‹ Manuel de diplomatique. Diplomes et chartes. - Chronologie technique. - Éléments critiques et parties constitutives de la teneur des chartes. - Les chancelleries. - Les actes privésChapitre 215 sur 554 · Mabillo!!, Ann, Ben., t. II, p · texte numérisé non relu

Mabillo!!, Ann, Ben., t. II, p

4. « .... In ea per\'a8orem vicarie lioêcelinum nominat, in liac autem Badulfum ; c qaod idcirco forte accidit, quia binomius fuit, et usu quidem semper est Roâcelinus c orc Yulgi vocitatus, et in lavachro baptisroatis a patrinis Radulfi nomen est inipo- « situm. > {Carlul. de St-Père de Charlra, t. I, p. 142.)

556 NOMS DE PERSONNE. [Liv. m, Ch. ii.

Ces appellations familières ou, pour parler la langue des philologues, ces noms hypocoristiques, se formaient de différentes manières, mais notamment en retenant Tun des éléments, ordinairement le premier, des noms composés de deux racines germaniques. Ce procédé était si fréquent, que Ton a pu soutenir que la plupart des noms simples d*origine germanique auraient été, du moins à Torigine, des formes familières, comme Beria de Berlrada^ Adso de Adalbero, etc. A ces formes abrégées s'ajoutait souvent un sufYixe diminutif, et c*est ainsi qu' AdtelinuSj Ascelinuf^ pouvait être la forme familière de noms tels qu Adalbero ou Adalberlus. Sans avoir de cette dérivation une notion exacte, le moine qui compila au xi*' siècle le cartulaire dé Saiiit-Père en avait gardé un sentiment assez juste lorsqu'il expliquait les deux formes Roscelinus eiRodulfm en disant que Tune était d'emploi familier {oi*e vulgi) et l'autre un nom donné au baptême.

Les doublés dénominations de cette espèce ont disparu au xi« siècle et la plupart de ces formes sont devenues naturellement des noms distincts.

La proportion des diverses catégories de noms de personnes, classés d'après leur origine, a changé complètement du v* au x« siècle. Les noms germaniques, qui formaient au y^ siècle à peine un quart de la masse, n'ont cessé de se multiplier. Ils comptent déjà au vi® siècle pour la moitié environ, et dès le siècle suivant la proportion est renversée. Les noms latins d'origine deviennent l'exception au ix* siècle, et au xi« il ne reste guère, avec les noms du Nouveau Testament, de Romains ou de Grecs, que ceux qui ont été portés par des saints.

Les historiens se sont demandé depuis longtemps s'il était possible de tirer de la forme des noms qu'on rencontre dans les documents des indices sur la nationalité des personnes qui les portaient*. Augustin Thierry n'avait pas hésité à considérer la forme des noms à l'époque mérovingienne comme un signe à peu près certain de la race*. Bien que contestée à diverses reprises, et notamment par Léon Aubineau' et par FusteldeCoulanges', la théorie d'Augustin Thierry, défendue par M. Edm. Le Blant et par F. Bourquelot, a été acceptée et appliquée jusqu'à nos jours par la plupart des historiens. On ne saurait nier cependant que ce ne soit

* Edm. Le Blant, No(c iur le rapport de la forme des twmê propres avec la ttadonalité à Vépoque mérovingienne, dans les Mém. de la soc. des Antiquaires de France, 3» série, t. YIII (1805), pp. 69-89. — F. Bourquelot, Éludes hurles noms propres et leur valeur historique au temps des deux premières dyuaêlifs franqucs [Wi'L, pp. 252-288).

1. Récits des temps mérovingiens, passim. « S'il n'est pas permis de pi*endre pour Franks, jusqu'à preuve du contraire, les personnages des temps mérovingiens qui portent des noms germaniques et pour Gaulois ceux qui portent des noms l'omains, l'histoire de ces temps est impossible. » [Quatrième ïiécit, p. C3, n. 2, de l'cd. in-12 de 1865.)

2. Critique générale et réfutation : M. Aug. Thierry, Paris, 1851, in-12, pp. 81-85. o. De t'analyse des leJ-les historiques, dans \fk Revue des questions historiques, 1887,

!'• livr., p. 12.

§ i .] LES NOMS ET LES RACES. 557

là une hypothèse, qui, pour vraisemblable qu*elle soit en général, est souvent contredite par les faits. On peut citer des témoignages nombreux et formels qui prouvent que, dès le v« siècle, des noms germaniques sont portés par des Gallo-Romains et des noms latins par des Francs. M. Fustel de Coulanges en particulier a bien montré comment les noms latins et germaniques alternaient dans une même famille. On pourrait multiplier les exemples. Hais, si nombreux qu*ils soient, je ne pense pas qu*ils puissent conduire à croire que la confusion des noms dans les différentes races a été telle, dès le v« siècle, qu*il faille condamner en bloc la théorie d'Augustin Thierry. 11 me semble, au contraire, conforme à toutes les données de la vraisemblance et de l'expérience, et même dans une certaine mesure contrôlé par les textes*, que les noms germaniques ont dû être longtemps préférés par les Francs et les noms latins par les Gallo-Romains. Il me paraît donc légitime de s*appuyer sur ces données pour rechercher quelle a pu être la proportion des diverses races, dans les diverses régions, dans le clergé ou dans les fonctions publiques, et pour suivre les progrès de la fusion des races au profit de l'élément germanique, jusqu'à l'époque où la prédominance de celui-ci a effacé en Gaule toute distinction de races (fin du viii^^ siècle). C'est à peu près dans cette mesure que s'est tenu M. Le Blant, et je crois fondées les conclusions qu'il a tirées des listes de noms que lui ont fournies les inscriptions.

Hais, si l'on ne risque guère de se tromper en raisonnant sur un ensemble de noms réunis avec critique, il n'en est pas de même lorsqu'on veut appliquer la doctrine à des cas particuliers. Les exceptions connues sont trop nombreuses pour qu'on puisse déterminer avec une vraisemblance suffisante, d'après la forme de son nom, la race à laquelle appartenait un personnage déterminé. 11 faut faire une exception toutefois pour les noms bretons. Ceux de ces noms qui n'ont pas été latinisés n'ont guère franchi les limites de la Bretagne et ne paraissent pas avoir été jamais portés par d'autres que par des Bretons d'origine. Quelques noms de saints seulement (Judocus, Aianvs, etc.) ont revêtu une forme latine et se sont répandus dans le reste de la Gaule. Quant aux noms hébreux de l'Ancien Testament, ce n'est guère qu'à partir du x* siècle qu'on peut remarquer qu'ils ont commencé à être délaissés par les chrétiens, mais ce n'est pas avant les premières croisades que la plupart de ces noms ont été complètement abandonnés aux juifs et portés presque exclusive^ ment par eux.

1. Voyez les souscriptions des acles de conciles citées par M. liC Blant : « en Orient dominent les vocables bibliques et ceux d'origine grecque d ; à Rome les vocables germaniques ne se rencontrent jamais qu'accidentellement ; en Afrique enfin les noms ont également un type particulier.

558 NOMS DE PERSONNE. [Lnr. lu. Cm. n.

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