'on ne possède que des copies ou des éditions dans lesquelles il y a lieu de discerner des fautes, des omissions ou des interpolations. La diplomatique doit emprunter ici, en les adaptant à ses besoins, la plupart des régies techniques de la critique philologique : comparer et classer les copies, les rapprocher des documents analogues de même date et de môme provenance.

i . J'emploie ici les mots authentique et authenticité dans le sens étroit et jui*idique d'actes rédigés dans des formes et d'après des règles qui en assuraient là valeur et rauthenttrité \égn\ei. Dans le sens large et ordinaire du mot, les sources nart*atives mm falsilices sont authentiques au môme degré que les documents diplomatiques.-

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(]es diverses opérations constituent la critique des textes; elles ont pour objet d'éprouver et de clarifier en quelque sorte les sources que ion y soumet ; mais à cela ne doit pas se borner l'œuvre de la cntique diplomatique. Tout ce travail n a sa raison d*étre que parce qu'il s'applique à des documents historiques; la diplomatique ne remplirait pas complètement son rôle d*auxiliaire de l'histoire si elle n'aboutissait à dégager de ces documents des témoignages historiques. A la critique en quelque .sorte matérielle doit donc nécessairement se joindre ce que les théologiens appellent l'herméneutique, ou, pour parler français, la critique d'interprétation.

On a déjà dit que le caractère d'authenticité, commun à toutes les sources diplomatiques, a pour eiïet de leur donner une autorité particulière. A la dilTérence des récits, dont l'historien a si souvent l'occasion de constater Tinexactitude ou le mensonge, on peut dire que les textes diplomatiques ne trompent ni ne mentent parce que, presque toujours, les renseignements que nous leur demandons sont précisément ce qu'ils n'ont pas cherché à nous apprendre. Hais ces renseignements, ils les dissimulent sous une banalité apparente et ne les livrent qu'à ceux qui savent les en dégager. La diplomatique doit procurer l'intelligence de ces sources, apprendre à y discerner ce qui est utile à la critique, à en extraire et à en apprécier ce qui peut constituer des témoignages historiques.

En règle générale, le témoignage d'une charte vaut contre le témoignage d'un chroniqueur. On a même été plus loin. Des historiens, frappés des nombreuses déceptions contenues dans les récits des annalistes et des chroniqueurs, n'ont plus voulu croire que les textes impersonnels, et ont prétendu repousser tous les autres témoignages, lorsqu'ils n'étaient pas corroborés par les renseignements désintéressés d'un document authentique. C'était évidemment excessif . La critique n'est pas désarmée en présence des sources narratives, même quand le secours des chartes lui fait défaut ; ce qu'il convient de se borner a dire, sans prétendre instituer entre deux catégories de sources un parallèle qui serait puéril, r'est que les résultats dus à l'étude des sources diplomatiques sont naturellement plus assurés au point de vue de la certitude que ceux qui proviennent uniquement des chroniques ou des annales.

Dégager des documents les témoignages historiques et en apprécier la valeur est le dernier résultat auquel puisse prétendre la critique diplomatique; leur mise en œuvre — qui ne saurait faire l'objet de règles précises — n'est plus de son ressort, d'autant moins qu'à ce terme, les témoignages extraits des sources diplomatiques veulent être combinés avec ceux que fournissent les autres sources et qu'ont préparés de leur côté les autres sciences auxiliaires, telles que l'historiographie, la linguistique, l'archéologie, etc.

H est à peine besoin d'cijouter que les diverses opérations auxquelles doivent être soumis les documents ne sont point successives ; elles ne se peuvent même séparer que par une analyse du travail de l'esprit, mais sont en pratique à peu près simultanées. Ce sont les mêmes observations

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et les nu'^ines comparaisons qui détenninent d oixiinaire le jugement dans les diverses opérations de la critique de textes et de la critique d'interprétation ; ce sont les mêmes connaissances qu'elles réclament l'une et l'autre.

Pour s'appliquer aux sources diplomatiques de l'histoiro, la critique des textes et la critique d'interprétation ont besoin de savoir y discerner et en dégager les éléments sur lesquels elles peuvent s'exercer. Tels sont, pour n'indiquer ici que les principaux : les données chronologiques, que l'on ne peut ijiterpj'éter que si l'on connaît les usages employés dans les différents siècles et les différents pays pour supputer le temps; les titres et qualités attribués aux personnes dans les actes; les noms de pei'sonne et de lieu, dont la forme a varié suivant les régions et suivant les âges; la langue des documents, toutes les indications en un mol susceptibles de varier d'après des règles ou des lois, suivant les lieux et les temps; enfin et surtout les pratiques usitées dans chaque pays et dans chaque siècle pour rédiger les actes, les dispositions matérielles et les formes de rédaction auxquelles ils ont été assujettis, et enfin les divers moyens qui ont été employés pour en assurer l'authenticité et la validation.

Théoriquement, la diplomatique devrait embrasser l'étude des documents authentiques de tous les pays et de tous les temps; on se bornera a étudier ici ceux de l'Europe occidentale, et, en ce qui touche le temps — sans négliger les clartés que les documents antiques peuvent jeter sur la recherche d(»s oj'igines, — on fera commencer la séiûe diplomatique avec les plus anciens actes latins originaux, écrits sur le papyinis ou le parchemin, qui se sont conservés, c'est-à-dire au v*" siècle. Elle se continue depuis celte époque sans interruption jusqu'aux temps modernes ou même jusqu'à nos joui's, offrant aux historiens, en nombi*e toujoui*s ci-oissant, à mesure qu'on se rapproche de l'époque moderne, une vérit^ible pi*ofusion de documents. On ne saurait toutefois contester que la multiplicité et la variété des sources dont dispose l'histoire modenie ne diminuent singulièrement, à partir du xvr siècle, l'importance historique des actes; en même temps le grand nombre des renseignements que l'on peut grouper autour de ceux que l'on utilise en rend la critique plus simple et plus aisée. C'est donc surtout l'histoire du moyen âge qui peut bénéficier de l'étude critique des sources diplomatiques; aussi, sims bannir du cadre de notre étude les documents plus modernes, ce seix>nt surtout ceux du moyen âge qui nous retiendront.

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