Préface du Nouveau Traité de diplomatique, p. xxi
S. c ... postquam utcumque evolvi opus vestrum De re diplomalica, non possum cclarc froctum quem inde retuli. Fructus autem hic est, quod mihi in mea de eodcm argumenCo lucubratiuncula nibil jam amplius placeat, nisi hoc unum, quod tam pnedaro operi et omnibus numeris absoluto, occasionem dederit ... Tu pori*o, quoties res tolerit, audacter testare, quam totus in tuam sententiam iverim.... » Cette lettre, datée d^AoTers, SO juillet 1683, a été plusieurs fois publiée et notamment dans la préface du Supplément à la Diplomatique de Mabillon. Papenbroeck ne laissa passer aucune occa-
64 HISTOIRE DE LA DIPLOMATIQUE. [Liv. i, Chap. ii
L'exemple de Papenbroeck ne fui pas suivi par les jésuites de Paris : entre eux et les bénédictins, toujours suspects de jansénisme, ii y avait de vieilles querelles que toutes occasions étaient propres à raviver. Les éditions des Pères en avaient été déjà le prétexte, notamment celle de saint Augustin (1679), dont les jésuites avaient prétendu le texte interpolé et altéré. Ils avaient accueilli avec faveur le discrédit dont leur confrère des Pays-Bas avait cru frapper les archives bénédictines; son scepticisme était venu prêter quelque appui aux paradoxes du P. Hardouin, qui aimait à soutenir qu'on ne pouvait trouver dans les chartes que des fables nouvelles à ajouter aux mensonges des chroniques. Quoi qu'il en soit, dans la société du collège Louis-le-^rand s'élabora lentement une réfutation de Mabillon, qui parut en 1705 sous le nom du P. Germo!<i*, réfutation sans valeur et maladroite, mais pleine d'insinuations perfides ^
Cette fois encore Mabillon refusa d'entrer dans la polémique. Sa seule réponse fut la publication d'un Supplément à sa diplomatique **, dans lequel il complétait sa doctrine par de nouvelles observations, justifiait les chartes de Saint-Denis, publiait de nouveaux documents et faisait l'application de sa méthode, en restituant, à l'aide des diplômes, la chronologie, avant lui si confuse, des rois de France de la première race. Une nouvelle dissertation du P. Germon fit entrer dans la lice les meilleurs disciples de Mabillon, dom Ruinart et dom Colstant, et s'engager une nouvelle « guerre diplomatique » à laquelle prii^nt part Fo3(tani!<ii, Lazza- RiNi, Maranta, Gatti, etc. ***.
* P. Germon, De veterihut regum Francorum diplomatibu» et arle secernendi aniiqua diplomata a faUia ad. r. p. J. Mabillonium disceptatiOt Paris, 1703, in-12.
** Mabillon, Librorum de re diplomalica supplementum in quo archetypa in his librU pro regulis propoêita, ipsaeque regulae denuo cotifirmanlur, iicvùque tpeeiminibus et argumentit asêentntur ei illush^anlur, Paris, 1704, in-fol. vui-H6 p. et de nombreuses pi.
*♦• P. Germon, De veteribus regum Francorum diplomatibiu diêceplalio //, Paris, 1706, in- 12. — Th. Ruinart, Ecclesia Pariaiensis vindicata adversua Bar th. Germonii duaa diaceptationea deatiiiquia Francorum diplomatihuê (sans nom d'auteur), Paris, 1706, in-12. — P. Constant, Vindiciae manuscriptorum rodicum a R. P. Ii. Germon impugnatorum..., Paris, 1706, in-8, et Vindiciae codicum veterum confirmatae, Paris, 1707, in-8. Germon répondit par une 3« dissertation : De veleribua regum Francorum diplomatibua.., diaceptationea adveraua Th. Duinarli et J. Fohtanini vindiciaa atque epiatolaa D. Lazzarini et M. -A. Gatti, Paris, 1707, in-12. — J. Fontanini, Vindiciae antiquorum diplomatum adveraua B. Germonii diaceptationem, Rome, 1705, in-4. — D. Lassarini, Epiatota ad amicum Pariaiensem pro vindiciia antiquorum diplomatum J. Fontanini. Rome, 1706; voyez l'indication d'autres
sion d'exprimer publiquement la même opinion. Les bénédictins ont réuni les passages de ses écrits où il est question de l'ouvrage de Mabillon, Nouveau Traité de diplomatique, t. I, p. 17.
