Les premiers Capétiens
De Tavènement de Hugues Capet à la mort de Philippe !•' les caractères de la diplomatique royale sont totalement difTérents de ce qu*ils ont été auparavant et de ce qu'ils redeviendront plus tard. Pendant cette période de plus d un siècle l'observation et la comparaison des documents, loin de conduire à la détermination de règles de chancellerie auxquelles devait être soumise la rédaction des actes, aboutit au contraire à montrer Tabsence de toute règle. Le rôle de la critique diplomatique semble dès lors devoir se borner à suivre les transformations de l'acte royal, à constater ce qui persiste d'abord du diplôme carolingien, à noter les dispositions nouvelles, les caractères, les formules qui contribueront peu à peu à former le diplôme capétien, dont la rédaction sera soumise à quelques règles à partir seulement du règne de Louis VI.
Les premiers diplômes capétiens ressemblent fort aux derniers diplômes carolingiens; ils n'en diffèrent que peu à peu et par des altérations inconscientes. Sous Philippe I*^ encore on trouve des diplômes royaux où l'imitation de l'acte carolingien est tout à fait frappante. Mais, à côté de ces documents solennels imités plus ou moins maladroitement des actes
* A. Luchaire, Histoire des institutions monarchiques de la France sous les premiers Capétiens (087-1180), Paris, 1883; 2« édit., 1891, 2 vol. in-8; Manuel des institutions françaises; période des Capétiens directs^ Paris, 1892, in-8. — Quelques actes fies rois Hugues Capet, Robert, Heiiii l*' et FUiilippe ^' ont été recueillis et publiés dans Hecueil des histor. de la France, t. Xet XI, et dans Migxe, Patrol. iat., t. CXLI, eil et CLÏX. — Ch. Pflster, Études sur le règne de Robert le Pieux (996-1031), Paris, 1885, in-8 (6-4* fasc. de la Bibl. de l'École des Hautes Études). Cet ouvrage est ' précédé d'une étude sur la diplomatique de Robert et d'un catalogue d'actes comprenant 93 numéros. — Pr. Soehnée, Études sur la vie et le règne de Henri /•', rot de France, dans École nat. des Chartes. Positions des thèses de la promotion de 1891. Ce Iravail, dont les conclusions seules ont été publiées jusqu'ici, sera accompagné d'une étude diplomatique, d'un catalogue et d'un recueil d'actes. — M. Maurice IVou s'occupe depuis plusieurs années de recueillir les actes du roi P)iilippe 1*.
1. Yoy. par exemple la rcprod. de l'original d'une lettre de Louis le Pieux au missus Balderadus, Kaiserurk. in Abbild., Ii>T. I, pi 7'; BôHMER-MfiiLBACiiEB, Hegesta, n* 895.
2. Sur les lettres des souverains carolingiens, voy. Th. Sickel, Acta Karolinorum, 1. 1, pp. 394-407.
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de la période précttdente, on rencontre dès le régne du roi Robt^rt des actes de moindre dimension, dont l'aspect est plus simple, dont les formes nr sont plus solennelles et on manquent beaucoup des anciennes rorniules. Un peut donc répartir les actes des premiei's Capétiens en deux grande» classes : les actes solennels et les actes non solennels. Toutefois, (lan^ l'usage courant on continue à nommer dipidines tous les actes royaui df celte période.
Les noms donnés aux actes dans leur teneur sont d'abord les mêmes que ceux de l'époque précédente : praeeeplum, auclùrilas, aticlorilatii preceplum; sous Robert on trouve co/utitutio, régate ilecretum, etlicbm regalit imperii; sous Henri 1", attipulalio, petilio; sous Philippe I" plusieurs actes sont dénommés pragmatica âanclio. A ces expressions, anciennes ou emphatiques, tendent peu à peu à se substituer les mol» tcriplum, pagina, mr/o. qui seront presque seuls employés à l'âge suivant. Ces termes ne paraissent point, du reste, correspondre à diverses catégories d'actes, et il semble qu'on les ait indiiïéremment appliqués à tous les acles émanés du roi.
Au point de vue des caractères extérieurs, il faut observer que la forme, les dimensions et la qualité du parchemin ne sont plus les mêmes qu'à l'époque précédente. Tantôt on emploie du parchemin de 1res petite dimension, et tanidl des feuilles longues et étroites sur lesquelles od écrit indiiïéremment dans le sens de la hauteur ou dans celui de la largeur; fréquemment ce parchemin est mal fabriqué, mal dressé, rugueux et irrégulièrement taillé; souvent il a été réglé au dos à la pointe sèclie. L'écriture, imitée d'abord de la minuscule carohne, ne larde pas à devenir la minuscule romane. Souvent elle est dépourvue des caractères de l'écriture diplomatique ; on rencontre dans certains diplômes une grosse minuscule romane tout â fait semblable h celle de certains manuscrits de la même époque.
