D'AcHERT, Spicileg.t t. II, p
4i8 LANGUE I>ES DOCUMENTS DIPLOMATIQUES. [Lit.ih.Ch.t
comlu Eudes de Blois pour Harmoutier'; nosêe debebitu ti qui eritu poiteri, dans une aulrt; charte pour Harmoutier, de I06ô>; icianl igitur coelanei et tucceuoret iwxlt-i, dans une charte de J095, pour BourgueiP. Voici des exemples de développements, que l'on pourrait multiplier : Volo igitur atque cupio et omnimodit cupio ut tcianl tam omnium pontifievm et clericorum dignitas teu principum sublimitas ac cunclorum omnium, tam virorum quam mttUtrum, utriutque lexut, generalilat*; ou encore: Notum fore cupitnux que calamo docta manu* interere studuit in hujiu pagitittlx lineis pteniui*. Il semble Lien que si, dans ces deux exemples, les rimes n'ont pas été cherchées, elles n'ont pas dâ cependant passer inaperçues du scribe qui n'a rien fait pour les éviter.
Les noms des saints, cités simplement comme désignation des églises qui leur étaient dédiées, ne laissaient pas que de donner souvent occasion à un petit développement. A propos de saint Pierre, on ne manquait guère d'ajouter qu'il était le portier céleste : qui habet clavet regni coeloi-um; le nom de saint Martin éveillait le souvenir de la légende populaire du manleau partagé : gtorimi confenoris Martini qui Oominum et Deum nottrum ctainidit tuae parte vettivit in paupere*; ou bien, pour donner lieu à l'une de ces rencontres de mots simplement destinées à frapper l'oreille : tanetus Marlinui, cujus excellentia nominis nutla eget udjeciione coqnominit''. Les moines de l'ahbaye de Saint-Philibort de Tournus, dédiée aussi à la sainte Vierge, sont ainsi désignés en 945 : monachi tumme imperatricii, scUiceltancle Sorte* -.ia nom de saint Denys. une charte de Guillaume le Couquéranl ajoute : cuju» praerogatieo apoitolatu tiallie populut congraUdalur*.
L'expression des raisons alléguées h l'appui des fondations pieuses a élu naturallemcnt variée à l'infini et développée â l'envi; pour être bref on n'en citera ici que deux exemples. Thibaut de lllois fait, en 987, une donation k l'abbaye de Harmoutier : ut cum mihi dîea morlit adoenerit, non gaudeal de anima mea petlifer inimtcus ted eam bealut Martinus ertpiat de manu diaboH et depenit inferni et tramferat tua inlerceuione ad gaudia florenlis parailyti'"; c'est ce que les scribes antérieurs et postérieurs
1, Orig. Coll. Taillé à Reims.
S. Ibid.
Z. Ibid.
i. Chai-;e de Guillaume IV, duc d'Aquilainc pour Bourgucil, de 980, eop. coiilcn:porainc Ibid.
Ti. ^olicc de l'abbajc de Bourgueil du comineiiieincnl du if siècle. Orig. Bibl. de Tours. Coll. Saluioii, t. H. toi. 301.
B. Fondation par Thibaut de Blois du prieuré de Taïanl en 087. Cop. du ii- s. Arcli. d Indrc-et-Loii-c ; Tonds de Jlarmouiier.
7. ChnrlC de Tliibaul, comle de Bloia [1037-10121, Hee. de facum. à lui. de t'Etote drs charlet. n- M7.
8. Ctiaric do GefTroi, arclie>. de Bes«nron. Ihid., n» SBO. B. Clwrte de 1000. Tabùif, «nn. A../., n* 2àR.
10. Cop. du II' s. Areh, d'lndre-cl-U»ire, foud» du Moinwutur.
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g 2J LE STYLE DES X« ET XI« SIÈCLES. 449
exprirhaieiit plus simplement en indiquant que le donateur avait agi pour le salut de son âme. Hubert de Saumur donne une partie de ses biens aux moines de Bourgueil : ut quod pêne inquinat actio secidaris ex éoruni emundetur sancU studio laboris*.
On pourrait citer à profusion des exemples de synonymes, toujours moins précis que le mot usuel et souvent choisis à cause de la rareté de leur emploi. Les scribes se sont ingéniés ù trouver par exemple des synonymes ajux mots charta et scriplum ; ils les ont remplacés par des expressions telles que séries scripti*, séries cartarum, scedule description et beaucoup d*autres. A predictus est souvent substitué le mot prelibatus. L*arehevéque de Besançon, Geffroi, en 945, remplace Texpression courante anno ab incarnalione, par ab humanatione Domini.., cum recurreret annus^; un chevalier du nom d'Aimery exprime le consentement de ses frères à une donation qu*il fait, vers 1095, à Tabbaye de Bourgueil par les mots : omnium fratrum meorum assensu suffultus benivolo^; Aimer)* de Thouars désigne la fraternité des prières -qu'il sollicite, en 1055, par l'expression : anime beneficium et societatis amminiculum^ ; Gervais, ar- <;hcvéque de Reims, nomme son siège métropolitain municipium hujus sanctae sedis cui Deo auctore praesidemus, et il appelle ses suiïragants, coessentes episcopi"^.
Le grec, que Ton ne savait guère, avait d'autant plus de prestige, et les mots grecs, plus ou moins latinisés, ne sont pas très rares dans les chartes des \* et XI* siècles. L'abbesse Geyla de Sainte-Croix de Poitiers s'intitule par exemple, en 994 : abatissa aime crucis monacarum seu aige {sic pour agie) Radigundis canonicorum ; elle se promet la récompense éternelle in huranica beacione, et allègue un usage répandu per climata kosmy^. Une charle de SaintrHilaire de Poitiers, de 990 ou environ, a pour invocation les mots : Insomnis tontis honomate, Âmen^. Dans une charte de 1024, Tarclievôque de Tours, Arnoul, mentionne un chevalier: Waltherius onomate dictus^^. On sait d'autre part que l'ilsage d'écrire certaines souscriptions en caractères grecs a été assez commun dans l'école de Tours depuis le milieu du ix« siècle**.
Quant aux rimes, il n'est pas rare de rencontrer dans les documents
1. Cop. de Gaigniéres, Bibl. nat., mss. lat. 17127, fol. 155.
2. Charte d'Hubert de Saumur. Cop. de Gaignières, Bibl. nat., mss. lat. 17127, fol. 153.
3. Charte d'Aimery de Thouars de 1035 ou enviix)n. Coll. Tarbé à Reims.