‹ Manuel de diplomatique. Diplomes et chartes. - Chronologie technique. - Éléments critiques et parties constitutives de la teneur des chartes. - Les chancelleries. - Les actes privésChapitre 251 sur 554 · DE LA LANGUE DES DOCUMENTS DIPLOMATIQUES · texte numérisé non relu

DE LA LANGUE DES DOCUMENTS DIPLOMATIQUES

g 1. Depuis le début du moyen ace jusqu'au ix* siècle. — Emploi du latin dans les documents. — La langue latine jusqu'au vi* siècle. — Le latin mérovingien; ses carac- '* tères; influence de la langue populaire. Exemples. — Amélioration delà langue dans - :j les actes des maires du palais et des plumiers Carolingiens. — Le latin des docu- ■ *':'A meiits écrits en Italie. — Le latin de la chancellerie pontificale. -;

§ 2. Du IX* A LA FIN DU Xi*" SIÈCLE. — Le latin des documents diplomatiques depuis la A]

renaissance carolingienne. — Le vocabulaire; la syntaxe; l'ortliographe. — Particu- /;j

larités locales. — Comparaisons de style permettant l'attribution d'actes à des auteurs ' -^

déterminés. — Décadence carolingienne; nouvelle coriniplion de la langue depuis la fin du ix* siècle; exemples. — Mauvais goût des scribes des x* et xi" siècles; caractères particuliers du style diplomatique à ceUe époque. — Usage de la rime dans le style des chartes ; chartes versifiées.

LANGUE DES DOCUMENTS mPLOMATIQUES. [Liv.iii.Ch.v ilcaire, on peut v trouver ies indices les plus sûrs la provononce tics documents, ainsi que pour en , les accours les plus efficaces pour en èlabbr le

e début du moT«n ags Jusqu'au IX' «iède- Il les premiers siècles du moyen âge le latin fut, occidentale, la seule langue usitée pour rédiger les nier certaines parties de lltalie méndionalo ou le ge jusqu'au xvi' siècle', et la Cran de-Bretagne ou, . les \nglo-Saxons employèrent leur langue natio- 'avec le latin. Mais le latin des chartes du moyen e sait, la tangue littéraire de lantiquilé qu'on est lassique; des inûuences diverses ne cessèrent do la nt que l'étude philologique des chartes pourrait soudiscerner vers quelle époque et dans quel pays elles le latin des chartes du moyen flge avait été l'objet

intes.

inies. ■ . j-

les. répandues dans tout iempire romain, avaient du le de la langue de l'administration et du droit les onnaires des pravinces. Les traditions se maintinrent ps après leur suppi-cssïon qui suivit la ruine de la . l/un des derniers représentants de la culture clasil chancelier de Thèodoric, et a laissé dans ses Variae nodèles des actes de son administration qu'on s'applier du moins en Italie. Les plus anciens actes dont les l parvenus,— ce sont, on le sait, quelques chartes . rédigées pour la plupart à Ravenne, — ont consene n de la chancellerie impériale romaine et ne prèsenassez petit nombre d'altérations dans l'orthographe, it à l'inllueiicedela prononciation. Mais iln'en est plus suivant et particuhèremcnt en Gaule, bes de l'époque mérovingienne** est une langue si pro-

tfrucA der VrkundenUhrt, chsp. X : »(> Vrkundemprachc, l. I.

invillB. Éludt >«r la déclUiaùon hlixe en GauU à tépoquc méro- 18T in-8. Je cile eelte iMude. bipn qu'elle foiI dej.! un peu rauVeiii- a pris pour base les diplômes « les recueils de formules. ,«. Kflroi.oôrum, t. 1 11807), «- 5(W4. VulgàrhUin. Lavlv>and. ,nd Prfipo.i(.0"cii. DU Sprache der Diplôme hit zun, Autgaogt SpMchcder Diplôme .« den tpàUren Jakre» Kar/.. 0,. trouver, hapilres les fsils les plus dipues d atlenuon. mais .1 c-t i peme ^n-eique leur classement elles conclusions que I auteur en a tirées ù fait au couranl <le la science pUilologique. - P. Géjer. DeUrSge Palabre, en Sicile. ïoy. Bi.^i.«t, Ihudbueb, i. I. P- 5OT.

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fondement atteinte par la transformation phonétique et la dégénérescence des formes grammaticales que nombre de mots usuels y deviennent méconnaissables : du neutre elle n'a conservé que la forme, confond les déclinaisons et ne distingue déjà plus que deux cas, lun pour le sujet, l'autre pour le régime; mais en même temps elle laisse subsister, en les employant indifféremment, toutes les désinences des flexions casuelles des diverses déclinaisons; elle brouille de même les conjugaisons, confond les voix, les temps et les modes des verbes; elle abonde en mots nouveaux, dont plusieurs sont caractéristiques des documents de l'époque : les uns a peine latinisés et empruntés aux dialectes germaniques, d'autres formés par analogie ; elle donne à beaucoup de vocables anciens des acceptions nouvelles; elle se distingue enfin par des particularités syntactiques caractéristiques du latin vulgaire*.

