Ibid., KK Xn'é
500 MATIÈRES SUBJECTIVES DE L'ÉCRITURE. [Liv.iv,Cu.ii
papiers en est pourvue. Ces marques peuvent avoir, on le comprend, une grande imporUmce pour la critique des documents sur papier, et Ton en a commencé l'étude scientifique*. Il est bon de remarquer toutefois que les recherches fondées sur les filigranes sont toujours délicates; il est rarement possible de fixer avec précision la date d apparition d*unc marque déterminée; les marques renommées ont duré très longtemps et ont été souvent contrefaites; enfin l'industrie et le commerce du papier se sont développés si rapidement à partir du xiv« siècle que les produits d'une même fabrique se sont répandus dans l'Europe entière, et que d*autre part on rencontre dans une seule localité des produits d'une multitude de fabriques différentes.
Les expressions usitées dans les textes du moyen âge pour désigner le papier furent celles-là mômes qui avaient servi auparavant à désigner le papyrus, dont l'usage était tombé en désuétude : on l'appela charla et plus souvent papirus, charla papiri^ parfois aussi charla bambacis, bambaginaf bombycina. On a cru longtemps que ces derniers termes indiquaient la substance môme qui composait le papier, ou bien qu'ils se rapportaient à son apparence extérieure, cotonneuse ou soyeuse ; mais il vaut mieux admettre, avec M. Karabacek, qu'ils furent à l'origine une indication de provenance ; de môme qu'on désignait un certain produit sous le nom de papier de Damas {charla Damascena), l'expression charla Bambacis devait, semble-t-il, désignçr une autre localité de Syrie, Bambyce, à trois journées d'Alep, ville prospère jusqu'au xiv siècle et qui fabriquait aussi du papier.
Le papyrus, le parchemin et le papier ont été en somme les trois seules matières sur lesquelles on a écrit des chartes pendant le moyen âge*. Il est vrai qu'on a cité et qu'il existe encore des actes gravés sur pierre et sur métal, et que l'on a imaginé abusivement de dénommer « chartes lapidaires » une catégorie de documents**. Mais, en réalité, les inscriptions de celte espèce ne sont que des copies, souvent abrégées, dont les originaux étaient écrits sur parchemin. 11 n'en est pas moins certain que ces textes sont intéressants à recueillir, surtout lorsque les originaux ne se retrouvent plus. Les monuments de ce genre paraissent avoir été assez nombreux en Italie; on connaît plusieurs bulles des papes Serge ]^^
* Midoux et Matton, Élude sur les filigranes des papiers employés en France aux XIV* et XV* siècles^ Paris, 1868, iii-8. — Zonghi, Le marche principali délie carie fahrianesi dal 1293 al 1509, Fabriano, 1881, iii-8. — G.-M. Briquet, Papiert et filigranes des archives de Gènes (1151-1700), Genève, 1888, in-8.
*♦ A. Deloye, Des chartes lapidaires en France, dans UibL de VÉc. des Charles. 2- série, t. lll (1846-1847), p. 31 et 548, et t. X (1848-49), p. 439 et 440.
1. Il est à peine utile de mentionner quelques exceptions singulières, comme un acte écrit sur cuir aux arch. de Florence (Ces. Paoli. Un doeumento notarite del secolo XIU scriito in cuoio, AdJ\s Archivio slor. ilal., 1881), ou un texte sur ardoise (M. Paor, Fragment d:ardoise du moyen âge, rouvé à Foigny, dans liibl. de VÉc. des Charles^ t. Lî, 1890).
g 1] CHARTES LAPIDAIRES; TABLETTES DE CIRE. 501
Léon IV, Grégoire VII, gravées sur métal ou sur pierre*. On peut encore citer, comme particulièrement curieuse, l'inscription du serment prêté en 1131 par les chevaliers et consuls de Nepi, encastrée dans le mur de la cathédrale de cette ville*. En France, c'est dans le Midi et spécialement en Dauphiné que Ton a signalé la plupart des inscriptions qui reproduisent des chartes. A côté de celles qui sont indiquées dans le mémoire de M. Deloye, on peut citer la charte de franchise d'Étoile (Drôme), de 1244, gravée sur une table de marbre encastrée au-dessus de la porte latérale de Téglise d'Étoile'. Ces monuments sont relativement rares au nord de la Loire, aussi signalerons-nous la charte de Simon de Montfort pour la ville de Saint-Arnoult (1201-1202), qui présente celte particularité que le graveur y a figuré un sceau*. On rencontre en Allemagne des inscriptions analogues : la plus célèbre est la reproduction des privilèges concédés à Mayence en 1135, gravée sur les portes de bronze de la cathédrale'*.
