‹ Manuel de diplomatique. Diplomes et chartes. - Chronologie technique. - Éléments critiques et parties constitutives de la teneur des chartes. - Les chancelleries. - Les actes privésChapitre 230 sur 554 · NOMS DE LIEU · texte numérisé non relu

NOMS DE LIEU

§ i*'. Nonoss raéiiyiif Ainis. — Intérêt des noms de lieu dans les chartes ; leur importance au point de vue de la critique diplomatique. — Régies à suivre, en ce qui touche les noms de lieu, pour la publication et l'analyse des chartes. — Formes sous lesquelles les noms de lieu se rencontrent dans les textes diplomatiques.

§ â. Nojis DE UKU AXTiniEDBs X LA coxQcfrrE ROMAijiE. — Déuominations primitives ; cours d'eau, montagnes, régions. — Noms ibérçs, ligures, phéniciens, grecs et gaulois.

§ 3. Nojfs GALLo-ROMAins. — 1<> Noms composés : A. avec le radical -ddkitx; B. avec le radical -DOBUM, -ooncM; C. avec le radical -magus; désinences secondaires : -omaus, -oHDs; D. avec le radical -oialoh, -oilum, -ogilum, -oioldm. — 2* Noms dérivés : A. de gentilices ou de cogtwmina romains et du suffixe romain -akus ou du suffixe celtique -Acirs; désinences secondaires -aium, -biiim; B. gentilices ou eognomina terminés en -108 devenus noms de lieu; désinences -lus, -ia, -icm, -ils, -ias; G. gentilices et eognomina de désinences diverses devenus noms de lieu; désinences -sxus, -lo; D. surfixes gaulois -iscus, -avds, -icvs, -ssa; E. noms dérivés d'un nom commun et des suffixes latins -ABius, -abiolls, -ETim, -abetum.

§ 4. Novs d'obmixe gbbmaniqub. — 1* Noms composés d'un nom de personne germanique et de mots tels que villa, villare, curtiêy tnons, vallis, pona, etc. — 2« Noms dérivés : A. suffixe -lAcus; B. suffixe -aria; C. suffixe -iscus; D. suffixes d'origine germanique -ixcuM, -EXCUM, -1S6DM; désineuccs -ikivs, -irsiuM, -omuii, etc. ; E. suffixe d'origine saxonne -nm; F. noms d'origine Scandinave.

g 5. Noms d'obioikb religiedsb. — l*Noms communs. — 2« Noms de saints. — Détcrminatif l)iojiiyiif«. — Détcrminatif Sancius, — Noms dont le genre a changé. — Proslhèsc apparente. — Noms dont le titre de sainteté a disparu. — Pseudo-saints créés par bomopbonie. — Remarque sur le nom de Sancta Maria.

§ 6. Des noms de l'époque féodale. — 1* Noms rappelant une construction féodale. — 2* Noms donnés aux villes neuves du xi* au xiv* siècle.

§ 7. Des mohs oompos^s. — Noms composés latins. — Juxtaposés latins; substantif et adjectif; deux substantifs. — Noms composés français; juxtaposés français.

8 8. Des formes latihes refaites sub les formes françaises. — Calque de la forme française. — Des traductions.

g 9. Des moms changés. — Noms changés pour des motifs religieux. -^ Érections de domaines en fiefs avec changement de nom. — Liste alphabétique de noms changés.

g 10. De l'identification des noms de lieu. — De la méthode à suivre; des instruments de recherches. — Bibliographie des ouvrages qui peuvent servir à l'étude des données géographiques et des noms de lieu qui se rencontrent dans les textes du moyen âge.

i. — Notions préliminaires.

Les noms de lieu constituent un élément de la teneur des documents diplomatiques plus important encore que les noms de personne. Les

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indications topographiqiics contenues dans les chartes permettent eiïet de reconstituer, avec la plus grande sâretè et souvent avec ta pi extrême précision, à partir de l'époque où commence la série di pion tique, les délimitations des Étala et leurs divisions, politiques, admin tratives ou ecclésiastiques. C'est à cette source que la géographie liis rique du moyen âge puise ses renseignements les plus nombreux el plus certains. De plus, l'étude de la signification et des (ransformalic des noms de lieu constitue une branche importante de la linguistiq générale, désignée parfois sous le nom de toponomastique. On lui d non seulement des renseignements sur l'histoire et la phonétique i langues, mais aussi des vues sur les questions les plus obscures l'ethnologie et de l'histoire même des civilisations primitives, ta nome clatiire géographique ayant souvent survécu aux révolutions qui c détruit les races, leurs langues cl leurs monuments. Les chartes sont plus abondante des sources qui permettent de dresser cette nomenclatti géographique à une époque ancienne el de retrouver, non pas bi entendu les formes primitives des vocables qui la composent, mais «j formes parfois depuis longtemps disparues, vieilles dans tous les cas phisieurs siècles, antérieures souvent à l'époque où se sont dégagés I idiomes modernes, et d'en suivre les modifications successives jusqu'à n jours*.

