‹ Manuel de diplomatique. Diplomes et chartes. - Chronologie technique. - Éléments critiques et parties constitutives de la teneur des chartes. - Les chancelleries. - Les actes privésChapitre 62 sur 554 · Du calendrier ecclèBlastlque · texte numérisé non relu

Du calendrier ecclèBlastlque

Le calendrier purement romain n'a pas été seul employé au moyen âge, ou du moins il s'est combiné avec des éléments divers, empruntés en partie au calendrier juif, destinés d'abord à régler la suite des fêtes religieuses et qui passèrent bientôt dans l'usage commun.

De la Semaine et des jours qui la composent.

Les chrétiens ont emprunté aux Juifs et employé communément, au moins depuis la seconde moitié du premier siècle, une division du temps,

1. Voy. dans Le Ulaxt, Inscr. ckréliennes de la Gaule, n*" 322, 325, 325 A, 300, 586 A, 674a; cf. G. de la Croix, Monographie de V hypogée-mariyrium de Poitiers (Paris, 1883, in-foK), p. 63. Les formules les plus fréquentes des textes épigraphiques sont : gvo ou vbi faeit memin N. dies toU variantes qui montrent qu'il faut traduire pai* : c quand tel mois a tant de jours 9 et mettre en conséquence le nom du mois au nominatif, et non pas : < ce qui fait tant de jom*s de tel mois ».

2. Voy. Du Casge, Glotsar, lat.^ au mot Mensis intrans. — Il faut observer que Ion trouve l'expression intrante mense, même avec des quantièmes de la seconde quinzaine du mois; elle exprime dans ce cas qu'ils sont comptés à partir du 1" (Voy. plus haut, p. 99, n. 2).

3. Summa artit notariae, éd. de Turin, 1479, in-i, Traclatus de notulis, cap. xiiii.

154 U SEMAINE. !Liï. h, Chap. ni

sans relation ni avec les mois ni avec Icg années, très ancienne puisqu'elle se rapporte aux antiques traditions de la Genèse, mais qui parait i^tre restée inconnue aux Romains, la Semaine {Hebdomada, Seplimana). C'est une période de sept jours, rappelant pJir leur nombre et leurs noms, empruntés aux planètes et consenés presque tous dans la plupart des langues européennes, un système astronomique très ancien.

Les noms des jours étaient au moyen âge comme aujourd'hui : Dimanche, (lies Dominica (l'ancien nom Soli$ dies s'est conservé dans les langues germaniques : ail. Sonntag); lundi, Lunae dus; mardi, Martit die»; mercredi, Mercurii dies; jeudi, Jovit die$; vendredi. Venerii dtes; et samedi, Sabbati diet (l'ancien nom, Satumi diet, s'est consenè en anglais, SatuTday). Mais comme ces noms rappelaient le paganisme, on préférait généralement, lorsqu'on écrivait en latin, désigner les jours par l'indication de leur rang dans la semaine.

Le premier jour ou /* feria était le dimanche, mais on l'appelait toujours diet Dominica, venaient ensuite :

11' feria = lundi.

///■ firia = mardi.

If feria = mercredi.

K" feria ^^ jeudi, Vh feria ~ vendredi.

VU' feria = samedi.

Ces dénominations, à l'exception de celle du samedi, se sont conservées dans la langue portugaise {lecunda feira, lerça feira, etc.).

Très fréquemment, au lieu d'indiquer dans une date le mois et le quantième, on exprimait le jour de la semaine par rapport h une fête religieuse. Pur exemple, « le lundi après la Sainl-Sixte », « feria Vil' post Lelare Jermalem u, n le mercredi après la Nativité de la Viei^e », « le jeudi dans l'octave de Pâques ». etc.

Pour riimcner â notre manière de compter les dates ainsi énoncées, c'est-è-dire pour en déterminer le mois el le quantième dans une année donnée, Il faut, d'une pari, pouvoir déterminer la concordance des jours de la semaine avec les quantièmes des mois d'une année quelconque, et, d'autre part, connaitiv le calendrier lituipque et ses rapports avec notre calendrier.

3. — Des Lettres domlnioales et du Cycle da aS ans ou Cycle solaire.

Pour déterminer la concordance entre les quantièmes des mois et des

jours de la semaine d'une année quelconque, el plus spécialement pour

fixer la date de la PAque qui doit être célébrée un dimanche, les com-

putistes du moyen âge ont imaginé le système ingénieux des Lellret

:». On appelle de ce nom une série do sept lettres, de A A G,

une, conventionncllement affectée à une année, a pour objet

le jour par lequel commence cette année.

gg 2, 3] LETTRES DOMINICALES. 155

Le premier jour d'une année étant connu, il devient facile d'en reconstituer tout le calendrier, et partant de savoir à quel jour de la semaine correspond le quantième d'un mois quelconque. Pour plus de commodité on trouvera aux Appendices de ce chapitre, à la suite de la Table chronologique (pp. 215 et suiv.), une série de sept calendriers dont chacun commence par un jour différent de la semaine.