1. Presque toutes dirigées contre les archives de Saint-Denis où se trouvaient les plus anciens actes royaux. En voici un exemple : Mabillon ayant publié ou signalé 16 diplômes mérovingiens dont il n'y a pas trace dans la publication faite par Doublet en 1025, ni mention dans les auteurs antérieurs ; d'où proviennent-ils s'ils n'ont pas été fabriqués depuis 1625? Sans articuler nettement une pareille accusation, on essaye d*y amener le lecteur.
g i] LES CONTINUATEURS DE MABILLON. 65
L'influence de l'œuvre de Mabillon n'avait pas tardé, du reste, à se manifester d'une manière autrement féconde que par ces controverses stériles. De toutes parts on s'efforça bientôt de l'imiter et de la développer. de l'adapter aux documents des différents pays et de la compléter, en appliquant sa méthode à l'étude des séries que l'illustre initiateur n'avait pas étudiées. En Espagne, le bénédictin G. Ferez publia dès 1688 une série de Dissertations sur la diplomatique où il se prononçait en faveur de la doctrine de Mabillon""; en Angleterre, Madox faisait précéder un vaste recueil de documents anglais d'une dissertation critique sur les chartes, et IIickes, dans une étude développée sur les documents anglosaxons, tout en admettant dans leur ensemble les règles de critique données par Mabillon, combattait cependant plusieurs de ses idées ; en Ecosse, Th. RoDiiiAN!^ ajoutait à la collection de chartes publiées en fac-similé par J. Andersen, un traité développé sur la diplomatique des souverains de rÉcosse depuis le xi« siècle**; en Italie, le marquis Scipion Haffbi publiait, dès i7tî7, le début et l'esquisse d'un vaste traité de diplomatique qui ne devait jamais être achevé, et Moràtori, dans ses dissertations, appliquait à une série de documents les principes de la critique diplomatique***.
En Allemagne, les publications relatives à la nouvelle science dcve-
opuscules dans Namur, ouvr. eii., II, 170-172. En 1744 encore, il publiait une De/en- *io contra Grrmoniumy Rome, in-4. — S. Haranta, Exposlulalio in H. Germonium pro anliguiê diplomatibut et codicibus mis,. Messine, 1708, in-8. — H.-H. GatU, Epiêiolû ad J. Bernardum pro vindiciii antiquorum diplomatum J. Fontanini, Amsterdam, 1707, in-8. — Sur cette nouvelle phase des guen*es diplomatiques, voyez Ie« ouvrages cités plus haut p. 59, n. 4, et de plus, Histoire de» contestations sur la Diplomaiique avec l'Analyse de cet ouvrage composé par le /?. P. D. /, Maunion, Paris, 1708, in-12, réimprimé i Naples, 1767, in-8; ouvrage anonyme attribué à l'abbé Racoet et plus vraisemblablement au jésuite La:.lehe>t.
* Josephi Peresii, Dissertationes ecclesiasticae de re diplomatica, Salamanquc, 1688, in-4.
** ]fadoz« A dissertation eonceming aneient charters and instruments (ixxv p.) en télé du Formulare anglicanum, Londres, 1702, in-fol. — Hickes, Linguarum septentrionalium thésaurus grammatico-cri ficus et archaeologitmSf Oxford, 1703-1705, 6 part, en 2 ou 5 vol. in-fol. Les observations d'ordre diplomatique se trouvent dans une Disseriatio epistolaris de 159 p., dans la partie intitulée Anliquac litteraturae septenlrionalis liln-i II. La discussion de la doctrine de Mabillon se trouve surtout dans la Préface placée en tiîte de l'ouvrage, p. xxxi-xli. — D. Rcixart a répondu à Hickes dans la préface qu'il a ajoutée à la 2* éd. (1709) du De re diplomatica. — J. Anderfon, Selectus diplomatum et numisniatum Scotiae thésaurus, Edimbourg, 1759, in-fol. En tète : Tbomae Rudima^ixi ad leclorem çiXdcp'/atov praefatio. De diplomatibu* et sigillis in prima parte content is [56 p.).
