‹ Manuel de diplomatique. Diplomes et chartes. - Chronologie technique. - Éléments critiques et parties constitutives de la teneur des chartes. - Les chancelleries. - Les actes privésChapitre 239 sur 554 · Des formefl latines refaites nur les formes françaises · texte numérisé non relu

Des formefl latines refaites nur les formes françaises

Depuis répoque où les dénominations vulgaires des noms de lieu prévalurent dans l'usage ordinaire sur les anciennes dénominations latines, il est arrivé que les rédacteurs des documents se sont trouvés souvent embarrassés pour donner aux noms de lieu leur forme latine ancienne qu'ils ignoraient. Tantôt ils se bornèrent à transcrire les formes vulgaires et plus souvent ils les latinisèrent en y ajoutant une terminaison latine, ou encore ils les traduisirent d'après l'étymologie présumée et le sens qu'ils leur attribuaient.

On n'oublia pas généralement les noms latins des villes, mais il n'en fut pas de même des localités rurales, bepuis le x« siècle, on rencontre dans les actes des noms de lieu français ou des noms latins composés sur les formes françaises et qui s'écartent plus ou moins des noms anciens. Rares encore jusqu'à la fin du x« siècle, ces noms de lieu sont déjà fréquents au xi^; ils abondent au xu<^, et depuis le xni^il est exceptionnel de trouver dans les documents les formes latines anciennes, sinon pour les localités importantes dont le nom n'a jamais été oublié. Il faut éviter de prendre ces refaçons pour des formes primitives.

II a été question plus haut des formes latines simplement calquées sur les formes françaises et par exemple de la terminaison eium qui s'est substituée pour la plupart des noms français en y h l'ancienne terminaison "iacum. Il n'y a pas lieu d'y insister davantage, car les formes

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ainsi refaites ne présentent en général aucune difficulté pour être ramenées au français.

Il n*en est pas toujours de même des traductions.

Les noms composés français dans lesquels Tun des termes est Château, (Ihéne, Fontaine, Roche, ou leurs congénères tels que Castel, Quesne, etc., se renconti*ent presque toujours dans les textes latins sous les formes CaBtruniy Quercus, Fon$, Rupes^ alors qu*ils dérivent certainement des mots : CasteUunty C(unu8, Fontana^ Roca. Mais dans la plupart des documents où nous les trouvons ces noms ont été traduits du français.

Ce sont là des traductions fort légitimes. Hais le sens des noms de lieu n*était pas toujours aussi évident et Torigine aussi transparente. Aussi les noms formés d*après le sens présumé des éléments étymologiques sont-ils souvent assez difficiles à ramener à leur forme française. 11 faut pour cela se servir du procédé inverse de celui qu'employaient les clercs du moyen âge. Ceux-ci cherchaient 1 etymologie des noms en leur attribuant un sens d*aprés Tanalogic de son des syllabes qui les composaient avec des mots de la langue commune; puis ils les traduisaient ea conséquence. C*est le procédé du calembour.

Arleuf (Nièvre) pouvait ainsi devenir par approximation Aridus Locus (1517).

Bonneuil (Seine-et-Oise), qui est Bonogilum et Bonoilum dans les textes mérovingiens et carolingiens, se laissait traduire facilement par Bonus Oculus.

Cheneché (Vienne), Chinipiacum, présentait une certaine analogie de prononciation avec Chenu-Chef et se traduisait par Canutvm Caput (1110).

Sannois (Seine-et-Oise) pouvait s'entendre Cent Noix et a été traduit par Centum Nuces.

Louâtre (Aisne) est devenu ainsi parfois Lvpw Ater,

Mersantc (Eure-et-Loir) a été interprété dès le commencement du «« siècle par Mater Semita et un peu plus tard par Amara Semita,

Marville (Eure-et-Loir), dont le vrai nom latin, Manu! fi Villa, est donné par le polyptique d*Irminon, est, dès 980 à 982, Mater Villa.

Commequiers (Vendée) sonne à peu près comme les mots : Quoi me quiers? et fut traduit en conséquence par Quid mihi quaeris.

Poisvillers (Eure-et-Loir) a été traduit par Paucum Villare dans une charte de il 02 et par Piceum Villare (H 28).

Uuipeau (Eure-et-Loir), qui s'appelait Unpeil dans les textes du xni« siècle, a été interprété comme un poil et traduit par Vnus Pilu$ (H 89).

Unverre (Eure-et-Loir) a de môme été traduit par Unum Vitrum (1170).

Une localité que Ton trouve dans de nombreux documents du x^ au xn« siècle ainsi désignée : « capella que vocatur vulgo Savoia », a son nom traduit par Septem Vie au xn-* siècle ; ce sens ne s'est plus perdu, et elle se nomme aujourd'hui St-Georges-des-Sept-Voies (Maine-et-Loire).

La vallée d'Ossau (Basses-Pyrénées], dont le nom rappelle sans doute celui des Oscidates, et qui est dans les documents carolingiens Vrsaxia Vallis, a été dénommée en latin à la fin du xm^ siècle UrsiSaltus.

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