‹ Manuel de diplomatique. Diplomes et chartes. - Chronologie technique. - Éléments critiques et parties constitutives de la teneur des chartes. - Les chancelleries. - Les actes privésChapitre 436 sur 554 · Voy. plus haut, Liv. ni,ch. v · texte numérisé non relu

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754 SOUVERAINS DE LA FRANGE. [Liv. v, f.u.u

que sceplintm tenem, — agens in sceptris^ — regni frena gubemam, — regni Francorum patenter tenens gubernacula^ — princeps licel non iiloneus in regnum Francorum cohitUtulus^ etc. Souvent aussi, principalement sous Hugues Capet et Robert, le titre est accompagné des qualifications semper augustus, — gloriosus, qui tombent peu à peu en désuétude.

Il n'est pas rare que le préambule précède la suscription, surtout dans les diplômes de Philippe I*^. Fréquemment on y rappelle l'orig-ine divine de la royauté, sa mission, les devoirs de justicier du roi, mais surtout l'obligation qui lui est imposée de protéger TÉglise et d'accroître ses richesses. Certains préambules sont interminables, et d'autre part certains diplômes en sont tout à fait dépourvus.

Le préambule est ordinairement lié à l'exposé par une formule de notification telle que : Idcirco novenl sagacitas seu indmtria omnium nostrorum fiilelium iani praesentium quant et futurorum quia*... Celle formule comporte naturellement toutes sortes de variantes; certains diplômes en sont dépourvus, et exceptionnellement elle est remplacée par une adresse suivie d'un salut.

Dans beaucoup de diplômes l'exposé et le dispositif sont enclievétrés de telle sorte qu'il est impossible de distinguer nettement Tune de l*autre ces deux parties du discours diplomatique. Les décisions du 1*01 se trouvent mêlées aux considérants. Un caractère presque constant de l'exposé des actes gracieux, c'est qu'il y est indiqué que le concessioqnairc ou quelqu'un pour lui est venu trouver le roi et lui a adressé une requête. Le dispositif est fréquemment annoncé par une expression telle que : placuit serenilati nostrae.

Un caractère important des diplômes capétiens, c'est qu'il y est assez souvent mentionné que le roi a consulté des conseillers, des prélats, des barons, et leur a demandé leur assentiment. Cela est exprimé dans le dispositif sous cette forme : cum consensu nostrorum optimatum^, — ou encore cum consensu ac voluntate episcopomm atque abbatum seu omnium comitumque militum meo)*um^. On voit par là que beaucoup d'actes, et non pas seulement des jugements, étaient le résultat de délibérations de cours pléniéres, d'assemblées, où l'on réunissait les grands du royaume, prélats et barons.

On sait que les premiers Capétiens ont toujours associé leurs fils aînés à la couronne, afin d'en assurer la transmission héréditaire. Après le couronnement de Robert en 987, quelques diplômes royaux sont intitulés aux noms des deux rois Hugues et Robert. Plus tard on se contenta de mentionner dans la teneur, sous forme de consentement, l'intervention

1. 998. Dipl. de Robert pour Sl-Maur. Orig. Arch. nal., K 18, n* 2*; Pfister, calai , n» 14.

2. 1017-1025. Dipl. de Robert pour Cluny, A. Bhuel. Chartes de Cluny, t. III, n* 2711.

3. 1031-1060, Dipl. de Henri I", pour N.-D. de Paris. Orig. Arch. nal., K 19, n*8.— J. Tabdif, Mon. hùt., n" 279.

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des fils du roi, avant même qu'ils aient été couronnés et alors qu'ils n'étaient que de jeunes enfants.

M. Luchaire a observé que sous les premiers Capétiens les reines (mères ou femmes des rois) avaient joui d'une certaine influence*. Leur participation aux chartes royales est fréquemment exprimée, en effet, dans le dispositif, le plus souvent sous une forme très brève, mais parfois aussi avec quelque développement*.