*** 8c. Haffei, isloria diplomatica ehe serve d'introduzione alVarte critica in fal maUria con raccolta de' documenti non ancor divulgati che Hmangono in papivo eçiiio e ragionamenti sopra gVltali primitiei, Manloue, 1727, in-4. Aux deux premiers livres, où il n'est question que des temps antérieurs au viii* siècle, sont joints un recueil de documents et des dissertations sans rapport avec la diplomatique. — > Huratori, De diplomatibus anliquis, dubiis aut falsis ; De sigillis medii aevi (Dtssert. xxxiv et xxxv, au t. 111 (1740) des Antiquitates Italicac.)
66 HISTOIRK DE LA DIPLOMziTIQUE. [Liv. i, Ch. h
naicnt rapidement plus nombreuses, suscitées par les Universités, où la diplomatique était bientôt devenue matière d'enseignement et suppléait à celui de Thisloire du droit, qui n'existait pas encore. Sans nous ari^ter à énumérer toutes les publications, la plupart spéciales à un seul point de la science et dépourvues aujourd'hui d'intérêt, qui parurent alors, nous nous bornerons à mentionner ici les traités généraux qui peuvent être encore de quelque utilité ou qui ont marqué dans l'histoire de la science. Le premier en date de ces ouvrages est l'étude développée de la diplomatique des souverains de l'Allemagne (de Conrad l" à Frédéric II) par laquelle J. Georg Bessel, abbé du monastère bénédictin de Gôllweig en Autriche, commença une vaste histoire diplomatique de son abbaye, qui ne devait jamais voir le jour. Daniel Eberhard Barimg, professeur à Hanovre et l'un des collaborateui^s de Leibnitz pour les Origines guelficacj publiait en i737, sous le titre de Clavis diplomatica, un ouvrage qui peut encore être utile par la bibliographie développée qui en forme la partie principale; un autre collaborateur de Leibnitz, Chr. Heinr. Eckhard, professeur h léna, publiait en 1742 une intmduction ou plutôt un abrégé de la diplomatique allemande. Joh. Hkumann, professeur à Altdorf, faisait une étude spéciale des "diplômes impériaux; enfui J. Christoph Gatterer, professeur à Gôttingen, grand admirateur des classifications de Linné, s'appliqua à les transporter dans la diplomatique*.
Mais le développement et le perfectionnement de la doctrine elle-même ne sont qu'une partie, et certainement la moindre, de l'influence exercée par la science nouvelle créée par Mabillon. Pour apprécier cette influence h sa mesure, il faudrait tracer un tableau complet des progrès des études historiques au wni** siècle, énumérer les recueils de documents publiés et montrer comment les érudits et les historiens, par l'emploi judicieux et la cintique des chartes, ont pu alors fonder, sur des documents d'une autorité indiscutable, la chronologie historique, l'histoire ecclésiastique, l'histoire provinciale et l'histoire des institutions*.
* 6. Bessel, Chronicon Gotlwicense seu annale* liberi et exemple monaaterii Gottwicrnsis.... Tomus prodromus. . De codicibus antiguis »m«., de imperatorum ac regum Gennaniae diplomalibus, de eorumdem palatiis, mV/m et curtibus régit» algue de Gennaniae medii aevi pagis praemittitur (t. I et II). Tegernsce, 1732, grand in-fol. — Baringii CAaris diplomaties, llaiiovi^, 1737, in-4; 2* éd. augmeiw têe de plusieurs disserlatioiis de divers auteurs sur différents sujets de diplomatique, Ibid., 1754, in-4. — Ghr.-H. Eckhard, Introduciio in rem diplomaticam praeciptie gennanicam,... in usum hintoriae ac juris publici et privât i Germaniae, lona, 1742, in^; — 2* éd. cura J.-C. Biasciik, Ibid., 1753, in-8. — J. Heumann, Conê" mentarii de re diplomatica imperatorum ac regum Germanorum, Nuremberg, 1745-175 >, 2 vol. in-i. — Cotnmentarii de re diplomatica imperatricvm ac réginarum GermaniaCy Ibid., 1749, in-4. — J.-Ghr. Gatterer, Oratio de artis diplomaticae dif/icuUate, Nuremberg, 1757, in-4. — Elément a artis diplomaticae universalis, Giittingen, 1705, in-4. — Abriss der Diplomatik, Ibid., 1708, in-8. — Pvahtitche Diplomatik, Ibid., 1790, in-8. — Epitome artis diplomaticae, éd. nova et compléta curis E. Gatxkr, Salzbourg, 1800, in-8.
