Commeniaries of the Law ofEngland
4. Je me plais à reconnaiti^e que je dois à mon collègue et ami Ch. Bémont plusieurs des renseignements relatifs à l'usage du français dans les documents anglais.
474 LANGUE DES DOCUMENTS DIPLOMATIQUES. [Lnr. iii,Ch.t
Le français, qui était devenu, depuis les croisades, la langue courante de l'Orient latin, y fut fréquemment usité au xiii* siècle pour écrire les chartes; on en trouve de nombreux spécimens dans le cartulaire de Tordre teutonique et dans les archives des Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem. L*avènementd*un comte de Flandre au trône de Gonstantinople, en 1204, introduisit la langue française à la chancellerie byzantine'; les princes de Lusignan, devenus rois de Chypre, remployèrent couranunent au xm* siècle'; enfin les musulmans eux-mêmes s'en servirent dans leurs communications avec les nations chrétiennes'.
Les Normands avaient une première fois importé la langue française dans ritalie méridionale au xi« siècle, mais les actes français les plus anciens de ce pays ne datent que du gouvernement de Charles I*^ d'Anjou, qui organisa sa conquête sur le modèle de l'administration française. Le plus ancien acte français qu'on ait signalé aux archives angevines de Naples est du l^*" août 1272. Ce document et ceux des années suivantes sont des pièces ayant un caractère financier ou des lettres destinées à recevoir leur effet en France. Le 27 octobre 1277, une ordonnance (en français) de réorganisation du Trésor prescrivit que les mandements adressés aux trésoriers du Château de l'Œuf devraient être écrits en français*. La langue française ne survécut pas en Italie aux princes angevins.
En Allemagne enfin la langue française pénétra dans les actes royaux avec l'avènement au trône de la maison du Luxembourg. Le français était dès le xin<^ siècle la langue de la chancellerie comtale, lorsqu'elle ne se servait pas du latin; il devint, après le couronnement de Henri VII, en 1508. la langue préférée de la cour et de l'administration ; les comptes de la maison souveraine et du Trésor, ainsi qued'autres registres, furent tenus en
i. Voy. p. ex. un diplôme orig. scellé en français, daté du palais de Blaquerne, oct. 1248, avec date et souscription au cinabre, par lequel « Baudoins, par la grâce de a Deu tras feaus enoperei^es en Crist, coronez de Deu, govemieres de Romanie. et touz c jors accroissanz », donne à l'impératrice Marie sa femme des pouvoirs pour engager ses terres de France afin de payer ses dettes [Arch. nat. J. 509. Layette* du trésor det Chartes, t. III, p. 50, n« 3727).
2. 1254, juillet, c Henri, par la grftce de Dieu, roy de Cipre, » donne le village de Kavallari à l'église de Nicosie. (L. de Mas-Latrib, Hist, de Chypre, Preuves, t. Il, p. 638.) — 1248, 19 avril. Cession par le roi de Chypre à Jean de firienne de ses droits en Champagne (Orig. scellé, en français, Arch. nat. J. 433, n<* 5. Layettes du trésor des Charles, t. III, n*'3648). — 1252, juillet, Acre. «Henri, par la grâce de Dexrti de Chypre et seignor del reaume de Jérusalem, » autorise l'Hôpital d'Acre à construire de nouvelles portes. (L. de Mas-Latrie, Bist. de Chypre, pr. I. p. 66 d'après l'orig. aui arch. de Malte.)
3. Voy. la confirmation par le sultan d'Alep en 1254 des privilèges des Vénitiens, et une lettre au doge de Venise (L. de Mas-Latrie, Documents français de Van 125 i émanant du sultan d'Alep, dans la Bihl. de VÉc. des Chartes, 5« série, t. II (1851), p. 527.
4. P. DuRRiBU, Les archives angevines de Naples, t. I (1886), p. 205, et Notice sur les registres angevins en langue française, dans les Hél. d'archéol. et d'hist. pubL par l'Ec. de Rome, t. III. 1883.
ë 5J LA LANGUE VULGAIRE. 475
français» m»*iis la chancellerie ne s'en servit que rarement et seulement pour les diplômes qui concernaient le comte de Luxembourg^ Il en fut à peu près de même encore à la chancellerie du roi Jean de Bohême, et de même aussi sous Tempereur Charles lY, qui eut, au commencement de son règne, une chancellerie particulière pour le Luxembourg*.
L'allemand fut employé dans les documents diplomatiques un peu plus tard que le français. Le plus ancien original daté, rédigé en langue allemande, est, d'après H. Bresslau, un diplôme de Conrad IV du 25 juillet 1240, mais c'est encore une chose exceptionnelle. Depuis cette époque l'allemand pénétra peu à peu, mais assez lentement, tant dans les chartes privées que dans les actes royaux. Depuis Louis de Bavière il eut une place à peu près égale à celle du latin. Dans le comté de Hontbéliard, en Alsace, dans quelques parties de la Lorraine, l'allemand est assez souvent employé dans les actes privés depuis la fin du xni^' siècle; il y devient fréquent à partir du commencement du xiv«'.
Dans la partie de la Flandre située au nord de l'Aa, le flamand se rencontre couramment dans les actes depuis le xiv« siècle.
En Italie, si l'on met de côté d'une part les expressions ou même les phrases italiennes qui se trouvent dans des actes latins et dont il a été question plus haut, et d'autre part les prétendus textes en dialecte sarde qui remonteraient au xi^' siècle, mais qui soulèvent des questions de tout genre, c'est relativement assez tard que la langue vulgaire apparaît dans les actes. On rencontre, il est vrai, dès le x« siècle, comme on l'a vu plus haut, des expressions ou même des phrases italiennes dans des actes latins; on peut citer encore une charte du Picenum de 1193 dont le texte, rédigé pour la plus grande partie en langue vulgaire, est encadré dans un protocole et des formules en langue latine*; mais le testament d'une comtesse Guidi (v. 1250-1260) serait, au témoignage de H. 0. Hartwig, le document le plus ancien écrit entièrement en italien qui se soit conservé'. 11 D'est pas douteux cependant que la langue vulgaire ait été employée dès le commencement du xni« siècle pour rédiger les actes, car le formulaire deGuido Faba, composé vers 1230, donne des modèles d'actes en langue vulgaire', et les statuts de Bologne, de 1246, imposaient aux candidats au notarial un examen, où ils devaient prouver qu'ils savaient écrire en