Voy. plus haut, p
3. Elle est parfois remplacée sous ce pontificat par les roots : Legimus, firmavimus, avec quelques variantes.
4. Je ne connais à cette règle que très peu d'exceptions. Victor II avait pour devise ce vers léonin dont j'ignore la provenance: «Tu pro me navem liquisti, suscipe clavem. » On le retrouve sur les plombs de plusieui^ papes accompagnant la représentation de saint Pierre recevant la clef. — J.-B. Pitma, Anal, noviss., t. I, p. 310, a donné la liste des devises des papes de Léon IX à Paul V (104^1Glt).
5. Forma privilegii, publ. par L. Delisle, Mémoire sur les actes d'Innocent Uï, p. 71 du tirage à part.
678 LA CHANCELLERIE PONTIFICALE. [Liv. v, Chap. i
En regard de la rota est le monogramme BenevaleteK H y a lieu de remarquer que, tout en conservant cette disposition, la chancellerie ne s'astreignait pas à tracer toujours la rota et le monogramme d*une manière identique; ils varient de dimensions, les traits en sont plus ou moins forts, la grande croix intérieure de la rota et le monogramme peuvent comporter certains ornements, et môme les noms des apôtres et celui du pape varier un peu de disposition.
La rota constituait en réalité le seing manuel du pape. Dans quelques bulles elle est remplacée par une souscription précédée d*un chrismon. Les premiers documents où l'on trouve cette souscription remontent au pontificat d'Alexandre 11 (1061-1075). Depuis le pontificat de Pascal 11 (1099-1118) elle s'ajouta aux autres signes de validation, prit place entre la rota et le monogramme, et devint caractéristique des grandes bulles. Elle est conçue en ces termes : « Ego N. catholice ecclesie episcopux SS. {subsa-ipsi) . » Les deux SS. paraissent avoir été tracés de la main du pape et sont fréquemment accompagnés d'un paraphe.
Au-dessous de la rota, de la souscription du pape et du monogramme, sont disposées les souscriptions des cardinaux. Elles ne sont de règle dans les grandes bulles que depuis le pontificat d'Innocent II (1150-1 1 45). Jusqu'à cette époque la forme et la disposition des souscriptions n'ont rien d'absolument fixe et à celles des cardinaux s'ajoutent parfois des souscriptions d'autres prélats, témoins accidentels. Depuis Innocent 11, au contraire, la formule et l'ordre des souscriptions cardinalices sont assujetties à une règle invariable. Chaque souscription précédée d'une ci*oix comprend le nom du cardinal et son titre suivis de deux ss et d'un signe de ponctuation (clamula) :
-J- Ego Guide pbrcard. tt. sancti Grisogoni SS.;
t Ego Gonradus Sabinensis eps. SS .;.
7 Ego Oclavianus diac. card. Sancti Mcolai in carcere Tulliano SS. ;;
Elles sont disposées sur trois colonnes : au milieu, à la place d'honneur, au-dessous de la souscription du pape, celles des cardinaux évoques; à gauche, celles des cardinaux prêtres; et à droite celles des cardinaux diacres.
Ces souscriptions ne comprennent pas, bien entendu, dans chaque bulle la totalité du sacré collège ; ce sont celles des cardinaux présents au consistoire où la bulle a été approuvée. Une règle invariable était de classer dans chaque colonne les cardinaux par ordre d'ancienneté. Il arrive souvent que parmi ces souscriptions on remarque qu'une ou plusieurs lignes ont été laissées en blanc; elles avaient été réservées pour recevoir après coup la souscription de cardinaux présents au consistoire au moment où la bulle avait été donnée, mais qu'une circonstance accidentelle avait empêchés de souscrire. Les éditeurs de bulles originales doivent donc avoir
1. Le komma qui l'accompagnait a presque complètement disparu après le pontificat de Grégoire VII. On en retrouve cependant des vestiges jusque sous Calixte II.
g 2] SECONDK PÉRIODE. GRANDES BULLES. 679
soin de reproduire ces blancs; il arrive souvent qu'on peut déterminer à quels cardinaux ils avaient été réservés.
11 suffit de jeter les yeux sur un original pour constater que ces souscriptions ne sont pas de la même main que la teneur et que chacune d'elles est d'une écriture différente. Cela a naturellement conduit à penser qu'elles devaient être autographes. Cette conclusion paraîtra cependant trop absolue si l'on examine attentivement, en les comparant entre elles, les souscriptions de séries de bulles d'un même pontificat. On y observe, en effet, d'une part que la souscription d'un même cardinal n'est pas toujours de la même main, et d'autre part au contraire qu'une même main paraît avoir tracé les souscriptions de plusieurs cardinaux.
Tout au bas de l'acte, au-dessous des souscriptions, la date occupe une dernière ligne. Bien qu'elle soit annoncée comme donnée « par la main » du bibliothécaire' ou chancelier, on constate facilement qu'en réalité elle est écrite par un scribe ou notaire. Les nombres y sont tous et toujours exprimés par des chiffres romains, à l'exception de celui qui indique le rang du pape, qui est en toutes lettres.