1. Voyeat sur le développement des études historiques au xvni» siècle : G. Moxod, Va progrès des études Uistorigues, dans la Hevue historigue, 1. 1 (1876), p. 20-25.
g î\ LE NOUVEAU TRAITÉ DE DIPLOMATIQUE. 67
Mabillon, dans le manuel de la critique diplomatique dont il avait doté la science, n*avait pas étudié les chartes postérieures au xiii* siècle, moins sujettes à contestations que les actes plus anciens ; il avait de plus laissé de côté à peu prés complètement plusieui^ catégories de documents, tels par exemple que les lettres apostoliques et les actes privés, auxquels s'appliquaient sans doute les régies générales de sa méthode, mais qui devaient cependant faire Tobjet d'études spéciales. Dés le milieu du xviu^ siècle, la quantité vraiment prodigieuse de pièces de tout genre, de tout pays et de toutes époques déjà mises au jour, provoquait des remarques, des comparaisons et des études critiques qui devaient nécessairement former un complément à Tœuvre du fondateur de la doctrine. Une discussion i*elative à Torigine de Tabbaye de Saint-Victor-en-Caux, dans laquelle on ranimait les vieilles querelles pour contester Tauthenticité de certains privilèges et notamment de plusieurs bulles de Tabbaye de Saint-Ouen de Rouen, donna occasion à deux religieux de la congrégation de Sâint-Haur, dom Toustain et dom Tassin, de prendre à nouveau la défense des archives monastiques. Fidèles à la tradition de Mabillon, résolus, comme ils le disent eux-mêmes, à éclairer leurs adversaires plutôt qu'à les confondre, ils entreprirent de composer un Nouveau Traité de Diplomatique, complétant celui de Mabillon et l'enrichissant de toutes les acquisitions faites en un demi-siècle par la science. Il parut de 1750 a 1765 et ne forme pas moins de six gros volumes in-i"*.
Il faut dire que cet ouvrage ne marque au point de vue de la doctrine qu'un mince progrès sur celui de Mabillon. Un nombre véritablement prodigieux d'observations et de renseignements, rassemblés avec une application et un zèle admirables, mais acceptés souvent sans critique suffisante, assez mal ordonnés aussi, malgré l'abus des divisions et des subdivisions, font du Nouveau Traité une vaste compilation, un riche répertoire de faits de tous genres, qu'une table alphabétique des matières très développée permet de consulter facilement. On doit toutefois regretter que ce livre ait presque totalement remplacé dans l'usage l'œuvre de Mabillon, si supérieure pour la méthode et le sens critique, et que la plupart des travaux postérieurs procèdent de lui. Traduit en allemand, avant même d'êti'e entièrement publié, il fut bientôt abrégé et mis sous forme de dictionnaire par dom de Vaiîies**. Nous aurons occasion de constater que son influence s'est continuée jusqu'au milieu de notre siècle.
* Saweau Traité de diptomaliquCt où l'on examine les foudemenlê de cet art, on établit des règles éur le diicernement des titres, et Von expose historiquement les caractères des bulles pontificales et des diplômes donnés en chaque siècle, arec des éclairciuements sur un nombre considérable de points d'histoire, de chronologie ^ de critique et de discipline; et la réfutation de diverses accusations intentées contre beaucoup d'archives célèbres, et surtout contre celles des anciennes églises, par deux religieux bénédictins de la congrégation de Saint-Maur. Paris, 1750-1765, 6 Toi. in-4. — Une traduction allemande sous le titre : Seues Lehrgebàude der Diplomatik, fut publiée à Erfurt de 1750 à 1769 en 0 vol. in-4. Elle est l'œuvre de J. Chr. Adeluxg pour les t. 1-lV, et de Ant. IIudolpu pour les suivants
•• J.-F de Vaines, Dictionnaire raisonné de diplomatique, Paris, 1774. 2 vol. in-8.
