Noms d'origine germanique
La Gaule, dont la population était avant la conquête assez clairsemée, s'était couverte pendant la domination romaine de lieux habités, dont les noms, fixés par l'administration impériale, ont subsisté en grand nombre jusqu'à nos jours. Les invasions barbares qui ruinèrent en grand nombre les villae gallo-romaines firent disparaître beaucoup de noms de lieu. Plus tard, la création de nouveaux centres d'habitation, soit sur les ruines des anciens établissements, soit sur des démembrements des fundi romains, amena une création nouvelle de noms, en partie latins, en partie empruntés aux idiomes germaniques des nouveaux habitants : Francs, Bourguignons, Goths ou Saxons. L'immigration bretonne substitua de même en Armorique depuis le y^ siècle des noms celtiques k la plupart des anciens noms romainr».
Le procédé de formation de ces noms nouveaux ne différa pas de celui des noms de l'époque précédente. Ce furent des noms composés et des noms dérivés.
i^ Noms composés d'un nom de personne gei^manique et de mots tels que
VILLA, VILLARE, CORTIS, MAKSIOMLE, MONS, VALLIS, CtC. — LeS UOmS COmpOSéS
sont formés en grand nombre d'un nom de personne germanique, quelquefois romain, et d'un terme latin tel que villa, villare, curtis, mamionilef monSy va lits, pons^ sartus, etc. Dans les noms de la période franque, ce terme est placé le second et forme la terminaison du nom. Ces noms, en passant en français, ont souvent subi des déformations profondes, et des accidents nombreux, lettres syncopées, contractions, syllabes apocopées, etc. :
* E. Fôrstemann, AltdeuUches Namenbuch, t. II, DeuUefu: OrUnamen, 2* éd., Kordhausen , 1872, in-4. — Emst Kornmesser, Die fratnôsUchen Orlsnamen germauischer Abkunft. I. Theil. Die OrlsgaUungsnamen, Strasbourg, i880, in-8.
392 NOMS DE LIEU. [Liv. m, Cii. m,
Theodonis villa, Thionville; Adlanae villa, Attainville (Seine-et-Oise) ; Ramberti villare, Rambervillers (Vosges): Arnulfi curtis, Harcourt (Eure, Calvados); Ledonis curtis, Liancourt (Oise) ; Flodobo monte, Faumont (Nord); Yadoni monst Vaudémont (Meurthe] ; Bactilione valle^ Bailleval (Oise) ; Baudechisilo valti*, Bougival; Latnberti gartus, Lambersart (Nord).
Le fait que les noms communs formant le second terme du nom sont empruntés à la langue latine semble prouver, ainsi que la remarqué H. d'Arbois de Jubainville, que ces noms ont été créés par la population gallo-romaine. Dans les pays de langue germanique on s*est servi presque exclusivement, dans les mêmes conditions, de termes tels que : Ueim, Hof, Berg, Thaï, etc. Ces noms se rencontrent généralement dans les textes sous leur forme barbare : Tudinhaim, Didenheim (Haut-Rhin); Aginesheim, Eguisheim (Ibid.).
Dans les noms créés à une époque postérieure, depuis le ix^ siècle ou environ, les deux termes sont généralement intervertis, c'est le nom commun qui se trouve placé le premier : Villa Theoderici, Villethierry (Yonne) ; Curtis Behardi, Coubert (Seine-et-Marne) ; Mom Berulfi, Montbron (Charente) ; Pons Godant, Pontgouin (Eure-et-Loir).
^ Noms dérivés. — Les sufHxes employés à l'époque gallo-romaine ont continué à former des noms de lieu à Tépoque mérovingienne.
A. Suffixe -lAcus. — Par analogie avec les noms terminés en -iacus, c'est-à-dire dans lesquels le suffixe -actu est précédé d*un i, s'est créé à l'époque franque un nouveau suffixe -iacus qui s'est ajouté à des noms de personne en ns^ tels que Martinus, Martiniacus, Martigny, Martigné» Martignat, etc.; Childericus, Childriciacus-, Theodebeixtus, Theodeberciaeus, Thiverzay (faubourg de Fontenay-le-Comte, Vendée); Teodericus, Teodericiacus, Trizay " (sur le Lay, Vendée) ; Landricus, Landericiacus, Landrecies ; Albencus, Albericiacus, Obrechies (Nord); Warinus, Wariniacus, Wargnies (Somme), etc.
B. Suffixe -ARU. — Le suffixe -aria, qui à l'époque gallo-romaine ne s'ajoutait qu'à des noms communs, servit pendant le moyen âge à former des noms de lieu dérivés de noms de personne. Ces noms sont surtout nombreux dans l'ouest de la France et sont de formation relativement récente, postérieure pour la plupart au xi® siècle. Us ne se rencontrent guère dans les textes que sous la forme française : la Bouchardière, la Durandière, la Foucliardiére, ou avec des formes latines refaites sur la forme française.
C. Suffixe -iscus. — Le suffixe -iscus, ajouté à des noms germaniques
1. Voy. D'Arbois de Jctdainville, Recherches Bur l'orig. de la propriété foncière, préface, p. XVIÎ.
2. Idcntif. proposée par M. Pnoc, Tiers de $ou d'or mérov. de Tidiriciaco, Revue nunmmat., 3* série, t. IV (1885), p. 203.