J,] REFORME GRÉGORIENNE
des études à diverses personnes, et notamment à deux mathématiciens français, Jean des Murs et Firmin de Belval, qui composèrent un traité en forme sur la matière, et Tadressèrent en 1345 au pape, accompagné dune lettre svper refomiatione Kalendarii^, Mais le pontife mourut avant d*avoir pris aucune résolution» et ses successeurs paraissent ne plus s*éti*e occupés de la question pendant assez longtemps.
L affaire fut' soulevée de nouveau devant les deux grands conciles de In première moitié du xv« siècle. Le cardinal Pierre d*Ailly, qui en avait fait une étude approfondie et avait déjà provoqué un décret du pape Jean XXII, en saisit en 1417, mais sans aboutir à aucun résultat, le concile de Constance'. Elle fut reprise et étudiée, de 1437 à .1439, au concile de Bâle, sur les propositions du cardinal Nicolas de Gusa', et un décret fut même préparé qui ne fut jamais promulgué *. Plus tard, le pape Sixte lY voulut confier le soin de préparer la réforme au savant astronome Jean Mûller de Koenigsberg (Regiomontanus), que son fameux « Almanach », publié pour la première fois à Nuremberg en 1473, avait rendu célèbre; mais celui-ci mourut prématurément en 1476, avant d*avoir pu répondre aux vœux du pontife'^.
Au siècle suivant, Paul de Hiddelbourg sollicita successivement les papes Jules II et Léon X d'entreprendre la réforme du calendrier'. De concert avec Tempereur Maximilien, le pape porta la question devant la dixième session du concile de Latran (mai 1514) ; on demanda Ta vis des mathématiciens allemands et Ton provoqua une vaste enquête dans toute la chrétienté, sans cependant aboutir encore ^. Au cours du xvi* siècle, les travaux sur la question se multiplièrent avec Pighius,Lucidus,Pitatus, Sepulveda,etc.,et, d*autre part, les calculs de Copernic corrigèrent encore Tévaluation de la durée de Tannée tropique; enfin, le concile de Trente, dans sa dernière session (4 décembre 1563), s*en remit au pape du soin de décider TafiTaire en même temps que la réforme du bréviaire et du missel '.
Ce fut le pape Grégoire XUl qui réussit enfin à opérer la réforme depuis si longtemps désirée. Dès le début de son pontificat, il réunit, sous la présidence du cardinal Sirlet, une commission de théologiens et de savants. Parmi ceux-ci, il faut nommer : le savant calabrais Antonio Lilio, dont le frère Aloïsio était Fauteur d'un projet qui sei^it de base à la commission, Ignazio Dantès^ le constructeur du gnomon de San Petronio de Bologne ; le jésuite allemand Christophe Clavius et le mathématicien
1. Ce U*aité inédit a été analysé par Kaltcnbininner, loc, cit., p. 316 et suiv.
2. Exhortaiio ad coneilium générale Conataniienae super corredione Kalendarii propier ingénies ejuê errares (Concil., éd. Massi, t. XXYIIl» p. 370). Cf. Kaltexbruxner, /oc. cit., p. 326 et suiv.
Z. Ibid.^ p. 536 et suiv. — 4. Il a été public par Kaltkndrcxxer, Ibid.^ p, 412.
5. Ibid.^ p. 367 et suiv. — 6. Ibid,, p. 375. — 7. Ibid.^ p. 386.
8. Theccer, Âela genuina concilii Tridenlini^ Decretuin de indice librorum, caleçhismo, breviario et missali, t. II, p, 505. — Cf. Clavics, Calendarii Homani explication p.l3, KALTE!fBRi:59ER, ouvr. cit., p. 410 et Die Polemik iiber die Gregor. Kalenderreform^ p. 485.
VA5UEL DE DIPLOMATIQUE. il
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espagnol Pedro Chacon (Cieiconius). Lorsque le projet eut été élaboré, à la suite de longues discussions, le pape le communiqua aux princes, aux républiques, aux académies catholiques, et, assuré de leur consentement, promulgua enfin, le 24 février 1581-1582, par la bulle Inter gravimma», la réforme de Tancien calendrier*.
Cette réforme avait un double objet : 1^ ramener les choses au point où elles étaient à Tépoque du concile de Nicée, c est-à-dire replacer Téquinoxe du printemps au 21 mars, afin de n'avoir pas à toucher aux règles pascales; 2* empêcher un pareil déplacement à l'avenir en coordonnant mieux que par le passé la longueur de Tannée civile avec celle de Tannée astronomique.
Sur le premier point, comme Téquinoxe arrivait alors le 11 mars au lieu du 21 mars, ou, en d*autres termes, qu*il anticipait de dix jours, on décida de supprimer dix jours dans Tannée de la réforme ; cette suppression fut fixée au mois d'octobre, et le lendemain du 4 octobre fut réputé 15 octobre. Telle est Torigine de la différence primitive de dix jours qui existe entre les dates des pays où la réforme grégorienne a été acceptée et de ceux qui ont continué à se servir de Tancien calendrier.
