III. La Presse c'est l'imprimerie en général, ses
proiluits et j)riiicipaleineiit les journaux et publications périodiques (les revues).
Le rôle de la presse catholique consiste avant tout et surtout à travailler à la p'ioire de Dieu et au salut des â.tnes ; à défendre et aider sincèrement l'Église dans l'accomplissement de sa mission divine. Au point de vue social, la presse a également un noble rôle à remplir en éclairant et en guidant l'opinion publi(|ue dans la bonne voie.
Tout bon citoyen doit se faire un devoir de n'encourager que les bons journaux, les publications réellement catholiques. On ne saurait ti'op combattre les mauvaises publications de tout genre.
Un bon journal canadien-français doit avant tout être soumis aux autorités religieuses, respectueux envers le pouvoir civil, soucieux de la morale publi(|ue, dévoué à nos institutions, rédigé avec soin, en bon français, et s'effv)rcer de faire aimer à ses lecteurs le beau, le bien et le bon.
IV. Le Travail est absolument nécessaire à tous les membres de la société. Sans lui les hommes vivi-aient dans la plus profonde ignorance et la terre resterait stérile. Nous sommes tous obligés de travailler en vertu de la condaui nation prononcée contre le premier homme, Adam : " Vous mangerez votre pain à la sueur de votre front." Celui qui ne travaille pas ne réussit jamais, tandis que le travail, dans la jeunesse, assure le succès et prépare le bonheur de toute la vie. Nous devons travailler avec courage et assiduité. N'oublions pas que le travail est agréable à Dieu, qu'il élève l'intelligence et "que l'oisiveté est la mère de tous les vices."
304 MANUEL r>E DROIT CIVIQUE
Les devoirs des ouvriers envers les patrons et ceux des patrons envers les ouvriers sont résumés dans ces deux grandes vertus : la Justice et la Charité. Le Pape Léon XIII a publié une Encyclique sur " La condition des ouvriers" qui contient une étude complète et chrétienne de la question du travail.
V. La Religion est le rapport d'obéissance, d^ reconnaissance et d'amour de la créature intelli" gente envers le Créateur. L'existence de l'univers et l'ordre qui y règntî supposent nécessairement une cause puissante et sage. Cette cause est Dieu : c'est lui qui a tout créé et qui règle tout. De toutes les créatures, l'homme seul est doué d'intelligence et de liberté ; il est seul capable de connaître, de vouloir et d'aimer ; mais Dieu, étant la sagesse même, n'a pu donner ces facultés à l'homme qu'afin qu'il les employât à sa gloire. De là, la nécessité d'une religion. Le premier devoir que la religion impose à l'homme est l'étude de ses préceptes.
De toutes les connaissances, la religion est la plus importante pour l'homme : aussi devons-nous souvent lire et méditer les principaux traités qui contiennent ses principes fondamentaux. Les catholiques doivent particulièrement témoigner une profonde reconnaissance à Di>-u qui leur permet de puiser aux sources intarissables et salutaires de ses divins Sacrements en les faisant naître dans la vraie religion.
VI. La Morale est la science du bien et de nos devoirs. Elle leposc sur la religion et se retrouve dans la pratique des vertus chi'étiennes. Les prin-
KOTIOKS SOCIALES 305
cipales vertus qu'un bon chrétien doit pratiquer sont : la charité, la pureté, la piété, la modestie, l'humilité, la douceur, la chasteté, la justice et le dévouement. Ces vertus naturelles ont pour principe les lumières de la raison. La raison distingue l'homme de la bête et elle a été donnée au premier atin de lui faire discerner le bien du mal, le vrai du faux.
La droite raison demande de nos actions qu'elles soient ce qu'exigent nos rapports avec Dieu, avec les autres hommes (notre prochain) et avec nousmême. Il est au pouvoir de l'homme d'obéir à la raison, de pratiquer le bien moral, de marcher droit à sa fin suprême ; mais il peut aussi poursuivre des fantômes de biens trompeurs et courir à une perte volontaire. L'homme jouit de la liberté : à lui de l'exercer pour son salut et non pour sa perte.
