LE DROIT— LE RÔLE DE LA MAGISTRATURE
La vie d’un peuple se reflète dans ses institutions judiciaires, et l'administration de la justice est une marque apparente de civilisation. Que deviendrait l’homme, la famille, la cité, la société, l'humanité, sans le respect de la loi et
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sans le prestige des tribunaux ? Le pouvoir judiciaire est donc une puissante garantie de l'ordre public ; il assure au citoyen la paisible jouissance de sa propriété ; il protège la société contre les attentats de ses inembres. Son rôle est essentiellement pacificateur et conservateur de ce qui est juste, honnête et bon, suivant le désir de la loi. Pur lui le faible trouve protection contre les empiètements du fort, et l’opprimé obtient justice contre le puissant. Sous une égide bienfaisante, l'humanité s’avance graduellement et sûrement vers une fin commune à tous les êtres raisounables : le progrès. Les sociétés se développent en dehors des commotions bruyantes. Le droit a pris humanité à son berceau ; i]1 l’a débarrassée des langes grossiers de la barbarie, et il l’a triomphalement conduite au seuil des temps modernes. Sor: rôle n’est pas fini. Il surveillera cette civilisation et écartera les obstacles qui en arrêteront l’essor.
Le rôle de la loi s’identifie, d’ailleurs, avec celui de la raison qui tend chaque jour au perfectionnement d’elleinême. Dieu a voulu que les hommes se formassent en société pour satisfaire au besoin de chaque être. Mais la raison comimandait également à l’homme d’associer ses forces à celles de son semblable pour arriver plus facilement au but commun. C’est encore la raison qui veut que l’autorité, gardienne des droits de la majorité, emploie ses prérogatives à sauvegarder les intérêts communs du public. C’est encore la raison qui proclame la nécessité de formuler des règles pour établir les droits de chacun dans cette réunion variée de personnes et de choses qui constituent Ja société. C’est encore la raison qui acclame la nécessité du pouvoir judiciaire, chargé d’administrer la justice aux peuples de la terre. Grande et noble institution, dont l’idée première est innée chez l’homme, que la raison reconnait et
que la civilisation confirme! Elle n’est pas seulement la sauvegarde des sociétés, elle en est l’éclat et le prestige. Heureux les peuples qui vivent sous l’empire des lois sages ! Heureuses les nations quine connuissent d’autres maîtres que les lois qu’elles se sont données, et devant lesquelles tous les hommes ploient indistinctement la tête dans une fraternelle égalité !
Le rôle de la magistrature est si auguste, si élevé, si noble, qu’il ne devrait être exercé que par les hommes les plus savants et les plus sages de leur temps. Ils doivent, sur le
an montrer dignes des honneurs que la nation leur a banc, se trer dig des } que la nation | confiés. Que deviendrait le pauvre peuple s’il perdait confiance en eux, lui qui croit avec raison à leur honneur, à
vertus, à leur moralité, à leur jugemen é e leurs tus, à le lité, à leur jugement ! Hélas! ] doute est amer, qu’est-ce donc que la réalité ? Interprètes de la loi, les juges sont liés par leur serment à juger d’après la oi, au meilleur de leur jugemen e "C ience, sans loi, illeur de leur jug t et de leur conscienc parlialité, sans parti pris. Leurs yeux sont couverts de l’antique bandeau de la justice, et dans leurs mains, ils laissent pencher le plateau de la balance là où l’entraïne le
poide de la preuve, de la justice et du droit,
LARFAu
(Histoire du anadien).
CGRGANISATION DES TRIBUNAUX 249
t la II h LES PROCÈS tres les be 2 Le meilleur procès ne vaut pas le plus mauvais arrangement.
bble, lus ci Je ne finirais pas, si je voulais rappeler tous les désordres x que produit, dans les familles, le désir outré d’amasser du LEA bien. :
Lt le Tant que le père vit, on se supporte. On se retrouve quel- »s de quefois auprès du foyer domestique, et les souvenirs de ès la l’enfance amortissent les griefs de l’âge mûr. On a pitié de sans ce vieillard qui cherche à retenir dars ses bras, comme une s de gerbe à demi rompue, sa fumille divisée; mais souvent Ja , ils guerre éclate avant que l'herbe ait poussé sur sa fosse. Le ne le partage de la succession est le signal de la discorde. On est mécontent de son lot, jaloux du lot de son frère. Les petits avantages secrets, les préférences paternelles, les injustices réelles on prétendues, toutes ces misères intérieures, grossies n). par la passion, reviennent alors à la mémoire et causent des
récriminations sans fin. On écharge des reproches amers,
des paroles qui ne s’oubiient pas.
