‹ Manuel de diplomatique. Diplomes et chartes. - Chronologie technique. - Éléments critiques et parties constitutives de la teneur des chartes. - Les chancelleries. - Les actes privésChapitre 236 sur 554 · Noms d'oiigtne rellgtause · texte numérisé non relu

Noms d'oiigtne rellgtause

Un grand nombre de noms de lieu de toutes les époques doivent leur origine à la religion et plus spécialement à des établissements religieux tels que des temples ou des monasléi'cs. La religion des Gaulois nous a laissé des noms tels que Lugudunum, Lyon (citadelle du dieu Lut/Hii) ; Nemetodarvttt, Nantcrre (fiemelon = temple) ; Belna, Beaune (du nom du dieu Belenm); 6e/fima,Blesmes (du nom de la déesse 6e/j«(ima, assimilée à Minerve). Nous devons à la religion romaine des noms tels que Fanum Martit, Famai-s (Nord) ; Fanum Jovi*, Faiijeaux (Aude) ; Mon» Mercore, Montmartre (transformé dés le ix" siècle eu Mont Marlijrum).

La religion chrétienne a produit un nombre considérable de noms de cette espèce -. on les peut répartir en deux catégories, noms communs et noms de saints.

!■> Noim commum. — Les uns sont des noms communs qui, dans les premiei-s siècles du moyen âge, désignaient un établissement consacré au culte, un édifice religieux, ou encore indiquaient que la localité était sous la dépendance ecclésiastique. Ces noms sont simples ou composés.

Le mot ora/ori'um, désignant un petit édiculc comme on en élevait, par exemple, sur les tombeaux des saints et qui étaient souvent un but de pèlerinage, est devenu le nom d'un grand nombre de h>calilès qui se sont développées autour d'édifices de ce genre. La forme française a varié suivant les pays : c'est Oradour (Cantal, Haute-Vienne, Charente), Ouradou (Lot-et-Garonne), Oroux (Deux-Sèvres), Orrouy (Oise), OiTouer (Eure-et- Loir), Auzouer (Indre-et-Loire), Ouzouer (Loiret, Loir-et-Cher), Ozoir (Eure-el-Loir), Ozouer (Seine-et-Marne), Louroucr (Indre), Lourdoueix

• Cb- Jorat, De» caractère! et de l'exleniîon du patoit normand, Tmis, IRSS, iii-S. (La moitié environ de ce livre est consaci'éc à in géo^apiiie et A rcthno^triipliic ~ " ' c Ncusiric aiJisi qu'aux noms de lieu normands d'origine non rODuuic.)

^ 4, 5.] NOMS DORIGIXE RELIGIEUSE. 395

(Creuse, Indre), Louroux (Allier), et le Louroux (Indre-et-Loire)*, Le Loroux-Bottereau (Seine-Inférieure).

Basilica^ autre nom de lieu très répandu, a donné Bazauges (Charente- Inférieure), Bazeuge (Haute-Vienne), Bazoge etBazoges (Vendée), Bazouges (Mayenne, Ille-et-Vilaine, Sarthe), Bazoche et Bazoches (Aisne, Eure-et- Loir, Loiret, etc.), Bazogue et Bazoques (Calvados, Eure, Orne), etc.

Monasterium a donné Moustier (Corrèze, Lot-et-Garonne, Nord), Le Moustoir (Côtes-du-Nord, Morbihan), Houterre (Vienne), Hontier et Montiers (Aube, Meuse), Houtier et Houtiers (Eure-et-Loir, Ille-et-Vilaine, Deux-Sévres, Savoie, Yonne, Orne, Calvados, etc.), Monestier (Dordogne), Le Honétier (Hautes-Alpes), enfin Munster dans les pays de langue germanique. Assez souvent il a formé des noms composés : Monasterium Arremariy Hontieramey (Aube); Monasterium Airaldi^ Monthiérault (Ibid.); Monasterium novum, Montierneuf (Vienne), Mauri-Monasterium^ Marmoutiers, Maursmûnster (Basse-Alsace); Majtis Monasterium^ Harmoutier (Indre-et-Loirej; Neri Monasterium^ Noirmoutier (Vendée); Novum Monasterium, Neufmontiers et Neufmoutiers (Seine-et-Marne); Monasterium villare, Hontivilliers (Seine-Inférieure). Le diminutif Monasteriolum a donné les innombrables Montreuil qu'on rencontre à peu prés dans toute la France, et aussi Honesterol (Dordogne), Monistrol (Haute-Loire), Honéteau (Yonne) et Montereau (Seine-et-Marne).

