IJ PREMIÈRE PÉRIODE
pour qu'on ail pu en tenter avec succès une ingénieuse restitution *. Une copie exécutée au xi^' siècle d'une partie des registres de Jean YIII (872-882) est conservée aux archives du Vatican**. Des notes jointes à certaines lettres du pape Hormisdas (514-525), et l'indication, ajoutée à celles qui étaient adressées à ce pontife, du jour auquel elles étaient parvenues à Rome, indiquent également que les compilateurs les ont recueillies dans les archives romaines ^
On a dit depuis longtemps que la cour pontificale s'était organisée, dès les premiers temps, sur le modèle du palais des empereurs. Cela paraît surtout vrai des archives et de la chancellerie. On retrouve au palais de Latran avec le sacrum consùtoriurriy le scrinium, la schola des notaires scriniaires et régionaux, subordonnés à un primicier et à un secondicier, la tenue de registres par indiction, etc.*. L'établissement d'usages diplomatiques réguliers et la science des formules ne pouvaient manquer de suivre d'assez près cette double organisation des archives et de la chancellerie.
On a vu plus haut que dès le pontificat de Léon le Grand (440-461) le style des lettres était assujetti à des règles rythmiques qui se sont conservées jusqu'au temps de Grégoire I«' '. Sous ce pontificat le formulaire avait acquis assez de fixité pour que les clercs chargés de l'enregistrement aient pu remplacer parfois dans les registres la transcription intégrale de certains passages par les mots : secundum morem ou de more solito. C'est dans ces lettres, d'autre part, que l'on voit apparaître, au moins eu germe, beaucoup des formules qui, développées et fixées plus tard, se retrouveront dans les bulles*. Les compilateurs qui au va« et au vui^ siècle composèrent le formulaire de la chancellerie romaine connu sous le nom de Liber diumm^ puisèrent en effet à pleines mains dans les registres grégoriens ; M. de Rozière estime au tiers environ les formules qu'ils leur ont empruntées*.
Dans les plus anciennes lettres des papes, la suscription, loi^que les copistes l'ont conservée, est fréquemment placée après l'adresse. Le pape s'intitule généralement episcopus, parfois papa, et parfois il exprime son titre par une périphrase. Grégoire I*^' emploie pour la première fois l'expression episcopus, tervus servorum Dei, et peu à peu cette formule se reproduit dans les lettres de ses successeui*s ; elle est déjà fréquente
* Gregorii I. papae, Hegistrum epistolarum^ éd. P. Ewald et L.-M. Harthàhs (libri Ï-VII), Hanovre, 1892, iii-4 {Monum. germ, hist., Epistolar. t I). — P. Ewald, Studien sur AusgaOe des Registern Gregorn /., dans Neues Archiv^ t. III (1878), p. 429-625.
*♦ G. Levi, // tomo dei regesti Vaticani [Lettere di Giovanni Vlll)^ dans Arckivio delta soc. Rom. di storia patria, t. IV (1881), p. 161-194.
i. Jaffé, Hegesla^ 2< éd., 1. 1, p. 101.
2. Voy. PiTRA, Anal, noviss.^ t. I, p. 67 et suiv. — 3. Voy. plus haut, p. 454.
4. Voy. par exemple ce que dit Pitra (i4fia/. noviss., t. I, p. 55 et 74) de l'origine et du développement de la grande formule imprécatoire des grandes bulles.
5. Voy. plus haut, p. 454. — 6. Liber diurnus, Introduction, p. xxvui.
668 LA CHANCELLERIE PONTIFICALE. [Liv. v. Ch. i
au VII» siècle ; au vin" les actes où elle ne se trouve pas sont eiceptionnels, cl elle est de r^gle absolue à partir du ix' siècle.
Taules tes lettres apostoliques des quatre premiers siècles nous sont parvenues sans date, soit qu'elles en aient toujours ëtè dépourvues, soit plutôt que les copistes aient négligé de les reproduire. C'est au pipe Saint Sirice (ÔS4-598] que remontent les plusancienneslettresdatées;elks le sont, suivant l'usage romain, de l'année des consuls'. A la fin du siècle suivant on rencontre, mais très eiceptionnellemeni encore, l'indicatioii de l'indiction'. Au milieu du vi' siècle, à la suite d'un voyage à Constantînople du pape Vigile, on ajoute à la date l'année de l'empire*.
Bien que les lettres de celte époque reculée ne se soient consenèes qu'en copies, nous savons cependant que, dès le milieu du vr siècle. certaines d'entre elles au moins étaient déjà scellées en plomb. Beaucoup de bulles, eu eflcl, ont survécu longtemps aux documents dont elles garantissaient l'autlieniicité ; quelques-unes nous sont connues par d'apciens dessins, d'autres sont conservées en original dans des collections privées ou publiques, et il arrive que de nos jours encore on en découvre de nouvelles*. Une bulle du pape Agapet (535-536), jadis conservée à Vellelri au musée Borgia, est reproduite dans un manuscrit du Valicau*; le musée du Vatican conserve des plombs d'un pape Jean qui est peut-être Jean III (560-573) et de Deusdedil (615-618)'. A partir de Bonilace V (619-625)* le type reste fixé jusqu'à Uon IV (847-855) ; le diamêtreil* la bulle varie de 2n h 35 mtllimétresi au droit est le nom du pape et an revers son titre, au génitif, disposés de la manière suivante :
( BONl\ / PA ;
l FftTI ) l PAE ]
La série diplomatique des lettres pontificales commence à la fin du vHi* sièclei le plus ancien original non suspect que l'on puisse citer eA un fragment d'une lettre d'Adrien I" de 788 sur les affaires de la principauté de Bénévent'. Depuis cette époque, tout en demeurant rares encore
• P. Ewald. Zu den âttertn pâptllicheii BleibulUn. dans .Vcum Àrrkic.. 1. IX ilH" ■ p. 633-C35. — J. B. de Bout, Di uiia bulla plumbea pnpale tcoperta «ri [en B* maiio, dans Xolizie degli Scari. onnéo 1IIK2, p. 200. — D. Pr. Chunard. Lrt b-U" de plomb dn lettrti poiitificaUt, dans Kf". </m ?««(. Aù(.,i.XKXIV jlUSSi.pSO'- Oie. ^J. TOn PBngk-HarUnng, Specimina, pai's III, Sigilla (tH87). 30 p<. '^' bjllcs depuis les plus anciennes jusqu'A HW. 1. J*Frt, Rrgetia, 2- 6d., l. I, p. W.
3. On in trouve pour U première fois dans une lettre de Félii lit du I" mii J^- /6.V.. n'6H.
3. f Data.... imperante domino nosIraJustinianopcrpetuoau^stoanno... (ou imi'^ru < domiiii..-!. P. C. Dasilii aiino.... p [Ibid.. p. 117.)