La science de la toponymie historique ne s'est guère constituée ■ France que de nos jours. Quelques savants des derniers siècles, t( qu'Adrien Valois et l'abbé LebeuT, avaient bien compris l'intérêt de ce! élude, mais ils n'avaient eu, pour diriger leurs recherches, que le senl ment acquis par la longue pratique des documents ; aussi n'avaient-i pu créer de doctrine. Au commencement de notre siècle, les premie érudits qui s'y appliquèrent, pressés d'en arriver h l'interprétation, s'ég l'èrenl faute de méthode et discréditèrent longtemps ce genre de reche ches. Il fallut, pour qu'elles fussent remises en honneur, d'une part constitution sur des bases solides de la phonétique historique, et d'aut part la formation de recueils contenant en grand nombre des form anciennes de noms de heu et permettant d'en observer et d'en compar les transformations. Jules Quicherat donna à ces recherches une vi impulsion en fondant sur les procédés de la saine critique la méthoi pratique d'investigation**. Depuis lors, M. Aug. Longnon, dans son ens< gnement de l'École des Hautes Études et du Collège de France, a consliti et propagé la doctrine, et par ses beaux travaux de géographie liistoriq' en a montré la fécondité***. Tout récemment enfin, M.d'Arboisde Jubai

* J.-J- Egli, Getchicku lier geograpkischai Hamatlaïade, Leipiig, 1886. in-8.

" J. Qnlohsrat, De la formation françaite dtê ancieni nomê de lieu, traité praliq\

tuini de remarques tur de» nom» de lieu fournit par ditrert doeutnenU, Paris, I*

in-IÎ. — H. Cocheril. Enlrelieni lur la langue franfaUe. I) Origine et formati

de> mmw de heu, Paris, s. d. (1869). in-tS. •" A. Longnon. tludet tur In pagi; Gfogr. dt la Gaule'au n" t.; Allai A»'«

rit/ue: IHrt. de la Marne, ele.. wj. plus loin, p. 414 ti 4IT.

§ i] NOTIONS PRÉLIMINAIRES. 370

ville, élai^issant encore la voie, a lente Tapplicàtion de Tétude des noms de lieu ^ux problèmes les plus obscurs des origines de la civilisation de notre pays et â Thistoire de la langue de nos ancêtres gaulois"^.

S'il est hors du domaine de la diplomatique d'employer les éléments topographiques des chartes à la reconstitution des anciennes circonscriptions et aux diverses éludes de la géographie historique, s*il ne lui appartient pas davantage de faire rhistoire de la transformation des noms et de remonter à leurs formes primitives pour en chercher le sens, elle doit du moins tenir compte des résultats certains obtenus par les géographes et les philologues pour en tirer parti eu vue de la critique des documents.

Les limites des États ont Varié, leurs divisions se sont modifiées; des circonscriptions anciennes ont disparu et de nouvelles se sont créées : toute donnée géographique d'une charte en contradiction avec un résultat soi-disant acquis doit éveiller l'attention, infirmer ce résultat ou biea rendre suspect le document qui le contredit.

La forme des noms de lieu a varié suivant les pays et les âges : il faut que les nonjs qui se rencontrent dans une charte aient la physionomie qui convient à la date et à la provenance de cette charte : sinon les règles philologiques sont en défaut ou le document est suspect.

Enfin, l'importance toujours croissante des études qui ont pour base les noms de lieu oblige le diplomatiste à donner une attention particulière à toutes les données géographiques qui se trouvent dans les chartes. L'éditeur de textes diplomatiques en particulier doit s'appliquer à mettre à la disposition de l'historien, du philologue ou du géographe, des matériaux dignes de confiance et soigneusement préparés.

La première précaution à prendre est de reproduire fidèlement la graphie des noms de lieu, de ne faire jamais, et sous aucun prétexte, de correction même à une faute évidente de scribe, de noter, s'il y a lieu, les abréviations, toutes les fois au moins que leur interprétation présente quelque difliculté ou peut laisser place au doute; d'indiquer en note, même lorsqu'on dispose de l'original, les variantes des copies anciennes , s'il en existe (il peut arriver qu'elles soient de quelque se(iours à l'interprétation), de donner, à plus forte raison, toutes les variantes sans exception lorsque l'original est perdu.

11 est, en outre, d'obligation stricte, pour quiconque publie des chartes on des analyses de chartes, d'en « identifier » les noms de lieu : j'entends par là déterminer à quelles localités actuelles correspondent les noms qui se trouvent dans le texte. Lorsque cette recherche a été vaine, il est bon d'avertir qu'elle a été tentée. Si l'on se borne à analyser des documents sans en publier le texte, il faut se garder de donner dans l'analyse des traductions plus ou moins approximatives, mais y insérer les noms de lieu

* H. d'Arbois de Jubaiiiyille, Hecherche» tur Vorigine de la propriété foncière et de» noms de lieux habité» en France {période celtique et période romaine)^ Paris, 1890, iii-8". — Le» nom* gauloi» chez Cé»ar et chez Hirtitu (De Beilo Oaliicù), Paris, 1801, in-12.

