La Donation
Les donations, et spécialement les donalions aux établissements ecclésiastiques ou donations pieuses, constituent l'espèce la plus nombreuse des actes du moyen âge. Elles remplissent a elles seules de nombreux cartons des chartriers et de nombreuses pages des cartulaires ecclésias-
856 ACTES PRIVÉS. [Liv. iv, Cii. m
tiques. Les plus anciennes sont sous la forme d'une épîlre {episioia ffonationis)j à la basilique et au saint dont les reliques y sont conservées : Domino sacrasancta bmilica sancti illi monasterio, vel alio loco^ ill. constructa uhi venerabilis vir ille abbas {vel episcopus aut piesbyter) cum suis clericis vel monachis preesse videturK Souvent aussi l'êpître est adressée à l'évéque de l'église ou à Tabbé du monastère où était conservé le corps du saint. Ihmno sancto et venerabile in Xpislo pahn Fulrado, abbate de basilica peculiaris patronis no&tri domni Dyunisii vbi ipse praeciosiis domnusin cor pore requiescit^.
Venait ensuite la suscription au nom du donateur, ordinairement accompagnée de l'indication des motifs qui l'avaient déterminé : s«ilut de son ame. et de celles de ses proches, crainte de l'enfer, espoir de la récompense éternelle, désir de racheter ses péchés, etc. : Idcirco ego in Dei nomen Adalhardus, recogitans se pro animae suae salutis reinetiium vel aelerna relribuiione ut Dominvs enm in aliquantulum de eu/pas suas eminuare diynetnr,.,^. L'énoncé de la donation suivait ces considérants, et le texte se terminait par des clauses finales où prenaient généralement place des formules comminatoires, imprécations et menaces d'amendes. L'acte était daté, puis souscrit par le donateur et des témoins, entre lesquels on discerne assez souvent un notaire ou scribe.
Les donations rédigées sur ce modèle ne se rencontrent plus guère dans la France septentrionale postérieurement à l'an 900, mais elles ont persisté dans le Midi jusqu'au cours du xi^ siècle.
La donation en forme de diplôme, avec invocation, préambule, suscription, exposé, elc, se rencontre dès l'époque mérovingienne, concurremment avec le type précédent, auquel elle s'est peu à peu substituée. Les préambules des donations pieuses de ce genre sont ordinairement d'ordre religieux, ils exaltent le mérite des œuvres pies*. Beaucoup d'entre eux ont cet intérêt d'indiquer comment ces libéralités étaient souvent abusivement et parfois très odieusement sollicitées. D'autres sont d'ordre juridique et nous montrent quelles étaient les règles qui, aux yeux des rédacteurs, régissaient la matière des donations. En tête d'une donation de 987 à l'église d'Albi on lit : « In conscribendis donationibus hic ordo « servandus est ut prius contineat nomen donatoris, deinde cui donat, H paslmodum res quae donalur^ ». D'autres proclament l'inviolabilité cl lirrévocabitité des donations faites aux églises : « Magnus est titulus douait tionis in quo nemo potest actum largitatis inrumpere; sed quidquid « grato animo et propria voluntate donatur, libenler débet ei cui coUata « fuerit cessio irrevocabili modo perhenniter stabilitum'. » D'autres