COMMENCEMENT DE L'ANNÉE. FRANCE
on emprunta à Rome le style de Noël et celui de l'Annonciation. Tous ces usages se perpétuèrent en se localisant dans les diverses contrées de la Gaule. A l'époque carolingienne, il semble que l'usage ait prévalu de commencer Tannée à Noël*; mais sous les premiers Capétiens les habitudes se modifièrent et Ton admet généralement que la chancellerie royale varia dans la manière de compter les années de Tlncarnation et qu'elle oscilla notamment entre les styles du 1*' janvier, du 1" mars, du 25 mars. 11 semble qu'elle ait adopté, dés les premières années du xn' siècle, le style de Pâques, mais la chose n'est absolument certaine que depuis le xiu**. A partir de cette époque jusqu'au milieu du xvi* siècle, elle n*a plus changé le mode de compter les années. Ce style fut naturellement employé aussi dans les juridictions royales, et de là se propagea, d'abord dans le domaine et peu à peu dans le reste du royaume. Aussi a-t-il été universellement connu sous le nom de Style de France {mos Gallicanus). Charles IX, en janvier 1565-1564, par l'article 59 de VÉdit de Paris^, fixa au {"janvier le commencement de l'année**. Cet édit fut enregistré dès 1564 au parlement de Toulouse et l'année suivante à celui de Bordeaux, mais seulement en 1567 par celui de Paris, de sorte que le nouveau style fut adopté à la cour, à la grande chancellerie de France et dans le midi de la France quelque temps avant de l'être au Parlement de Paris et dans les juridictions du ressort. Depuis 1568 son emploi fut général en France' et il n'y eut plus de changement à cet égard que lors de la promulgation du calendrier républicain en 1795.
lu Piord de la France, en Flandre, on rencontre, dès le milieu du ix* siècle, Ton des plus anciens exemples de l'emploi du style de Pâques*. L'usage de
• Art de vérif, les dates, éd. in-8. Part. II, t. I. Dissertation sur tes dates, p. H, 12. — Ch. Pfister, Etudes sur le règne de Robert le Pieux, p. 34 et suiv. — A. Luchaire. Louis VI le Gros, p. 294 et suiv. ; Etude sur les actes de Louis F//, p. 25 et suiv. — L. Delisle, Catat. des actes de Philippe Auguste, p. 67 et suiv. — R. de Lasteyrie, CartuL général de Paris, t. I, p. 29 et suiv. A. Le Noble, Sote sur ledit de Paris de 1503, dans Uibl. de l'École des Chartes, I. 11 (184(V4I), p. 286.
1. C'est la conclusion de M. MChlbacheu (Préf. du t. I, de la nouvelle éd. des hegesta imperii de Bohmer, p. 79). — A remarquer que tous les chroniqueurs contemporains datent le couronnement de Charlemagne ci le rétablissement de l'empire du 25 décembre de l'an 801 [Itrid., p. 147).
2. Et non de Houssilton, comme on l'appelle encore trop souvent. Voici le texte du ÛO* et dernier art. et de la date : c Voulons et ordonnons qu'en tous actes, registres, c instrumens, contrats, ordonnances, édicts, lettres, tant patentes que missives, et c toute cscripture privée, l'année commence d'ores en avant et soit comptée du premier «r jour de es mois de janvier. Si donnons en mandement.... Donné à Paris ou moys de « janvier. Tan de grâce mil cinq cens soixante troys et de notre règne le quatrième ». — 11 y eut bien le 9 août suivant (1564) une Déclaration de Roussillon, faisant droit à cciiaines remontrances du Parlement sur plusieurs des 38 premiers articles de J'cdit, mais l'art. 39 est précisément l'un de ceux dont il n'est nullement question.