Les règles de morale sont certaines vérités pratiques qui servent à éclairer le jugement de notre conscience. Voici ces règles : la loi naturelle, la loi positive, soit divine, soit ecclésiastique, soit même civile lorsqu'elle est juste. Enlin, la conscience est ce sentiment intérieur, véritable tribunal, par lequel l'homme se rend témoignage à lui-même du bien et du mal qu'il fait.
Vil. h'Honncitr est la considération qui suit la vercu, le courage, la probité et quelquefois les talents. C'est aussi un sentiment qui nous porte au courage, à la loyauté et à toutes les actions dignes d'admiration. Il est très louable de rechercher honnêtement la considération de ses concitoyens.
C'est un motif propre à nous aider à nous maintenir dans le sentier du devoir.
Tout homme d honneur est tenu de ne jamais trahir l'Église ; d'être fidèle à sa Patrie ;de ne jamais tromper dans les affaires et les marchés , d'avoir en horreur le faux serment, le blasphème, la corruption électorale, l'ivrognei'ie, l'hypocrisie; do respecter les vieux parents ; enfin de n'avoir qu'une seule parole qui peut s'appeler à juste titre : la parole d'honneur.
LECTURES EN CLASSE
LA XECtSSITE DU TRAVAIL
Il n'y a rien, dans l'ordre des choses humaines, de plus nécessaire, de plus décisif et de plus fécond que ce que nous désignons par ce mot : le travail.
Comprendre et pratiquer, jeune encore, la grande loi du travail, selou le cours ordinaire des choses, c'est décider l'avenir et fixer la destinée ; c'est assurer dans ses premiers jours la fécondité de tous ses jours ; c'est ouvrir dans la vie qui commence les sources profondes et larges d'oij sortent les grandes choses, dont l'éclat doit rejaillir sur la vie tout entière.
La paresse, au contraire, verse sur l'homme des maux incalculables. Elle bles-e son enfance, elle flétrit sa jeunesse, elle V)rise sa virilité, elle attache à toutes ses puissauces le déshonneur de la tlérilité. C'est que le travail est
sur la terre la suprême fonction de l'hoinme, et toute sa vie dépend de la manière dont il sait l'accomplir.
Et cependant, quand on suit d'un œil attentif le mouvement des choses et l'agitation du monde, rien n'apparaît dans riiumatiile inoins apprécié et moins compris que le travail. La vie des hommes, enchaînée au travail, se révèle partout comme une fuite du travail ; et l'on dirait que l'on ne consent cà l'embrasser, que pour mieux arriver à se débarrasser de lui.
L'enfant, incliné à la paresse, éprouve pour le travail une répulsion native. Il s'y soumet au collège, mais comme à un joug que la nécessité impose à la jeunesse. Tout au plus il l'accepte comme un âpre instrument destiné à lui ouvrir les portes de la science, qui, elle-même, plus tard, lui ouvrira l'avenir II voit dans le travail une condition de savoir, non un élément d'éducation ; il travaille pour devenir savant, non pour devenir un homme ; le travail n'est pour lui ni une formation, ni une fonction de la vie. Et souvent, par dehà les jours laborieux des épreuves littéraires ou scientifiques le jeune homme enirevoit de longs jours itioccupés, oii le rien faire lui apparaît comiue un idéal de félicité.
Et en ceci Terreur des jeunes gens n'est pas autre que l'erreur des hommes faits. Presque nulle part, même dans l'âge mur, je ne rencontre le travail accompli comme une foi ction. On fait du travail un moyen de profit et un ressort (le fortune ; où sont ceux qui en font un moyen de perfection et un ressort de vertu ? on travaille pour s'élever, on travaille pour jouir, on ne travaille pas pour devenir meilleur en faisant son devoir. Pour la très grande majorité des homme^', le travail n'est qu'une préparation de loisir ; c'est un effort pour arriver à ne plus travailler : on se fatio-ue et
on s'agite dix an.«, pour se reposer, j'allais dire pour s'ennuyer vingt ans ; si bien, que l'agilatioii et ia fatigue linniaine n'est qu'une conspiraiion contre le travail, où le travail se trahit et conspire conirc lui même.
Une erreur pratique si universel 'e, portant sur un point si capital, est un désordre immense ; et ce désordre, en se propageant, enfante pour l'individu, la famille et la société des désastres irréparables.