Il arrive quelquefois qu’un père, aveuglé par sa tendresse, se dépouille de son vivant, et donne son bien à ses fils, sans même en retenir la jouissance. Jusqu'à la signature du contrat, les choses vont à merveille. On entoure le vieillard de prévenances et de soins, on lui laisse entrevoir, pour prix de
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sa générosité, une fin de vie douce et tranquille ; inais, dès que l’engagement est signé, on change de manière et de ton. Ce n’est plus un père qu’on chérit et qu’on sontient, c’est un fardeau qu’on supporte, un embarras dans la maison, une bouche inutile à nourrir. On le lui fait trop comprendre ; et, par un miracle d’ingratitude, le malheureux se voit forcé de demander aux tribunaux le pain que Jui refusent ses enfants.
Ces procès scandaleux se multiplient tous les jours, sans préjudice de tant d’affaires dont l’amour de la chicane encombre les greffes, étourdit les juges, et enrichit les procureurs. Or, d’où vient cette manie, sinon de la cupidité ? Un tiers d’avarice et deux bons tiers d’entêtement, voilà le mobile ordinaire des plaideurs de profession, Dien vous préserve de tels voisins ! Quand i!s sont une fois mordus, ils ne connaissent plus personne. Il n’y a pour eux ni parents, ni amis, ni justice, ni bon sens, Piaider, c’est plus qu’une passion, c’est un besoin, et ils ne dormiraient pas tranquilles, s'ils n’avaient toujours une on deux affaires sur les bras. Cette vie tonrmentée leur convient. Ils aiment cette petite guerre d’exploits et de procédé. Il fant qu'ils aillent à lPandience, qu’ils consultent les avocats, qu’ils mettent en route les huissiers. La langue dela chicuue leur est familière, Ils savent par cœur le code civil, sont ferrés sur la coutume, et en remontreraient aux docteurs.
N’allez pas croire que jamais l’expérience les corrige. Loin de là, ils se piquent au jeu, et se ruineraient plutôt dix fois que de céder nn pouce de terre, ‘ J’y mangerai le champ, disent-ils ; mais nous irons jusqu’au bout. Je le
mènerai plus loin qu’il ne pense, il n’en verra pas Îa fin ; et si je perds, il y perdra plus que moi.”
Sont-ils battus en dernier ressort et condamnés sur tous les points, ils s’en consolent aisément : ‘ Le procès wa coûté bien cher, et, puisqu'il y a jugement, le mur et les deux fossés sont maintenant à mon adversaire ; mais n’importe, je lui ui toujours fait dire que son père éiait un fripon, sa mère une coquine, et qu’on lui savait an pénitencier un arrière-petit-cousin. Je ne voudrais pas, sur l'honneur, avoir gain de cause à ce prix, et m'en eût-il coûté G. vantage, je ne regretterais pas mon argent.”
Tous ceux qui plaident, ilest vrai, ne le font point par inclination. Nul n’est à l’abri d’une mauvaise chicane, et les plus pacifiques sont quelquefvuis obligés de venir devant le juge, s'ils tiennent à conserver leur bien ; mais il y fant prendre garde et ne jamais s’embarquer légèrement dans un procès. La justice et le bon droit ne suffisent pas, on perd souvent Ja meilleure canse, et si l’objet a peu de valeur on perd même à Ja gagner.
En effet, mes chers amis, quelle que soit d’ailleurs la sentence, ne faut-il pas toujours payer les honoraires des avocats, sans parler des agents d’affaires, et de tous ceux qui font métier d’obliger, moyennant finances, les plaideurs inexpérimentés ?
Que si vous tenez compte en outre des déplacements, des inquiétudes et des embarras de toute sorte inséparables d’un procès, vous conviendrez avec moi que le meilleur des #rrêts ne vaut pas le pire des arrangements.
Vous ne manquerez pas de gens empressés, donneurs d'avis, rusés compères, entrepreneurs d’écriture, barbouilleurs de papier timbré, qui chercheront à vous pousser entre les bras de la chicaue pour vous dévaliser à leur aise, Si
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vous suivez leur conseil, ils vous traîneront d’audience en audience et de tribunal en tribunal, grossissant les dossiers, allongeant les procédures afin de multiplier les frais, ne débroui!lant les contrats que pour embrouiller les affaires, vous promettant le succès, sur leur honneur toujours et quelquefoie sur leur tête, jusqu’à ce que, perdant ou gagnant, il ne vous reste pas un écu.
C’est comme l’engrenage d’une machine. Si le petit bout du doigt y passe, tout le corps sera broyé.
Méfiez-vous des complaisants qui prennent feu pour votre droit, réveillent vos rancunes, encouragent vos prétentions et vous engagent fort à ne céder sur aucun point. Ne placez votre confiance qu’à bonne enseigne, et souvenez-vous qu'entre deux avis contraires le plus pacifique est le plus sûr.
Ne cherchez querelle à personne, soyez facile avec tout le monde, et réglez, autant que possib'e. vos différends par experts, choisissant pour arbitre quelque ancien de bon jugement et de bonne renommée,qui rende justice à chacun sans procédure et sans frais. Si cela ne suffit pas, que le juge de paix en décide ; mais allez rarement au delà.
Entre frères et sœurs, arrangez tout à l’amiable. Ne mettez pas le public dans vos confidences, et que la discussion de vos intérêts n’altère jamais votre amitié.