Les noms de cette espèce se rencontrent dans les documents dès l'époque mérovingienne. Ceux cependant dont la forme française actuelle est précédée de Farticle semblent pour la plupart de formation beaucoup plus récente : ils ne remontent guère au delà du xv« siècle.

II y faut ajouter les localités qui ont des dénominations telles que Locus Deif Locdieu (Aveyron); Dei locus, Dilo (Yonne); Dieulouard, c.-à-d. Dieu le garde (Meurthe-et-Moselle) ; Dei villa. Déville (Seine-Inférieure) et les très nombreux Villedieu. Celles qui sont dénommées TAbbaye, Capelle, Cappel, Chapelle, la Chapelle, Celle, la Celle, Celles, Selle, Selles, Chelles, la Croix, L'Église (Abbatia, Capella, Cella, Crux, Ecclesia, etc.), ont la même origine, mais leurs noms sont en général de formation assez récente ', ceux surtout qui sont précédés de l'article. Ces noms sont pour la plupart accompagnés d'une seconde dénomination destinée à distinguer les unes des autres les localités de même nom. Mais cette dénomination, qui parfois a varié, ne forme pas un composé ; elle est même généralement négligée dans l'usage local, et ne se rencontre pas toujours dans les documents anciens. Dans quelques-uns cependant la seconde

i. A noter cependant que Le Louroux-Béconnais (Maine-et-Loire) est appelé au vu* s. Lorovium vicus et a probablement une origine celtique ; c'est à partir du \W siècle seulement qu'on le trouve appelé dans les textes Oralorium et plus souvent Laboratorium.

2. Cettae, qui a servi au moyen âge à traduire le nom de Chelles (Seine-et-Marne), n'est qu'une retraduction inspirée par une fausse élymologic; le nom mérovingien est Caia.

586 NOMS DE LIEU. [Ia\. m. Ch. m,

dé no ni i nation s'est soudée au premier tenne et a formé un nom composé : Cella Fregonii, Celle-Frouin (Charente), Cella Medulfi, Saramon (Gers); Capetla Aude, la Chapelaudc (Allier). I.e diminutif EccUsiola a formé des noms anciens : ÉgUsolles (Puy-de-Dâme), Egriselles (Yonne).

D'autres localili^s comme Abbalû villa, Epùcopi villa ou tUlare, Abbeville, Vecqueville (Haute-Marne), Yillévéque (Maine-et-Loire), Bischwilier (Bas-Rliin). doivent leur nom h ce qu'elles faisaient partie du domaine d'un abbé ou d'un évéquc.

2> Nomt de lainli. — La seconde catégorie et de beaucoup la plus nombreuse des noms d'origine ecclésiastique est celle des noms de saints.

Dans les plus anciens le titre de sainteté est exprimé par le mot domnm, domna; il en est résulté souvent en français un nom unique composé du nom du saint et de son titre. Les plus fréquents de ces noms son! Domna Maria, l)ame-Harie (Kure, Indre-et-Loire, Oiue), Dammarie (Eure-et-Loir, Loiret, Meuse, Seine-et-Marne), Dannemarie (Doubs, Uaut- Ùhin. Scine-et-Oisc) , Dommarie (Heurthc), Donnemanc (Haulc-Harne, Seine-et-Harno) -, Domnut Marlinui, Dammartin (Doubs, Jura, Haute-Marne, Seine-elOise, Seine-et-Marne), Dommarlin (Aude, Doubs, Marne, Haute- Marne, Meui'the, Meuse, Nièvre, Rbône, Saûne-et-Loire, Somme, Vosges); Domnui Petrui, Dampierre (Aube, Calvados, Charente-Inférieure, Cher. Côte-d'Ûr, Doubs, Eure-<t-Loir, Jura, Loiret, Maine-et-Loire, Marne, Haute-Marne, Nièvre, llaute-SaAnc, Sadne^t-Loire, Seine-et-Oise, Seine- Inférieure), Dompierre (Ain, Allier, Cbarenle-Inférieure, Côle-d'Or, Doubs, lile-et-Vilaine, Jura, Nièvre, Noiti, Oise, Orne, Saône-et-Loire, Somme, Vendée, Haute-Vienne, Vosges); Dompaire (Vosges); Domnta Remigtus, Domœmy (Haute-Marne, Meuse, Vosges).

Citons encore : Domnm Briciia, Dombrot (Vosges); Domnat Audoenut, Démuin (Somme) ; Domnut Aper, Domèvre (Mcurthe-el-Moselle) ; Domnut Front, Domfront; Domnut Jovinut, Donjevin (Meurthe-et-Moselle), Donjeux (Lori-aine allemande), Dampjoux (Doubs); Domnut Batolut, Dombasle (Meurtlie, Meuse, Vosges), Domnui Slephanui, Domplail (Meurthe); Domnus Ferreolus, Damphreux (Doubs) ; Domnut Itichariut, Douriex (Pas-de-Calais).

