‹ Manuel de diplomatique. Diplomes et chartes. - Chronologie technique. - Éléments critiques et parties constitutives de la teneur des chartes. - Les chancelleries. - Les actes privésChapitre 238 sur 554 · Des noms composés · texte numérisé non relu

Des noms composés

Un grand nombre de noms de lieu sont, comme on l'a vu, des noms composés. A ce qui a été dit plus haut au sujet de ces noms, il convient d'ajouter maintenant quelques observations sur la manière dont ils spnt devenus français.

Lorsque les éléments de composition s'étaient anciennement fondus ensemble et avaient formé, en latin déjà, un nom composé, ce nom s'est naturellement transformé, selon les lois générales de la phonétique, en un nom français dans lequel les termes entrés dans la composition ne sont reconnaissables que si l'on remonte au latin. C'est le cas pour un grand nombre de noms de lieux anciens; par exemple : Autis8iO''dôrumt Auxerre. Rico-magus, Riom.

Très souvent aussi les anciens noms latins sont formés de deux mots simplement juxtaposés. De ces deux mots, l'un est toujours un substantif de la langue commune, qui en devenant français a subi les règles phonétiques spéciales au parler du pays où la localité était située. C'est ainsi par exemple que Aqua ou Aquae, a donné suivant les régions : Eau, Eaues,

1. Il faut faire uneeiception pour Bcnévent (Creuse), qui doit son nom à la ville de BénéTent en Italie. [Voy. plus loin, p. 411 au mot Segonzolelas.)

402 NOMS DE LIEU. [Liv. iri, Ch. m.

Aiguë, Aiguës, Aix; Balma, Baume ou Balme; Casa, Chaise ou Case; Mansus, Mas, Mes ou Heix; Petra, Pierre ou Peire; Vadum, Gué ou Wez, etc.

Le second des deux termes est, ou bien un adjectif qui s*accorde avec le substantif (juxtaposés de coordination), Grandie Villa^ Peira Ficta; soit un second substantif qui est le régime de Tautre (juxtaposés de subordination), et dans ce cas, ce second substantif est presque toujours un nom propre : Castdlum Theoderici, Caroli Locus.

Les noms latins ainsi formés ont produit des noms français de deux espèces :

l^' Dans les noms les plus anciens, les deux mots latins ont été traités comme un nom simple et ont donné des noms français, affectés d'un accent unique, dans lesquels s*est perdu tout souvenir étymologique et qui se sont peu à peu transformés suivant les lois phonétiques. Exemples :

A. Noms composés d*un substantif et d*un adjechp :

Âlba Petra, Bouperre (Vendée).

Bellum Podium, Belpech (Aude).

Curtis iuperioTf Goncevreux (\isne).

Curiis Claudia, Coclois (Aube).

Groua Sylva, Grossœuvre (Eure).

Notus Yicuê, Neuvy et Neuvic.

Paru Lapideus, Pontlevoy (Loir-et-Cher).

H. Noms composés de deux substantifs :

Forum Julii, Fréjus.

Mons Nanlolii, Monampteuil (Aisne).

Curtis Francorum, Gonfracourt (Haute-Saône).

Francorum Villa, Franconville (Seine-et-Oise) etFrancourville (Eure-et-Loir).

Caroli Locus, Gharlieu (Loire)».

Dodonis Villa, Douville (Eure).

Curiis Ausorum, Courtisols (Marne).

2° D'autres fois, chacun des deux termes latins s'est transformé séparément et le nom est resté formé de deux éléments, groupés selon les régies de l'ancienne syntaxe française. 11 importe peu que l'usage actuel soit d'écrire ces noms en un ou en deux mots et de les séparer ou non par un trait d'union. Exemples :

A. Noms composés d'un substantif et d'un adjectif :

Grandis Villa, Grand ville.

Petra Ficla, Pierrefitle.

Villa Nova, Villeneuve.

J. Hais non pas Chaalis (Seine-et-Oise) qu'on cite toujours et qui ^lent en réalité de Calitium,

g§ 7, 8.] FORMES LATINES REFAITES. *03

B. Noms formés de deux substantifs ;

CoMtellwn Theodoricif Château-Thierry.

CatUllum Badulfiy Châteauroux.

Caza Deif la Chaise-Dieu.

Poru Awiamariy Pont-Audemer.

Goileni Fontana, Gaillefontaine (Seine-Inférieure).

Beaucoup de noms de lieu français sont formés de deux éléments encore moins étroitement unis que dans les précédents. Le second élément y est précédé de Tarticle se rapportant soit au nom qui précède : Villeneuve-la-Guyard, Ancy-le-Franc (Yonne) ; soit au nom qui suit : Villeneuve-le-Roi, Bourg-la-Reine, Baygneux-lesJuifs, Coucy-le-Château. Ou encore les deux termes sont liés par une préposition telle que : à (ad), de, du, en, ks (lalus), $ur, mus : Sainte-Marie à Py (Marne), Arc-en- Barrois, Plessis-les-Tours, Châlons-sur-Marne, Nogent-sous-Coucy, etc.

Il faut observer que dans les noms ainsi formés, si le premier terme est souvent un nom ancien, dérivé ou composé, le second est une addition française, sans fixité et souvent d*une époque relativement récente. Il n'est généralement point exprimé dans Tusage local et n*est qu'une désignation accessoire destinée à distinguer les localités du même nom.

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