On sait que l'usage d'écrire sur des tablettes de bois ou d'ivoire enduites de cire a été très répandu pendant tout le moyen âge et s'est perpétué presque jusqu'à nos jours*. L'École des Chartes possède une tablette de cire qui servait il y a moins de quarante ans à la poissonnerie de Rouen; elle est tout h fait semblable aux tablettes du moyen âge qui nous sont parvenues et accompagnée de son « style » de métal, pointu d'un côté, aplati de l'autre pour permettre d'effacer l'écriture. Mais naturellement on n'a jamais écrit sur la cire des actes dont on voulait assurer la durée. On employait les tablettes pour apprendre à écrire et prendre des notes; on y écrivait des minutes'' ou même des lettres*. Un auteur
1. Voy. J.-B. PiTHA, Analecta noviasima, 2* part., t. I, p. 5 et 82; Rossi, Bulletino di arch. chr., 2* série, t. I, p. 93 et pi. VIII; Jaffé, lîegesia, 2» éd., n* 2135; Chartes lapidaires de l'église Si-Jean et St-Paul à Home^ dans Bibl. de VÈc. des Chartes^ t. XXXIY (1873), p. 260.
2. Voy. sur cette inscription un art. de N. Pio Rajxa, dans Arckivio sfor. UaL, t. XVlll et t. XIX (1880 et 1887).
3. Publ. par M. l'abbé Perbossieb, Bull, d'hist. ecclés. et d'archéol. rel. des dioc. de Valence, Gap., etc., t. Vil (1887), p. 200 et reprod. dans la Bibl. de VÉc. des Chartes, t. XLVIII (1887), p. 030.
4. E. CoTECQUE, La charte lapidaire de Saint-Arnoult (1201-1202), dans Archives historiques, t. Il (1891), p. 305. L'inscription n'est que du xvi*' sièole et le document probablement faux.
5. Voy. Dresslac, Handbuch der Urhundenlehre, t. I, p. 875, n.
6. W. Wattekbacii, Schriftwesen, 1" éd., p. 44-74, a complètement traité la question de l'emploi des tablettes de cire, cité tous les textes, et indiqué tous les travaux antérieurs. Voy. aussi L. Delisle, Mélange de paléographie (1880), p. 490; et G. Cosen- Two, Vso délie lavoletle rerate in Sicilia nel secolo Xlî\ dans Archivio stor. Siciliano, 10* année (1885), pp. 373-378.
7. a Quae ceris impresseram mihi adjumcnto fuit ut ea atramento in cliartls con- • scriberem. » (Habiulpiie (-|- 1143), Vita Arnulphi ep. Suessionensis, Mon. Germ. SS., t. XV, p. 898.)
8. Wibald de Stavelot écrit, en 1148, au pape Eugène III: a Quae vero post exitum
r»02 CARACTÈttES EXTÉRIEURS DES CHARTES. fLiv. iv,Cif.ii
du x« siècle reproduit un lestement écrit au ix* sur des tablettes de cire'. Mais on s'en est servi surtout pour écrire des comptes ; ce sont des comptes que renferment la plupart des tablettes du moyen âge qui nous sont parvenues. Les plus célèbres sont les quatorze tablettes conservées au Trésor des chartes qui contiennent les comptes de recettes et de dépenses, en 1256 et 1257, de Jean Sarrasin, chambellan de Louis IX*: d'autres tablettes conservées à la Bibliothèque Nationale, à Genève et à Florence, contiennent des comptes analogues de Pierre de Gondé et de Jean de Saint-Just pour les règnes de Philippe III et de Philippe IV*. On doit citer aussi les tablettes de cire des archives municipales de Senlis, contenant la minute de comptes faits à l'occasion d'une enquête sur la gestion financière des nicigistrats municipaux en 4.^19*, et des tablettes de cire de l'abbaye de Cîleaux contenant des comptes du commencement du xiv^ siècle*.