68 HISTOIRE DE LA DIPLOMATIQUE. [Liv. i, Ch. ii
On sait que la Révolution interrompit brusquement en France toutes les études historiques, qui ne reprirent essor que sous la Restauration. La tradition se continua au contraire dans les Universités de l'Allemagne. Au commencement du siècle, un professeur de Vienne, C. Traugott Gottlob ScHosEMANN, publiait encore un traité général de diplomatique, longtemps estimé et qui n'a été remplacé que de nos jours*. Quelques années plus tard, U.-Fr. Kopp poursuivait en Allemagne et en France, sur les notes tironiennes des documents mérovingiens et carolingiens, ses études, qui devaient être si fécondes pour la critique diplomatique des actes des souverains de ces deux dynasties**, et bientôt la Société pour l'étude de l'ancienne histoire de TAllemagne, fondée en 1819 par le baron de Stein, comprenait dans le plan de ses travaux l'étude et la publication des actes des souverains allemands jusqu'au xiv* siècle.
Les changements considérables apportés à l'état social de la France et à la constitution politique de l'Europe par la Révolution et l'Empire eurent pour conséquence de faire perdre aux documents du moyen âge à peu près toute valeur juridique et pratique. Le droit international reposant depuis lors presque uniquement sur les stipulations de traités récents, le droit public résultant de constitutions et de lois organiques nouvelles, le droit privé ayant été renouvelé par des codifications, les corporations, les établissements et les seigneuries, auxquels appartenaient la plupart des chartriers et qui avaient le plus d'occasion de s'en servir, ayant été supprimés, il en résulta que l'on eut rarement à invoquer désormais, soit dans les relations internationales, soit devant les tribunaux, l'autorité des textes anciens*. Les chartes n'eurent plus dès lorsqu'un intérêt pure-
Une nouvelle édition , « augmentée de 23 planches nouvelles et de plus de 400 articles 9, a été donnée par A. Donnettv, Paris, 1863,2 vol. in-8; mais ces additions, étrangères pour la plupart à la diplomatique, sont loin d'avoir amélioré Tœuvi'e primitive, du reste médiocre. Une réimpression en a été faite en 1884.
* Schônemann, Versuck einen volhlàndigen Systems der allgemeinen^ besondei's àlleiti Diplomaliky als Handbuch fur Archivare und den Geschâftsgebrauchy Hambourg, 1801-1802, 2 vol. in-8. — 2* éd. sous le titre : Lehrbuch der... Diplomatik... zum Gebrauck akademischer Vorlesungen, Leipzig, 1818, 2 vol. in-8. — Il y faut joindre : Codex fur die prahtisclie Diplomaiik, Gcittingen, 1800-1803, 2 vol. in-8; recueil de textes (documents latins de 314 à 1513; documents allemands de 1217 à 1235), empruntés aux grands recueils et destinés à illustrer le manuel de diplomatique.
*♦ U.-Fr. Kopp, Palaeographia critica, t. 1 et II, Mannheim, 1817, in-î — Je m'abstiens de citer d'autres ouvrages relatifs à la diplomatique parus en Allemagne vers le mcme temps, parce qu'on ne les trouve que difOcilement dans nos bibliothèques françaises et qu'ils n'ont plus guère aujourd'hui d'intérêt pour nous. On en peut voir l'indication dans Bresslau, Handbuch d. Urkundenlehre, aux notes des p. 20 et 30.
i. U faut noter cependant des exceptions : 1*" D'abord et le plus fréquemment pour des questions de droits de propriété ou d'usage et spécialement pour des biens communaux. Exemple : la commune de Gouvieux s'appuyait naguère (1880) sur de fausses lettres patentes du roi François \" pour prétendre à un droit de pacage sur la pelouse de Chantilly; 2« ensuite et comme une singularité du droit international : les droits respectifs de la France et de l'évoque d'Urgel sur le territoire de l'Andore sont réglés par des textes qui remontent à l'origine des temps féodaux.
