LE DROIT INTERNATIONAL DANS L'AVENIR
peuple. — De même aux Etats-Unis, dans le groupe primitif d'Anglo-Saxons viennent se fondre et se môler chaque jour les immigrants d'Irlande, d'Allemagne ou d'Italie, uomme s'y sont déjà confondus et mêlés les Français de la Louisiane et les espagnols de la Floride. — Avec sa division en Etats et en territoires, c'est un seul et même peuple, animé d'un même esprit, des mêmes aspirations, des mêmes convoitises, formant un tout homogène, ayant une même àme. — En est-il ainsi de l'Europe, avec ses nations diverses, ayant chacune aspirations, désirs, âmes, différents et opposés ? — L'Allemand et l'Espagnol sont-ils entre eux comme sont entre eux le Californien et le citoyen de Boston ?
1738. — Du reste, la Suisse ne nous donne-t-elle pas l'exeUiple d'une évolution pleine d'enseignements et de nature à faire rejeter le système des Etats-Unis d'Europe ?
Confédération d'Etats ou de cantons à l'origine, elle devient un Etat fédéral, où se manifeste la tendance de plus en plus accentuée d'une absorption des pouvoirs locaux des cantons par l'autorité centrale du conseil fédé* rai. — Si un petit Etat tend ainsi à perdre son caractère composite pour adopter la forme unitaire, si la Confédération germanique, après des luttes intestines, sans cesse renouvelées, est venue se transformer en un Empire d'Allemagne placé sous la dure hégémonie de la Prusse, si la tentative du Congrès de Vienne pour établir la paix perpétuelle entre les Allemands a eu pour résultat final le sabre des HohenzoUern (i), à quoi aboutirait, par un développement analogue, une vaste confédération, qui soumettrait toutes les nations à la domination d'un pouvoir central ? Il est aisé de le prévoir, — Obéissant à la loi fatale de tous les organismes, ce pouvoir central viserait sans cesse l'accroissement de sa puissance, la subordination de plus en plus accentuée des Etats confédérés, pour aboutir fînalement à la monarchie universelle. — Que de révoltes, de déchirements, de luttes et de guerres engendreraient les soi-disant paciliques Etats-Unis d'Europe !
1789. — Aussi M. F. de Martens remarque-t-il qu'au fond de tous les projets d'organisation de la communauté internationale en un Etat, sous la forme d'une monarchie ou d'une république universelle, on trouve des hypothèses, dont la réalisation est aussi peu possible que souhaitable . Elles présupposent toutes un changement complet de la carte de l'Europe ou la soumis^ sion de pays indépendants à une puissance commune supérieure (2).
« La paix perpétuelle implique la destruction de toutes les traditions nationales et la conversion complète des peuples à un dogme politique nouveau. Ces résultats ne peuvent être atteints que par des guerres implacables, comme l'ont toujours été les guerres nationales et les guerres de religion (3) ».
1740. — Tous ces systèmes, tous ces projets de Confédérations sont infectés d'un vice commun et fondamental. Ils engendrent tous, comme conséquence forcée, la subordination des petits Etats aux grandes puissan-
(!) Funck-Brentano et Sorel, Précis, Conclusion, pp. 445 & 447.
(2) F. de Martens, Traité de Droit international, L 1, ch. I, n» 51.
(3) Funck-Brentano el Sorel, Précis, Conclusion, p. 442.