Voy. plus haut, p. 637 et
9 Manuel des instUutiom françaises. Période des Capétiens directs^ p. 245.
gg 2, 3] CHARTES SEIGNEURIALES. 819
riales. Les documents faux ne sont pas rares, et, si Ton met à part les falsifications grossières, reconnaissables au premier coup d'œil, il en est beaucoup qui sont susceptibles de mettre en défaut les historiens. Les copies contemporaines se laissent facilement confondre avec les originaux, et Tacte y a subi souvent des remaniements ou reçu des additions. Les originaux eux-mêmes ne sont pas tous dépourvus d'incohérence, et contiennent parfois des interpolations et des additions de nature à dérouter la critique. Ces difficultés mêmes rendent plus indispensable d'entreprendre une étude sérieuse de ces documents. Il faut les recueillir, en établir le .texte avec soin, les grouper par séries, afin de pouvoir les examiner et les comparer; il faut surtout faire une étude particulièrement attentive des originaux, qui se sont heureusement conservés en grand nombre. La critique, désarmée en présence d*un document isolé, retrouve souvent des avantages inattendus dans les rapprochements qu'elle peut faire entre tous les actes émanés d*un personnage ou d'une dynastie féodale. Cette œuvre, si digne des efforts' des érudits provinciaux, est à peine commencée.
3. Les chartes seigneuriales depuis le milieu du XII* siècle.
Les chartes seigneuriales, plus correctes déjà depuis le début du xii<^ siècle, deviennent à peu près régulières, surtout dans le nord de la France, vers le milieu de ce même siècle. Le sceau, d'un emploi général à cette époque, élimine toujours davantage les souscriptions. Jusqu'au début du xiii^ siècle, on rencontre cependant encore des chartes seigneuriales, analogues aux diplômes royaux, qui se terminent par des souscriptions; mais celles-ci, généralement moins nombreuses que par le passé, ne sont plus jamais autographes.
La majorité des documents de cette période est formée de chartes de dimension moyenne, et quelquefois d'une extrême exiguïté, simplement et clairement rédigées. Elles se peuvent comparer aux lettres patentes et aux mandements de la chancellerie royale, dont elles prennent du reste souvent le nom depuis le xiii« siècle. La plupart des clercs, rédacteurs des chartes seigneuriales, n'ont pas adopté un formulaire rigoureusement fixé, mais ils ont puisé dans le fonds commun des formules usuelles. L'invocation initiale et le préambule se font peu à peu plus rares; dans la suscription le nom de l'auteur de l'acte est souvent écrit en abrégé ou même représenté par une seule lettre initiale, et le pronom Ego y persiste beaucoup plus longtemps que dans les actes royaux. L'acte est tantôt en forme de lettres (suscription avec adresse et salut*), et tantôt en forme de charte (suscription suivie immédiatement de la formule de notification) ; souvent aussi la notification y précède la suscription : Notvm $it omnibus
1. Il est à remarquer que Tadresse y précède assex souvent la suscription, comme dans les lettres missives.
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quodego.... L'exposé et le disposilif, correctemeDt disposés, sont aiis^âî concis que posMble. Dans les forniules finales, les clauses coniiniiialoif>es disparaissent, et il ne subsiste le plus souvent qu'une formule de corrolioralion avec annonce du sceau. Souvent aussi les formules finales foDt complètement défaut. Parfois enfin ta charte se termine par rênuniêralion de quelques témoins; mais c'est un usage qui tend déplus en plus à tomber en désuétude, et qui cesse complètement au cours du un* siècle. La date demeure pendant longtemps encore assez irrégulière. Les èlê* ments qui la composent sont variables mais généralement corrects ; souvent encore assez nombreux jusqu'au commencement du xui^ siècle, ils se réduisent peu à peu à l'indication du lieu, de Tannée de rincamation el du quantième; encore cette dernière indication est-elle souvent absente. L'année du K'gne ne s'y rencontre plus qu'exceptionnellement. Ajoutons enfin que les pièces dépourvues de toute date ne sont pas rares, même au xin* siècle. Le signe de validation constant est le sceau pendant, sur lacs, sur double ou sur simple quçue^ Un assez grand nombre de documents sont disposés en forme de chartes parties.
Dans le midi et dans le sud-est de la France, beaucoup de chartes seigneuriales étaient rédigées, comme les actes privés, par les notaires publics; elles sont accompagnées en conséquence du certificat et du seing manuel du notaire, mais sans préjudice du sceau du seigneur, qui seul les distingue des actes privés.
La langue des chartes seigneuriales fut généralement le latin jusque vers le milieu du xnr siècle. Dans le midi de la France, le provençal y apparaît, comme on l'a dit plus haut, dès la fin du x« siècle*. Dans le nord le français s'y montre dans le second quart du xni« siècle et en devient la langue la plus ordinaire à la fin du même siècle'.
A partir du xiv^ siècle, les plus importantes des chancelleries seigneuriales imitent plus exactement encore qu'auparavant les divers actes de la grande chancellerie de France. Elles expédient, à son exemple, de grandes et de petites lettres patentes ainsi que des mandements, sur le repli desquels se trouvent des mentions et des souscriptions de secrétaires analogues à celles qui figurent au bas des lettres royales. Au XV* siècle, le seigneur y appose sa signature, à laquelle s'ajoute un contreseing analogue à celui des secrétaires du roi. A la même époque enfin les seigneurs se servent de lettres closes, libellées dans la même forme que celles des rois de France, et qu'ils cachettent de leur signet.