Celte langue doit être, en effet, assez voisine de celle que l'on parlait alors. Non pas qu'il y faille voir, comme on l'a dit parfois à tort, la langue vulgaire de la Gaule. Les scribes avaient, à n'en pas douter, la prétention d'employer le latin littéraire, mais ils le mélangeaient et le corrompaient inconsciemment, à proportion de leur ignorance, sous l'influence de la langue parlée, c'est-à-dire du latin vulgaire en voie de romanisation. Ce qu'ils savaient du latin littéraire, ils le devaient à quelques œuvres latines, aux formulaires surtout*, dont les modèles, déjà bien corrompus, se rattachaient aux traditions de l'administration impériale, et, lorsqu'ils appartenaient de près ou de loin à l'état ecclésiastique, aux livres saints et aux écrits théologiques. A cette langue littéraire ils empruntaient des expressions, des phrases, ou des formules toutes faites, dont ils altéraient inconsciemment l'orthographe. Sous l'influence des textes écrits, ils employaient presque au hasard les désinences casuelles les plus variées, alors que la prononciation devait les confondre en les* assourdissant. Souvent ils ajoutaient aux mots, comme les illettrés le font encore de nos jours, des lettres parasites ; un h par exemple : dictho, citherorum (pour ce/erortim), monasthiritim, hostendere, kutilitas; la graphie fréquente dans les mêmes documents de mots tels que abias (pour Aabeas), abitat^ ères, omoy etc., témoigne que la prononciation n'en tenait, depuis très longtemps, aucun compte. Parfois ils substituaient ae à ïe simple, ou inversement, et écrivaient par exemple aecclesie (pour ecclesiae), praeciosus, aeciam pour etiam, etc.

iur KenntnÛB des gallUchen Lalein^ dans Archiv f. lai. Lcxikogr., t. II (1885), p. 25-37. — Max Bonnet, Le latin de Grégoire de Tours, Paris, 1800, in 8. H a paru bon d'indiquer ici cet ouvrage, bien qu'il ne concerne pas les diplômes, comme eiemple de la méthode analytique que l'on doit appliquer à des éludes de ce genre. * Schnchardt, Uokalismu» des Vulgârlateins, Leipzig, 1806-186D, 3 vol. in-8. — W. Heyer, Geschichte der lateinischen Volhssprache, dans Gntndriss der roman. PhiloL, Strasbourg, 1888, in-8, p. 355.

1. Marcuir (Formu/. praef.^ éd. Zcumer, p. 37, 9) dit qu'il a composé son recueil en vue de l'instruction des enfants : c ad exerccnda initia puerorum ut potui apcrte c et siropUcifer scripsi. »

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Sous l'influence au contraire de la langue parlée, ils modiliaienl le vocalisme intérieur des mots. De là une confusion constante des voyelles e et i : autorelate pour auctoritate, bdsileca pour basilica^ convinit pour convenu, olio, pour o/eo, reiinirit pour retineret; ou inversement : emunetas pour immunitas, inlustrebus pour illuiirihu$, soledos pour sdidos, fimena pour femina, volluires pour volueris, etc. ; de là aussi la substitution fréquente de To à Vu : miracola pour miracula, poslolat pour postulat, titolum pour titulum, etc. ; ou inversement : nt/fris pour ito&ù, nuscetur pour noscitur, genetur pour genitor, corpure pour corpore, kus pour /los ; de là aussi la prothèse, assez fréquente dans quelques mots commençant par se, s/, ; escripsi, estibulacio (pour stipulatio). Mais on trouve assez fréquemment, par contre, $trumentum pour instrumentutn. De là enfin la substitution de co (ou eu) à ^t/o, et inversement : condam, alecus (pour aliquos), quoepiscopos. On en peut conclure que le son de Vu était devenu peu sensible. La rareté de la syncope porte à croire que, si le son des voyelles dans les syllabes atones était assez incertain pour qu'on les remplaçât les unes par les autres, il ne s était pas encore assourdi au point qu'on pût les oublier en écrivant. La seule syncope régulière est celle de Vi de dominas, écrit invariablement domnus, L'épenthèse est naturellenient plus rare encore : je ne l'ai notée que dans un seul mot, libéra {pourlibra), où cet e épenthëtique, très ancien du reste, devait être à peu près muet.

