ÉVÊQUES ET ARCHEVÊQUES
provisor, minister ou procurator ecc/esiae ; jusqu'à l'époque carolingienne on les trouve aussi désignés par les termes sacerdos et papa, A l'époque mérovingienne, les évéques n'ajoutaient à leur titre aucune spécifîcation, du moins dans leurs souscriptions*. Mais, lorsqu'on les désignait, on joignait au titre d'évôque le nom de la cité : Landericus Parisiacae ecclesiae episcopus (653). Les évoques prirent l'habitude de s'intituler eux-mêmes de la sorte au déclin de l'époque mérovingienne. Us ajoutent dès lors à leur titre d'évéque , soit le nom de leur église (Parisiacae ou Parisiensis ecclesiae^ urbis, ou civitatis episcopus), soit le nom du peuple de leur diocèse {Parisiorum episcopus) ^ soit simplement un adjectif ethnique {Parisiensis episcopus) ; ce fut celte dernière forme qui prévalut à partir du XII* siècle. Le mot urbs est synonyme de civilas et désigne tout le diocèse, d'où l'expression qui a été employée dans les chartes françaises et a passé dans la langue moderne, évéque de Parisy de Soissons, etc.
Ce ne fut guère qu'au déclin du xiv« siècle que les prélats, seigneurs de leur ville, ajoutèrent leur titre laïque à celui d'évêque'. L'évêque élu ou nommé, mais non encore consacré, s'intitulait : vocatus episcopus, eleclus episcopus, La première de ces expressions se rencontre déjà dans les documents de l'époque mérovingienne ; la seconde prévalut par la suite et demeura en usage même après que les évéques ne furent plus nommés par élection. A l'exemple des papes, la plupart des évéques avaient coutume d'accompagner leur titre de qualificatifs d'humilité tels que : acsi peccator (formule employée sous les Mérovingiens), humilis, humillimusy licei indigaus, etc. Ces quahfications demeurèrent en usage en France jusque sous le règne de Philippe de Valois. Une autre formule très ancienne pour accompagner le titre d'évêque est l'expression Dei gralia. On la trouve dans plusieurs souscriptions épiscopales de la charte de Févèque Agerad de 696', et elle ne cessa jamais d'être employée*. 11 s'y joignit souvent, depuis le commencement du xiv« siècle, une formule nouvelle : Sanctae Sedis npostolicae gra lia* qui paraît avoir été la conséquence
* S. Leni, Von Gotles und des heil. apost. Stuhl's Gnadcn aus Magdeburg-Anhaltischen und andern Diplomalibua erlâutert^ Halle, 1748, tii-4. — H. d'Ârboia de
i. Voy. les souscriptions d'évôques qui accompagnent le dipl. de Clovis H pour St. Denis du !22 juin 653 (Fac.-siin. litliogr. de l'École des Charles, a" 181 ; Atlas de Letronne, pi. IX; Tardif, Car/o/« des rois, p. 10); mais dans la teneur Landi7 est désigné comme cvêque de Paris. Voy. aussi les nombreuses souscriptions d'évôques de la charte d'Agerad, évoque de Chartres (?)de 696 (Fac.-sim. lith. de l'Éc. des Ch., n» 204; Atlas de Letronne, pi. IXXI; Tardif, Cartons des rois^ p. 28). A remarquer toutefois que dans la teneur le titre est toujours suivi d'une spécification : « ipsius urbis episcopo » (1. 1}; c Carnotcno urbis episcopo » (1. 6J; t pontifex Carnotensis » (I. 7 et 14).
2. La plus ancienne charte connue où l'évêque de Noyon s'intitule comte {Noviomensis episcopus et eotnes) est de 1570 (Lkfr.\nc, Jlist, de la ville de Noyon^ p. 06, n. 2).
5. t Trelccor, pcr meserecordia Dei episcopus..., Attur, gracia Dei episcopus. » (Fac.sim. lithogr. de l'Éc. des Gli., n? 204. Allas de Letronne^ pi. XXXI. Tardif, Cartons des rois y p. 30.)
4. Elle comporte, bien entendu, certaines variantes : miseratione.permissione divina^ permissu Dei, etc.
HAKUBL DB DIFLOHATIQUfi. ^â
53H ÏITRKS RT yiALUÉS UtS PERSONNES. [Liv. m. Ch. i,
lit' lu It^gislalion caiiouJcjuc inlroduile dans r%lisi> pur Gn^goii-e X i^t Nicolus 111', el (|ui obligeait les préluts élecLifs à i-eccvoir la confiniialion du pa|)C. Les plus anciens exemples, parvenus à ma connaissance, de cctlc fonnutf!, soni de lIJOt (ûv. d'Évreux). de 1522 |év. d'Amiens), de 1528 (év. de Ungres), de 1535 {év. de Meta)', do 1341 (év. de Troyes), de 1551 (év. d'Orléans), etc. Souvent abandonnée et reprise au xtv* el au iT" siècle, cette formule se généralisa au ivr, après le concordat de 1516. et davantage encore au xvn'. En s'intilulant : évéquet par la grâce de Dieu et du Saint-Siège apottolique, les prélats faisaient donc allusion à la bulle de confirmation qu'ils avaient reçue du pape; ce fut plus tard, pour quelques-uns, une façon de protester contre l'intervention de l'autorilé laïque dans leur nomination, et, dans les derniers siècles enfin, une adhésion à la doctrine qui soutenait que les pouvoirs des évèques ne pouvaitDl leur être transmis que par le pape.
Les qualificatifs appliqués aux évéques, lorsqu'on fait mention d'eux dans les actes, sont jusqu'au vui' siècle ; vir sanctistîmu*, aposlolicta, mais depuis que ces désignalions furent réservées au pape, on désigna l'évèque par l'expression reverendui paler in Domino, ou in Chritto; cette qualification s'est consenée pendant tout le moyen âge. En s'adressant à un évéque on disait : Palernïtas veUra.