580 NOMS DE LIEU. [Lit. iii.Ch.ih,

non idenlill^s exactement bous le forme et même avec la flexion casuelle (si ce sont de» noms latins) qu'ils ont dans le texte. Alors même <|iie l'on a réussie identifier avec cerlilude, il est bon, — du moins pour les documents du haut moyen ige, — de joindre à la traduction des noms de lieu les formes latines que donnent les textes.

- Enfin tout éditeur d'un recueilde cliartesdoity igouter un indexalphahëtique où figurent tous les noms de lieu sous leur forme actuelle el sou.' les diverses formes anciennes relevées dans les documents qui composent le recueil.

Il résulte de ce qui précède qu'il est indispensable à qui étudie les chartes d'avoir des notions au moins sommaires sur l'origioc et l'évolution des noms de lieu de notre pays, d'être renseigne sur les principaux travaux de géographie historique et de savoir enfin comment et à l'aide de quelles ressources il est possible de faire les recherches nécessaires à l'identification des noms de lieu.

Quelle que soit l'origine des vocables qui représentent dans les chartes les dénominations géographiques, qu'ils soient celtiques ou germaniques, de création romaine ou d'importation barbare, ils se présentent généralement à nous sous une forme latine. Les Romains ont accommodé à leur langue les noms qu'ils ont trouvés établis et en ont créé de nouveaux: les clercs ont à leur tour latinisé les dénominations introduites par les barbares depuis le iV siècle. « 11 n'y eut d'exception, dit J. Quicherat', que pour quelques pays frontières où la dépopulation avait été telle au >-* siècle que les étrangers qui vinrent s'y établir depuis ne purent ni recevoir la transmission d'une nomenclature territoriale, ni subir l'influence du latin pour la nomenclature qu'ils créèrent eux-mêmes. Ti'l fut le cas de la Flandre, de la Lorraine allemande, de l'Alsace, du Pays basque et de la Bretagne bretonnante. Encore arriva-t-il que dans ces contrées même, les lieux où un assez grand nombre des anciens habitants avaient pu se maintenir conservèrent les anciens noms latins ou en prirent de nouveaux à forme latine. »

On a observé que dès le déclin du vi' siècle, dans les contrées même où avait dominé l'élément romain, les formes des noms de lieu commencent à devenir moins pures. En sorte que dans les plus anciennes chartes de notre pays on rencontre déjà des noms dont la forme a subi des altérations. Ces altérations, qui se produisent sous l'influence de la prononciation, s'augmentent pendant les deux siècles suivants, et dés l'époque de l'avènement des Carolingiens on trouve dans les chartes des termes qui ne sont phis latins, n On les voit parvenus au premier degré de la métamorphose qui les rendra français', ii Les noms ainsi altérés sont rares encore dans les textes du ix' siècle; il y en a davantage dans ceux du X*; ils abondent au xi' siècle. Les noms à cette époque ont acquis une

1, 2.] NOTIOiNS PRELIMINAIRES. 381

forme romane à peu près fixe et ils ne sont plus généralement connus que sous cette forme : pour les mettre en latin, il faut les traduire. Mais, si certaines dénominations latines d'un usage fréquent demeurent asse2 connues et se conservent sans altération, les scribes ignorent d'ordinaire les formes latines des noms de la plupart des localités qu'ils ont à consigner dans les actes; ils se bornent à les écrire sous leur forme vulgaire, ou bien les affublent d'une forme latine calquée sur la forme vulgaire, ou encore les traduisent d'après l'étymologie présumée par des équivalents qui sont des jeux de mots ^

Conmient les plus anciennes formes latines des noms de lieu de l'ancienne Gaule que l'on puisse retrouver sont peu à peu devenues des noms français, ce sont là des phénomènes qui ne diffèrent pas de ceux qui ont transformé le latin en langues romanes. Les noms de lieu ont naturellement subi les mêmes influences que les autres mots de la langue, et ont passé par des transformations analogues; à cela près toutefois qu'on retrouve, fixées dans la nomenclature géographique actuelle, dés formes vieillies et des variétés dialectales qui pour le vocabulaire usuel se sont fondues dans le parler de l'Ile-de-France devenu la langue littéraire.

L*étude des transformations des noms de lieu de la France est par conséquent du ressort de la philologie romane, et nous n*avons garde d'y toucher ici. Cependant, tout en laissant de cMé Tétude de la phonétique, particulièrement en ce qui concerne les modifications qui se sont produites dans le corps des mots, il ne sera pas hors de propos de classer les noms d'après leur origine et leurs désinences caractéristiques, d'indiquer sommairement quelles en ont été, suivant les âges et les pays, les formes successives, et de montrer quelles sont les diverses formes françaises qui y correspondent. Ajoutons que les influences purement phonétiques ne sont pas les seules qui aient agi sur la nomenclature territoriale. Beaucoup d'anciens noms ont disparu qui ont été remplacés par d'autres : la religion, la politique, ou des convenances particulières ont amené ces changements dont il y aura lieu de dire quelques mots.

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