On peut attribuer encore à l'influence de la langue parlée une partie du vocabulaire, et notamment beaucoup des termes nouveaux formés du latin ou empruntés à la langue germanique, le changement d'acception de certains mots, des locutions flxes dont quelques-unes semblent déjà des gallicismes, l'usage fréquent des adjectifs déterminatifs ille, unus^ en voie de devenir les articles, l'emploi de videor comme simple auxiliaire n'ajoutant au verbe aucune signification, l'assimilation de vel et de sive aux conjonctions copulatives, acsi au sens de quamvis, etc. Il faut y joindre des particularités de syntaxe et de construction, telles que la substitution fréquente de prépositions aux flexions casuelles, pour indiquer les rapports entre les termes de la proposition, l'emploi de conjonctions au lieu de propositions inilnitives, et notamment l'usage de quod, souvent précédé de eo. On se contentera de citer à titre d'exemples des tournures telles que : abba de basilica, — accinclus ex judiciaria potestate, — suggeribat dum dicerit eo quod,.., — constat (quod) no9 vindemus.

11 est plus difflcile de se prononcer sur les influences auxquelles sont dues les modiflcations du consonantisme. Évidemment la graphie ne représente que faiblement les modifications que la prononciation faisait subir aux mots latins, et une préoccupation orthographique provoquait fréquemment l'addition de lettres parasites qui devaient être muettes. U sufflra de citer ici quelques faits, choisis parmi les plus caractéristiques. Le maintien de Vs flnal du nominatif singulier de la seconde déclinaison, qui s'est conservé si longtemps en français et en provençal, est caractéris-

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tique des documents delà Gaule mérovingienne. Devant les labiales p et b, n remplace généralement m : inpertitur, adinplire, conpendium; toutefois on écrit presque toujours régulièrement iempora^ triumphos. La syllabe um ou un devait avoir le son que lui donne aujourd'hui la prononciation française du latin, témoin F incertitude de la graphie : oticias, volontas, rispunsis. Minsis pour mensis indique que in et en devaient avoir le même son. La nasalisation produite par n devait être assez peu sensible, car cette lettre disparait parfois : maso pour manso, regnate pour régnante, ou s'introduit dans des mots où elle ne devait pas avoir la valeur d*une consonne : nuncnpante, nonœbantis pour nuncupata. Cette insertion est fréquente dans le nom de saint Denys, écrit presque toujours au génitif Dionensis, DiunensiSf Dionensio au lieu de Dionysii, La disparition des consonnes, comme la syncope des voyelles, est relativement encore assez rare; il faut noter la chute du c dans az/c^on/as, souvent écrit autoritas, et dans actor, devenu parfois autur, celle du d de vinditor, écrit parfois vinior , celle du p de emptor : emtores, imtoris. Il faut noter aussi Tinccrtitude des scribes dans le doublement des lettres : tantôt ils substituent une consonne simple à une consonne double, eclesia, socesxor (pour successor), firmesima (pour firmissima); plus souvent, au contraire, ils les doublent : alliqua, soUedis (pour solidis), jobimmus, dibirimmusy memmoratus, iggitur, saccelto. Il y a permutation fréquente des consonnes fortes avec les faibles ou inversement : accibimus^ habuncoli (pour avunculi), noncobante, opeium (pour obilum), oplolil (pour obiulil), quitgnît et plus fréquemment quicquidy reliquid (pour reliquit), aput, set, vigo (pour vico), movele (pour mobile), L'assibilation se manifeste par la confusion constante des syllabes ci et ti : precio, palacio. On dirait que les scribes se sont appliqués à réagir dans récriture contre l'assimilation qui devait être cependant déjà générale dans la langue vulgaire; on trouve, en effet, couramment : adpendiciis, atfirmare, conmutacio, subfraganteni, etc.

Il faut attendre des philologues, intéressés à déterminer ce que les textes mérovingiens peuvent apporter de lumière à la connaissance d'un phénomène aussi capital que la transformation d une langue en une autre langue, une anuiyse plus complète des particularités de ces documents. A défaut d une étude philologique qui n'existe pas encore, il a paru nécessaire d'indiquer ici les caractères principaux de la langue de cette époque. Le diplomatiste en efTet, qui doit considérer la langue comme un élément essentiel de critique, ne saurait se passer d'une certaine connaissance de ces faits linguistiques. C'est en grande partie pour les avoir complètement méconnus que Papenbroeck, au xvn^ siècle, a pu si facilement prendre le change dans la recherche d'un critérium de Tau thenticité des diplômes, et que Germon s'est si grossièrement mépris dans ses attaques contre les diplômes de Saint-Denis*. C'est à l'ignorance de la langue mérovingienne que des falsifications postérieures ont

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