Sur le second point, comme Terreur provenait d une exagération dans l'évaluation de la durée de Tannée astronomique, Tintercalation julienne d'un jour tous les quatre ans ajoutait, d'après les tables alors en usage, un excédent d'environ 42', qui atteignait par conséquent 1 jour après 32 intercalations, c'est-à-dire après 128 ans. Le nombre des intercalations, c'est-à-dire des années bissextiles, se trouvait donc tix>p élevé. Pour modifier le moins possible les anciens usages, on décida de faire porter la suppression de Tintercalation sur les années séculaires, qui étaient toutes bissextiles dans le calendrier Julien. Si Ton avait supprimé une intercalation de 24 heures tous les 100 ans, on serait tombé dans une erreur opposée à celle à laquelle on voulait remédier ; on s'arrêta à la suppression de 3 intercalations en 400 ans. De même que trois années communes sont suivies d'une année bissextile, de même, dans le système grégorien, trois années séculaires communes doivent être suivies d'une année séculaire bissextile. Ainsi, Tannée 1600 est demeurée bissextile dans le calendrier grégorien, mais les années 1700, 1800, 1900, qui sont bissextiles dans Tancien calendrier, ne le sont plus dans le nouveau; Tan 2000 le sera dans les deux calendriers. La règle pour déterminer si une année séculaire doit être bissextile est, par conséquent, très simple : il suffit de vérifier si les deux premiers chiffres du millésime, exprimant le nombre de siècles, sont divisibles par 4 : Tannée est bissextile s'ils le sont, commune s'ils ne le sont pas.
De ces modifications il résulte que la différence primitive de dix jours entre les dates, selon qu'elles sont exprimées d'après Tancien ou le nou-
1. Les travaux préparatoires de la réfortiie du calendrier, qu'il eût été U*op long d'analyser ici, ont été étudiés par Kaltesbrcxxer, Beitrâge %, iieseh, der Gregor. Kalenderreform .
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veau calendrier, s'est acciue d'un jour en 1700 et d'un second jour en iSOO; eUe est, par conséquent, aujoui^'hui de 12 jours; elle sera de 15 jours à partir de 1900, mais ne s'accroîtra pas au xxr siècle.
Entre la longueur de l'année astronomique et celle de Tannée civile, corrigée par la réforme grégorienne, il n'y a plus qu'une différence de 24» 36, qui n'atteint, par conséquent, un jour qu'au bout d'environ 35 siècles. C'est dire qu'on est arrivé aux limites de l'exactitude possible en conservant des règles très simples d'intercalation.
Il convient d'^outer encore quelques mots sur les conséquences de la réforme grégorienne relativement au comput ecclésiastique.
On a vu plus haut (p. 136) que dans l'ancien calendrier, après une pénode de 28 années, nommée cycle solaire, les jours de la semaine coi^ respondaîent aux quantièmes des mois dans le même ordre qu'auparavant. Dans le calendrier grégorien, la durée de la période récurrente d'intercalation éUnt de 400 ans, le cycle solaire se trouve par conséquent porté à 7 fois 400, ou 2 800 ans, ce qui enlève toute utilité à celte période. On a conservé toutefois dans les calendriers perpétuels l'usaRe du cycle de 28 ans ; mais il faut observer que, depuis la réforme, il n'est plus valable que pour un siècle, ou, en d'autres tennes, que la' correspondance des numéros du cycle avec les lettres dominicales et les concurrents change tous les 100 ans.
Une conséquence plus importante de la réforme du calendrier fut t'altération des anciennes dispositions des éléments chronologiques dépendant de la coordination éUblie entre l'année solaire et l'année lunaire et, conséquemment, la modification des méthodes des anciens computistes pour déterminer la correspondance des phases de la lune avec les quantièmes et en déduire la date de Pâques.
Parmi les promoteurs de la réforme, plusieurs auraient voulu que l'on réglât ce» déterminations sur le mouvement vrai des astres et que l'on s'en rapporUt sur ces matières aux observations et aux calculs astronomiques On préféra cependant, et non sans raison, ne pas faire dépendre les règles ) chronologiques des erreurs et des variations possibles, ou même des per-
fectionnements de l'observation et des calculs, mais surtout on tint à se conformer le plus rigoureusement possible aux anciennes règles pascales
Ce fut ainsi qu'on laissa l'équinoxe du printemps fixé conventionnelle^ ment â la date invariable du 21 mars, bien que l'on n'ait pas ignoré au xvi« siècle que le moment précis où le soleil passe par le plan de l'équaleur peut varier de quelques jours.
En ce qui touche la correspondance des phases de la lune avec les quan- Uèmes, on se contenta également d'une approximation. Le cycle de 19 ans, employé anciennement à la détermination des nouvelles lunes (voir plus haut, pp. 148 et 137), était très imparfait; 19 années juliennes surpassent, en effet, 235 lunaisons d'environ 1 heure 1/2 ; après un cvcle les nouvelles lunes reviennent bien aux mêmes dates, mais avec "une avance de 1 heure 1/2. Cette avance s'accumulant avec les cycles, atteint