Yoy. plus haut, p. 13 et suiv
868 DOGUMEiNTS FAUX. [Liv. vu, Ch. i
des sources et celle des anachronismes. Je laisse de côté la critique paléographique qui n est possible que dans les cas assez rares où los prétendus originaux se sont conservés. H. Julien Ilavet a dit très justement : u En trait auquel on peut reconnaître presque toujours les documents faux, c*est qu'il n'apprennent rien qu*on ne puisse aussi bien trouver ailleurs. Les faussaires, le plus souvent, n*ont pas assez d'imagination pour inventer, ils se bornent à compiler, et il suffit de soumettre leurs productions à une analyse rigoureuse pour en retrouver tous les éléments dans des textes connus d'ailleurs ^ » Quant aux anachronismes, il est sans exemple qu'un faussaire, si instioiit, si soigneux, si habile qu'on le suppose, ait pu y échapper. Presque nécessairement il lui arrivait de donner aux noms propres les formes usitées de son temps plutôt que les formes anciennes, d'ajouter aux noms de personne les titres et qualités requis par l'étiquette qu'il était habitué à observer, de faire quelque allusion aux institutions au milieu desquelles il vivait, d'employer le formulaire en usage à son époque, et surtout de mentionner des garanties ou des signes de validation dans les formes auxquelles il était accoutumé.
Sans valeur pour l'époque à laquelle ils sont attribués, de tels documents « doivent être considérés, dit J. Quicherat, comme des notices historiques plus ou moins habilement composées, à l'égard desquelles par conséquent il appartient à la critique de procéder comme elle procède à l'égard des chroniques*. » « Ils sont, dit-il encore, ce que seraient des chroniques composées dans les mêmes circonstances. Au lieu de les rejeter absolument comme de la fausse monnaie historique, il faut en séparer les éléments pur la critique, et assigner l'emploi de chacun d'après le temps auquel il se rapporte'. »
Les guerres, les invasions, les incendies, la négligence, ont causé la perte de nombre de documents, de titres, de privilèges, dont la tradition, des témoignages, voire des analyses ou des mentions conservaient seuls le souvenir. Les étabHssements religieux d'ancienne fondation s'appliquèrent souvent à réparer les pertes de celte nature qu'ils avaient subies, soit lorsqu'un temps de tranquillité leur en laissait le loisir, soit lorsqu'un abbé soigneux entreprenait de mettre de l'ordre dans l'administration domaniale, soit plus souvent lorsqu'un procès, des revendications, des empiétements rendaient nécessaire la production de leurs titres.
L'abbaye de Saint-Calais* (Anisola)^ au diocèse du Mans, fondée, selon la tradition, au temps de Childebert l®*", avait perdu la plupart de ses anciens privilèges, à l'exception des préceptes d'immunité que lui avaient concédés Clovis 111, Childebert 111 et Dagobert 111, de deux privilèges de
* J. Havet, Questions mérovingiennes ^ Vf. Les Charles de Saint-Calais, ci-dessus, p 707.
i. Questions mérov.^ lY. Les chartes de Saint-Caiais, p. 31.
2. Critique des deux plus anciennes chartes de Vabbaye de Saint-Germain y p. 554.