Les noms précédés du titre Sanclus sont extrêmement nombreux, et les plus anciens ne remontent pas à une époque beaucoup moins l'cculée que les précédents. Les noms de celte espèce ont élé créés pendant tout le moyen Age ol jusqu'aux temps modernes; souvent ils se sont substitués à des noms plus anciens.

Ces noms de saints devenus noms de lieu n'ont pas toujours passé en français sous la forme que l'Église a consacrée. Beaucoup d'entre eux ont subi, conformément aux lois de la phonétique, des transformations qui ont fixé dans notre nomenclature géographique d'anciennes et intéressantes formes dialectales. H en résulte qu'un même nom latin a produit en français des noms différents, selon le paj's et selon l'époque où il a

g 3.J NOMS D'ORIGINE RELIGIEUSE. 397

passé en français : Sanctus Benedictus a donné en français Saint-Benoit, mais aussi Saint-Bénet (Var) et Saint-Bénezet (Gard) ; Sanctus Benignus est Saint-Bénigne (Ain) et aussi Saint-Benin (Calvados, Nord, Nièvre), Saint-Bcning (Moselle) et Saint-Berain (Saônc-et-Loire); Sanctus Desiderius est le plus souvent Saint-Didier, mais aussi : Saint-Dizier (Alsace, Creuse, Drôme, Haute-Marne), Saint-Désir (Calvados), Saint-Dézéry (Corrèze, Gard), Saint-Dierry (Puy-de-Dôme) et Saint-Géry (Lot); Sanctus Fei^eoluSf Saint-Ferréol, et Sainl-Fargeau (Seine-et-Marne, Yonne), Sainl- Fai^eol (Allier), Saint-Ferjeux (Ardennes, Doubs, Marne, Haute-Saône); Saint-Forget (Seine-et Oise) ; Sancius Hilarius^ Saint-Hilaire, Saint-Hellier (llle-et-Vilaine, Seine-Inférieure, Jersey), Saint-Hilliers (Seine-et-Marne); Sanctus Maclovius^ Saint-Maclou et Saint-Malo (Ule-et- Vilaine, Loire- Inférieure, Manche, Morbihan, Nièvre, Orne, Vendée); Sancius Maximus, Saint-Maxime et Saint-Maime (Basses- Alpes, Dordogne), Saint-Maixme (Eure-et-Loir), Saint-Même (Charente, Charente-Inférieure, Loire-Inférieure), Saint-Mesmes (Seine-et-Marne); Sanctus Medardus, Saint-Médard, Saint-Mard, Saint-Mards, Saint-Mars, et Saint-Herd; Sanctus Petrm, Saint-Pierre, Saint-Père, et dans le Midi : Saint-Peyre et Saint-Pey ; Sanctus Stephanusy Saint-Etienne, et dans le Midi : Saint-Estèphe, Saint-Estève et Saint-Estère ; Sanctus Sulpicius, Saint-Sulpice et Saint-Supplet (Moselle), Saint-Souplet (Marne, Nord), Saint-Soupplets (Seine-et-Marne).

D'autres noms ont subi des altérations beaucoup plus profondes qui, bien que conformes aux lois générales du développement phonétique, ont abouti à des formes qui s'éloignent beaucoup du type primitif : Saint- Brancher (Yonne), de Sanctus Pancratius; Saint-Chaflre et Saiut-Cliaffrey (Hautes- Alpes), de Sanctus Theofredus; Saint-Chartres (Vienne), de Sanctus Cyricus; Sain te-Ni tasse (Yonne), de Sancta Anastasia; Saint- Saens (Seine-Inférieure), de Sanctus Sidonius; Saint-Ustre (Vienne), de Sanctus Adjutor; Saint-Usoge (Doubs), Saint- Usuges (Saône-et-Loire), Saint-Eusoge (Yonne), de Sanctus Eusebiut, Certaines formes semblent résulter d'accidents produits par l'analogie : Saint-Avold (Moselle), de Sanctus Nabor; Saint-Galmier (Loire), de Sancius Baldomerus. D'autres enfin sont dues à la confusion qui s'est établie enire divers noms de saints. C'est ainsi que Saint-André (Var) est en latin Sanctus Andeolus.

H est arrivé qu'en passant en français des noms de saints ont été pris pour des noms de saintes ou réciproquement, en d'autres termes que le genre des noms a changé. Sainte-Olive (Ain) est en latin Sanctus lUidius; SaintOffenge (Savoie] est en latin Sancta Euphemia ; Saint-Aunès (Hérault) dérive de Sancta Agnes ; enfin Saint-Éloi (Ain) et Saint-Aulaire (Corrèzc) représentent Sancta Eulalia.

