Original, Arch. nat. K 5, n
440 LANGUE FIES DOCUMENTS DIPLOMATIQUES. [Liv.ih.Ch.t
double influence de l'ignorance croissante des scribes, et des progrès de la langue parl<ïc dans la voie de la roinanisation. Celte altération continue à s'aggraver dans les actes privés du début de la période carolingienne. Touterais les quelques dipldmcs des maires du palais du milieu du vHi" siècle, dont nous possédons les originaux, présentent déjà, sous le rapport de l'orthographe et de la grammaire, une certaine amélioralion, due probablement à ce fait que leur chancellerie était dirigée par des clercs, gens vraisemblablement plus instruits que les scribes laïques de la chancellerie royale. Cette amélioration s'alftrme dans les actes des premiers carolingiens et notamment de Charkmagne. Elle est surtout sensible si l'on met à part certaius documents de style archaïque, qui reproduisent en partie soil des modèles empruntés à des formulaires anciens, soit des dipldmes antérieurs de l'époque mérovingienne.
11 n'a été question jusqu'ici que des documents écrits sur le territoire de la Gaule mérovingienne, mais ceux de l'Italie présentent des phénomènes analogues. I^ corruption de la langue s'y manifeste pendant toute la période lombarde, mais naturellement le latin des documents de l'Italie n'est pas le même que celui de la Gaule. A cétè de modifications dues au fond du latin vulgaire commun à toutes tes provinces, â ci)té de fautes provenant de l'ignorance des scribes et qui n'ont rien de bien caractéristique, on observe dans les actes italiens de cette époque quelques particularités qui peuvent servir à reconnaître la provenance des documents*. Ainsi, tandis que le latin écrit en Gaule conserve toujours Vi linal au nominatif singulier masculin des 2', 3' et 4" déclinaisons latines, il a au contraire ordinairement disparu dans les documents italiens, dans lesquels ces mots se terminent par une voyelle, h ou o, t ou e, quelquefois accompagnée d'un m évidemment muet. Il en est h peu prés de même, dans la conjugaison, du t flnal de la 3' personne du singulier et du pluriel de tous les temps; il persiste généralement en Gaule, tandis qu'il tombe en Italie ou du moins ne se prononce pas, ce qui fait qu'il est souvent omis dans l'écriture et parfois ajouté hors de propos, par exemple à l'infinitif'.
Un a dit souvent que la cbancellerie pontificale avait su préserver davantage le latin de la barbarie et mieux conserver les traditions de la langue littéraire de l'antiquité. Il y a probablement une part de vérité dans cette opinion, mais on doit avouer que c'est là un fait dont il est difficile de juger, car, comme l'a justement fait observer M. Bresslau', les lettres
* K. SMi, Lokale f'ericliiedenlieilen der laleiiiischen Sprache, ErlanKcn, 188:!, tn-8; Zur Beurlheilung d« log. Miltellalteins àstUS Àrchiv f. lai. Ltïikogr., t. H (1885). p. 550. — GrSber, Vulgàrlaleinitrhe SubilraU romaniichrr Wârter {Ibid, I. [ (1884), p. M*), 1. Ces pnrliculai-itÉs ne sonl iiaturellcmenl pas les seules caractéristiques el je ne les indique qu'à tilre d'eieitiplcs: on en pourra trouver d'aulres dans Bhbsliu, Ha'dbtith der Urkuadenlekre. t. I, p. 50* et suii. el dans les ouïrages cités ci-dessus. i. Handburli der Urkundealehre. t. I, p. 560.
§g 1, 2] LATIN MÉROVINGIEN. 541
des anciens papes et notamment celles de Grégoire I'' ne nous ont été conservées que par des copies postérieures à ia renaissance des éludes. Dans tous les cas, les plus anciens documents émanés de la chancellerie apostolique dont les originaux nous sont parvenus, — ils sont de la fin du vin* et du commencement du ix' siècle, — ne sont pas écrits dans une langue meilleure que les actes carolingiens du même temps.