‹ Manuel de diplomatique. Diplomes et chartes. - Chronologie technique. - Éléments critiques et parties constitutives de la teneur des chartes. - Les chancelleries. - Les actes privésChapitre 69 sur 554 · Des fêtes fixées · texte numérisé non relu

Des fêtes fixées

Les dates qui indiquent le rapport d'un jour avec une fête fixée sont naturellement beaucoup plus aisées à ramener à notre manière d'exprimer le temps. On trouvera, parmi les Appendices de ce Livre, un Glossaire des (laies (voy. plus loin, p. 259), qui indique à quelle époque étaient célébrées les fêtes de l'Église catholique. La seule difficulté pour interpréter les dates de cette espèce provient de ce que les fêtes portaient souvent au moyen âge, soit en latin, soit dans les langues vulgaires, des noms aujourd'hui oubliés et sous lesquels il importe de savoir les reconnaître. Hypapanti, du grec YcracyavTTj (occursus), désignait, par exemple, la fête vulgairement appelée aujourd'hui encore la Chandeleury c'est-à-dire à la fois la Présentation de J.-C. au Temple, où se rencontrèrent le vieillard Siméon et Anne la prophétesse, et la Purification de la Vierge, qui tombe le 2 février. La Tiphaine était V Epiphanie ou Jour des Rois, noyiimée aussi Apparitio, célébrée lé 6 janvier. Certains dimanches étaient fréquemment désignés par les premiers mots de Tune des hymnes do l'office et spécialement de Tlntroït; par exemple, le dimanche de Quasimodo, qui était le premier dimanche après Pâques ou dimanche de l'octave de Pâques. Ces expressions et ces termes ont été classés alphabétiquement et expliqués dans le Glossaire des dates.

Il est à peine utile d'obsener que les dates ainsi exprimées sont susceptibles de servir d'éléments de critique lorsqu'on peut déterminer à

g 5] FÊTES DES SAINTS. 155

quelle époque une fête a élè instituée, dans quel pays et à quelle époque une expression a été exclusivement en usage.

Les Fétes des saints ont fréquemment servi aussi à exprimer les dates dans les documents du moyen âge. Il faut donc pouvoir trouver facilement à quelles dates étaient célébrées les fétes des innombrables saints : à cela pourvoient les nombreuses listes que Ton rencontre dans divei's ouvrages. Parmi les plus complètes, il faut citer celle qui a été dressée au volume supplémentaire d octobre {Auctaria ociobris) des Acta sanctorum des Bollandistes. On trouvera plus loin (Âppend. IV, p. 275) une Lûle alphabétique des saints, moins abondante, mais dans laquelle on s'est appliqué à faire figurer, avec les dates de leurs fêtes, les saints mentionnés dans les documents des pays de TOccident de TEurope au moyen âge. Si riches, du reste, que soient les différentes listes dressées jusqu*ici, elles sont encore loin d'être complètes et il y manque surtout nombre de ces saints locaux, non admis dans la plupart des martyrologes, mais dont les fétes ont cependant pu servir à dater les chartes des pays où ils étaient honorés.

Dans les dates ainsi exprimées, pour se déterminer entre plusieurs personnages du même nom, il convient de tenir compte de la provenance du document et de choisir de préférence le saint qui jouissait, à raison de son origine, de son rôle, de la présence de ses reliques, de la plus grande notoriété dans le pays. Il est certain, par exemple, que dans les chartes poitevines datées de la fête de saint Hilaire, saint Hilaire, évêque de Poitiers au iv« siècle, doit être préféré aux autres saints de ce nom.