5. Sauf toutefois l'exception citée plus haut (p. lOD) pour l'église de Beauvais.
4. Dans une charte d'Adalard, abbé de St-Bertin (Gvéhard, Cart. de S-'Bertin, p. 162), ain^i datée : « Actum Aria monasterio, VI. kl. aprilis (27 mars), anno incarn. Dominice t DCCC.L.VI. et bissextili, indict. V., sabbato ante médium Quadragesimae, anno XVII. « régnante Karolo cum fratre Hludovico ac nepote Hlotario. » En 856, le samedi avant ta ini-carême tombe non pas le 27, mais le 7 mars ; l'indiction est non pas 5, mais 4 ; enûn, le mois de mars 856 tombe non pas dans la 17*, mais dans la 16* année du règne de Qiarles le Chauve. Tous les éléments chronol. concordent, au contraire, si Ton date
m COMMENCEMENT DE L'ANNÉE. FRANCE. [Liv. ii, Chaf. u
commencer l'année à Pâques s'y consens pendant le moyen âge', non loiUefois sans que l'on trouve des eiemples du style de Noél probablement sous l'innuencf de l'Empire*. L'usage de Pâgueê prévalut naturellement et parait avoir éié seul employé dans l'Artoii, démiimbré de la Flandre au commencement du un' siècle. Dans le Hainant on employait de préférence te style de !ioel, et lorsqu'on faisait commencer l'année à Paquet, on jugeait utile de spécilier qu'on se servait du ttyU de France*. Toutefois l'église de Cambrai paraît être restée fidèle * l'usage de Paquet, et ce mode de supputer tes années fut parfois appelé tlaltu curie Comemceiuit^. En Picardifl, il semble qu'il y ail eu de nombreuses variations, mais elles n'ont pas été encore déterminées avec précision. A Hontdldier, on aurait suivi jusqu'au ivr siècle le style de VAititoncialîon*, et l'on a vu plus haut* qu'au milieu du un' siècle l'église de BflanTaii désignai! cet usage sous le nom de style français; ce ne fut qu'en 1580 qu'elle l'abandonna. Ce terme du 35 niara était du reste usité au iiu' siècle dans l'église de Reims', cl il n'y a rien d'étonnant à ce qu'il se soil propagé dans toute la province ecclésiastique, k Soiuont, au xu' siècle, l'année commençait à Noil'. K Amieni el â Péronne. au xv et au xvi' siècle du moins, on suivait le style de Piqutt'. tandis qu'ailleurs on aurait, dès le xiii' siècle, commencé l'année au I" janvier*.
Dans l'Ile -de-Franc a on a naturellement subi plus qu'ailleurs l'influence des usages de la cliancellerie royale : probable pour te ii* et le \n' siècle, le fait est certain a partir du règne de Philippe Auguste, et, dès lors, c'est toujours le style de Pdquei qui y a été employé. Il faut cependant noter a Paris même une curieuse exception ; à partir de U70, les prieurs du collège de Sorbonne n'oiil plus suivi l'usage commun, mais il est difDcile de dire s'ils ont fait commencer l'année au 25 décembre ou au 1" janvier'". Il serait curieux de rechercher si leur style s'est propagé dans les autres collèges de l'université de l'aris.
* Wanten. Table chnmologïgue de» eharlet et diplôme» imprimât concemant
fhiiloire de la Belgique, t. I el III (1871), Inlroduetion. (Sur les usages rbnmotn^ques uailée en Flandre et dans les paye qui ont formé la BclKiine.)
la charte de 857, et l'un est aiiiai conduit â admettre nécessairemeiil l'emploi du sl;1c de Pftques,
1. Gilles li Hosis [abbé de Saint-Martin a Tournai, ■{- I3&S) : • In Krancia el in flant dria et in nostria parlibus el alibi reiiovanlui- (annî) ab Incaroatione el mulaniur
• dalae litlerarum die Veneris in Psraiceue Domini posl oflicium missae. > 'Sxir, Cerv- -'■"«. Ftandriae, l. El. p. 202.)
C'est ainsi qu'une charte de la dame de Fenainif est datée : > Dalum el arluin leneenis in ecclesia iiosira pi-edicta. snb anrio bomiiii H.CCCC.XXXI., more gallitmiK. aicl- X-, die vero menais april. VI. i [Cartul. de Cgioing, pubi par I. de Cuisw-- ».n*Lm.)
11 est ainsi désiRné dans une charte du duc de Luiembourg du 1" niar» l557-l3âX' e SAiM-tJEHoit, inr. anal, des comte» de Flandre, p. MjJ: cil, par \V.tiTiiu, (hier. t. I. Introd., p. a.]
D'après Bo^n, Hatidg Book, p. 61, et les Bénédictins, Art de cérif. Ut dalet, Billion, p. Ï8, qui eu donnent des preuves ceiiainet^. P. 107, n. t.
Art devirif. leidalei; Diitert.. p. 48. il. ftirf. — 8. Ibid.