Voici comme type la date d'une bulle d'Urbain II, du 18 avril 1097* :
t Datum Lalerani par manum Johannis sancte Romane ecclesie diaconi cardinalis, XIUI. kl. niaii, indic. Y\, anno dominice incar. M^ XG*". YIl**., ponlificatus autem domni pape Urbani secundi X". »
Jean Caetani, au nom duquel cette bulle est datée, était, comme on l'a dit plus haut, chancelier du Saint-Siège; toutefois, il n'a pris ce titre qu'exceptionnellement dans les dates des bulles. Le plus souvent, sous les successeurs d'Urbain II, les dates furent libellées au nom du bibliothécaire ou du chancelier.
Depuis Urbain II, il y a eu des variations dans le mode de calculer l'indiction, mais l'emploi de l'indiction dite pontificale devient de plus en plus fréquent. L'année de l'incarnation a été également mentionnée pendant tout le XII* siècle et souvent, sous un même pontificat, calculée de manières différentes; on s'est servi des styles de Noël, Florentin et Pisan. Quant aux années du pontificat, on a admis généralement qu'on les comptait aloi's à dater de la consécration; mais M. U. Robert a démontré que Calixte II en prenait le point de départ au jour de son élection. Il y a donc lieu de contrôler pour les papes du xu« siècle la règle que les éditeurs des Regesta avaient fait prévaloir.
Le sceau de plomb des grandes bulles était appcndu, soit sur cordelettes de chanvre, soit sur de minces lanières de cuir, soit sur lacs de soie de diverses couleurs. Ce dernier mode prédomine depuis le commencement du xii« siècle. Le type, variable jusqu'à la fin du xi« siècle, se fixe sous le
1. Le bibiioUiécalrc ne ligure plus dans la date des bulles après le pontificat de Cèles- Un III (1145-1144).
2. Bulle pour l'évêque de Clerraont. Fac-sim. liUiogr. de TÉc. des Charles, n* 605 Jafpi£, Regesta, 2* éd., n« 5683.
G80 LA CHANCELLERIE PONTIDCALE. [Ltv. v, Chap. i
poiilificat de Pascal II (1099-1118) : c'est la représentation des léles des apôtres, séparées l'une de l'autre par une une croix et surmontées de l'inscription S. PA. S. PE., qui attribue chacune des effigies. Sur ces dans grossière et mal frappés, la léle de saint Paul est caractérisée par une barbe en pointe dont les poils ainsi que les cheveux sont formés de traite; celle de saint Pierre a au contraire la barbe et les cheveux formés d'un poinlillé; des cordons de points forment les auréoles, et souvent un autre cordon de points entoure toute la représentation. Au revei-s est le nom du pape, son titre et le chiffre indiquant son rang cnlourés d'un cordon do points. C'est le type qui s'est perpétué
f «,.>^ /''■^''vî'îN. jusqu'ànosjours.On trouvera ci-jointe
/,^BfeP£*V\ /•'UR.**\ la reproduction d'une bulle d'Urf/ÎC>\ !'^^\V'*RMNV^'.\ l>a"n"l.pfip<^'l'ïH85àH87(fig.56). h«^i4^^^)/i'. vfvT ■^ï) lly a lieu de distinguer parmi les . I !tf& ; \\-pp.lïJ'/' grandes bulles les Priifi/éyrt et les
\". '"^ Pancarlet. Les privilèges ont pour
Mb. 30 objet, comme leur nom l'indique, la
concession ou la confirmation de faveurs, de prérogatives, dedroits. On nomme pancartes les bulles par lesquelles les papes en conlii'mant les possessions d'une église en font l'ènumération. Celle énumération est annoncée par celle formule à peu près invariable :
« ...statuenles ut qunscunique possessiones, quecumque Iwna inpresenliaruni juste et légitime possidelis sut in fulunim, concessione pontiricum, largitione regum. liberalitale priiicipum, oblalione fidelium, seu aliis jusiis niodis, presijHle Domino. poterilis adipisci, lïrma vobis et illibala permaneant. In quiboj liée propriis duximiis exprinienda rocahulis :... a
Les pancartes comportent fréquemment aussi des privilèges dont la concession ou la confii'mation est exprimée après l'énuméralion.
Beaucoup de ces bulles ne font que confirmer des bulles antérieures; dans ce cas le nom du pape ou des papes qui ont précédemment concédi ou confirmé les privilèges sont énoncés dans la teneur sous celte forme :
« Predecessoris nostri felicis memorie pape h^ocEMii vestigiis inberenles'. t
Ou, s'il y a plusieurs bulles antérieures à rappeler :
V Prcdecessorum noslrorum twale recordalioiiis hxocEMii, Eugs;iii el Aleuninh, romanorum ponlificum, \esligiis inberenles*. »
Dès l'époque de Léon IX on rencontre des bulles où prédomine la minuscule romane; la lombarde caractérisée ne se rencontre plus après le pontificat de Pascal 11, mais il en subsiste encore des vestiges Jusque dans certaines bulles de Calixte 11 {H19-H24).