Il faut observer aussi que plusieurs saints étaient fêtés à plusieurs dates de Tannée; on célébrait : la commémoration de leur mort ou de leur martyre (natale) ^— c'était d'ordinaire la fête principale, — parfois leur nativHe'y plus souvent la découverte ou invention de leurs reliques et fréquemment leur translation. C'est ainsi que saint Martin était fêté au il novembre (Saint-Martin d'hiver -r- date de sa sépulture à Toui^), au 4 juillet (Saint-Martin d*été — date de sa translation), et, de plus, dans les diocèses d'Auxerre et de Tours, au 45 décembre (date du retour de ses reliques). Parfois aussi les différents diocèses ne célébraient pas à la même date la fête d'un saint : Trêves plaçait la fête de saint Materne le 14 septembre, mais Liège, pour qu'elle ne fût pas en concurrence avec l'Exaltation de la Croix, l'avait transférée au 19, puis au 25 du même mois. La Sainte-Marguerite, placée par le Martyrologe au 20 juillet, était fêtée le 19 dans le diocèse de Lyon au moyen âge*.

i. Un eiemple pour montrer de quelle conséquence peut être celle variation d'un seul jour : D'après un document datant du vendredi fête de sainte Marguerite, l'incendie de Vontbrison par les Anglo-Navarrais qui envahirent le Forez après la bataille de l*oiliei*s, î\ faut, avec La Mure Jlist. des ducs de Bourbon^ éd. Cmastelauzb, t. I, p. 464), placer cet événement en 1558 si la Sainte-Marguerite est le 20 juillet; on le doit, au contraire, placer en 1359, parce que, comme l'a prouvé M. G. GnocE, cette fête était aloi-s et dans cette région célébrée le 19 juillet (ïjes Tard-venus, p. 36).

156 ANNÉE LUNAIRE. [Lit. u, Cmap. m

Une autre difticulUÏ de l'interprè lotion de ces dates tient, dans les chartes en langue vulgaire, aux formes diverses et souvent fort éloignées de la forme latine qu'ont prises, dans les différents pays, les noms propres des saints ; saint Benoit [Benedictut) est appelé ailleurs saint benêt et saint Bénezet; saint Maxime [Maximut] est aussi saint Héme; saint Didier {Deiideriu») est aussi saint Deair et saint Diiier. Quelques-unes de ces formes figurent dans la Lhte alphabétique de» taint», mais il en est beaucoup d'autres qui n'ont pas encore été relevées; d'autres n'étant connues que par des noms de lieux, il nesemble pas qu'on soit toujours autorise à croire qu'elles aient nécessairement été appliquées aux personnages.

0. — Autres moyoDS «mplorAs poor datsr du quuiti4in«- Det lunaitont. — Divinom de l'année lunaire. Aux indications destinées à indiquer le quantième, on s fréquemment ^outé dans les dates des chartes, jusqu'au xui° siècle, l'indication du quantième de la lune, ordinairement sous celte forme -. luna XV'. Pour interpréter les dates de cette espèce et en déterminer la concordance avec le quantième des années juliennes, il faut savoir comment on divisait les années lunaires.

On a dit plus haut qu'un cycle de dix-neuf ans contient douze années lunaires communes de douze lunaisons et sept années embolismiques de treize lunaisons. Ces sept années embolismiques étaient d'ordinaire les 2*, 5', 8', i 1% 13% 16" et 19' du cycle ; elles sont marquées d'un astérisque dans les Tables chronologiques ^. Chaque lunaison étant d'environ 29 jours 1/2 (29 j. 12 h. 44' 3"), on a donné alternativement 50 jours aux lunaisons des mois impairs (lunaisons pleines] et 29 jours aux lunaisons des mois pairs (lunaisons caves). A chaque année embolismique on a ajouté une treizième lunaison de 30 jours.

U est à propos d'observer ici que, d'après l'usage des computistes, on désigne d'ordinaire les lunaisons par les noms des mois pendant lesquels on les observe; mais comme elles n'ont plus aucun rapport avec les mois de notre calendrier, on esl convenu de les désigner par les noms des mois dans lesquels elles finissent. Cela conduit parfois à des résultats singuliers : si la lune, par exemple, a été nouvelle le 2 février, a révolution presque entière s'est opérée en ant. d'après ce système, la nommer lune de sera terminée qu'au commencement de ce mois, les divers éléments à l'aide desquels il est posrifier le quantième de la lune d'une date quel-

UcKTit paa les embolismes de la lu^e manière. Btvt le te, cap. ib (SicKE. Pair, lai., 1. XC, col. 485), les plaçait ., 8ia 3*, 0*, 8', 11'. 14-, lï* et 19* années du cycle ssi le cbap. lvi de BtDi [Ibid., col. 506).

gg 5, 6] LUNAISONS. — TABLE DES NOUVELLES LUNES. 157

conque; on y peut appliquer les Épactes combinées avec les Réguliers lunaires (voir plus haut, p. 151).