§ îj LE X1X« SIÈCLE, — TRAVAUX FRANÇAIS. 69
ment historique et leur étude fut dépouillée de toutes les préoccupations extrascientifiques, dont les savants des derniers siècles, même les plus illustres, ne s'étaient jamais complètement afTranchis. Devenues inutiles aux hommes d*Ëtat et aux jurisconsultes, elles furent assez longtemps délaissées; mais le goût de la littérature historique, qui se réveilla en France après la chute du premier Empire, devait avoir pour conséquence une renaissance des études d'érudition. Bientôt en effet l'Académie des Inscriptions réorganisée accepta, avec l'héritage de l'ancienne Académie, celui des Bénédictins de la congrégation de Saint-Maur; l'École des Chartes fut créée en 1821, de nombreuses Sociétés savantes se fondèrent en province, et un Comité des travaux historiques fut chargé officiellement de recueillir et de publier les Documents inédits de VHistoire de France (1832). En faisant appel à toutes les bonnes volontés et spécialement aux travailleurs de province pour instituer une vaste enquête sur tous les matériaux historiques, documents, monuments et traditions, qui subsistaient en France, Guizot avait pensé qu'il était nécessaire de guider Tinexpérience de ces correspondants improvisés, en faisant rédiger à leur usage des instructions, sous la forme de précis des connaissances qui leur seraient nécessaires. C'est dans cette vue que fut demandé à Natalis de Waillt, dès 1834, un a Précis du Nouveau Traité de Diplomatique », qui parut en 1838 en deux gros volumes grand in-4, sous le titre ^'Éléments de Paléographie. Malgré le but que l'on s'était proposé, ce volumineux et luxueux ouvrage n'a d'élémentaire que le titre. Aux notions de paléographie et de diplomatique empruntées aux Bénédictins, consciencieusement résumées, classées dans un ordre différent et améliorées fréquemment par des recherches et des observations personnelles, Fauteur a ajouté un précis de chronologie et des développements nouveaux sur certaines matières. Malheureusement, ce traité est encore encombré de beaucoup de superfluités ; les connaissances que j'appellerais volontiers de luxe y sont placées sur le même rang et occupent autant ou plus 'de place que les notions les plus pratiquement utiles, et il s'y trouve de plus, avec l'abus des classifications, bon nombre de ces notions incertaines, acceptées dans la science depuis qu'elles avaient été recueillies par les Bénédictins, et dont la diplomatique n'a pas encore achevé de se débarrasser.
C'est là le dernier ouvrage d'ensemble sur la diplomatique publié en France, car je ne compte pas le Dictionnaire raisonné de Diplomatique chrétienne de M. Quantir (Paris, 1846, in-8) qui fait partie de VEnct/clopédie religieuse de l'abbé Migne, simple abrégé des ouvrages précédents, où les matières ont été assez arbitrairement réparties sous des rubriques alphabétiques. Rien n'est moins adapté du reste à l'étude de la diplomatique, science d'observation et de raisonnement où tout se tient et s'enchaîne, que la forme d'un dictionnaire, bon tout au plus à donner l'explication des termes techniques.
A l'étranger comme en France, les traités généraux sont devenus rares depuis le commencement du siècle. Je signalerai : en Italie, ceux de
70 HISTOIRE DE LA DIPLOMATIQUE. [Liv. i, Ch. u
FuMAGALLi et de Gloria*, qui procèdent tous deux du Nouveau Traité des Bénédictins; en Portugal, les intéressantes dissertations de Ribeiro^; en Espagne le court manuel de Don Jésus Mdnoz y Ritero***.
Jamais pourtant la recherche et lelaboration des matériaux de Thistoire n'ont été poussées avec autant d'activité que de nos jours; mais partout, aux travaux d'ensemble se sont substituées les études de détail, seules susceptibles de faire faire à la science des progrès rapides et décisifs. On trouvera dans les divers chapitres de cet ouvrage des renseignements sur la plupart de ces travaux, dont il suffira d'indiquer ici la direction générale. Ce furent d'abord des recherches sur des points spéciaux, qui forment pour ainsi dire les divers chapitres de la diplomatique générale, par exemple sur certaines formules, les dates, les moyens de validation et particulièrement les sceaux, etc., mais surtout des études critiques sur des documents ou plutôt des groupes déterminés de documents, comparables enti^e eux à raison de leur nature, de leur date ou de leur provenance. Ces travaux, singulièrement facilités de nos joui*s par la centralisation et le libre accès des archives, par le développement des moyens de communication et par la multiplicité et la fîdélité croissante des reproductions en fac-similé, ont eu pour conséquence une rigueur dans la (Critique et dans l'établissement des textes dont on n*avait pas encore eu d'exemple. Grâce aux progrès de la méthode critique, les historiens doivent désormais recevoir des diplomatistes des éditions ou des catalogues de documents, soigneusement datés, consciencieusement étudiés, et accompagnés de tous les i*enseignements nécessaires sur leur valeur et leur caractère.
