llAni, Concitia, t. XV, p
4. Chronicon Sublac., dans Huratori, Rer. Ital. script., t. XXIY, col. 032.
54 HISTOIRE DE LA DIPLOMATIQUE. [Liv. i, Chap.
clerc ayant un jour présenté au chapitre de l'église de Milan des bulles qui lui concédaient un canonicat, les chanoines, soupçonnant une fraude, les envoyèrent au pape. Celui-ci leur répondit qu*à Texcimen, le style et le caractère de l'écriture avaient paru suspects, mais que la bulle de plomb avait été reconnue authentique ; il expliqua comment la falsification avait porté sur les attaches, et, après avoir prescrit les mesures à prendre contre le coupable, piil occasion de l'incident pour mettre en garde contre les falsifications dont les actes pontificaux étaient l'objet, exposer les procédés des faussaires et indiquer comment ils peuvent être constatés par un observateur attentif*. Ces règles de critique sont précieuses et la science a souvent l'occasion de les appliquer. En 1286, le pape Honorius IV chargeait l'évéque d'Antaradus de se faire représenter l'original d'une lettre d'Urbain IV au patriarche de Jérusalem, que, sur le vu d'une copie, la chancellerie pontificale soupçonnait de faux*. En 1375, la ville de Cologne ayant voulu se prévaloir d'un privilège de l'empereur Charles IV, daté de 1363, le produisit à la chancellerie de ce souverain, qui, après examen, y releva des fautes de style, des erreurs de formule, des incorrections qui la conduisirent à le faire proclamer faux et de nulle valeur*.
Ces exemples suffisent à montrer qu'il y avait, dans les chancelleries et dans les juridictions, des praticiens, des experts en écriture qui devaient être au fait des règles en usage pour la rédaction des actes et habiles à reconnaître les falsifications. Toutefois leurs méprises et notamment les nombreux faux vidimés comme authentiques (on en a donné quelques exemples au chapitre précédent et il serait facile de les multiplier) indiquent combien cette critique était facilement en défaut, pour peu que l'acte produit fût ancien ou qu'il fût de provenance étrangère.
La formation et l'organisation des grands dépôts d'archives, qui se développèrent en Europe, surtout depuis le commencement du xm* siècle, devaient contribuer à former des juristes vei*sés dans la connaissance des actes anciens. Le Trésor des chartes des rois de France fut classé et conservé par plusieurs générations de « gardes » dont quelques-uns devinrent, au contact des documents, de véritables érudits. L'un d'eux, Gérard «le MojiTAiGU, qui occupa cette charge sous le règne de Charles V, nous a laissé un petit recueil d'observations de sa main qui témoigne qu'il n'étudiait pas seulement les documents confiés à sa garde au point de vue des droits du roi et des affaires du royaume, mais qu'il y remarquait aussi ce qui pouvait intéresser l'histoire, les usages, la curiosité et,
i. Lettre d'Innocent III du 4 septembre H98, Licet ad regimen... (Innocenta lU epist., éd. Baldze, t. I, p. 101; Potthast, Hegesta, n»365.)