‹ Manuel de diplomatique. Diplomes et chartes. - Chronologie technique. - Éléments critiques et parties constitutives de la teneur des chartes. - Les chancelleries. - Les actes privésChapitre 237 sur 554 · Des noms de l'époque féodale · texte numérisé non relu

Des noms de l'époque féodale

La féodalité, en couvrant le pays de ses châteaux dont beaucoup sont devenus par la suite des centres d'habitation, a donné naissance à une nouvelle catégorie de noms de lieu rappelant les constructions féodales. Ce sont pour la plupart les termes mêmes de la langue du moyen âge qui expriment les travaux de fortification et de défense élevés par les barons. A ces termes s'est ajoutée presque toujours une seconde dénomination, nom de personne ou désignation topographique. Cette seconde dénomination s*est parfois soudée au mot et en a fait en français un nom composé; mais le plus souvent elle a été seulement juxtaposée au nom, qui était commun à un grand nombre de localités, et dans ce cas elle n'a eu aucune fixité.

Un grand nombre de localités ont été désignées par le terme latin Firmitas, communément employé pour désigner les forteresses féodales. 11 a donné en français La Ferté. Il est ordinairement accompagné d'un nom de personne : Firmilas Bemardi, la Ferlé-Bernard (Sarthe), Firmilas Galcheriij la Ferté Gaucher (Seine-et-Marne), Firmilas Milonis^ la Ferté- Milon (Aisne), etc. Mais parfois aussi la seconde dénomination est une indication topographique comme dans la Feilé-sous-Jouarre (Seine-et- Marne) ; c'est d'autres fois le nom du saint, patron de l'église, comme à la Ferté-Saint-Aubin (Loiret).

Le mot Plesseiunîf qui désignait dans la basse latinité une enceinte palissadée, est devenu le nom de beaucoup de localités : elles sont nommées en français le Plessis ou le Plessier, parfois le Plessé. Comme au nom précédent, il s'y est généralement ajouté une seconde dénomination destinée à distinguer les localités du même nom, mais celle-ci n'a jamais formé de nom composé et a eu si peu de fixité qu'elle n'est pas toujours aujourd'hui la même que celle que l'on trouve dans les textes.

Un autre terme qui avait â peu près la même signification, Haga, Haya^ est également devenu nom de lieu et a donné en français la Haye et au pluriel les llayes : Haga PaganelU, la Haye-Pesnel (Manche); par une singularité provenant d'une confusion étymologique, Hagae domni Gilonis est devenu en français les Aix d'Angillon (Cher).

Les localités dénommées MotOy la Moite, ou la Mothe; ScUa, la Salle; TurriSj la Tour; Roca, la Roche et dans le Midi la Roque; et surtout RocafortU, Rochefort, Roquefort; Monsforlis, Montfort, ont natui'ellement la même origine. Les dénominations ajoutées au mot Roca pour distinguer les localités de même nom ont fréquemment produit des noms composés en français ; c'a été le cas pour la Rochefoucault, Roquemaure, Roquevaire, etc.

Hais la catégorie la plus nombreuse des noms d'origine féodale est celle des composés ou des dérivés de Castrum ou Castellum. Ces termes ont^ il est vrai, servi bien avant l'époque féodale h désigner des noms de lieu : Cassel (Nord), Castellum, et Châteaudun (Eure-et-Loir)« Castellodunumf

400 NOMS DE LIEU. [Liv. m, Ch. m,

notamment, remontent à Tépoque romaine; Castres (Tarn), Castra Àlbien- $ium, a emprunté son nom, au vii« siècle, aux vestiges d*un camp romain; Châtres (Mayenne], Coêtra, remonte également pour le moins à Tépoque mérovingienne; il n*en est pas moins vrai que la plupart des dénominations de ce genre ne datent que de l'époque féodale.

De Castrum ou Castra viennent Castres (Aisne), Castries (Hérault), Châtres (Dordogne) ; de Castellum toutes les localités nommées Château, Chasteau, Chatel, Chastel, le Cateau, et dans le Midi : Castel, Castet, et de très nombreux noms composés tels que Castellum novum^ Châteauneuf, Chatelneuf, et dans le Midi: Castelnau, Castelnou, Castetnou; Castellum Ferrucii, Castelferrus (Tarn-et-Garonne) ; Castellum novnm Arrii^ Castelnaudary; Castellum Theodericù Château-Thierry; Castellum Radul fi, Chdteauroux; Castellum Aralili, Châtellerault. Castelletum a donné Châtelet, le Catelet, et dans le Midi : Castellet, Casteret; Castellio, Châtillon et Caslillon; Castellare et Castellaria, Chatelard, Chalard, les Chatelliers, Catclier, et dans le Midi : Castelard, Castellar, le Caylar, Castera, Casterats; Caslellucium, Chatelus et Chalus, etc.

