‹ Manuel de diplomatique. Diplomes et chartes. - Chronologie technique. - Éléments critiques et parties constitutives de la teneur des chartes. - Les chancelleries. - Les actes privésChapitre 270 sur 554 · LA LANGUE VULGAIRE · texte numérisé non relu

LA LANGUE VULGAIRE

plus anciens documents remontent toutefois, comme on Ta dit, aux dernières années du xi'.

L*époque où le provençal a disparu des documents diplomatiques n*a pas été non plus exactement déterminée. Ce fut au cours du xiv<^ siècle que, dans les provinces du Midi, le français, devenu la langue administrative officielle, se substitua peu à peu dans les actes publics aux anciens dialectes. Mais ceux-ci se maintinrent dans les registres municipaux de comptes et de délibérations, jusqu'au \\i^ siècle dans certains pays, et exceptionnellement en Béarn jusqu'à la Révolution.

Le français se montre dans les chartes du Nord beaucoup plus tard que le provençal dans celles du Midi, et, à la différence des actes méridionaux, les plus anciens documents où apparaît le fï*ançais sont entièrement rédigés en langue vulgaire. On n'en connaît pas jusqu'à présent d'antérieurs aux premières années du xui^ siècle. On en a cité, il est vrai, en assez grande quantité, du xn^ ou même des siècles antérieurs, mais, vérification faite, ces documents se sont trouvés faux ou traduits du latin*.

C'est dans les villes du Nord qu'on parait avoir commencé à écrire des chartes en langue vulgaire ; ce furent d'abord les contrats privés, reçus par les échevinages qui faisaient fonction de notaires. Il s'en est conservé en quantité considérable dans les archives du nord de la France et de la Belgique. La ville de Tournai, dont le fonds est le plus riche, possède plus de douze cents de ces actes rien que pour le xiii<' siècle; l'original le plus ancien d'un acte français daté que j'y ai pu voir est de 1206**. A Douai, la série des chartes en langue vulgaire remonte à 1204***. A Saint-Omer et à Arras, les actes en langue vulgaire sont éga-

4E p. Meyer. Observations grammaticales sur quelques chartes fausses en langue vulgaire, dans Bibl. de VÉcole des Chartes, 5* série, t. III (1862), pp. 125-158.

** B.-G. Du Mortier, Notice sur l'époque de Vintroduction de la langue française, dans le* actes publics au moyen âge. Au t. I (1842) des Archives tourna isiennes. Le plus ancien acte des archives de Tournai publié dans ce recueil est de 1197; ce document ne se retrouve plus aujourd'hui : il a été reproduit dans Tailliar, Recueil d!' actes des xu* et xui* siècles en langue romane wallonne. Douai, 1849, in-8. Ce même acte est cité à tort par M. Bre$«lau (Handbuch, p. 602, n' 5) sur la foi de Scbum comme provenant de Cambrai. — A. d'Herbomes, Étude sur le dialecte du Tournaiêis au xni* siècle d'après les chartes de Tournai, au t. XVII (1883), des Uém. de la Soc. hist. et litt. de Tournai, publie 60 cliartes de 1207 à 1292.

i^** Bonnier, Étude critique sur les chartes de Douai, dans Grôber's Zeitschrift f. romanische Philologie, t. XIII et XIV [1889 et 1890), publie cent chartes douaisiennes de 1204 à 1275. Voy. un fac-similé d'une charte de 1204, dans le Blusée des Archives dép., n» 58, pi. XXVIÏI.

vicomtes de Lautrec aux habitants de celte ville, croit devoir exposer en ces termes qu'il lui était loisible d'en dresser l'acte en latin ou en langue vulgaire : « Et sit notum et « manifestum quod ego Bernardus de Rocabaudra, notarius infrascriptus, retinui de a voluntate dictorum dominorum et aliorum prenominatorum, quod ego possem « facere et dictare presens instrumentum cum dictamine sapientis vel sapiencium et a facere romanis verbis vel etiam in latino et redderc instrumenta cuilibet de univer- •• silate, cum per aliquem vel per aliquos fuerim requisitus. s [Ordonn. des rois de France, t. Vlll, p. 40.)

[Lit.iii.Ch.ï

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