D'Arbois de JrBAixviuK, Méin. cit., p
374 NOMS DE PERSONNE. [Liv. m, Cii. ii,
liaison imparisyllabique ont donné deux types, suivant qu'on a fait dériver 1.1 forme française du cas sujet ou du cas oblique.
Hugo = Hugues et llugon ou Huon.
Droco =^* Dreux et Diupun.
(Mo = Eudes et Odon ou Ollon.
Et par analogie :
Petruê = Pierre et l'ierron.
Pour mettre ces noms en français, il faut consulter l'usage et traduire, par exemple, Odo par Eudet, lorsqu'il s'agil du roi de France, et par Otton, lorsqu'il s'agit des souverains de Germanie; Oih Cluniacentà est ,sain( Odon de Cluny. On dit de même Huguet Capct et fluon de Bordeaux.
Il en est ainsi de beaucoup de noms qui ont eu en langue vulgaire des formes multiples. Il est arriva souvent que l'une de ces formes est restée exclusivement affectée au nom d'un personnage historique. Si Malkilde est la traduction ordinaire de Matkildù, cependant la forme Mahaut est demeurée en usage pour désigner la célèbre comtesse d'Artois et de Bourgogne.
Il faut s'abstenir de la recherche puérile des formes anciennes et surtout de la graphie archaïque des noms, dont les écrivains de l'école romantique oui tant abus<S sous prétexte de couleur locale; mais il est boD de se préoccuper de traduire les noms latins en tenant compte de la nationalité et de la langue des personnes qu'ils désignent. Un personnage nommé en latin Willelmut s'appellera Guillaume s'il est de langue française, Guilkem si c'est un Français du midi, Wilhelm s'il est Allemand et William s'il est Anglais.
En ce qui touche les noms patronymiques, les mêmes observations s'appliquent à ceux qui ont la même origine que les noms dont il vient d'être question. Il faut remarquer toutefois que les noms devenus héréditaires ont souvent subi, par le long usage, des modifications plus profondes que les noms personnels, renouvelés de génération en génération à la source des martyrologes. Ainsi, par exemple, tandis que le nom j€gidiu» est toujours Gilles lorsqu'il est employé comme prénom, devenu nom de famille il a subi un déplacement d'accent qui a donné en Provence Gitly et Gh'y. Tiberiut a pu devenir de même Thibéry ; Salvim, Salvy, etc. Les noms de saints donnés aux localités et les formes vulgaires que l'on rencontre fréquemment, même dans les chartes latines, peuvent donner une idée des transformations qu'ils ont subies. On conçoit qu'il n'est pas toujours facile de retrouver ces formes vulgaires lorsqu'elles ont été plus ou moins heureusement remises en latin par les scribes. Il faut s'aider des chartes du pays, de la connaissance de la philologie romane et des listes de saints.
Lorsque le deuxième nom est un génitif, il le faut traduire comme le premier, et sans le faire précéder de la particule de, qui n'a jamais été employée en français dans ce cas. Âlexander Aufreài, le célèbre fondateur
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de I*hôpital de la Rochelle, est toujours appelé, dans les chartes franv çaises du xm*' siècle où son nom figure, Alexandre Aufrei ou Offroi^ et c'est à tort que les écrivains rochelais ont conservé en français à son noin une forme latine qui lui donne un faux air italien.
Pour les noms de lieu devenus noms de personne, il faut autant que possible déterminer le nom actuel de la localité avec.lequel doit s'identiileir le nom latin et le faire précéder de la particule de. On verra au chapitre suivant les moyens d'effectuer cette recherche. Elle est souvent ici d une difficulté particulière, parce que. les noms de lieu joints aux, noms jle personne étaient souvent des noms de fiefs, de terres, de domaines, dont on ne retrouve pas toujours la trace. A défaut de la fprme :actueUe, si elle n'existe pas, on devra rechercher une forme françaiseancienne. ;
Les noms de famille formés d'un nom de lieu précédé de la paitiçuli^ se sont écrits en français tantôt en deux mots et tantôt en un seul ; iV Avignon y et Davignon^ des Rietuc et Desrieux. L'usage n'a adopté i)ne orthographe à cet égard qu'au siècle dernier. .: j
11 n'est pas toujours sûr que les formes latines composées d'un no^f de lieu précédé de la préposition de aient été la traduction d'une forme vulgaire équivalente. M. Blancard a montré que dans le midi de la France des noms tels que de Parisiusj de Mamlia, traduisaient les noms de gens qui s'appelaient Paris et Marseille; que de Aquis était la traduction non seulement de la forme d*Aix ou Daix, mais aussi des formes Deysse et Asaîs*. 11 faut s'efforcer de retrouver ces formes vulgaires, intéressantes à la fois pour l'histoire et pour la philologie.
La traduction des sobriquets présente des difficultés particulières. Il faut se rappeler que les scribes qui les ont fait passer en latin se sont attachés généralement, non à la forme, mais au sens, du moins quand il restait assez transparent pour eux. 11 faut, d'autre part, se préoccuper de leur origine, afin de les rendre autant que possible dans la langue et avec les particularités qui leur conviennent. Ainsi, dans le nord de la France, on les faisait volontiers précéder de l'article, qui ne se rencontre pas d'ordinaire devant les sobriquets du midi. On doit, pour les traduire, rechercher les équivalents probables : on les peut trouver dans la riche nomenclature des noms de famille qui dérivent de sobriquets. Joannes Candidus ou Albus sera dans le ^ord Jean le Blanc et dans le Midi Jean Blanc; Petrus CementariuSy Pierre le Maçon^ ou Maçon; Rodulfus Tonsor, Raoul Barbier ou le Barbier; Guillelmus Sutor, sera dans le Nord Guillaume le Cordouanier et dans le Midi Guilhem Sudre etc. La difficulté s'accroît pour les sobriquets composés de plusieurs mots : l'équivalent français peut en avoir plusieurs ou un seul. Hugo Sine Pecunia doit être Hugues Sans-Avoir; Pœititis Rode Monachos, Pons Ronge-Moines; Benricus de Bisaciaj Henri à la Besace; mais Galterus Qui Bibit Aquam sera Gautier
i. L. Blaxcaro, Document» inédits sur le commerce de Marseille au moyen âge^ t. I. Introd.f p. viii'Xiv.
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Boileau ou Boileve, ou encore dans le Midi, Beulaigue; Robertut Suave Nulrituif Robert Biennourri ou Soinaury ; Stephanui Mole Nutritut^ Etienne Maunoury.
Que la traduction soit plus ou moins heureuse, cela importe assez peu s*il s*agit de sobriquets personnels; mais il n*en est pas de même pour les noms héréditaires. Si la traduction les défigure, on ne rattachera plus que difficilement ceux qui les portent aux familles auxquelles ils appartiennent. Heureusement qu'à Tépoque de la constitution des noms de famille, du xni* au xv« siècle, les scribes ont généralement laissé ces noms sous leur forme vulgaire ou se sont contentés de leur ajouter une désinence latine.
Les noms ingénieusement latinisés de la Renaissance présentent plus de difficultés, mais ce n est qu'exceptionnellement qu*on les trouve sous cette forme dans les actes publics; néanmoins il faut savoir reconnaître par exemple Jean de Kœnigtberg dans Regiomontanui et ne pas l'appeler, comme on Ta fait parfois, Jean de Uontroyal : de même J. de Turre eremata est Torquemada et non pas J. de la Tour brûlée.