Il serait impossible, sans lefaii-e ici toute l'histoire des institutions ecclésiastiques, de donner le détail des titres el qualités attribués dans les chartes aux personnages qui avaient rang dans la hiérarchie ecclcV siastique; on pourra se renseignera ce sujet dans les traités généra ui de droit canonique et plus sjiécialement dans le grand ouvi-age de l'oratorien Thomassin*. Nous nous bornerons ici à quelques remarques plus spécialement utiles à la critique diplomatique. I*s archidiacre» apparaissent fréquemment dans les chartes depuis le xi" siècle. Leur titre y est généralement accompagné d'un adjectif ethnique, qui désigne soit le diocèse, — s'il s'agit de l'archidiacre de la ville épiscopale ou bien si le diocèse n'a pas été divise en plusieurs archidiaconés (arckidiaconut
JnbalnviUe, De ta fonuulc Doi et Saiiciac Nodis ipostolicac (tratia eiiiscopus àaiii tel atlo des t'vftpiei fraaçaU {Uibl. de lÉe. J™ CA., I. XXXII (1871) p. Si]- — t. Doinel, fiole »ut la formule S. Sed. a|)ci9l. (ti'o'iîi opisco|ius, dan» If» dipldmft des ^vét/uri d'Ort^aiis. Oili'iilis, IH^Ii, iii-tï (l'ili-ait Ju Journal du Mnl). ■ notlMMa,AnciciineetHoui'elle diêcipHnede l'Êglhe, lOTK-lUttJ. 5 vol. in-rol. L*sU' tuui- cil a dontji; une éd. latine où les iiiatiéi-cs soiil mieux oi-Joimécs : Velu» el tiova Ereletiat dueipliiia, Pari^, l(!88, 3 vol. iii-fol.
1. Décri'Iales de lïTi et de 13TS [Sezti, lib. I, lil. VI, eap. U et IG).
2. D'nprès M. .\ltVcd HoinuKiii», Êlmie lur forgauiialioii du domaine dei évigue* de Ur/: (Ilii'-s<> iiiatiiiscrilc de Vtxoic ili-s Cliarin', iinmintinn de ISSR), elle aurait été prise déjn par tteuaud de Rar. évéque de ISO! ft 13tU. Toutcrois, daiis les ocles de ce prélat cl dons ceux de ses Kuccesseure imiiiêditls que j'ai pu comuilre, je ne trouve DUC le Uti'c : 1 lier a praice de l)eu eveskcs de Ses >.
g 2.] CLERGÉ SÉCULIER. 339
Laudunensis), — soit la circonscription de Tarchidiaconé, s'il s*agit d'un archidiacre forain {archidiaconus Ostrevandensis) ^ .
Le titre de chanoine figure assez souvent dans les chartes depuis le x*^ siècle, mais tout d abord il est exprimé par sacerdos ex congregatione, ou même simplement par sacerdos, preshytery levita, plus souvent que par canonicus. Ce terme, plus fréquent déjà au xi« siècle, fut à peu près seul employé depuis le xu®. Les chanoines des cathédrales faisaient généralement suivre simplement leur nom de l'ethnique du diocèse : canonicus Morinensis; ceux des collégiales le spécifiaient par le nom de l'église et par celui de la ville où elle était établie : canonicus Sancli Gereonà Colonie. Les dignités des chapitres variaient suivant les églises : le chef était le prévôt (preposilus) ou le doyen [decanus); il y avait souvent un sous-prévôt (sitbprepositus) et un sous-doyen (subdecanus). Venaient ensuite, à des rangs variables : le chantre (cantor), le préchantre (praecenioTy parfois paraphonista) et le sous-chantre (succentor), le trésorier (claviger, archiclavus), l'écolâtre (scolasticus), le coûtre (custos)y etc.
Les cure's des paroisses ont pendant longtemps porté le titre de capel" lanusy ce n'est que depuis le début du xiii" siècle que l'on rencontre le terme curatus, et, dans les premiers temps, il est toujours précédé du titre de presbyter : presbyter curatus. Le titre équivalent à celui de curé était rector dans certaines contrées et notamment en Bretagne, où il s'est conservé jusqu'à nos jours. Vers la même époque on voit fréquemment figurer dans les chartes les doyens ruraux ou doyens de chrétienté (decanus christianitatis ou simplement decanus) .
On trouve assez souvent dans les actes, particulièrement dans les listes de témoins, les noms des personnes accompagnés du titre qui exprime leur rang dans les ordres : presbyter, diaconus, clerus, levita.
Depuis le xni*^ siècle, les personnages ecclésiastiques font souvent précéder leur nom du mot magister; c'est un titre universitaire équivalent de celui de docteur ; on l'employait d'abord aussi bien dans la faculté de théologie que dans celle des arts, mais il fut plus tard réservé à celle dernière. Depuis le xiv<* siècle, les clercs firent volontiers suivre leurs noms de titres de cette espèce : baccalarius, licenciatus in legibus, doclor in theologia, in decretis, magister in artibus.
Pendant longtemps l'étiquette ne prescrivit rien sur les qualités à attribuer aux ecclésiastiques. En latin on appliquait le titre de dominus aux chanoines et aux curés aussi bien qu'aux évéques, mais en français on faisait une différence, on disait monseigneur à l'évoque ainsi qu'aux premiers dignitaires des chapitres, messire au chanoine et au curé. En parlant de ces derniers, on disait en latin : religiosus vir, sapiens et discretus vir\ et en français : honnête personne, religieuse personne, sage et discrète personne.