Le mauvais goût du temps et la bizarrerie des expressions reparaissent généralement dans les clauses fmales. Pour garantir l'acte contre les violations, on fulmine des anathèmes contre les coupables éventuels, on stipule contre eux des peines, le plus souvent une amende, parfois la peine de mort, et l'on spécifie que la tentative de violation ne sera suivie d'aucun effet. Les peines spirituelles sont empruntées aux actes des assemblées ecclésiastiques, ce qui n'a rien d'étonnant quand on voit le grand nombre des prélats qui figurent dans les assemblées capétiennes. Parfois même il est exprimé que c'est au nom de ces prélats que sont fulminées ces menaces d'excommunication et d'anatliémes. Les amendes sont généralement évaluées en livres d'or. Elles varient, sans raison apparente, de 10 à 600 livres. Elles sont ordinairement affectées au trésor royal, mais parfois aussi .ittribuées en partie ou en tout à la partie lésée. 11 est à peine besoin d'ajouter que les rédacteurs se sont appliqués à varier les expressions et les tournures de ces dispositions, qu'elles sont développées au delà de toute mesure dans certains diplômes et qu'elles ' manquent totalement dans d'autres.

L*annonce des signes de validation n'est ni plus fixe ni plus régulière que les autres parties du diplôme. Elle fait complètement défaut dans quelques documents, et le plus souvent tous les signes de validation ne sont pas annoncés. La souscription royale et le sceau y sont ordinairement mentionnés. La souscription royale y est souvent appelée encore nianiis propria, quelquefois inonogramma, et, dès le temps de Henri l^^.karacter nominis regii, expression qui tend peu à peu à prévaloir.

Le sceau est désigné assez souvent encore par le mot annulus, auquel tend à se substituer le mot sigillum, qui devient plus fréquent déjà sous le règne de Robert et est presque exclusivement employé sous Henri I*^"" et Philippe l^.

L'annonce des témoins et plus souvent la mention que l'acte a été fait en présence de témoins figure souvent à cette place. Voici des exemples de ces annonces finales: «... manu propria cum episcopis sanctae synodi « nostrae firmavimus ac uoniina episcoporum ejusdem sanctae synodi (( ascribi jussimus et anuli nostri inpressionc sigillari jussimus' » —

i. Hiit. des instit. mon.^ t. I, p. 143.

2. Par exemple dans un diplôme de Robert pour Sl-Maur (998), Suggerenlibus itaqur ac intervenieiitibus dilectis nostris videlicet dulcisêima génitrice nostra Adélaïde atque conjuge nostra Berta. Orig. Arch. nal., K 18, n« 2*; Pfister, catal. n» 14.

3. 1008. Dipl. de Robert pour Si-Denis, Orig. Arcb. nat. K. 18 n**3; Pfister, calai, n» 37.

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(( ... nrmavimus et fidelibus nostrîs firmare fecimus et ut inconvulsum n permaneat nostrum caracter impressimus^ » Les rédacteurs des actes se sont du reste appliqués à varier sans cesse l*expression de ces formules.

Rien n*est moins Vixe que le protocole fmal des diplômes de cette époque. Ij'ordre des diverses parties en est essentiellement variable. Souvent c'est la date, lorsqu'elle existe, qui suit immédiatement le texte; mais souvent aussi ce sont les souscriptions. Celle du chancelier se trouve tantôt la première, tantôt la dernière, et parfois au milieu des autres. Le sceau lui-môme n a plus de place fixe, on le trouve à gauche et au milieu presque aussi souvent qu*à droite ; souvent il est tout au bas de lacté, et souvent la souscription du chancelier, celle du roi, la date. Tune ou l'autre de ces parties ou toutes ensemble, se trouvent au-dessous du sceau.

La souscription royale, plus fréquente sous les premiers Capétiens que sous les Carolingiens, consiste en un monogramme et souvent aussi, depuis le règne de Henri I**, en une croix, accompagnés ou non de formules de souscriptions.

On a déjà eu l'occasion d'observer que la forme du monogramme d'un même roi n'était pas toujours exactement la même; mais, sous les premiers Capétiens, chaque monarque a eu les monogrammes les plus variés, bâtis tantôt sur une croix et tantôt sur une H. Il s'y est joint souvent des caractères parasites et certaines lettres ont parfois été omises.

