NOMS DE PEKSONNE. L'-^v. m, Ch. ii
pour reconnaiti*e les personnages que leurs noms peuvent ainsi dissimuler, mais il faut que Tattention soit éveillée de ce côté, et certains instruments de travail peuvent dans cet ordre d'investigation rendre d'utiles services. Ce sont les mêmes qui aident à la recherche des personnages de rhistoire : nous ne pouvons, bien entendu, indiquer ici que les répertoires et les recueils les plus généraux. Il faut placer au premier rang, pour l'étendue et la sûreté de l'information, le Répertoire de H. l'abbé Chevalier. Au point de vue de l'histoire politique, féodale et ecclésiastique, on consultera les listes de Y Art de vérifier les dates reproduites et augmentées dans le Trésor chronologique de M. de Mas-Latrie ; pour l'histoire féodale et nobiliaire, VHistoire généalogique du P. Anselme et les dictionnaires de la Chesnaye-Desbois et de Bétencourt ; pour l'histoire ecclésiastique, le GaUia Christiana et les listes d'évéques de Gams ; pour l'histoire littéraire, le Dictionnaire de M. A. Franklin*. En dehors de ces quelques instruments de travail de l'usage le plus ordinaire, il est clair qu'il faut mettre à contribution, dans cet ordre de recherches, les histoires, les biographies, les nobiliaires provinciaux, les recueils spéciaux à chaque époque, à chaque pays et à chaque branche de la science, en un mot toutes les ressources que peut fournir la bibliographie de l'histoire.
. J'arrive à ce qui touche plus spécialement la traduction des noms de pci*sonne qui figurent dans les chartes sous une forme latine.
Pour les noms d'origine romaine, il faut se conformer à l'usage reçu et franciser le nom latin : Marcus se traduira par Jfarc, et Sextus par Sixte.
11 en est de même des noms grecs latinisés : Georgius, Georges ; Gelasius, Gélose ou Gelais.
U est cependant certains de ces noms qui résistent à la traduction : ce sont en général ceux qui étaient tombés en désuétude lorsqu'on a écrit en français. U convient de les laisser sous leur forme latine.
La plupart des noms portés par des saints ont été au moyen âge traduits différemment suivant le temps et suivant les pays, mais conformément aux lois phonétiques qui ont transformé les autres mots de la langue : on ne peut se dispenser de rechercher ces formes et de traduire par elles le nom latin. En voici quelques exemples :
jEgidius, Gilles.
Eligius, Éloi.
Maximinus, Mesmin.
AniantUf Aignant.
ReguluSf Kieule.
Lupus, Loup et Leu.
*" U. Chevalier, Jiéperloire des êourcea hUloriqueê du moyen Age. Bio-bibliographie, Paris, 1877-188G, 1 vol. in-8. Supplément, 1888, in-8. — Art de vérifier le* dates, voy. plus liaul p. 80. — kméimB, Histoire généalogique et chronologique de la mat-
' son royale de France, des pairs et grands officiers de la maison, des barons de France, etc., Paris 1726, 0 vol. in-fol. — LaChesnaye-Desbois, Dictionnaire de la noblesse, 3* éd., Paris, 1865 et suiv., 18 vol. iu-4. — Dom Bétencourt, Koms féodaux, 2« éd.. Paris, 1867-1868, 2 vol. in-8. — L. de Mas-Lairio. Trésor de chronologie, voy. plus haut, p. 87. — Gallia Christiana in proviticias ecclesiasticas
g ij TRADUCTION DES NOMS DE PERSONNE. 575
Les solutions se doivent chercher dans les martyrologes et dans les listes de saints'.
La traduction des noms germaniques a donné lieu à des divergences et à des controverses. Sous la plume des chroniqueurs et des historiens, les formes latines de ces noms avaient donné naissance à des vocables consacrés par Tusage, les uns empruntés à la tradition, d*autres formés plus ou moins rationnellement. Augustin Thierry, dans une Note ajoutée à la seconde édition de ses Lettres sur r Histoire de France, publiée en 1827, et reproduite avec un Appendice dans toutes les éditions suivantes, a proposé de rendre aux noms d*hommes des premiers temps de l'histoire de France leur physionomie primitive. Chacun sait comment il a appliqué son système dans ses ouvrages, en transformant la forme ou Torthographe traditionnellement reçues de la plupart des noms de personne des deui^ premières races. Sous sa plume Clovis est devenu Chlodowig; Thierry, Theoderik; et Charlemagne, Karle le Grand, Encoi^ que cette tentative ait été philologiquement fort imparfaite*, on ne saurait nier qu'elle ait eu, au moment où elle s*est produite, son intérêt et son opportunité « en provoquant la curiosité et en montrant au lecteur français une voie nouvelle ouverte à Tétude* ». 11 faut cependant, à notre avis, se garder de l'y suivre. Il n'est aucun des imitateurs d'Augustin Thierry qui n*ait voulu apporter à son système des améliorations ; et comme tout essai de restitution dans ce sens comporte une part de conjectures, on en arrive à ne plus savoir comment nommer en français les personnages qui ont vécu sous les deux premières races de nos rois. Sous prétexte de rendre à leurs noms francs leur aspect original, on les affuble de vocables de fantaisie difficiles à prononcer, qui donnent aux récits une fausse teinte de a couleur locale », et, pour emprunter les expressions d'Augustin Thierry, on falsifie les noms mêmes que Ton prétend rétablir. Je crois donc préférable d'adopter pour les noms mérovingiens et carolingiens les formes consa* crées par Tusage, de traduire Chlodovechus par Clovis, Brunechildis par Brunehaut et Carolus par Charles. Quant aux noms qui n*ont pas de formes françaises fixées par Tusage, comme Wamacharius, Godeffiselus, le mieux me parait être de les traduire en se tenant le plus près possible du type latin et de dire Warnachaire et Godegisèle.
Pour les époques plus rapprochées de nous, la plupart des noms ont des formes françaises bien connues. Ceux qui ont eu en latin une décli-
dUtributa (2* éd. publ. par les Dénédiclins de St-Maur et depuis le t. XIV par N. B. HAURéAu), Paris, 1715-1865, 16 vol. in-fol. — B. Gams, Séries episcojforum ecele$iae catholicae, Ratisbonnc, 1872, in-4. — A. Franklin, Dictionnaire de» noms^ ntmomi et pseudonymei latins de l'histoire littéraire du moyen âge (1100-1530), Paris, 1875, in-8*.
H. d'Arbois de Jubainville, Augustin Thierry et les noms propres francs, dans la Repue des questions historiques, X. XI, 187S, p. 91.