Ibid. Les Bénédictios citent une iharlc d'un seigneur de Vi^ nacourl, de lîH, datée ois de janvier, lendemain du 1" j.-ur de l'an, mais l'exciiipte n'est pas pérenip-
Voy. plus haut, p. 100, n. t.
I. Heinlin de la Pierre, élu prieur de Sorbonne le S5 mars 1470, date son premier
g 2] COMMENCEMENT DE L'ANNÉE. FRANCE. 115
A VOuest de la France, les pays soumis à la domination anglaise commencèrent assez généralement Tannée au 25 décembre. Dans la Normaiidie, réunie à la couronne dés le début du xiii* siècle, Tusage de France prévalut. Le même usage fut suivi en Bretagne, au moins à partir du xui* siècle. En Anjon Tannée commençait au 25 décembre en Tan mille S et cet usage durait encore à la fin du II* siècle*. D*autres dates cependant témoignent qu*à la même époque on prenait aussi pour point de départ de Tannée un terme postérieur au 35 décembre et au 1*' janvier, probablement le 25 mars'. La réunion du comté d'Anjou à la couronne en i204 y fit prévaloir peu à peu le style de France, En Poitou*, Tusage de Noël dura, à l'exclusion de tout autre, jusqu'à la conquête du pays par le roi de France en 1225*. Après cette époque, on employa fréquemment le slyle de France , mais concurremment avec le style de Y Annonciation *, qui fut d'un usage courant jusqu'à la réforme du calendrier au xvi* siècle ^. Dans TAngomnoifl** c'était également le 25 mars que commençait Tannée, du moins depuis le dernier quart du xnr siècle; et cet usage dura jusqu'au 1*' janvier 1566', date à partir de laquelle on commença Tannée au 1*' janvier. En
* A. Richard, préface des Chartes et documents pour servir à l'histoire de Vabhaye
de Saint-Maixenty t. XYI (1886) des Arch, hist. du Poitou^ Poitiers, in-8. (Étude sur
les usages chronologiques des chartes poitevines.) ** 6. Babinet de Rencogne, Du commencement de Vannée en Angoumois au moyen
âye et dans les temps modernes^ dans le Bull, de la Soc. archéol, et hist, de la
Charente, année 1867.
acte de ce millésime et non de 1469 (Pâques tombait le 22 avril en 1470). Ses successeurs ont depuis suivi son exemple. Ce fait a été signalé par J. Philippe, Origine de timprimerie à Paris (1885), p. 18, d'après le registre orig. des prieurs, Bibl. nat., ms. lat, 5494 A.
1. f Vin. kal. januarii anni Domini immutantur. > {Chronique de Saint Aubin d'Angers à Tan 1000, dans Chroniques des églises d'Anjou, publ. par Marchegat et Saimox, p. 22.)
2. Une charte du Livre blanc de S. Florent de Saumur (arch- de Maine-et-Loire), fol 44, est datée de 1003, 3 kl. jan,, ^ feria, c'est-à-dire du jeudi 30 décembre; comme c'est en 1002 que le 30 décembre tombait un jeudi, il est certain que le millésime avait changé le jour de Noël.
5. Une charte de la même abbaye est datée de Tan de TIncamation 1075, mense januario, feria F., die festivitatis 5* Agnetis', ce n'est qu'en 1076 que la Ste-Agnès (21 janvier) est tombée un jeudi; le millésime de l'année 1075 n'avait donc pas encore été renouvelé à cette date (Charte citée par L. Fate, De la domination des comtes d Anjou en SaifUonge, dans la Hevue de l'Anjou, t. II (1855), p. 508, n*3. D'après unecop. de la Bibl. publ. d'Angers).
4. Otton de Brunswick, < dux Aquitanie et cornes Pictavie », date de Benon en Poitou et du 29 décembre 1198 des privilèges qu'il concède aux habitants d'OIeron (Leuinits, Scriptores rer. Brunswic., t IH, p. 50, cf. A. Girt, Les établissements de Bouen, t. I, p. 89). Or il fut couronné empereur en juillet 1198 et ne revint plus en Poitou. Il faut donc dater de 1197 les privilèges d'OIeron; le millésime ayant changé à Noël. — Voy. d'autres exemples cités par M. Ricbard, ouvr, cit.
5. Au 25 mars 1469 du Registre des délibérations capitul. de S.-Hilaire de Poitiers, on trouve la mention : < Hic mutatur annus », citée par Babiket de Rergogke, Du comm. de Cannée en Angoumois^ p. 16.