‹ Manuel de diplomatique. Diplomes et chartes. - Chronologie technique. - Éléments critiques et parties constitutives de la teneur des chartes. - Les chancelleries. - Les actes privésChapitre 267 sur 554 · Voy. plus baut, p. 450 et suiv · texte numérisé non relu

Voy. plus baut, p. 450 et suiv

4. Je résume ici, en les adoptant, les couclusious de M. Valois, auquel j'ai emprunté

g§ 3, i] LE LATIN DU XIl« AU XVI« SIÈCLE. 163

ramené dans certains actes une barbarie de langage extraordinaire ; et, d'autre part, le goût de ceux des clercs qui se piquaient de littérature, pour la recherche de Télégance, de la variélé, des images, des périphrases et de tous les ornements du style, avait introduit, dans les actes qu'ils rédigeaient, avec des singularités de tous genres, une prolixité et des impropriétés d expressions incompatibles avec la précision et la clarté. On a dit déjà que pendant la dernière partie du xi^' siècle se manifeste une tendance à lamélioration du style des chartes, mais elle ne s accentua véritablement qu'au cours de la première moitié du xn"" siècle, sous une double influence : la renaissance de l'enseignement grammaticaP et le développement des études juridiques*.

Depuis lors, le style des chartes redevint plus naturel, plus simple, mieux approprié à son objet, en môme temps que la langue retrouva une correction qu'elle ne connaissait plus depuis longtemps. Elle ne cessa pas sans doute de différer beaucoup de l'usage classique, mais, pour le vocabulaire comme pour la grammaire, il s'établit de nouveaux usages qui firent autorité. La terminologie se fixa, le sens des mots se précisa, et ils furent toujours employés avec l'acception qui leur fut attribuée par l'usage. Les jurisconsultes remirent en faveur d'anciennes formules et en créèrent d'autres pour répondre aux idées et aux besoins nouveaux. Sous l'influence de la langue vulgaire, l'arrangement des mots dans la phrase se rapprocha sans cesse davantage de l'ordre qu'on est convenu d'appeler analytique. Cette transformation s'opéra pendant le cours du xii' siècle; elle était achevée au commencement du xiii^, et à ce moment le latin des chartes est devenu une langue à laquelle on ne saurait contester le mérite d'une rigoureuse précision. Les actes furent alors rédigés avec une grande régularité et une parfaite clarté ; ceux de la chancellerie de Louis IX en particulier sont remarquables à cet égard et peuvent être considérés comme des modèles.

La corruption vint de l'influence de la langue vulgaire. Aussi longtemps que le latin demeura la langue naturelle et presque unique des affaires, de l'administration et du droit, on ne cessa de l'écrire avec une pureté

plusieurs expressions. Voy. Étude sur le rythme, p. 269 et suiv. Ou y trouvera des exemples de bulles fausses que leur incorrection rytlimique pourrait suffire à faire déclarer tcUes.

i. Il était fort négligé au xr siècle. H. Thurot n'a trouvé à citer pour cette époque que quatre textes sans grande importance. Guibert de Nogent, qui écrivait en 1120 ou environ, nous a laissé sur la rareté des professeurs de grammaire, au temps où il faisait ses études, un témoignage qu'il faut citer : a Erat paulo ante id temporis, et t adhuc partim sub meo tempore, tanla grainmaticorum raritas ut in oppidis pêne nuUus, « in urbibus vix aliquis reperiri potuisset; et quos inveniri contigerat, eorum scientia « tenuis erat nec etiam moderni temporis clericulis vagantibus comparari poterat. » (Hist. de sa vie, dans Nigne, PatroL lat., t. 156, col. 844.) Dés le début du xii* siècle l'étude de la grammaire et l'enseignement du style épistolaire (où l'on comprenait les chartes) prirent presque subitement un développement extraordinaire (Voy. Thobot, Hiai. des doctrines grammaticales, p. 16 et passim).

^- Voy. M. FocRiiiSR, Histoire de la science du droit en France^ t. III, Paris, 1802, in-8.

«i LANGUE IIES DOCl'MENTS DIPLOMATIQUES. lLiv.iii.Cii. t

rclstivi>. Mais, lorsque les langues vulgaires devinrent à leur tour l'expression ordinaire de toutes les idées, lorsque pour écrire en latin il Eallul traduire ce qui avait été d'iibord conçu ou même eiprimé en laague vulgaire, le vocabulaire subit au plus haut degré la conlamiDation de la langue parlée. Les scribes les plus instruits, ceux des grandes chancelleries et des cours ecclésiastiques, purent se préserver plus ou moins longtemps de la contagion, mais, dès la seconde moitié du un' siècle, beaucoup de notaires et de scribes des chancelleries inférieures n'écrivirent plus en latin qu'en calquant grossièrement les tournures, les locutions et les ttM'mes mêmes de la langue parlée. Ce fut dans les cours judiciaires que cet envahissement (il les progrès les plus rapides et ramena la langue à une véritable barbarie.

Le latin, qui jusque-là était resté une langue vivante, encore qu'il ne vécât que d'une façon incomplète, perdit dès lors toute vie propre, mais il se survécut encore longtemps à lui-même, et continua jusqu'au cours du Xïi' siècle ù être employé pour une foule d'actes judiciaires el ecclésiastiques; et tel est l'empire des habitudes invétérées que les réformes de la Itenaissance n'eurent pour ainsi dire aucune influence sur la langue caduque et dégénérée des greffiers et des tabellions. Mais il est temps d'examiner comment et à quelle époque les langues vulgaires se sont substituées au latin dans les documents diplomatiques.

a. — La langue vulgalra dana lea documenta diplomatiques.

Pour renconlrer le plus ancien exemple de l'emploi de la langue vulgaire dans les texies diplomatiques, il faut remonter jusqu'aux serments que prononci-rent publiquement à Strasbourg, le 14 février 842, I^uis le Germanique et Charles le Chauve, le premier en langue romane et le second en langue tudcsquc. Si l'historien Nithard a introduit dans son récit le texte même de ces formules sacramentelles, dont il dut avoir l'original sous les yeux, au lieu de les traduire en latin, c'est vraisemblablem«it parce qu'elles constituaient un pacte formel dont chaque tenue importail, et qu'en matière de serments, une valeur particuhère s'attachait aux paroles mêmes qui avaient été proférées'. On en trouve un autre exemple caractérislique une trentaine d'années plus tard; lors du partage qui suivit la mort de Louis le Germanique, en 87t), ce fut également en langue vulgaire que fut consigné par écrit le texte des serments réciproques par lesquels ses (\\s, Carloman, Louis le Jeune et Charles le Gros, se garantirent leurs États'. Pour être compris de la foule, il fallait dés celte époque s'exprimer en langue vulgaire, et lorsque les paroles prononcées

1. L'observation est de M. Pio Riiisi, À cota si deçà la conierva»ione IctIuaU dri giuramenli di Slrmlntrgo, dnns Romania, I. XXI (1803). p. 53.

!. ÂHuaUi Futdetua keiO {éd.VEtm, Mon. gemu SS., t. )) : ■ Ktrlmannns el llludot u'icus alque Karolus, lUudonici régis Dlii. in pafco Dctietise convenieule):, palernum

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