Voy. plus haut, p
640 LES SCEAIX. [Liv. iv, Ch. i\
ScEiD KOTu, pESDiKT. — Sous Loujs YI. nouvelle modification au sceau royal, portant cette Fois sur le mode d'apposition. De deux ampliations originales de la fondation par ce roi, en 1 1 1 5, de l'abbaye de Saint-Victor de Paris, l'une avait été scellée co placard, l'autre d'un sceau pendant, qui a disparu, el dont subsiste seulement l'attache, consistant en une courroie'. Jusqu'à la fin du règne la chancellerie royale semble avoir hésité entre les deux manières de sceller; à plusieurs reprises elle revînt au sceau plaqué, mais à partir du régne de Louis YII le sceau pendant y fut seul en usage.
Le procédé de la simple queue appliqué aux actes royaux parait plus ancien encore. On en peut du moins citer un exemple certain remonlanl aux dernières années du r^e de Philippe I". Il existe en effet aux Archives nationales un petit mandement original de ce roi adressé au doyen de l'église de Paris, B. (Bernier, doyen de 1104 à 1165) dont la simple queue arrachée se trouve avec des débris de cire, où l'on reconuait un sceau de Philippe 1", dans le carton qui renferme ce document'.
Il ne faudrait pas croire que l'invention du procédé de suspendre les sceaux de cire appartienne à la chancellerie de France. Si l'on est en droit de suspecter l'authenticité des sceaux pendants de l'évëque de Laon, Roricoo, et de saint Dunstan, qui vivaient au x" siècle, signalés par Hahillon et les Bénédictins', il ne semble pas douteux que les grands feudataîres, parmi lesquels l'usage des sceaux se répandit au ii' siècle, aient parfois, dés le début de ce siècle, scellé leurs acies de sceaux pendants*. On en
1. A. LcCBiinE, /.OUI* ¥1, n* 160, ef. p. 3IU: Arch. iiai. K2I, n'8""*. — H«iesi encore de même d'un autre dipISme de 1125 pour St-ïiclor. Ibid-, K. 32, n" 3 ■ *■•: LucBtiHE. tout» VI, n* 3S3. — Les auteurs du Xouveau ti-aité de dipl. Tonl remonter au temps du roi Robert l'emploi des sceaui pendants par la cliancellerie de France (t. lï. p. 400), Ils rapportent le témoignage de D. Ponteneau, qui dit aToir trouvé dans les archives de l'abbaye de Noaillc une charte du roi Robert pour N.-D. de Luiïgnan ■ au bas de laquelle pend un galon de soie de la largeur d'un demi-pouce de diterses couleurs et il double queue, où était atlaclié un sceau qui s'esl perdu. Il y reste encore, ^oule-1-il, rélouppe dont on l'avait enveloppé pour le conserver, a Ce diplâme, de l'an 1US5, eiisle encore en original dans le fonds de Hoaillè aux Archives de II Vienne; mon eicelleut confrère M, Richard a bien voulu l'eiaminer et m'écrit qu'à n'en pas douter ce document a été scellé, non d'un sceau pendant, mais d'un sceau plaqué, dont les traces sont manifestes : une incision crticiale autour de laquelle une maculature brune délimite la place du sceau disparu. Il est évident que le renseignement de D. Fontcneau provient d'une confusion et qu'il a àù prondre quelque vidimus tris postérieur pour le diplAme original.
i. Arch. nat. K 10, n* 8. — Je ne connaissais pas cette particularité lorsque j'ai fait reproduirecedocument pour mon enseignement de l'École des Chartes {Rec.de Fac-iim.. n* 274). Ayant eu depuis l'occasion de compulser le carton K 20, avec mon confrère et ami H. Prou, nous y avons retrouvé les débris du sceau dont quelques-uns lïiés sur un lambeau de parchemin et nous avons constaté que celui-ci s'adaptait parfaitement à la déchimre du bas de la pièce, dont il constituait la simple queue.
3. HtarLuix, De re diplom., p. 451; iVaur. TraUi de diplom., t. IV, p. 500.
4. S. de Waillï {Elim. de paléogr., l II, p. 50) et avant lui les auteurs da A'ow. traité de diplom. [t. lï. p. 300], citent comnie ta plus ancicmie charte scellée de sccaoi seigneuriaux pendants une charte de Gaston, vicomte de Béarn. datée de l'an 1038 de l'ère d'Espagne, C.-à-d, de l'an 1000 (D'Aiueby, Spicil.. éd. de 1723, t. III, p. 383), mais
§ 2] SCEAUX ROYAUX ET CONTRE-SCEAUX. 64i
peut citer notamment de Foulques Nerra, des comtes d'Anjou ses successeurs', et du duc de Normandie Richard IP. En Angleterre, Edouard le Confesseur^, Guillaume le Conquérant^ et leurs successeurs firent également usage de sceaux pendants. Les évoques paraissent avoir également scellé en pendant, les uns à la fin du xi^', d'autres au commencement du xii^ siècle : parmi ceux qui paraissent avoir les premiers adopté la nouvelle mode, je citerai Richard, archevêque de Bourges (i07i-i090)»,Manassés, archevêque de Reims (4069-4081) «, Richer (1062-1096) et Daimbert (4098-1122), archevêques de Sens', Girard, évêque d'Angouléme (1101- 4136)».
L*usage de plaquer les sceaux parait avoir duré en Allemagne un peu plus longtemps qu*en France. Quoi qu'il en soit, ce fut au cours du xn« siècle qu'on cessa dans toute l'Europe d'employer les sceaux plaqués pour ne se servir que de sceaux pendants.
Contre-sceau. — Une autre innovation dans le sceau royal marque le règne de Louis VU : c'est l'emploi du contre-sceau. Depuis son avènement au trône, le sceau royal porte deux empreintes différentes; celle du revers, de même taille que celle du droit, offre le type équestre expliqué par une légende qui est la continuation de celle du sceau : ET DVX AQVITANORVM'. Lorsque, après le mois d'août 4154, la possession de
il a été prouve qu'il fallait lire année de l'ère 1508 et que le document est par conséquent de Tan 1270 de notre ère (A. Brdtails, Une erreur de trois sièclesy dans Revue de* Basses-Pyrénées et des Landes^ 1883, pp. 78-79).
1. Charte de 1010 ou environ en faveur de St-Aubin d'Angers. L'original est conservé aux Archives de Maine-et-Loire (11 170); il est, m'écrit obligeamment mon savant confrérc, M. Cél. Port, c scellé sur un repli de 4 centim. d'un beau sceau moyen rond en cire blanche, pendant sur lacs de soie verte et rouge, portant dans le champ le comte à cheval la lance en arrêt ; légende fruste et le sceau lui-même brisé en trois morceaux i. L'acte n'est pas suspect, mais je n'oserais aflirmcr que le sceau (non annoncé) ne soit pas une addition postérieure. 11 a été dessiné pour Gaigniércs (Bibl. nat. ms. lat., 17126, fol. 67). Un second original était, parait-il, scellé sur lacs de soie jaune et verte {Ibid.). — Une charte de Foulques le Rechin pour le prieuré de Cunault (1001, 4 sept.) aurait été scellée « en queue simple de cire jaune » d'après une copie de 1560 (Arcb. dép. de Maine-et-Loire, G 826, fol. 31).
2. Chaile de 1015 pour Dudon de St-Quentin. Aoi/r. traité de diplom., t. IV, p. 220; il s'y trouve une gravui*e du sceau.