TROISIÈME PÉRIODE
Aucune chancellerie ne fut aiftsi fidèle à ses usages que la chancellerie pontificale; aussi, en dépit d'exceptions, motivées presque toujours par des circonstances exceptionnelles, fournissent-ils à la critique une base 1res sûre pour étudier les actes des papes depuis le \m^ siècle jusqu'au milieu du xv. La plupart des règles établies restèrent même en vigueur bien au delà de celte époque; mais, comme à partir d'Eugène IV il se créa de nouvelles catégories de documents, il a paru qu'on devait prendre la date de l'avènement de ce pape comme terme final d'une période diplomatique^
Une autre circonstance donne à l'élude des actes des papes depuis Innocent lïl une importance considérable, c'est qu'à ce pontificat commence la série des registres originaux de la chancellerie apostolique. Ces registres, qui nous ont conservé la correspondance des papes avec la chrétienté tout entière, constituent une source historique d'une richesse incomparable; accessibles aux recherches depuis quelques années seulement, l'étude et la publication en ont été entreprises par toute une légion de travailleurs, aux premiers rangs desquels on doit placer les membres de notre École de Rome.
Pour connaître avec exactitude la valeur et l'autorilé des documents contenus dans celle magnifique collection, il importe de soumettre les volumes qui la composent à une étude critique : il faut en déterminer exactement la nature et le caractère, discerner les règles qui ont présidé à leur rédaction et distinguer les difTérentes catégories de registres que les anciens archivistes ont souvent confondues dans la série générale. La comparaison des registres entre eux, l'examen de la nature, de la disposition, de l'ordre et de la numérotation des pièces, le rapprochement des transcriptions avec les documents originaux, l'interprétation des annotations, des signes et des mentions de toute sorte qui peuvent se rencontrer dans les volumes en dehors des documents, tels sont, entre beaucoup d'autres, les moyens d'investigation qui peuvent conduire à ces résultats. Celte élude abordée de divers côtés* a soulevé une foule de
* D. Greg. Palmieri, Ad Valicani archiui [iomanorum poniificum regesta mauuduclioj ci-dessus, p. 664. — Specimina palaeographica regettorum Homanorum poniificum ab Innocentio III usque ad Vrhanum Y [ii9R-i376), Rome, 1888, Album gr. in-fol. de 60 pi. en héliotypie et 58 p. de texte. — Kaltenbrunner, liômische Sludien. I, Die pàpsl lichen Register des mu Jahrkunderts, dans Mitlheil.d. Iwitit. f, oeiterr. GeschichUforschung, t. V(1884}, pp. 213-294. — G. Rodenberg, Ueber die Hegiêter Honoritu III. Gregort IX. und InnocenzIV.^ dans ^eues Archiv, t. X (1885), pp. 507-578. — P. H. Denifle, Die pâpstlichen Hegisterbânde des xni. Jhs. und da» Invenlar derselben vont J. 1539, dans Archiu f. Litteratur und Kirchengeschichte, t. II (1886), pp. 1-105. — 6. Digard, La série des registres pontificaux du xm'êiixle, dans Bibt. de l'École des Chartes, t. XLVII (1886), p. 80-87. — L. Delisle, Les registres d'Innocent III, dans Dibl. deVÉc. des Chartes, t. XLVI (1885), pp. 84- 94. — L. Delisle, Fragment du dernier registre d'Alexandre IV, Ibid., t. XXXVIIl (1877), pp. 103-118. — A. Thomas, Soles sur le premier registre de Boni face VIII, dans Annales de la Faculté des lettres de Bordeaux, année 1884, pp. 106-117. — £. Werunsky, Bemerkungen ueber die im Vaticanischen Archiv befindlichen Uegister
684 LA CHANCELLERIE PONTIFICALE. [Li\. v, Cmap. i
problèmes délicats et intéressants pour la critique, qui n*ont pas tous reçu encore une solution définitive.
La critique diplomatique proprement dite, en tant du moins qu'elle s'applique à la teneur même des documents, a trouvé dans les registres de la chancellerie un secours des plus précieux. Elle leur a dû, entre autres choses, d'avoir pu dresser des itinéraires, complets ou à bien peu près, de chaque pontife; elle y a trouvé, pour Tétude du style et des formules, un ensemble considérable de documents d*une indiscutable authenticité; elle a pu enfîn, par la comparaison des transcriptions el des originaux, reconstituer le mécanisme de l'administration papale, discerner les conditions dans lesquelles les lettres étaient rédigées, enregistrées et expédiées, et en distinguer avec sûreté les différentes catégories.
