‹ Manuel de diplomatique. Diplomes et chartes. - Chronologie technique. - Éléments critiques et parties constitutives de la teneur des chartes. - Les chancelleries. - Les actes privésChapitre 304 sur 554 · ïoï. plus haut, II. 485 cl · texte numérisé non relu

ïoï. plus haut, II. 485 cl

S, Julien IIhvet, U«e eharU de Mel: actampagHie de noUt tironUnna (27 d/c. *»!■ avec fac-sim„ dniis Bibl. de l'École de» Charlei. l. XLIX (1888). p. 05, cf. p. 1"; " irarloge ropiiiion de M. lEnvet sur le cai'oclére de ce leite, qu'il Paul w""''''!^ comme une analyse cl non pas comme une minute, conlrairement A Julc» Inwr. V luinule de nolain du «• tiicle eu nota tirmiennet. Paris, 1888, in-8, cl i> Bbes'"'' llandliwh dtr Urhindriikhre. t. I, p. ♦!- . .

3. te,[ 1p C.1S, p,nr exemple, duii diplôme du roi l.othaîre en faveur de laW>.

g 5] NOTES mONIEiNNKS. 525

dans les chartes ecclésiastiques ou privées, mais seulement dans une certaine région, la Touraine, où la connaissance s'en était perpétuée dans quelques écoles monastiques ^ On a dit plus haut que dans les actes des souverains remploi des noies avait dû être une précaution contre les faussaires, mais il semble bien que celles des chartes privées n*ont eu d'autre raison d*étre que la fantiUsie et la vanité des clercs qui les traçaient. Ce sont très rarement des mentions développées; on les rencontre presque toujours dans les souscriptions et elles n'en représentent le plus souvent que quelques mots, rarement le nom propre, généralement le titre suivi du signe ^ qui signifie êubscripsit. Les plus longues sont les

souscriptions des scribes. Cet emploi des notes a duré jusqu'à l'extrême fin du x« siècle. Au xi« on rencontre encore quelques caractères tironiens dont la tradition conserve quelque temps la signification, mais qui se perdent peu à peu. Le plus usité est toujours le signe ^ (subscripsit) qui termine les souscriptions; mais la notion exacte de sa signification finit aussi par s'oublier, et il n'est pas rare, au cours du xi« siècle, de le voir placé devant le nom au génitif (J^ Gosfredi, par ex.); dans la pensée de ceux qui le traçaient il représentait alors évidemment le mot signum *.

Un autre système de tachygraphie, une écriture syllabique, dérivée des notes tironienncs et dont M. Julien Havet a retrouvé la clef, a été employée en Italie au x*> siècle et dans les premières années du xi''*. Comme les notes tironiennes proprement dites, celte écriture a servi tantôt de tachygraphie, pour prendre des notes rapides, inscrire au dos des actes des mentions (analyses ou minutes), et tantôt d'écriture secrète, comme précaution contre les faussaires. C'est le cas, par exemple, des souscriptions en notes qui se trouvent au bas de quelques bulles de Silvestre II.

Les éditeurs de textes du haut moyen âge négligent trop souvent les

* Julien Havet, Lécritnre »ecrèle de Gerbert, dans les Comptes rendus de tAcad. des irucript., 4« série, t. XV (1887); La tachygraphie italienne du x* siècle, Ibid. Ce second mémoire complète et rectifie sur quelques points le premier.

St- Baron (11 déc. 054), dont l'orig. se trouve aux arch. de l'évéché de Gand. Les notes que j'en avais soigneusement calquées restaient illisibles, aussi bien pour U. Julien Havet auquel je les communiquai, que pour moi, lorsque je m'aperçus qu'elles n'étaient que l'imitation d'autres notes d'un dipl. de Louis le Pieux pour la même abb. (13 avr. 819), dont l'orig. est aux mêmes archives et au bas duquel on lit en caractères tironiens : Fa-ra-mutidus scripsit; et Durandus diaconus advicem Hel-lisa-ca-ar recognovi et subscripsi,

1 . On trouve, il est vrai, des notes dans quelques chartes étrangères à la Touraine, mais il est probable que le scribe avait appris cette écriture dans un monastère de ce pays.

