‹ Manuel de diplomatique. Diplomes et chartes. - Chronologie technique. - Éléments critiques et parties constitutives de la teneur des chartes. - Les chancelleries. - Les actes privésChapitre 305 sur 554 · PROTOCOLE ET TEXTE · texte numérisé non relu

PROTOCOLE ET TEXTE

Division des documents diplomatiques en protocole et en le2te. — Intêrôt de cetle distinction. — Protocole initial et protocole Qnal. — Énuméi*ation des parties constitutives du discours diplomatique.

Lorsque Ton étudie successivement des séries d*actes, émanés de chancelleries et de juridictions différentes, lorsqu'on compare ces actes à ceux qui se trouvent dans les divers formulaires et qu'on les rapproche des règles données par les théoriciens du moyen âge, on arrive à constater que, sous leur diversité apparente, ces documents n'en ont pas moins une composition analogue. On retrouve dans chacun d'eux, sous des formes, il est vrai, très variées, les mêmes parties. De ces parties, on peut remarquer que les unes sont essentielles, qu'elles se rencontrent dans tous les actes sans exception, tandis que d'autres n'existent que dans les documents dont la rédaction a été entourée d'une certaine solennité. Toutes varient de forme et de style, selon le temps, la provenauce et la nature des pièces ; elles ne se présentent point dans un ordre invariable, elles sont même parfois enchevêtrées les unes dans les autres, mais l'analyse de la teneur d'un document permet toujours de les reconnaître et de les distinguer.

Si Ton pousse plus loin l'analyse et la comparaison, on remarque de plus que les diverses parties qui composent un acte ne sont pas seulement juxtaposées, mais qu'elles se groupent entre elles, qu'elles se subordonnent en quelque sorte les unes aux autres, formant ainsi des divisions dont chacune comprend plusieurs des parties constitutives du document.

Et d'abord on peut observer que tout document diplomatique comporte deux divisions principales.

L'une contient l'objet même de l'acte, précédé de renonciation des considérations et des circonstances qui l'ont amené, et suivi de dispositions relatives à sa sanction. On appellera cette division le texte,

La seconde se compose de formules initiales et finales, qui varient sui-

M8 DIVISIU.N DES DOCUMENTS DlPLdM.VilOlKS. L'^''- "

vant la cliancetime ou la juridiction qui a libellé li> document et le pei sonnagc dont il émane. On la nommera le protocole ' .

Le telle et le protocole réunis Tormeot la teneur de r.ict<'.

Cette distinction entre le texte et te protocole des arti's, iii'T-oduile dans la science par M. de Sickel', loin d'élre factice et lunlilc. <'<^mnie on l'a prétendu', est au contraire Tondée sur la nature niiimt: .l.'r-i-ln >?s et féconde en résultats. Panni les actes recueillis dans les ioni>, '". ■ et proposés comme modèles, il en est beaucoup qui ont été d iHiiiill.ides formules du protocole, sujettes à varier avec l'uuteur de l'acte. 1* autres fois, au contraire, et pour répondre à un besoin différent. ceIl<')i[l^ compilateurs ont réuni des séries de formules de protocoles. Les Uiéoiicicns du moyen ùge n'ont pas du reste ignoré cette division ; on la trouve assez clairement formulée, par l'anonyme de Itaumgartenberg, qui dis> tingue dans les documents une partie spéciale, en relation avec la nature même de l'acle, — c'est ce que nous nommons le texte, — et une formule générale, qui n'est autre que le protocole'. Quant à l'intérêt de cette distinction, au point de vue de la critique diplomatique, il pourrait sulîire de renvoyer à ce sujet aux travaux de M. de Sickel, cl l'on se coiilenlera de l'indiquer ici très brièvement. Tandis que les formules de texte, sans cesse recopiées dans les formulaires, pouvaient être employées indifféremment par tous les diclalores et qu'elles se perpétuaient très longtemps, celles de protocole, au contraire, étaient toujours spéciales à une chancellerie ou â une adiiiînistralton, et se modifiaient, par exemple, dans une chancellerie souveraine, à chaque changement de règne. Il en résulte que ces deux divisions, indépendantes l'une de l'autre, ont cli«cuiie leur intérêt particulier et doivent être étudiées séparément. Le teite éclaire sur la nature même des actes, le protocole donne des renseignements précis sur ce que l'on pourrait appeler leur mise en forme, spéciale à chaque chancellerie, à chaque règne, â chaque administralioD, ù chaque juridiction, etc., et fournit ainsi à la critique les éléments les plus sûrs.

Comme ou l'a déjà indiqué plus haut, de ces deux divisions, de nature et d'origine différentes, l'une, le protocole, est elle-même séparée en deui parties, formant le début et la clôture de l'acte, et encadrant pour ainsi

1. Ce iQOt csl pris ici dans l'une des acceptions que lui donne le Dictionnaire de l'Académie : ■ Style cominuDénieiil adopté pour rinlilulé el ta cUlur« des acies cl procès-verbauj t.

■i. Acta Karotinorum. t. I (1867), p. 208.

3. Ëlie Beker. Compte rpiidu de Piioii-Lorniter, Grundritê der lai. Palatogr. Nxd lier Vrkundealehrr, dans BibL île fÉe. dtt Chartes, t. XLVI (I88SJ. p. 530.

i. h'ormutariut de modo proiandi. Pan IV: < Et scicndum quod, aient quclîbct t subseriplaruni epislolarum ecu lillcrai-uin specialem «luendam tcnorem continct t inclusive, qui ci propi'ietatc ipsius materie dinosdiur cmanare, sic ongulé earundeni I Ihtci-anun t:cncr.ilis cujusdani lenoris furinulam continent eiclusivc. > (Rociimi'i

DrUftlcllcr. ]>. ï'JO.j

Cil. m] PROTOCOLE ET TEXTE. 529

dire le texte. On nommera la première le protocole initial et la seconde le protocole final^.

11 faut maintenant énumérer les parties qui composent respectivement chacune de ces divisions.

Si nous supposons une charte solennelle, développée, rédigée selon toutes les règles de Tart, nous y pourrons reconnaître douze parties, qui se succèdent dans un ordre assez variable, mais dont le plus fréquent est le suivant.

Le protocole commence généralement par une formule pieuse ou Invocation^, à la suite de laquelle est la Suscription, c*est-à-dire les nom, titres et qualités de la personne au nom de laquelle Tacte est rédigé. Vient ensuite d'ordinaire une Adresse, terminée souvent par une formule de Salutation.

Le texte commence ensuite. Dans les actes anciens et solennels il débute par un Préambule, consistant en considérations générales plus ou moins banales. Puis, après une formule de Notification, vient VExposé des considérations, des motifs, des circonstances qui ont provoqué Tacte, dont l'objet est énoncé dans le Dispositif, Le texte se termine par des Clauses finales, plus ou moins nombreuses.

Le protocole final comprend, disposés dans un ordre très variable, la Date, suivie parfois d'une brève formule pieuse, nommée VAppre'cation, et des Signes de validation.

Pour montrer dans leur ensemble la composition et la disposition générales d'un document diplomatique solennel et complet, on les peut résumer dans le tableau suivant :

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