Sans parler des ouvrages généraux déjà mentionnés, où la diplomatique pontificale du xiri® au xv« siècle occupe une place importante, sans revenir sur les travaux spéciaux aux registres cités plus haut, les actes de plusieurs des papes de cette époque ont été Tobjct d'importantes études diplomatiques*. Elles n'embrassent point encore, il est vrai, tous les pontificats ; néanmoins, la fixité des usages à cette époque permet, avec quelques restrictions, d'en étendre les conclusions à l'ensemble de la période comprise dans ce paragraphe.
Il convient d'ajouter que les textes imprimés sont dès maintenant extrêmement nombreux. Les régestes de Potthast ont donné, non sans beaucoup d'omissions, la liste des actes antérieurs à 1304, publiés jusque vers 1875, mais c'est surtout depuis que l'ouverture des archives du Vatican a permis d'entreprendre le dépouillement méthodique des registres que les publications, intégrales ou par extraits, se sont singulièrement multipliées. Les unes ont pris pour base un pontificat, d'autres l'histoire d'un pays, certaines se sont restreintes aux seuls actes contenus dans les registres, d'autres y ont ajouté le texte de documents recueillis dans les divers dépôts de l'Europe. Il n'est pas téméraire d'espérer que, si ce mouvement ne se ralentit pas, les historiens pourront disposer avant
Clemens VI. undlnnocenz VI. y danisMUtheil. d. Inst. f. oetlerr. Geêchickisforêchung, t. VI (1885), p. 140.— E. V. Ottenthal, Die BuUenregUterMartint V.vndEugetts IV., dans Miltheil d. Itutit. f. oesterr. Geschiohtsforêchung, III. Ergânzungsbett (1885], pp. 401-589. — p. Kehr, Bemerhungen zu pâpstlichen Supplikenregistern des iiv. Jahrhuitderl»^ avec fac-sim. d'une page des suppliques d'Innocent VI, dans MUiheii d. Innt. f. oeilerr. Geschichtsforschung, t. VllI (1887), pp. 84-102. On trouvera plus loin l'indication des nombreuses publications de documents extraits de ces regi^tres^; chacune d'elles est précédée de renseignements sur les documents de l'époque qu'elle comprend. V
* L. Delisle, Mémoire sur les actes d'Innocent ///, suivi de Vitinéraire de ce pontifr dans Bibl. de l'École des Chartes, 4« série, t. III et IV, et à part, Paris, 4857, m-8. — Ëlie Berger, Les actes d'Innocent IV, introduction (pp. l-lxxix) des Registres d'Innocent IV (voy. plus loin, p. 685). — W. Diekamp, Zum pâpstlichen Urkundtth wesen von AlexanderlV. bis Johann XXII. (1254-1354), dans Mittheil. d. Instit. f. oesterr. GeschichUforschung, t. lY (1883), pp. 497-540.
§ 3] TROISIÈME PÉRIODE (Ii98-i431). 685
peu de tout ce qui s*est conservé de la correspondance des papes du moyen âge*.
A la tête de la chancellerie apostolique* était un chancelier ou un vicechancelier'. La liste de ces dignitaires, dont les noms qui figurent dans les dates des bulles solennelles sont un utile élément de critique, se trouve dans les Régestes de Potthast jusqu*en i 304; je ne sache pas qu*on ait publié jusqu*ici de listes satisfaisantes des chanceliers des xiv« et xv« siècles.