Voici le mécanisme des lettres dominicales qui montrera comment il est possible de les utiliser pour les déterminations chronologiques : la lettre A correspond invariablement au premier jour de l'année, au 1" janvier; la lettre B au 2 janvier; la lettre C au 3 janvier, et ainsi de suite jusqu'à G, qui correspond au 7 janvier. A ce terme la série recommence par la lettre A, qui correspond au 8 janvier, et ainsi de suite jusqu'au 31 décembre. L'année est désignée par la lettre qui correspond à son premier dimanche et, naturellement, à tous les autres dimanches de la même année (d'où le nom de lettre dominicale). Si donc on dit par exemple que l'année 1257 a eu pour lettre dominicale G, cela équivaut à dire que le premier dimanche de 1257 était le 7 janvier et conséquemment que Tannée 1257 a commencé par un lundi.

11 convient d'observer que l'année commune de 365 jours comprenant 52 semaines plus 1 jour, il en résulte qu'une année commune finit par le même jour de la semaine qu'elle a commencé. Ainsi l'année 1257, dont la lettre dominicale est G, ayant commencé par un lundi, se termine également par un lundi. L'année 1258 commencera donc un mardi et par suite aura pour lettre dominicale F; l'année 1259 commencera un mercredi et aura pour lettre dominicale E. On voit que les lettres dominicales vont ainsi en rétrogradant. Si donc toutes les années comptaient également 365 jours, sept années constitueraient un cycle ou en quelque sorte une semaine d'années dont chacune commencerait par un jour de la semaine différent, après lesquelles l'année suivante commencerait au même jour que la première année du cycle. Mais tous les quatre ans une année bissextile de 366 jours vient interrompre la régularité de la série. Comme Tannée bissextile comprend 52 semaines plus 2 jours, elle se termine par le jour de la semaine qui suit celui par lequel elle a commencé. Ainsi Tannée 1260, qui est bissextile, et qui commence par un jeudi, se termine par un vendredi, et Tannée 1261 commence par un samedi. Si donc la lettre dominicale affectée à Tannée 1260 est D, celle de Tannée 1261 devra être B. On voit que Tintercalation d'un jour en février modifie la rétrogradation régulière des lettres dominicales.

Afin d'éviter l'omission d'une letti'e et pour noter d'une manière spéciale les années bissextiles, on a convenu d'en marquer le jour intercalaire (6//r F/®. kL mart.y 25 février) de la môme lettre que le jour précédent. De la sorte la lettre domi/iicale change à cette date et devient, pour les dix derniers mois de Tannée, celle qui aurait dû être affectée à cette année, si elle avait été commune et avait commencé par le même jour de la semaine qu'elle finit.

Les années bissextiles ont donc deux lettres dominicales, Tune qui

136 LETTRES DOMINICALES. [Liv. ii, Chap. m

s*applique au commencement de l*année, du 1*' janvier au 24 février, Tautre, aux dix derniers mois, du 25 février au 31 décembre.

Soit l'année bissextile 1260, qui commence un jeudi, la lettre dominicale D servira à marquer les dimanches jusqu'au 24 février; la letti'e F, qui marque le mardi 24 février, sera répétée en regard du mercredi 25 ïèvrier, le jeudi 26 prendra la lettre E et le dimanche 29 la lettre G, et dés lors tous les dimanches subséquents auront cette même lettre dominicale C. L'année 1260 aura donc pour lettres dominicales DG et. ses dix derniers mois seront considérés comme ceux d'une année commune ayant commencé par un vendredi et eu pour lettre dominicale G.

L'intercalation d'un jour tous les quatre ans change donc, on l'a vu, les combinaisons numériques relatives à la coordination des jours de la semaine avec les quantièmes. Ge n'est plus dès lors après 7 ans que les mêmes jours de la semaine correspondront dans le même ordre aux quantièmes des mois, mais après 7 intercalations ou 7 fois 4 ans. Ges 28 années forment une période qui a été désignée très improprement sous le nom de Cycle solaire (circulus solis), quoiqu'elle n'ait aucun rapport avec le cours du soleil.

Les computistes s'en sont servis pour déterminer directement la lettre dominicale d'une année quelconque. Us en ont reporté par anticipation le point de départ à l'an 9 av. J.-G., ayant pour lettre dominicale GF, c'est-à-dire ayant commencé un lundi et fini un mardi*. L'an 1*' ap. J.-C. correspond par conséquent à la 10« année de ce cycle qui se termine en l'an 19 ayant pour lettre dominicale A. Après quoi, à partir de l'an 20 (bissextile et dont les lettres dominicales sont GF), la série se reproduit dans le même ordre jusqu'en Tan 47, et ainsi de suite. Lorsque la concordance des années du cycle et des lettres dominicales a été établie (Yoy. plus loin, p. 138, le tableau qui donne cette concordance), une formule, analogue à celle qui a été indiquée plus haut pour l'indiction, suffit à déterminer quel est le rang dans le cycle d'une année quelconque de notre ère, et par conséquent quelle en est la lettre dominicale. Soit M un millésime;

l'année du cycle solaire = reste de

Gomme on le verra plus loin, la réforme du calendrier par le pape Grégoire XIII eut pour conséquence d'allonger considérablement le cycle solaire, qui a cessé depuis lors d'être d'aucune utilité.

L'année du cycle solaire est quelquefois indiquée dans les dates des documents du moyen âge pour compléter les désignations de l'année. Il en est de même de la Lettre dominicale. En ce qui touche cette notation, il faut observer qu'elle est parfois exprimée par le rang de la lettre

i. Pour comprendre comment l'an 9 av. J.-G. (quoique non divisible par 4) est bissextile, il convient de se reporter à ce qui a été dit plus haut (p. 89, d. 2) de romission du 0 dans le compte des années av. et apr. J.-C.

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