RoscHACH, Sigttets des notaires de Toulouse, p
g 3] SEINGS MANUELS DES NOTAIRES. 607
l'ierre l[ prescrivait aux e passeurs n d'actes, — c'était en Bretagne le titre porté par les notaires, — d'éci'ire leur nom et de figurer leur seing sur des registres de parclieniin déposés dans les cours où ils étaient reçus, afin qu'on pAt les confronter en cas de besoin avec les souscriptions des signatures et des expéditions*.
On a dit plus haut que dés le xni* siècle l'initiale du nom du notaire formait parfois la base, ou entrait dans la composition d'un certain nombi'e de seings manuels. Celte tendance ne fit que s'accentuer avec le temps. Les initiales des noms, parfois les noms entiers écrits en caractères cursifs, figurèrent dans les seings manuels, assez souvent accompagnés de la première lettre ou de la première syllabe de leur titre no[tariia]. On le peut voir dans les fec-similés donnés plus haut des seings de Pierre Doner, de P. de la Vallée et de Tli. de Brackell (fig. 12, 14 et 15). Le nom de Pierre Gourdin, notaire à Thiers au xiv* siècle, figure en entier dans son seing manuel dont nous donnons ici la reproduction' (fig. 17).
Dés le milieu du un" siècle certains notaires, à cAtâ de leur seing manuel compliqué, adoptèrent pour les écritures courantes un second seing professionnel plus simple et d'une exécution plus rapide qui consistai! dans les lettres ou une partie des lettres de leur nom, en caractères cursifs, et suivies de quelques traits de plume formant paraphe.
Le seing dessiné prit alors le nom de grand teing, et le second celui
Fig. 18- Fig. 10.
de petit seing ou leing (lu nom ($ignum nominiii). On voit reproduit cidessus en regard l'un de l'autre le grand seing et le seing du nom de Guillaume Rajace, notaire à Trévoux vers 1400. Le seing du nom est une véritable signature* (fig. 18 et 19). Employé d'abord pour les actes de minime importance, pour approuver
1. D, ÏOEUCE, Mémoircê paurtervirilr preiirfi à ChUloire de Bretagne, I, 1), COl.1583, ■H. *.
2. M.-C. Cbiscs, Origine de la lignaturr, pi. XV, S. Z. V.-C. Gcioni, Originelle la tîgnalure, pi. XXVEI, il
(n' 1 et S) la reproduction des deui seings d'Aîinoa di ii[i* siècle.
608 SOUSCRIPTIONS ET SIGNATURES. [Liv. iv, Cm. yiu
les ratures et corrections, le seing du nom ne tarda pas à se substituer de plus en plus souvent au grand seing, qui fut réservé aux actes d une solennité exceptionnelle, puis tomba peu à peu en désuétude.
A la fin du xv« siècle on voit partout le nom prendre la place principale ; on récrit en gros caractères, et le seing manuel placé à la suite n'en fut plus dès lora que Faccessoire. Au début du siècle suivant, aux dessins se substituèrent peu à peu les paraphes compliqués tracés à roain levée qui sont demeurés jusqu*à nos jours Taccompagnement obligé de toutes les signatures de notaires. Les registres matricules de la cour municipale de Toulouse ont conservé une trace curieuse de cette transformation. Le notaire Antoine Cortes, qui y avait déposé en 1501, conune son seing manuel, un dessin compliqué, sorte d-échiquier gironné inscrit dans une figure à huit lobes (fig. 20), déclara vouloir le modifier en 1507,
et le remplaça par un paraphe dans le goût nouveau' (fig. 21). Nous assistons ainsi à la transformation du seing manuel en signature.