En France, l'enseignement des sciences auxiliaires de l'histoire, pour le moyen âge du moins, n'a existé pendant longtemps que dans une
* FumagaUi. Iiuttituzioni diplomatiche. Milan, 1802, 2 vol. in-l. C'est à la fois un manuel de paléographie et de diplomatique. 11 s'y trouve trop d'empnints aux Bénédictins, mais les observations personnelles de Tauteur sur les documents itr* liens donnent à son œuvre une valeur particulière. — Gloria, Compendio délie leiioni teorico-praiiche di paleografia e diplomatica^ Padoue, 1870, in-8, avec atlas. Ouvrage médiocre et mal ordonné qui est loin de marquer un progrès sur le précédent. L'auteur n'est pas au courant de la science et a encombré son livre de notions étrangères à la diplomatique. — Il faut mentionner encore: P. Datta, Lezioni di paleografia e di crilica diplomatica êui documenti délia monarchia di Savoiat Tunn, 1834.
** Ribeiro, Diêsertaçoes chronologicas e critica» sobre a hisioria e jurisprudencia ecclesiaitica e cevil de Portugal ^ Lisbonne, 1810-1835. 5 vol. iu-4. Voici l'indi* cation de celles qui se rapportent à la diplomatique : 3. Sfragislica porluguesa. — 5. Idioma, ettilo e ortografia. — 6. Datas dos documentas e monumentot da Hespanha e especialmente de Portugal. — 7. Papel sellado. — 8. Carias partidas. ■ — 9. Signaturas» — 10. Prolegomenos de diplomatica porluguesa. — 11 et 12- Materia e forma de los documentos. — 13 et 14. Solemnidades documetitales. — 15. Paleografia porluguesa.
*** J. Munoi y Rivero, Nociones de diplomatica espaiiola ; resefia sumaria de loë caractères que distinguen los documentos anttriores al stglo xvni autéiiticos de los que son fahos 6 sospechosos, Madrid, 1881, iu-12.
g 2] IJ-: X1X« SIÈCLE. — TRAVAUX FRANÇAIS. 7i
institution unique, TEcole des Chartes. La chaire de diplomatique y a été illustrée par Benjamin GuÉRAnD^ ù l'initiative duquel sont dues les éditions de nombreux caKulaires, mais qui semble s'être appliqué de préférence, moins à la critique des textes et aux soins nécessaires pour les établir, qu a leur interprétation en vue de l'histoire des institutions. Jules QuicHERAT*, quî lui succéda dans l'enseignement de la diplomatique française, remonta directement à la tradition de Mabillon. Seni par une sagacité supérieure et une grande srtreté de jugement, il sut frayer encore à la science des voies nouvelles en analysant dans les textes tous les éléments susceptibles d'en déterminer l'appréciation, et en montrant comment il fallait y joindre les notions les plus variées pour soumettre les documents à une critique pénétrante et rigoureuse. Il a laissé quelques mémoircs, trop peu nombreux, sur la diplomatique; ce sont des moi^ ceaux achevés ; mais l'application de sa méthode se retrouve dans tous ceux de ses écrits d'histoire ou d'archéologie où il a eu l'occasion de se servir des chartes. A côté de lui, M. de Mas-Latrie' s'est plus spécialement atUiché aux actes des papes et à la chronologie. Sans avoir été jamais chargé d'un enseignement, M. Léopold Delisle doit être rangé parmi les maîtres qui ont eu le plus d'influence sur le développement de la science; il doit cette influence à ses travaux sur la diplomatique royale et sur la diplomatique pontificale, qui sont des modèles excellents, et h l'action qu'il a exercée sur les études de l'École des Chartes, où il stt'^e au Conseil de perfectionnement depuis 1858.
A côté de ces maîtres éminents, il conviendrait de nommer beaucoup de leurs élèves, dont quelques-uns sont déjà devenus des maîtres; mais, sans entrer dans Ténumération de travaux spéciaux dont l'indication aura mieux sa place au cours de cet ouvrage, il suffira d'indiquer ici les progrès de la diplomatique pontificale sous Tinfluence de l'étude des archives du Vatican entreprise par les membres de l'Ecole française de Rome. mi. Élie Berger, Ch.GRAiiDjEAN, Maurice Prod, Charles Digard, etc., et les résultats si intéressants et si nouveaux dans le domaine de la diplomatique mérovingienne dus aux études de M. Julien Havet.