Un jour, dans le jeune homme qui a répudié le travail les passions triompheront. El après l'avoir vaincu, oi'i l'emporteront-elles ?... Ah ! la question me fait trembler, et je n'ose plus me répondre à moi-même. Le démon de la volupté le marquera-t-il de son signe ?... Je l'ignore, mais ce que je sais bien, c'est que la pureté sans tache au sein de la paresse est un miracle dans le monde moral ; ce que je sais bien, c'est que des trois grandes iniquités qui tirent tomber le feu vengeur sur des cités coupables de crimes abominables, la première se nommait l'orgueil, la seconde la gourmandise, et la troisième l'oisiveté : Superbia, saturitas j:>anis et otium ! ! !
Voilà la formation de l'homme sans le travail de l'enfant: vous le voyez, ce n'est plus l'éducation, c'est la dégradation ; ce n'est plus l'élévation de l'homme, c'est la déchéance.
Le voilà tel que la paresse l'a fait : il e-t ignorant, borné, imprévoyant, lâche, niou, inditiérent, indiscipliné, sensue', orgueilleux, personnel, égoïste; il n'est pas élevé, ce n'e.-t pas un homme !
Vous avez contemplé tout à l'heure (^) l'humanité châtiée
(1) Le passage auquel il est ici fait allusion se trouve dans la première partie du travail dont nous avons détacha les présentes pages : Discours sur h travail, loi de la vie et de l'éducation, prononcé au collège de Vannes en 1856, par le R. P. Félix, S. J.
NOTIONS SOCIALES ROO
fie la violation do sa loi par l'abjection do l'état sanvago. Voici l'enfant, à- force dt' paresse, s'infli'j;ean( à lui inèrne nu châtiment analogue. Coninic Tenfant liu désert, il penche par tous ses penchants vers une déoradaiion jjareille; it n'éiait le milieu qui le retient et rempèche de tomber phis bas, vous diriez, le sauvage portant la robe du civi.isé. Pareil à ce champ du paresseux couvert d'herbes mauvaises et de plantes malsaines, il offre, lui aussi, le spectacle deux fois hideux de la stérilité du bien et de la fécondité du mal.
Que sera cet enfant ? Un fardeau pour lui-même, un déshonneur pour la famille, une menace pour la société, pontètre un fléau pour l'humanité ! . ..
Ecartons ces lugubres images et ces sinistres prévisions. Regardez: voici l'enfant qui a travaillé; il a fécondé son intelligence, affermi sa volonté et contenu son cœur. Habitué par le travail à une mâle résistance et à de chastes efforts, il a défendu sa vie contre les charmes du plaisir et les enivrements de la volupté. Cette vie monte au lieu de descendre, et ne se répand sur le? hommes que pour les embaumer de ses parfuins et les couvrir de ses dons. L'intelligence, la vo'onté et le cœur ont en lui leur développemen' harmonie IX. Le cœur a mis sur son front sa grâce, la voîoiiié sa force, l'iiitelligencs sa majesté ; el, de ce triple ra yO!;nement il se forme une beauté incomparable, beauté vraiment royale, qui annonce le, roi de la création et efface de son éclat toute beauté créée. Il est plus beau que tous les spectacles des cieux, plus beau que les sourires de la nature, plus boiiu que toutes les beautés que Dieu fait reluire sur la terre; et dans l'épanouissement de sa beauté virile, il peut dire : "J'ai travaillé, j'ai fait mou éducation, je suis un homme."
Oui, cet enfant développé, élevé, formé par eon travail, il est Vhomme, c'est-à-dire le plus splendide rejaillissement de la force, de la grandeur et de la suavité divine. Couvert des bienfaits de la terre et du ciel, cultivé par le sacrifice, fortifié par ses efforts et fécondé par ses douleurs, cet enfant, c^est le chef-d'œuore de Dieu !
Ce chef-d'<Huvre de Dieu, jeunes gens, ce sera vous, oui, vous-mêmes, si vous savez joindre à l'action de Dieu et au dévouement de l'homnie la coopération énergique de voire propre iravail(').
R. P. FÉLIX, Soc. Jes : Le travail.