Quant aux croix, la manière dont certaines d'entre elles étaient tracées ne laisse aucun doute sur leur caractère autographe'. D'autres, plus régulières ou plus prétentieusement dessinées, doivent être l'œuvre de scribes. L'apparition de ces croix ne correspond pas à un abandon des monogrammes. Ces deux formes de sij^na ont coexisté, et il y a même des diplômes où l'on rencontre la croix autographe du roi à côté ou au-dessous de son monogramme. Quant à la formule qui l'accompagne, lorsqu'elle existe, c'est presque toujours : Signum N, gloriosissimi régis. Inutile d'^outer qu'elle comporte des variantes.

L'intervention des reines et des fils de rois qu'on trouve, on Ta vu, mentionnée dans le dispositif des diplômes, se manifeste aussi par leur souscription. Souvent, depuis le règne de Henri I^, ces souscriptions sont accompagnées de croix autographes. La signature autographe de la reine Anne,, en caractères slavons, figure au bas d'un diplôme de Philippe I«% en date de 1063, pour S. Crépin de Soissons'.

Les diplômes carolingiens n'étaient point revêtus d'autres souscrip-

\. 1060. Dipl. de Philippe I" pour St-Denis. Orig. Arch. iiat. K 20, n» 1. J. Tardif, Mon. hist., n*" 283.

2. Yoy. des spécimens de monogrammes royaux et de croix dans le Musée des arch. nat.f pp. 58-73.

3. Orig. Bibl. nat., Coll. de Picardie, vol. 204. n** 38. Elle a été reproduite en fac-similé, C. CouDERc, La signature autogr. d'Anne de Russie, dans La Russie, Paris, 1802, iR-8i

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lions que celles du roi et du chancelier ou de son substitut. Sous les premiers Capétiens, au contraire, la plupart des actes solennels portent, indépendamment de ces deux souscriptions, celles d*un nombre plus ou moins grand de témoins. Ces souscriptions, rares encore dans les actes du chef de la dynastie, deviennent de règle à partir du règne de Robert II; leur nombre est très variable; il n'est pas rare de les voir s*élever à trente et même davantage.

Elles sont exprimées de diverses manières, mais toujours elles sont l'œuvre du scribe de Tacte; je n*en ai du moins jamais rencontré que Ton puisse croire autographes. Ce sont plutôt des énumérations de témoins que de véritables souscriptions.

Quels étaient les personnages qui souscrivaient les diplômes royaux sous les quatre premiers Capétiens? D*abord les intéressés; ceux qui ont obtenu une faveur, ceux dont le roi ratifie une convention ; ils témoignent ainsi des conditions dans lesquelles Facte a été passé et de leur consentement à ces conditions et aux réserves qu'elles comportent.

Ce sont ensuite des prélats et des barons. Certains actes rendus en assemblées plénières sont revêtus de souscriptions nombreuses d'archevêques et d'évéques, dont le siège est généralement exprimé par le nom du peuple au génitif : episcopus Paruiorum. Les souscriptions des barons, comtes, vicomtes et chevaliers sont également très fréquentes. La plupart du temps ils se contentent d'ajouter à leur nom leur titre, cornes^ vicecomeSf sans indiquer le nom de leur fief. Ces souscriptions sont assez souvent disposées en colonnes de 4, 5 ou 6 noms chacune, au-dessous de la teneur. La place d'honneur à gauche appartient toujours aux prélats.

