‹ Manuel de droit civique (volume 2)Chapitre 196 sur 231 · DE LA PRIERE EN FAMILLE · texte numérisé non relu

DE LA PRIERE EN FAMILLE

A une époque où la foi était plus vive et les mœurs plus patriarcales que de nos jours ; dans ce bon vieux temps de nos pères ou les jnaîtres nommaient leurs serviteurs mes enfants, et oii ceux-ci disaient naïvement chez nous pour désigner la demeure de leurs maîtres, les familles chrétiennes se réunissaient d'ordinaire pour faire en commun la prière du soir. Dieu bénissait cet antique et religieux usage ; pourquoi n'y reviendrait-on pas ? il est moins difficile à établir qu'on ne pense, surtout à la campagne, et il ne faut souvent pour cela, de la part d'une maîtresse de maison, qu'un peu d'initiative et de zèle. Là même où il ne se trouve pas de chapelle, on transforme aisément la plus modeste chambre en une sorte d'oratoire et de sanctuaire, en y plaçant quelques objets bénits : une statue de la Sainte Vierge, ce refuge assuré de la tendresse materaelle ; la pieuse image à laquelle

se rattache le Fonvenir de la proniière communion d'un enfant ; cette croix saintement embrassée par un père vénéré à son heure dernièi-e, et qui se conserve dans la famille comme une relique chère et sacrée.

Devant ces précieux symboles, la mère, entourée de ses enfants et de ses serviteurs, parfois aussi le plus jeune enfant de la famille, choisi comme le plus agréable à Dieu par son innocence, lit tout haut la prière ; des voix nombreu-es et recueillies lui répondent ; et celte action si simple a que'que chose de solennel et de touchant qui ouvre les cœurs à la grâce, et les dispose à en recueillir les fruits. Qui sait si des âmes longtemps éloignées de Dieu et tristement indifierentes à leur salut, lorsqu'elles reprendront la sainte habitude de la prière, n'éprouveront pas le besoin de revenir également à tous les devoirs du chrétien ? Qui sait si des cœurs désunis, et nourrissant, peut-être pour des forts plus imaginaires que réels, une de ces rai^cnnes secrètes qui amènent tôt ou tard dans la famille de déplorables divisions, ne deviendront pas plus disposés à se rapprocher, quand ils auront prié les uns auprès des autres? Non, il ne saurait y avoir de mauvais sentiments durables, quand on répète chaque soir d'une commune voix: Notre Père, pordonnezmoi comme moi-même je pardonne I

Que d'impressions salutaires laisse dans les âmes celte prière faite ainsi, sous les regards de Dieu, et dans la sainte égalité de ses enfants! Les supérieurs s'y rapj^ellent que leurs droits sont bien moins nombreux que leurs devoirs, et leur autorité devient plus douce en devenant plus chrétienne» Les enfants, les serviteurs, regardant le Seigneur lui-même dans la personnede leurs parents et de leurs maîtres, en sont plus respectueux et plus soumis ; la charité s'exerce en

recomiiiîindant à Dieu les pauvres, les affligés et les malades ; le souvenir des morts si tendrement aimés porte chaque jour à la prière, les préserve du triste oub'i, et perpétue tout à la fois dans les familles leur mémoire et leurs exemples.

Tous ont donc leur part dans l'iieureuse influence de cette union des âmes dont Dieu est le principe sain et fécond. Par elle les devoirs se perfectionnent, les traditions se conservent, tous les liens se resserrent, une famille est bénie. On le sent ; aussi la cloche qui appelle à là prière marque-t-elle une des heures les plus douces de la journée.

Puisse une heureuse expérience Papprendre à un grand nombre de familles chrétiennes! Aussi bien Notre-Seigneur semble avoir voulu nous encourager lui-même à cette pieuse pratique en nous disant :

" Lorsque deux ou trois personnes se réuniront en mon nom pour prier, je me trouverai au milieu d'elles (')•"

Mme La Csse. De Flavigny.

SOrVENIllS PIEUX

Te souviens-tu qu'aux jours de ton enfance

Le Dieu d'amour visita ton berceau ?

Te souviens-tu qu'un bon prêtre qui t'aime Te fit Chrétien, malgré Satan vaincu.

Et que ton front reçut l'eau du baptême ? Dis-moi, Chrétien, dis-moi, t'en souviens-tu ?

(1) Math. XVIII, 20.

Te 80U viens-tu que ta pieiise mère

Te racontait l'histoire du Sauveur ?

Te souvien.«-tu de ta pauvre chaumière

Où chaque jour tu priais le Seicrneur ?

Te souviens-tu de l'image bénie

Du bon Jésus à ton lit suspendu,

Et le portrait de la Vierge Marie ?

Dis-moi, Chrétien, dis-moi, t'en souviens-tu ?

Te souviens-tu de l'église de pierre

Dont le clocher s'élançait dans les cieux?

Te aouviens-tu de l'humble cimetière

Où tes parents dorment silencieux ?

Durant les jours qu'ils ont passé sur terre

Contre l'Enfer ils ont bien combattu :

Tu dois comme eux t'en aller en poussière

Dis-moi, Chrétien, dis-moi, l'en souviens-tu ?

Te souviens-tu de ce jour plein de charmes Où du Sauveur adorant l'humb'e Croix, Le cœur joyeux, les yeux mouillés de larmes. Tu reçus Dieu pour la première fois ?

0 jour céleste, ô pure et douce ivrespe, Amour sacré, qu'êtes-vous devenu ?

Dieu se souvient de ta sainte promesse ; Mais toi. Chrétien, dis-moi, t'en souviens-tu ?

(Extrait du Guide de la Jevne Fille), (i).

(1) Rien d'émouvant, rien de suave et de consolant comme les souvenirs que rappelle ce beau cantique. 0 jeunes gens, restez iliièles aux belles promesses de votre Baptême, aux douces réminiscences de votre première Communion et aux grandes grâces de la Confirmation !

DKRNIÉRES PAROLES d'uN CROYANT

Placez à mon côté ma plume, Sur mon cœur le Christ, mon orgueil, Sous mes pieds mettez ce volume.

Et clouez en paix le cercueil.

Après la dernière prière.

Sur ma fosse plantez la croix, Et si l'on me donne une pierre Gravez dessus : J'ai cru, je vois !

Dites entre vous : il sommeille ; Son dur labeur est achevé.

Ou plutôt, dites : il s'éveille ; Il voit ce qu'il a tant rêvé

J'espère en Jésus. Sur la terre Je n'ai pas rougi de sa loi :

Au deriiier jour, devant son père.

Il ne rougira pas de moi.

Loirs Vkuillot.

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