* A. Potthast, Jiegesta pontificum Romanorum inde ab a. post Christum natum MCXCVIII ad a. MCCCIV, Berlin, 1874-1875. 2 vol. in-4 (Diekamp, Die neuere Literalur, p. 218, ci-dessus, p. 684, a donné l'indication des comptes rendus critiques contenant des additions et des corrections]. — G. Rodenberg, Epistolae saec. xni. e regestispont. Rom, selectae^ dans Monum. Germ. hist., Berlin, 1. 1 (1883) et II (18871, in-4. — J. BernouiUi, ilcto pon/i/icum Helvelica, t. I (1198-1268), Bâie, 1892, in-4. — Miitheil. aus detn Vatican. Archive; l. Actenstùcke sur Geschichte des deutschen Reiches unter den Kônigen Rudolf /. und Albrechtl. (1273-1308), Vienne, 1889, in-4. Publication de l'Acad. des sciences d^ Vi^ne. — 6. Schmidt, Pâpstliche Urkunden und Regetten aus den Jahren 1^95-1352 die Gebiete der heutigen Provinz Sachsen und deren Umlande betreffend, llalie, 1886, in-8. — Riezler, Vaticanische Akten sur deutschen Geschichte in der Zeit Kaiser Ludwigs des Rayent (1314-1347), Innsbruck, 1891, in-8. — Innocent III (1198-1216) : Baluze, Epistolarum Inn. IIÏ, Rom. pont, libri XI, Paris, 1682, in-fol. — La Porte du Theil, Diplometa, chartae.... Pars altéra quae epistolas conlinel, Inn. papae Ul epistolas anecdotas... exhibens^ Paris, 1791, in-fol. (Presque tous les exemplaires de ce volume ont été détruits avant d'être mis en circulation.) — Inn. ///, rom.pontif. opéra omnia, tomis IV distributa aecurante, J.-P. Mignk, t. CCXIV-CGXVII de la Patrol. latine. — Honorius III (1216- 1227) : P. pREsscTi, Regesta H. papae UI, t. I, Rome, 1888, in-4. — Grégoire IX (1227-1241) : L. Auyiut, Les registres de G. /JV, recueil des bulles de ce pape, publiés ou analysés d*apr. les mss. orig. du Vatican, fasc. 1 et 2, Paris, 1891, in-4 (Ribl. des Éc. françaises d'Athènes et de Rome, 2« série, IX). — Innocent I? (1243-1254) : Élie Bergeb, Les registres dL IV, t. I, II et III, fasc. 1 et 2, Paris, 1884-1892 [Ribl. des Éc. fr., 2* série, I). — Urbain I? (1261-1264) : L. Dorbe et J. Guiraud, Les
. registres d'il. IV, fasc. 1, Paris, 1892, in-4 (Ribl. des te. fr., 2- série, XUI). — Clément IV (1265-1268) : E. Jordan, Les registres de G. IV, fasc. 1, Paris, 1893, in-4 (Ribl. des Éc. fr., 2* série, XI). — Grégoire X et Jean XXI (1271-1277) : J. Guiraud et L. Cadier, Les registres de G. X, et de J, XXI, fasc. 1 et 2, Paris, 1892- 1893. in-4 (Ribl. des Éc. fr., 2* série, XII). — Honorius I? (1285-1287) : M. Prou, Les registres de H. IV, Paris, 1888, 1 vol. in-4 (Ribl. des Éc. fr., 2- série, VII). — Nicolas I? (1288-1292) : É. La:«ulois, Les registres de N. IV, fasc. 1-3, Paris, 1887, iji-4 (Ribl. des Éc. fr., 2* série, V). — Boniface VIII (1294-1303) : G. Digard, M. Faucon et A. Thomas, Les registres de R. VIII, fasc. 1-6, Paris, 1884-1891, in-4 (Ribl. des Éc. fr., 2^ série, II). — G. Digard, Un groupe de « littere notate » du temps de R. VIII, dans Ribl. de l'Éc. des Chartes, t. XLVIII (1887), p. 371. — Benoit XI (1303-1304) : Ch. Grandjean, Le registre de R. XI, fasc. 1-4, Paris, 1883- 1885, in-4 [Ribl. des Éc. fr., 2* série, II). — Clément V (1305-1314) : Regestum G. papae F, e Vaticanis archetypis... éd. cura et studio monachorum 0. S. R., Rome, 1885-1888, 7 vol. in-4.
1. Les détails qui suivent sur l'organisation de la chancellerie pontificale sont en grs^nde partie emprimtés au Mémoire sur les actes dinnocent III de M. L. Delislk, p. 2 à 5.
2. La dignité de chancelier fut supprimée en 1213 par Innocent III ; le pape depms lors ne concéda plus qu'une délégation de ces fonctions.
086 LA CUANCELLERIE PONTIFICALE. [Liv. v, Cuap. i
Au-dessous d*eux les notaires, personnages importants parmi lesquels on choisissait fréquemment les vice-chanceliers, dirigeaient les différents services de la chancellerie que H. Delisle a nommés des bureaux : ils étaient au nombre de quatre, et chacun d*eux était subdivisé en un certain nombre de camere.