Soit, par exemple, la date déjà citée du 14 septembre 1152, dans laquelle se trouve aussi l'indication luna Xh (p. 151, n. 3), Tépacte de 1152 étant 12 et le régulier d'octobre 16(16-hl2=28), la lune avait par conséquent 28 jours au 1*' octobre : il est dès lors facile de remonter jusqu'au 14 septembre et de constater qu'elle avait, en effet, 11 jours à cette date.

On peut obtenir plus rapidement le même résultat à l'aide d'un calendrier lunaire perpétuel ou, plus simplement, à l'aide du tableau suivant, qui donne l'indication des nouvelles lunes pour tous les mois de chacune des années d'un cycle de dix-neuf ans.

Table des nouvelles lunes du calendrier Julien pendant un cycle de dix-neuf ans.

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Il suffit de connaître le Nombre d'or (voir plus haut, p. 148) d*une année, pour trouver, à l'aide de cette table, à quels quantièmes de chacun des mois de cette année ont correspondu les nouvelles lunes. Si nous voulons, par exemple, l'employer à la vérification de la date ci-dessus (14 septembre 1152, 11* lunaison), Tannée 1152 ayant pour Nombre

158 ÉCLIPSES ET AUTRES PHÉNOMÈNES. [Liv. ii, Chap. iiij

d*or 13, la table indiquant qu*il y a eu nouvelle lune le 4 septembre de cette année, il est facile d*en conclure que le 11*-' jour de la lune correspond bien au 14 septembre.

Il est à peine utile d*ajouter que les résultats obtenus de la sorte n'ont rien de rigoureux au point de vue scientifique; les dates des nouvelles lunes anticipent généralement de plusieurs jours sur les lunes astronomiques ; il sufllt, pour les vérifications chronologiques, que ces résultats soient d'accord avec les calculs des computistes du moyen âge *.

Des éclipses et autres phénomènes indiqués dans les dates.

Parfois, dans les documents du moyen âge, plus rarement, il est vrai, dans les chartes que dans les annales et les chroniques, les dates sont indiquées ou précisées par un synchronisme avec un phénomène naturel, astronomique ou météorologique.

Pour les éclipses, on trouvera dans VArt de vérifier les dates une chronologie, dressée par Pingre en 1766, des éclipses de soleil et de lune visibles en Europe, en Asie et en Afrique, depuis J.-C. jusqu'à la lin du XX* siècle. Il faut seulement observer, pour l'usage de cette liste, que les temps des éclipses, calculés soit directement, soit d'après les tables astronomiques de Halley, et exacts à une demi-heure près, sont indiqués a l'heure vraie du méridien de Paris. Il y a donc lieu, pour les rapporter à une localité située sur un autre méridien, de faire une correction de 4 minutes par degré — qu'il faut ajouter à l'heure de Paris si la localité est à l'est ; qu'il en faut retrancher, ^u contraire, si la localité est à l'ouest de Paris.

Quant aux comètes^ qui ont davantage encore frappé l'attention des hommes, et dont on trouve dans les documents des mentions peut-être plus fréquentes, il n'est pas inutile de rappeler aux historiens que l'astronomie est impuissante à en calculer exactement l'orbite et que, dès lors, les catalogues insérés dans divers ouvrages d'astronomie, loin de pouvoir servir de contrôle à la chronologie, ont été dressés à l'aide des textes historiques et avec les dates qui leur ont été assignées par les érudits. II en est de même de tous les autres phénomènes naturels dont on peut trouver l'indication dans les documents : l'astronomie ou la météorologie ne sauraient, dans ces cas, être d'aucun secours à l'érudition ; c'est elle qui doit, au contraire, venir en aide à ces sciences en déterminant à l'aide d'autres données la date et l'autorité de pareilles mentions.

*" Th. Sickelt Die Lunarhuchstahen des Mitfelaliers, dans les Sitzungsberichte d, k. (Wiener) Akad, d, Wissenschaflcn, t. XXXVIU (1861), p. 153-201.

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