DE LA PRIÈRE EN FAMILLE
À une époque où la foi était plus vive et les mœurs plus patriarcales que de nos jours; dans ce bon vieux temps de nos pères ou les maîtres nommaient leurs serviteurs mes enfunts, et où ceux-ci disaient naïvement chez nous pour désigner la demeure de leurs maîtres, les familles chrétiennes se réunissaient d'ordinaire pour faire en commun la prièré du soir. Dieu bénissait cet antique et religieux usage : pourquoi n’y reviendrait-on pas ? il est moins difficile à établir qu’on ne pense, surtout à la campagne, et il ne faut souvent pour cela, de la part d’une maîtresse de maison, qu’un peu d'initiative et de zèle. I même où il ne se trouve pas de chapelle, on transforme aisémert la plus modeste chambre en une sorte d’ératoire et de sanctuaire, en y plaçant quelques objets bénits : une statue de la Sainte Vierge, ce refuge assuré de la tendresse maternelle ; la pieuse image à laquelle
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se rattache le souvenir de la première communion d’un enfant ; cette croix saintement embrassée par un père vénéré à son heure dernière, et qui se conserve dans la famille €omme une relique chère et sacrée.
Devant ces précieux symboles, la mère, entourée de ses enfants et de ses serviteurs, parfois aussi le plus jeune enfant de la famille, choisi comme le plus agréable à Dieu par son innocence, lit tout haut la prière; des voix nombreuses et recueillies lui répondent ; et cette action si simple a quelque chose de solennel et de touchant qui ouvre les cœurs à la grâce, et les dispose à en recueillir les fruits. Qui suit si des âmes longtemps éloignées de Dieu et tristement indifférentes à leur salut, lorsqu’elles reprendront la sainte habitude de la prière, n’éprouveront pas le besoin de revenir également à tous les devoirs du chrétien ? Qui sait si des cœurs désunis, et nourrissant, peut-être pour des torts plus imaginaires que réels, une de ces rancunes secrètes qui amènent tôt ou tard dans la famille de déplorables divisions, ne deviendront pas plus disposés à se rapprocher, quand ils auront prié les uns auprès des autres? Non, il ne saurait y avoir de mauvais sentiments durables, quand on répète chaque soir d’une commune voix: Notre Père, pordonnezmoi comme moi-même je pardonne |
Que d'impressions ealutaires laisse dans les âmes cette prière faite ainsi, sous les regards de Dieu, et dans la sainte égalité de ses enfants! Les supérieurs s’y rappellent que leurs droits sont bien moins nombreux que leurs devoirs, et leur autorité devient plus douce en devenant plus chrétienne. Les enfants, les serviteurs, regardant le Seigneur lui-même dans la personne de leurs parents et de leurs maîtres, en sont plus respectueux et plus soumis; la charité s’exerce en
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recommandant à Dieu les pauvres, les affligés et les malades ; le souvenir des morts si tendrement aimés porte chaque jour à la prière, les préserve du triste oub'i, et perpétue tout à la fois dans les familles leur mémoire et leurs exemples.
Tous ont donc leur part dans l’heurense influence de cette union des âmes dont Dieu est le principe sain et fécond. Par elle les devoirs se perfectionnent, les traditions se conservent, tous les liens se resserrent, une famille est bénie. On le sent ; aussi la eloche qui appelle à là prière marque-t-elle une des heures les plus douces de la journée.
Puisse une heureuse expérience l’apprendre à un grand
nombre de familles chrétiennes! Aussi bien Notre-Seigneur
semble avoir voulu nous encourager lui-même à cette piense pratique en nous disant :
‘4 Lorsque deux ou trois personnes 8e réuniront en mon nom pour prier, je me trouverai au milieu d’elles (1).
Mue LA Csse. DE FLAVIGNY.