Au bureau des Minutes^ des clercs nommés abreviaiores rédigeaient en bref, c'est-à-dire sous une forme abrégée, d'après les requêtes adressées au souverain pontife, la minute {litlera notata) des actes qui devaient être écrits au nom du pape. Ces minutes n'étaient pas destinées à être conservées dans les archives, et naturellement il ne nous en est parvenu qu'un très petit nombre, échappées par circonstances accidentelles à la destruction qui devait en être faite périodiquement*.
La minute, visée par le notaire et approuvée, suivant la nature de la lettre, par le pape, le vice-chancelier ou un notaire, passait ensuite au bureau des grosses, où des clercs désignés sous le nom de grossatoresy ou plus souvent de scriptores, expédiaient, in grosmm lilteram, les ampliations destinées aux parties, que nous désignons aujourd'hui sous le nom d'originaux. Dans certains cas, cette « grosse » passait sous les yeux du pape pour recevoir son approbation.
Dans le bureau des registres^ les reyûtratores ou scriplores registri transcrivaient certains actes, soit d'office, soit à la requête des parties, et probablement moyennant finance*, sur des registres qui demeuraient aux archives pontificales. C'est une question non encore résolue de savoir si cette transcription se faisait d'après la minute ou d'après la grosse, ou encore si les registres actuellement conservés ne représentent pas la mise au net d'un premier enregistrement fait en quelque sorte sur brouillon. Il parait probable que le mode d'enregistrement a dû varier suivant les époques, et peut-être parfois aussi suivant là nature des lettres.
Enfin, au bureau.de la Bulle, l'ampliation originale était revêtue du sceau de plomb par les huUarii ou buUatores.
Parmi les fonctionnaires de la cour romaine qui concouraient à l'expédition des lettres, il faut mentionner encore les coiTCClores qui revisaient les minutes et les grosses, ainsi que l'archiviste {scriniarius) qui intervenait lorsqu'il y avait lieu de recourir à des documents anciens.
Pour parvenir à leur adresse, les lettres étaient remises à des courriers, ou, lorsqu'il s'agissait de lettres gracieuses concédées sur requêtes, à des agents, mandataires des solliciteurs, qui avaient charge de remettre les suppliques, d'obtenir les grâces, d'en payer les frais et de les faire parve-
* Guido Levi, Due minute di letlere di Bonifticio VIII^ daiis Archivio délia r. Soc. rom. di storia palria, t. IX (1886), pp. 621-635. — G. Digard, Un groupe de Littere notate du temps de Boniface VIII, dans Dibl. de VÉc, des Chartes, t. XLVIU (1887), pp. 371-379.
i. Il en était ainsi du moins sous le pontificat de Jean XXII d'api*és un règlement de 1316, cité par Delisle, Mém. sur les actes d'Innocent III, p. 11, n. 3.
§ 5 TROISIÈME PÉRIODE (H98-H3i). 687
nîr. Dés le xiii^ siècle les ordres religieux entretenaient à Rome des procureurs chargés de leurs intérêts auprès de la cour pontificale.
Les registres. — Suivant une tradition qui remontait aux premiers siècles, les registres de la chancellerie étaient tenus par année du pontificat; chacun des volumes primitifs correspondait à une année, elles lettres qui y étaient transcrites, quels qu'en fussent Tobjet et la nature, y formaient une seule série générale. A partir du xm» siècle cependant cet ancien usage commença à subir quelques dérogations. Le nombre toujours croissant des lettres fit sentir le besoin de grouper dans des séries spéciales celles qui étaient relatives à certaines affaires, ou encore celles qui étaient expédiées dans des conditions particulières. Parmi ces recueils spéciaux, il faut distinguer ceux qui sont originaux et constituent au même titre que les autres des regikres officiels de chancellerie, de ceux qui se composent de copies exécutées postérieurement, et qui sont destinés à réunir en un même volume des groupes de documents relatifs à certaines affaires.