Pendant toute cette période, les actes royaux qui nous sont parvenus sont relatifs h des intérêts particuliers. Ce sont pour la pluprt. comme à l'époque pn'cédente. des concessions aux établissements ecclésiastiques, donations, sauvegardes, fondations, confirmations, ralifications. etc. On trouve encore des immunités; dans les unes on a reproduit exactement les formules anciennes; d'autres, au contraire, témoignent d'une acception nouvelle du mot immunité : on entend désormais par ce terme la protection royale assurée aux églises contre les empiétements, les exactions, les tentatives de toutes sortes des' agents royaux et des seigneurs féodaux. Les actes relatifs à des laïques continuent à èlre peu nombreux ; ceux en particulier qui ont pour objet de régler des rapports féodaux sont rares, mais comptent parmi les plus intéressants. Un certain nombre d'actes sont des jugements de la cour du roi : ils sont précieux â recueillir pour étudier les origines, le fonctionnement et le développement de cette institution. Ils ne se distinguent des autres acles royaux par aucune particularité de leur teneur. Non plus que sous les derniers monarques carolingiens, il n'y a pas de documents d'une portée générale, point d'actes
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législatifs à proprement parler : c*est une conséquence des conditions dans lesquelles les premiers Capétiens ont exercé le pouvoir.
Les diplômes royaux de cette époque sont en général longs, écrits dans ce style prétentieux caractéristique du xi« siècle et dont on a plus haut donné des exemples^ On y rencontre un mélange singulier de formules anciennes, empruntées au vieux formulaire, avec l'expression de nouvelles idées, le tout mal soudé ensemble. Les vieux mots, avec leur sens ancien, s'y rencontrent à côté d'expressions nouvelles, ou se mêlent aux mêmes mots dont l'acception est changée.
Sauf dans les actes non solennels, on a toujours conservé l'usage d'écrire la première ligne en caractères différents de ceux du reste de la teneur. C'est d'abord une écriture très analogue à la Caroline allongée; puis on y emploie aussi de la capitale, de l'onciale et toutes sortes de caractères bizarres. A la fin du règne de Philippe V'^ on se sert assez souvent d'une fine et longue écriture, à traits grêles, serrés les uns contre les autres, qui demeurera en usage. Dans certains diplômes la première ligne est écrite tout entière en caractères différents de ceux du reste de l'acte, conformément à la tradition carolingienne; dans d'autres l'invocation seule est écrite en caractères allongés et la ligne se continue en minuscule; ailleurs enfin on n'a placé sur la première ligne, plus courte que les autres, que l'invocation parfois avec la suscription.
L'invocation verbale, qui se rencontre dans la plupart des diplômes, est généralement précédée d'un signe rappelant l'ancienne invocation monogrammatique. Sous Hugues Capct etsous Robert ce signe est presque toujours dans le goût carolingien. Plus tard et déjà même sous le règne de Robert, on le trouve remplacé par une croix, souvent ornée, pattée, cantonnée de points; fréquemment aussi à cette époque il consiste en un chrismon assez simple. Quant à l'invocation même, la plus fréquente de beaucoup est toujours la profession de foi à la Trinité, parfois développée : Patris videlicet et Filii et Spiritus sanctij et parfois remplacée par des variantes prétentieuses ou emphatiques.
La suscription suit généralement l'invocation, mais parfois aussi elle est précédée du préambule ou d'une formule de notification. Elle débute fréquemment, et surtout depuis le régne de Henri ^^ par le pronom personnel EgOy ce qui n'empêche pas le roi de parler à la première personne du pluriel dans le reste de la teneur. On doit remarquer que la graphie du nom du roi n'a aucune fixité; ainsi le nom du roi Henri I®** se trouve dans la suscription dé ses diplômes écrit Benricun, Heinricus et Ainricm.
Comme les monarques carolingiens, le roi capétien se dit roi par la grâce de Dieu; mais celte idée est exprimée par toutes les variantes possibles. Le titre est quelquefois rex tout court, mais le plus souvent Francorum rex^ souvent aussi il est exprimé par des périphrases telles