2. On trouvera des reproductions de chartes du x* siècle avec des notes dans : A. Salmo^, Notice hist. sur l'abb. de St-Loup près de Tours, dans Bibl. de VÉc. des Ch., 2* série, t. I (1844-45), p. 436; Cli. de Gbakomaison, Fragments de chartes du x* siècle provenant de St-Julien de Tours, Paris, 1886, in-8 (Extr. de la Bibl. de VÉc. des Ch., t. XLVI et XLVII), il n'y a de fac-sim. que dans le tirage à part; Musée des arch. dép. pi. X, n* 12, charte de Téotolon, arch. de Tours (939); fac-sim lilhogr. de l'Éc. dcsCh., n* 307. Donation a St-Denis de biens en Nulcien (943J; etc.

ri24 i;f:ciiiTiiRE dks chautes. [t.h. », ch»..»

iiot(*s qui sp rcnconlrenl dans les documents qu'ils publient. Pour celle i^poque reculée, toutes ces mentions «l même les moindres onl uo intérêt ; à défaut d'un décliilTrement, qu'il n'est pns toujours possible de donner, il faut avoir soin de faire mention de ces signes, ou mieux d'en donner une reproduction eiacle. Les procédés de fac-similés d'après Ifs images photograpliiques sont aujourd'hui assez répandus et assez peu coûteux pour qu'il soit souvent possible de joindre aux publications de textes des illustrations de celle nature.

L'étude critique des documents conduit fréquemment le diplomatiste à essayer de discerner le caractère individuel d'une écriture et à y recliercher pour ainsi dii'e la marque de la p rsonnalité de son auteur. 11 faut décider si toutes les parties d'une charte sont.de la même main, déterminer dans une série de diplômes ceux qui sont l'œuvre d'un munie scribe, reconnaître dans un document l'écriture d'un personnage. Il n'est pas indifférent à la critique de savoir si, dans les grandes bulles, par exemple, les souscriptions des cardinaux sont autographes ou si elles onl été tracées par des scribes, de discerner dans un diplôme royal, dont l'authenticité ou le caractère original pourraient être suspectés, la main d'un scribe ordinaire de la chancellerie. Et, pour prendre un eieraple plus précis, on conviendra qu'il y a quelque intérêt à reconnaître dans la date des années de l'incarnation ajoutée à presque toutes les chartes anciennes de l'abbaye de Sa inl-Maur-d es-Fossés, l'écriture «l'un moine historien qui les compulsait au xi' siècle en vue de raconter la vie du bienfaiteur de l'abbaye'.

La solution de tous les problèmes de ce genre qui peuvent se présenter est fondée en grande partie sur la comparaison des écritures itelativemenl faciles à partir de l'époque où l'emploi ordinaire de la cursivc donne à l'écriture un caractère assez personnel, les recherches de cette nature sont beaucoup plus délicates pour l'époque de la minuscule. On peut dire toutefois que, si impersonnelle qu'ait été pendant longtemps l'écriture des chartes, un œil exercé arrive toujours à y discerner certaines particularité par où se décèle la personnalité du scribe. La première des conditions, en effet, pour arriver à faire avec fruit les observations et les comparaisons utiles au but que l'on poursuit, c'est d'apprendre à voir, d'acquérir par l'exercice l'éducation de ses yeux.

Mais il n'en est pas moins vrai qu'il existe dans les écritures du moyen âge certains carjctères particuliers qui peuvent déterminer la méthode à suivre à cet égard'. L'un dos plus importants est ce que l'on pourrait

1. Ëupn tii S»mT-5l»Dii, Vie île Bouchard le Vénérable, publ. par B. <le la llnKiUF. Paris, 1802, in-8. Préface, p. «ini.