Dès le temps d'Innocent III, un registre officiel (Registnim supei^ negolio Romani imperii) fut affecté aux affaires de l'Empire. Sous Grégoire IX, à la fin de chacun des registres, on réunit en un cahier particulier des documents qu'il y avait intérêt à laisser groupés. Depuis le pontificat d'Innocent IV, les lettres ainsi transcrites sur un cahier spécial, soit à raison de leur importance, soit parce que, à cause de leur nature, elles étaient soumises à des formalités spéciales, furent dénommées lettres curiales, tandis que celles de la série générale étaient appelées lettres communes {littere in fortna commun!)^. Plus tard, sous le même pontificat, on créa une autre série pour les actes gracieux (bénéficia). Sous Urbain IV (126i-1264), les lettres relatives aux affaires financières, aux revenus du Saint-Siège, à l'administration du temporel, furent enregistrées à la Chambre apostolique, où s'ouvrit alors une série nouvelle de i*egistres dits Registres caméraux, II arriva parfois enfin qu'on forma des recueils de correspondance politique, dont quelques-uns se sont conservés.
Dans tous ces registres, ou du moins dans tous ceux qui servaient à l'enregistrement, les lettres d'une même année étaient transcrites à la suite les unes des autres, mais non pas dans un ordre strictement chronologique. Il est vraisemblable que l'ordre d'enregistrement était déterminé par celui dans lequel les pièces ù enregistrer parvenaient au bureau du registre.
Le clerc ne s'astreignait pas à une reproduction intégrale. Du protocole initial il ne conservait que l'adresse, qu'il écrivait enMnarge en menus caractères et qu'un rubricateur devait plus tard récrire à l'encre rouge dans un espace vide ménagé à cet effet. A chaque pièce il donnait un
1. Il n'est pas inutile d'observer dès maintenant que cette distinction ne correspond à aucune différence quant aux caractères intrinsèques ou extrinsèques des lettres.
688 LA CHANCELLKRIE PONTIFICALE. [Liv. v, Chap. i
numéro d*ordre pour en constituer ainsi un « chapitre » (capitulum). Dans le texte quelques mots du commencement et de la fin suffisaient à indiquer les formules ordinaires; certaines phrases, communes à plusieurs leltres, étaient abrégées de même avec renvoi au a chapitre o où Ton pouvait les trouver in extenso. D*autres lettres enfin pouvaient ne figurer au registre que par leur adresse accompagnée de la mention : in eundem modttm ou d'un renvoi à une lettre semblable antérieurement transcrite. Le protocole final était également abrégé : certains chanceliers n'exigeaient pas la transcription des souscriptions des bulles solennelles; souvent enfin la date était réduite à Tun des éléments chronologiques, ou même supprimée. Ce qui a été dit plus haut de Tabsence d*un ordre chronologique rigoureux empêche que, dans ce ca§, on soit fondé à déterminer la date d'après celles des documents qui précèdent et qui suivent, sauf dans le cas fréquent où elle a été remplacée par une formule telle que data eadem.
Il n*est pas possible d'entrer ici dans le détail des mentions accessoires que Ion rencontre dans les registres : notes marginales, noms de personnes, chiffres, confections, etc. ; il suffira d'en signaler l'intérêt et de dire que c*est avec leur aide qu'il est possible de se rendre compte de l'organisation des services de la chancellerie.
Les originaux. — Comme pendant la période précédente, les documents émanés du Saint-Siège se peuvent diviser en deux grandes classes, les grandes et les petites bulles.
I. Grandes bulles, — Les grandes bulles sont celles qui étaient rédigées sous la forme solennelle déjà décrite ^ A la chancellerie romaine on les désignait généralement sous le nom de Privilégia; par crainte.de l'équivoque, je ne les appellerai pas cependant des privilèges^ ce mot, d'après nos habitudes de langage, pouvant s'appliquer aussi bien à des actes expédiés sous forme de petites bulles*.
Les caractères des grandes bulles de la fin du xii® siècle se sont tous conservés au xm^, mais ce genre de documents est devenu peu à peu moins fréquent. Déjà exceptionnelles pendant la seconde partie du xni^ siècle, les grandes bulles ont à peu près cessé complètement d'être en usage après la translation de la papauté à Avignon, en 1309.
II. Petites bulles. — Bien que les petites bulles fussent depuis longtemps distinguées des grandes, néanmoins jusqu'à la fin du xii« siècle leur rédaction et leur disposition ne paraissent pas avoir été soumises à des règles absolument fixes. 11 en fut tout autrement au xiii^ siècle. Par opposition aux privilégia, les petites bulles étaient désignées sous le nom générique de litterae. On en distinguait de deux soiles : les unes formaient 4 « titre D pour les parties intéressées et étaient en conséquence nommées