Les sciences auxiliaires de l'histoire et notamment la diplomatique, longtemps exclues de l'enseignement de l'iiniversité de France, y ont pris, depuis les réformes de l'enseignement supérieur, une place encore modeste, mais qui ne saurait manquer de s'élargir. Des conférences pratiques î\ l'École des Hautes Études, quelques cours élémentaires à l'École
I. Chargé de renseignement de la paléographie et de la diplomatique de 1836 à 1848, et, depuis cette époque jusqu'à sa mort (1854), de Thistoire des institutions. Voyez sur Goêrard et ses travaui la notice que lui a consacrée N. de Waii.ly à la suite de la SoUee BUT M. Daunou par B. Guérard, Paris, 1855, in-8.
% U occupa la chaire de diplomatique française de 1849 à 1870. Consulter sur ses travaui A. Gikt, Jules Quicherat (1814-1882), Paris, 1882, in-8 (Extrait de la Hevue hUtorique et de la Bibl. de V École des Chartes).
5. Chargé de renseignement de la diplomatique pontiGcalc et de la chronologie, de 1849 i 1870. et de la diplomatique générale, de 1870 à 1885.
72 HISTOIRE DE LA DIPLOMATIQUE. [Liv. i, Ch. ii
NoiTuale supérieure, ont fait pénétrer cet enseignement à l.i Faculté des lettres de Paris (1882), et de là il s'est propagé dans quelques Facultés de province*. Déjà il a porté des fruits, et deux professeure de Faculté, MM. A. LucHAiRE et Ch. Pfisteb, ont commencé, chacun de son côté, l'œuvre des régestes et des annales de nos rois de la dynastie capétienne.
Mais en France, autant que nulle part ailleui^s, l'activité scientifique n'est pas circonscrite dans le rayon d'influence des corps enseignants; aussi ne faut-il pas omettre d'indiquer que de nombreux travaux de recherche, de publication et de critique des documents, particulièrement dans le domaine de l'histoire locale, sont l'œuvre de travailleurs indépendants qui ne doivent qu'à leui^ études personnelles leur préparation scientifique.
En Allemagne, les études de diplomatique ont fait de nos jours des progrès considérables. Dès les premières années de son existence, la Société pour l'étude des sources de l'ancienne histoire d'Allemagne avait fait commencer par ses collaborateurs le dépouillement de la plupart des archives et des bibliothèques de l'Europe en vue de rassembler les éléments de la publication des actes des souverains allemands. Bien que ces matériaux soient demeurés longtemps improductifs, et que le premier fascicule des Diplomata, paini seulement en i872, n'ait pas répondu aux exigences de la science, cette vaste entreprise n'avait pas laissé que d'attirer sur les sources diplomatiques l'attention des historiens. Vei*s le même temps, les collaborateurs de la collection des Jahrbûcher^ furent conduits à en faire un emploi plus fréquent et plus rigoureux pour compléter les données des sources narratives et en contrôler la chronologie. Une entreprise due à l'initiative privée eut une influence plus féconde encore sur le développement de l'étude des sources diplomatiques. L'un des premiei*s collaborateurs des Monumenta Germaniae^ Johann Friedrich BôHMBR (i79r)-1863), chargé d'abord de diriger l'édition des diplômes impériaux, puis y ayant renoncé à la suite de dissentiments avec G.-H. Pertz, conçut le projet d'exécuter lui-môme cette publication, à l'aide de ses seules ressources. Son plan était trop vaste pour aboutir; il ne tarda pas à le comprendre et eut l'idée de communiquer au public le résultat de ses travaux préparatoires, sous forme d'un catalogue chronologique des actes des souverains allemands, combiné avec des mentions empruntées aux sources narratives. Le premier de ces régesteti (91 1-1515) parut en 1831 . 11 y ajouta plus tard de nouveaux recueils pour les monai*ques carolingiens, pour les souverains postérieure, pour les princes de la maison de Wittelsbach, publia plusieurs suppléments, et prépara d'autres recueils