Indépendamment de ces souscriptions, on trouve, mêlées à celles des barons, celles de personnages non qualifiés. Ce sont des conseillers du roi, gens de petile noblesse, chevaliers d'origine obscure, parfois même roturiers ou clercs, chargés de l'administration. Ce sont les mêmes que les documents désignent par les termes généraux de famiUarti^pala- Uni, domestici, etc. A côté d'eux figurent d'autres personnages dont le nom est suivi d'une indication de fonction. Ce sont les officiers du palais, chargés d'abord d'un service domestique et qui peu à peu se transforment en grands fonctionnaires. Leurs souscriptions apparaissent au bas des actes royaux à partir du règne de Henri I«' et ne tardent pas à se multiplier*. Les officiers que l'on y voit le plus fréquemment figurer sont les suivants : le sénéchal (senescallus et plus souvent dapifer), chef du service de la table, et ses subordonnés : le queux (cocus), chef des cuisines royales, et les sommeliers (panetarius, cellerarius) ; le connétable (comesslabuliy comtabularius), chef du service des écuries, et ses subal-

i. Le plus ancien diplôme non suspect où flgurent des souscriptions d'officiers du palais est, à ma connaissance, un dipl. de 1043 du roi Henri I**^ pour Sainl-Maur-des- Fcssés. A côté de plusieurs autres souscriplioi^, on y voit figurer les deux suivantes : V S. Buldrici couoslabuli. S. Ingenulfi buticularii. » (Orig. Arch. nat. K 19, n"* 2"; J.Tabdif. Mon. hht., n" 208.)

HA?(U£L DE DirL03fATIQCK. ^^

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ternes, les maréchaux (maruco/cu»} ; le chambner (camerarius), ga"''" -*— la chambre, chargé du gîte, de t'ameublemealet de l'entretien du | et ses employés, les chambellans ou cubtculaîres (camberlimiu. eut riut); le houte'iWer {bulicularim), chaîné de l'administration de lac des vignobles du domaine, i?t ses lieutenants, les échausons {pinc Od y trouve encore des cha[)elains et sous-chapelains {captUanua, . petlanut); le précepteur du roi (eJKcator, cuttoi, magûter, paeda aequilibrator regU) et son médecin {titedicui). Parfois les parents, frères de ces fonctionnaires, avaient été appelés à souscrire avec eus il arrive aussi qu'on rencontre, au bas des diplômes, les souscri d'officiers de l'administration locale, prévôts {prepotilui), \oyers i-iut), sous-voyers {mbviariia}. Toutes ces souscriptions sont mêlée qu'on entrevoie qu'un ordre quelconque ait présidé à leur dispo: Sur la fin du régne de Philippe ï" seulement, un peu de régularité mence à s'introduire dans les usages, et l'habitude s'établit d'ajouti diplômes les souscriptions des quatre principaux officiers de la cour le connétable, le cliambrier, le bouteiller et le sénéchal, sans préji du reste, d'autres souscriptions.

La souscription du chancelier ou d'un oflicier de la chancellent un élément essentiel à la validation du diplôme carolingien : auc ceux qui nous sont parvenus en originaux n'en est dépourvu. So premiers Capéliens, au contraire, il est fréquent de rencontrer des royaux qui ne contiennent aucune mention de ce genre. La pli cependant, en sont pourvus, mais le style a cessé d'en être (i\è ps formule. Le titre même de chancelier a été exprimé par une foi synonymes; à côté des expressions anciennes, cancellarius, ou cok rioi palatii, que l'on rencontre souvent, on trouve aussi cartigrc lignator, apocrUiarius, a commentariii, etc. L'expression la plu quente de cette souscription est : N. cancellarim relegendo subta mais elle comporte de nombreuses variantes. Les ruches sont dev exceptionnelles; toutefois, sous Philippe 1" encore on en rencontre ques exemples. Le chancelier esl parfois suppléé par un notaire qu tilule ordinairement notaire du roi (no/anus re^û). M.Luchaire a cl qu'il y avait lieu de faire une distinction au xi' siècle entre la ch. lerie i-éelle el la chancellerie honorifique'. Le chef suprême de la cellerie était l'archevêque de Reims {summus cancellariun) ; sous lippe 1", quelques diplômes attribuent à l'évêque de Paris le d'archicancellariai. Mais cette suprématie était purement nomina chef réel de la chancellerie était un chapelain portant le litre de a lariia, ayant sous ses ordres des cnpellani ou notarii, dont le pre chancelier désigné, avail le titre de vicecancellariut ou tubcancell La souscription du chancelier n'avait pas de place fixe dans le pro final; on la rencontre souvent tout à la fin du diplôme.

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