2. )l. Bbusuij a donné sur ce point [Handbuch dtr VrkumUHleArt, t. 1. p- 9t^ ^ siiir.J des conseils eicctients et des indications très judicieuses qu'il Tiul lirr- N*^ leur empruntons en partie ce que nous disons ici.

g 3] DE LA COMPARAISOxN DES ECRITURES. 5î25

nommer le trait*, qui dépend de la manière particulière à chaque scribe de tenir et de conduire sa plume, et qui donne à Texécution des pleins et des déliés plus ou moins de force, de finesse, d'élégance, de fermeté ou d*incerlitude.

Il faut aussi remarquer que les scribes du moyen âge, à Tépoque du moins où ils employèrent la minuscule, dessinaient plutôt qu'ils n'écrivaient dans le sens que nous attachons aujourd'hui à ce terme; au lieu de tracer comme nous le faisons une lettre d*un seul trait, ils levaient la plume à plusieurs reprises; il en résulte que certains caractères sont composés de trois, quatre et jusqu'à cinq traits de plume, droits ou courbés. C'est en ce point que la manière particulière à chaque scribe se révèle le plus sûrement. A défaut des originaux, Tobservation se peut faire sur les fac-similés qui ont pour base de bonnes reproductions photographiques; mais on comprendra qu'elle n'a plus la même valeur si on la fait sur des reproductions qui dérivent d'un dessin ou d'un calque.

On doit considérer encore que les écrivains des chartes n'ont pas eu plus que nous une écriture uniforme, constante, toujours semblable à elle-même. Le plus ou moins de hâte, l'existence d'un modèle, la dimension et la qualité du parchemin, la nature même de Tacte, sont, entre beaucoup d'autres, des circonstances qui influaient sur le caractère de l'écriture d'un scribe. On ne saurait, non plus, comme on l'a fait trop souvent, déterminer son jugement d'après la forme particulière d'une seule ou même de quelques lettres. Il pouvait arriver, et il arrivait en effet, qu'entre les diverses formes d'une même lettre un scribe choisissait à sa fantaisie tantôt l'une et tantôt l'autre. On doit donc se garder d'employer pour comparer des écritures le procédé en quelque sorte mécanique qui consiste à isoler quelques caractères d'un texte pour les rapprocher des mêmes caractères d'un autre texte également isolés. 11 faut reconnaître cependant que, tout en comparant les écritures dans leur ensemble, il y a dans les documents certaines parties, certaines phrases, certains mots, certaines lettres, certains signes, sur lesquels on peut porter une attention particulière. Il en est ainsi des parties où se rencontrent des formules communes à la plupart des documents* : invocation, suscription, clauses finales, souscription, date, apprécation, que le scribe devait écrire pour ainsi dire machinalement, et où se trahissent inconsciemment ses habitudes de plume; il en est ainsi encore de la première Wgne en écriture allongée et de tous les mots dont l'écriture diffère de la minuscule ordinaire; il en est ainsi enfin des lettres initiales ou finales

1- Ce que H. Tb. v. Sickkl (Programm wid Instruction der Diplomata Abtheilung^ P- *75) appelle Schriftduciui.

2. M. de Sickel (Méin. cité) recommande avec raison, à défaut de reproductions coniplètes, de se procurer à tout le moins des fac-similés aussi exacts ^ue possible de ces diverses parties, en y ajoutant quelques lignes du reste de la teneur, lorsqu'on a besoin «le coni|)arer les ccrilui-es de plusieurs documents.

520 LÉCRITURE DES CHARTES. [Liv. iv. Chap, u;

des mots, des hastes et des queues, des ligatures, des signes d*abréviatioD et de ponctuation, etc., partout enfin où Ton peut présumer que certaines formes se sont en quelque sorte stéréotypées et doivent déceler la main d'un seul scribe alors même qu'il aurait employé des écritures différentes. II va de soi que les habitudes orthographiques doivent entrer aussi en ligne de compte. Mais il ne faut pas oublier que beaucoup de ces particularités d'écriture peuvent provenir d'influences d'école; qu*elles peuvent se transmettre de maître à élève, et, dans les bureaui, de supérieur à subalterne.

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