Noms (les Villes neuves et des Bastides. — On sait que depuis la fin du xi« siècle jusque vers le milieu du xiv«, les abbayes, les seigneurs et les rois de France, pour fixer la population nomade, peupler leurs domaines et les mettre en culture, fondèrent un grand nombre de villes auxquelles ils concédèrent des privilèges. Quelques-unes de ces fondations conservéi*ent des noms anciens, portés auparavant par la locidité où elles étaient établies, mais le plus souvent elles reçurent des noms nouveaux et très caractéristiques. Le plu^ fréquent de tous rappela qu'elles étaient de fondation nouvelle, ce fut Villa nova : on sait que ce nom de Villeneuve est celui d'une infinité de localités de la France; il y faut ajouter Villenouvelle (Haute-Garonne, Tarn-et-Garonne) et un assez grand nombre de Neuvevillc et de Neuville, ou la Neuville. Souvent aussi le nom rappela les franchises concédées à la nouvelle ville : Villa franca. Finança villa, Villefranche, Francheville, Franqueville, sont également les noms d'un nombre considérable de localités de la France. Dans le Midi les noms des plus anciennes rappellent la sauvegarde, la sécurité, garanties aux nouveaux habitants : ce sont Salvitas, Salva terra, Mons securus, la Salvetat, la Sauvetat, Sauveterre, Monségur. Plus tard le nom le plus ordinaire dans tout le Midi fut celui de Bastide, en raison des fortifications dont les établissements nouveaux étaient entourés. Fréquemment les noms de ces villes rappelaient l'intervention de la royauté dans leur fondation : Villeréal (Lot-et-Garonne), Réalville (Tarn-et-Garonne), Réalmont (Tarn), Réjaumont (Hautes-Pyrénées), Montréjeau (Haute-Garonne), la Française (Tarn-et-Garonne), Saint-Louis (Dordogne), Saint-i.ys (Haute-Garonne).

Souvent aussi le nom donné faisait allusion à la beauté du site choisi pour y élever la ville ; de ce nombre sont les noms de Beaumont, Belvès, Hontclar, Mirabel, Mirande; d'autres fois la localité nouvelle prenait le jîom de l'officier royal qui avait présidé à sa fondation : de ce nombre

g§ 6, 7.] NOMS COMPOSÉS. 401

sont : Beaumarchais (Gers), fondée, en 1288, par le sénéchal Eusiache de Beaumarchais; Beauvàis (Tarn), fondée vers 1340 par Jean de Marigny, évêque de Beauvàis, lieutenant du roi en Languedoc; Arthés (Tarn), fondée vers 1328 par Robert d*Artois. Souvent enfin on transportait aux fondations nouvelles le nom de quelque grande ville, du royaume et plus souvent de l'étranger. C'est ainsi que Pampelonne (Tarn), fondée en 1282 par le sénéchal Eustache de Beaumarchais, doit son nom à l'expédition de Parapelune de 127Gàlaquelle son fondateur avait pris part. Barcelonne (Gers), Boulogne (Bologne, — Haute-Garonne), Bruges (Gironde et Basses- Pyrénées), Cologne (Gers), Cordes (Cordoue, — Tarn, Tarn-et-Garonne), Damiate (Damiette, — Tarn), Fleurance (Florence, — Gers), Geaune (Gènes, — Landes), Grenade (Haute-Garonne, Landes), Pavie (Gers), Plaisance (Gers), Tournay (Hautes -Pyrénées), Valence (Tarn-et-Garonne, Tarn, Gers), Viane (Tarn), Vianne (Lot-et-Garonne), sont autant de noms importés dans le midi de la France et donnés à des villes neuves du xiii* siècle*.

La fondation des sauvetés, des bastides et des villes neuves a donné naissance à ce que Ton pourrait appeler la dernière couche des noms de lieu de notre pays. Il n'y a plus eu depuis lors de séries de noms créés ainsi à une même époque et en quantité notable. Si, depuis le xiv« siècle, des noms nouveaux furent donnés, soit à des localités anciennes, soit à des agglomérations nouvelles, ce fut exceptionnellement, et ces noms dont la forme française a été la forme primitive n'ont généralement subi que peu de modifications.

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