Quelquefois au nom du saint s*est ajouté en latin un déterminatif qui s'est fondu dans le nom français : Sancti Pétri Mons, Saint-Pierremont (Aisne, Ardennes, Vosges); Sanctus Pelrus de ViHa^ Saînt-Pierreville (Ardèche), Saint-Pierdville (Nièvre); Sancius Petrus in via^ Saint-Peravy (Loiret); Sancti RemigiiMons^ Saint-Remimont (Meurthe).

Parfois le titre de sainteté, soudé pour ainsi dire par la prononciation

S98 NOMS DE LIEU. [Liv. m, Ch. ni,

au nom propre, en a été ensuite mal séparé par récriture, d*où esl résultée une sorte de prosthèse, apparente plutôt que réelle*: Sanctus Amacivs prononcé Sanch'Amas est devenu Saint-Chamas (Bouches-du-Rhône) ; Sanctus Amandui est devenu de même Saint-Chamand (Cantal) ; Sanctus Anianus^ Saint-Chinian (Hérault); Sanctus Hilaris^ Saint-Chcly (Aveyron et Lozère) ; Sanclui Eparchius, Saint-Cybard (Charente, Gironde) ; Sanctus Aredinsy Saint-Seriès (Hérault) ; Sancla Agatha, Saint-Chapte (Gard).

Parfois le titre de saint s'est attaché au nom propre au point de faire corps avec lui et de produire en français un nom composé dont l'origine est devenue méconnaissable. C'est ainsi que Samer (Pas-de-Calais) n*est pas autre chose que Sanc(u« Yulmarus, et que Xaintrailles (Lot-et-Garonne), jadis Sainte-Araille, vient de Sancta Eulalia, Sancta Gabella est devenue Cintegabelle (Haute-Garonne). Sammarçoles (Vienne) doit provenir de Sanetus Martialis, qui est Tun des patrons de Téglise, mais ou Favait tellement oublié que, dès le commencement du xu" siècle, on trouve dans les textes la forme Samarcholivm et que vers la même époque, y soupçonnant un nom de saint, on inventa Sancta Marcholia, Saint-Nectaire (Puy-de-Dôme), Sanctus Nectarius, a été pendant longtemps et jusqu'à nos jours nommé Senneterre. C'est par une singularité analogue que Sanctus Medardus y Saint-Mai^, est devenu Cinq Mars (Indre-et-Loire) -

Plus rarement l'adjectif Sanctus a totalement disparu dans le nom français, Mamers (Sarthe), Mamertium a été d'abord Sanctus Mammest Terrehault (Ibid.), Sanctus Errehaldus^ et Joucou (Aude), Sanctus Jacobus,

l\ est arrivé enfin que, de même qu'on a dépouillé certains saints de leur titre, certains noms latins ont été pris à tort pour des noms de saints et ont passé sous cette forme dans la nomenclature territoriale. Une localité de la Meurthe nommée, dans les actes du xu*' siècle, Cembench Cembeng, devient Sanctus Bonus dans un document du xv« siècle et est aujourd'hui Saint-Boing. Une localité de la Vienne, nommée en 962 Samarva, devient Saint-Marve en 1324, Sancta Marva en 1318, et a été connue jusqu'à nos jours sous le nom de Sainte-Marve, c'est aujourd'hui Smarve. Saint-Cy (Nièvre) est Suenci, Suenciacum dans les documents du x»« et du xni« siècles, Saincy au xiv«; ce n'est que depuis le xvi^ qu'on en a fait un nom de saint. Une localité qu'on trouve mentionnée au xi* siècle sous la forme vulgaire Sidremum devient à la fin du xv® siècle et est restée depuis Saint-Drémont (Vienne), bien qu'il n'y ait jamais eu de saint de ce nom. Saint-Eny (Manche) a été forgé sur Santinium; Saint-Tron, localité aujourd'hui englobée dans Marseille, n'a aucun rapport avec Sanctus TrudOy on le trouve dans les textes latins sous les formes Centro et Centrons

Une dernière remarque doit être faite à propos des localités nombreuses dénommées Sancta Maria, Ce nom a donné dans le midi de la France, comme il était naturel, Sainte-Marie, mais dans la France centrale et sep* tentrionale, il a presque toujours été traduit par un équivalent et est devenu Notre-Dame.

* M. Bréal, Une prosthHe apparente en français, dans Romania, t. U (1873), p. 329.

gg 5, 6.] NOMS DE L'ÉPOQUE FÉODALE. 399

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