‹ Manuel de diplomatique. Diplomes et chartes. - Chronologie technique. - Éléments critiques et parties constitutives de la teneur des chartes. - Les chancelleries. - Les actes privésChapitre 225 sur 554 · SOBRIQUETS · texte numérisé non relu

SOBRIQUETS

Les noms d*animaux, qui sont très fréquents, se rattachent sans doute la môme catégorie :

Petrus Aper. Gualterius Capra.

Odo Sang lar tus.

Rodulfus Musculus.

Un grand nombre ont trait aux qualités morales ou plus souvent aux défauts :

Walterius Malus fide, | Gerardus Arle mabis,

D*autres sont des noms d'instruments : Aculeus, Tonellus, Talvas. Beaucoup sont des noms de profession : Cemen/arius, Sartor; d'autres des noms de fonction, Castellanus, Ballivius^ Prepositus^ Campio. Il en est qui ont trait à la condition : Paganus, NothuSj Bastardus^ Francus, etc. Il est souvent assez difficile de discerner, dans les documents du moyen àgCy si ces mots constituent des noms propres — auquel cas il faut les imprimer avec une grande lettre initiale, — ou si ce sont en effet des désignations de professions, de fonctions ou de condition.

Une foule de noms enfin doivent rappeler quelque circonstance particulière de la vie des individus :

Johannes Quatuor manibus.

Josbertus Pendens lupum, Josfridus Mactans ferrutn.

Hugo Comedens rusiicum.

Garinus Brise hante.

Guido Jérusalem, Gunterius Ad suam sellam, Ansellus Yastans segclem, etc.

Ces appellations abondent dans les chartes du xn^ siècle : elles sont intéressantes à relever parce qu'elles sont un curieux témoignage de l'esprit populaire, et parce qu'elles nous ont conservé un grand nombre de tournures, d'expressions et de termes de la langue vulgaire.

En résumé, l'usage de désigner les personnes par un double nom doit certainement son origine à la nécessité de distinguer les personnes en cas d'homonymie. L'habitude de s'en servir est certainement antérieure de beaucoup à l'époque où nous voyons ces doubles noms apparaître dans les chartes; elle doit remonter jusqu'au temps qui a vu se tarir la source de la formation germanique et par la se réduire le nombre dos noms usités, c'est-à-dire à la fin du vni« et au début du ix*^ siècle'. Ce n'est qu'au siècle suivant qu'on voit dans les chartes certains personnages désignés par deux noms. L'intermittence de ces premières mentions, les circonstances dans lesquelles on les rencontre et jusqu'aux dispositions matérielles et graphiques des chartes où elles se trouvent, nous montrent comment l'usage s'en est développé, à quel besoin il répondait, et nous

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[Arch. des missions scienlif., xrn* série, t. Y, 1870), p. 468, n" 106 : Agnes la Lol/efa; n* 107 : per Agneiem la Lobrta; p. 407, n* 02 : dédit Ag/ieti a la Lobeta. Cf. n- 79 et 90.

\. Au témoignage du coiilinuatcur de Frédégairc, le nom de Charles aurait élc créé pai* Pépin pour Charlcî Martel, v. 690 : « Vocavitque nomen ejus lingua propria Garlum. » {Fredegarii cont., c. 105.)

366 NOMS DE PERSONNE. [Liv. m, Ch. h,

pennettent de constater en même temps que pendant très longtemps et jusqu'au cours du xii<^ siècle il n*eut absolument rien d'officiel.

Dans une charte de Saint-Victor de Marseille de Tan 1060*, un grand nombre de personnages portent le nom de Pontius. On voit que le notaire s'est ingénié à les distinguer les uns des autres. Il a désigné les uns par leur pays d'origine : Pontius de Cadarona^ Pontius de S. Albano, Pantins de MollanSf Pontius Rionius (de Rions); d'autres par le nom de leur père : Pontius Lambertiy Pontius Robaldi; un autre qui était curé, par son titre : Pontius presbyter de Prato Meiano; un dernier enfin par son sobriquet: Pontius Rode monachos. Quant aux personnages qui n'avaient pas d'homonymes mentionnés dans l'acte, il n'a désigné la plupart que par un nom unique.

D'autres documents témoignent que ces noms redoublés étaient en quelque sorte des indications accessoires destinées à permettre de bien reconnaître les personnages. Dans un grand nombre de chartes du XI* siècle, et plus spécialement dans des chartes de l'ouest de la France, les noms de personnes sont fréquemment accompagnés d'indications disposées en interligne et d'une écriture très fine, destinées à déterminer avec précision quel était le personnage qui le portait. Ce sont des titres de fonctions, des indications d'origine ou de filiation et enfin des noms redoublés.

Voici, par exemple, un extrait de la liste des témoins d'un plaid du comte d'Anjou Geoffroi Martel (1047-1060) « :

PDrtiniâc. Uiesaûr. decanns.

Guillelmus. et fiiii ejus Symon. Gauscelinus. Gauzfredus. Gauzfredus.

fliius Radulll. Malas manus. llaleractor. Niger Tulvo. Ruphu5.

Raherius Aymericus. Girardus. Radulfus. Gaucherius. Framericus.

Briclo. Pinellus.

Bernardus. Telbaldus.

Les doubles noms se multiplient au cours du xi^ siècle et la seconde dénomination est depuis lors suffisamment incorporée au nom pour être ajoutée à sa suite presque constamment et en dehors de toute circonstance d'homonymie ; mais elle n'acquiert pas cependant encore une régularité constante ni surtout une grande fixité. Pendant tout le cours du moyen âge, le seul nom véritable, le seul qui serve à peu près invariablement à désigner une personne et qui constitue seul, à proprement parler, le nom, est celui que l'on a depuis appelé le nom de baptême ou le prénom. La deuxième appellation, si fréquente qu'elle devienne depuis la fin du xi« siècle, demeure toujours accessoire, elle est de plus sujette à des variations de forme ou même à des changements qui persistent encore après que l'usage a rendu ces dénominations héréditaires.

i. GartuL de Saint- l'iclor, t. II, p. 74.

2. Orig. Coll. Tarbé. — Cf. Une disposilioii analo^e dons la liste des témoins d'une notice de l'uhbaye de Saint-Maixcnt, de 1090 (Fac.-sim. lilliog. de l'École des Chartes,

gg 2, 3J NOMS DE PERSONNE. 367

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