L'usage de faire écrire toutes les souscriptions de la main du scribe, usage qui remonte, comme on Ta vu, à une époque très ancienne, eut pour conséquence de substituer en réalité des énumérations de témoins aux souscriptions. Celles qui sont exprimées sous la forme signum N, ne sont souvent en effet rien autre chose. Dès le xi" siècle on commença à cesser de donner à ces listes la forme de souscriptions et Ton se borna à les annoncer par yne formule telle que : istis tc$tibtiSf — huic traditioni interfueirunt, — testes, — testes sunt hujus rei, — testes de auctoramento^ — facta in presentia^N., iV., etc., — hoc donum firmaverunt, — testes quos ad hec videnda et audienda libuit adhiberi ii sunt, — nomina eorum qui testes fuerunt, — etc.
Il n*est pas rare, particulièrement au xi® siècle, que certains actes présentent une liste de témoins ainsi annoncée, concurremment avec des souscriptions.
Souvent aussi, au lieu d'énumérer les témoins présents, le rédacteur
1. c Anno Domini 1507 et die XI maii, de pcrmissione dictomm dominorum de « Capitulo, ego predictus Cortes mutavi signum mcum auUienUcum de quo in fuluruin « uti intendo prout sequitur p. (Roschacu, Sigtiets des notaires de Toulouse^ p. 15S.J
g 5] SIGNATURES, TÉMOINS. 609
de Tacte se contentait de mentionner qu*il avait eu un grand nombre de témoins : testis est maxima multitudo eorum qui convenerant, — in conspeclu principunif canonicorum et fidelium christianorum^ — coram monachis ibidem Domino famulaniïbus. Cela équivalait à attester la publicité de Pacte. Parfois aussi, tout en donnant une liste de témoins, il prenait soin d'ajouter qu'il énumérait seulement une partie de ceux qui avaient été présents : prezentibut et laudantibus quorum quosdam subnotamus; ou comme dans une donation du xi« siècle à Tabbaye de Saint* Jeand*Angely* : a Res ista pêne tôt habet testes quos in ipsa patria invenîas a homines, quorum nomina et numerum cartula tota non caperet; hos 0 tamen qui sequuntur taliter subtitulavimus. »
L'usage de substituer des listes de témoins aux souscriptions ne cessa de se répandre au xn« siècle et finit par les remplacer complètement au xni®, sauf dans les cas exceptionnels qui ont été signalés plus haut'.
On a vu comment s'est opérée peu à peu la transformation du seing manuel des notaires en signature'; commencée dés le xui« siècle, elle ne s'est achevée qu'au xvi". Mais il faut ajouter que les actes dressés par les notaires publics ne sont pas les seuls documents du moyen âge où l'on trouve de véritables signatures. Depuis le dernier quart du xin^» siècle on remarque assez souvent au bas et à gauche des chartes, et le plus souvent sur le repli de celles qui sont scellées de sceaux pendants, un nom ordinairement en minuscule, parfois écrit en abrégé et fréquemment accompagné d'une courte mention. Ce nom est souvent la signature du scribe, ou celle de la personne qui a fait la collation de l'acte, ou encore celle dun agent chargé de l'enregistrement; c'est l'analogue du seing du nom employé à la même époque par les notaires publics. Dès le début du xiv« siècle cette signature est souvent accompagnée d'un paraphe qui complète l'assimilation. Telle est par exemple la Fig. 22.
signature ci-contre, qui figure en 1338 sur le repli d'une reconnaissance de rente sous le scel de la vicomte de Morlaix (fig. 22)^ ; c'est vraisemblablement celle du scribe ou du notaire de la vicomte qui avait reçu et dressé l'acte.
Il faut observer que dans ce cas cette signature ne constituait pas un signe de validation; le véritable signe de validation, celui qui donnait à l'acte son caractère d'authenticité, était le sceau. La signature tracée sur le repli n'avait d'autre objet que de faire savorr à qui de droit le nom du scribe qui avait fait l'expédition, ou de relater l'accomplissement d'une formalité, souvent indiquée par une brève mention. Mus tard seulement, et dans certains actes, émanés par exemple de l'autorité royale, elle prit.
I 1. Cartul. de St-Jean-d'Angely, Bibl. nat., ms. lat. 5451, fol. 113.
^ 2. Yoy. plus haut, p. 601.