LE DROIT INTEHNATIONAL DANS L AVENIR
aucune raison d'écarter l'idée d'un Congrès comme inslilutitin législative permanente... Il est douteux que la création d'une armée internationale, chargée d'appuyer l'exécution des arrêts du tribunal, &oïi possible (1) ».
1746 *. — [Nous avons vu que la conférence de la Paix réunie à la Haye en 1899 avait créé une Cour permanente. d'arbitrage ; nous avons dit en quoi cette (x)ur consistait dans la réalité des choses (n*»" 950 * et s.).]
L'MVEHSALITÉ IW DROIT INTERNATIONAL PUBLIC.
1747. . — Adoptant le classement proposé par Ix)rimer (n*'* H et 211), nous avons constaté que le Droit international posUif n'était pas applicable à certains Etats, musulmans ou d'Ëxtréme-Orient, avec la même étendue qu'entre Etats chrétiens.
Ne peut-on espérer l'universalité future du Droit international, et l'appli* cation des règles juridiques ne sera-t-elle pas un jour uniforme dans toutes les parties du globe terrestre ?
Plusieurs publicistes l'espèrent. — HoItzendorfT ne voulait pas renoncerau projet de remplacer le droit des gens actuellement limité à un certain nombre de nations par un droit des gens applicable à l'Univers entier (2).
— Comme indices caractéristiques de cette marche vers l'universalité, on signale la création d'ambassades chinoises et japonaises auprès des gouver* nements d'Europe et d'Amérique, la traduction en langue chinoise de plusieurs ouvrages relatifs au Droit international public.
1748. — Nous ne croyons pas à l'universalité future du droit des gens.
— La participation des Etats musulmans, de la (Uiine, etc., au droit public européen pourra devenir plus intense et plus étendue (3). Les règles juridiques, réciproquement adoptées, seront de plus en plus nombreuses et importantes. — Ce résultat est désirable. — Mais l'uniformité intégrale ne s'établira jamais. — Un fossé, moins large, mais aussi profond et aussi infranchissable, séparera toujours les Etats europt'*ens et américains, et leui-s colonies, des Etat« musulmans et de l'Empire du Milieu.
Les conditions sociales et politiques, dans lesquelles vivent les peuples musulmans ou les Chinois, sont incompatibles avec l'idée de pleine communauté internationale.
1749. — Comme toutes les sciences morales, le droit international dépend essentiellement de l'éducation de l'àme humaine, de ses croyances et de ses aspirations. Il s'est agrandi, il s'est élevé, quand s'est agrandi, quand s'est élevé le respect de la nature humaine. — Or, une dissemblance profonde existe entre la conception de la vie d'après les idées chrétiennes et la conception de celte même vie d'après le (k»raii. — L'àmc des peuples
(i) F. de Marlens, Traité^ t. I, § 51, p. 290. — Kuack-Brentano et Sorel, Précis^ pp. 436 et s., 440 et 441. — [V. Sthrœder, Der Volkergerichtsho/ , 1901. J
(2) De Holtzendorir, Introduction^ § 10. — fV. aussi Giinbali, Popoli barbari e popoli civili.\
(3) [1^ Chine, la Perse et le Sinrn ont, avec le Japon, participé en 1809 à la Conférence de la Paix tenue à la llaye.J
^OÔ StXifeMB PARTIS
chrétiens ne ressemble point à celle des sectateurs de Mahomet, de Confucius ou de Bouddha.
1750. — Outre le fanatisme religieux, qui exerce une décisive influence dans la vie sociale des Etats orientaux, « entre TEurope et TAsie, exi9le une cause de profonde mésintelligence : notre manière de comprendre le progrès. L'Asie est restée fidMe au type des anciennes sociétés, qui ne confondaient jamais l'homme de travail et Thomme de lutte . . L'Islam répugne k notre conception de TEtat : il ne veut ni défînir les droits, ni localiser la Patrie. 11 confond volontiers le tien et le mien, le civil et le religieux, et n'admet point de limites au pouvoir de ses chefs... On peut dire qu*un musulman n'a point de patrie, au moins selon la formule européenne. Sa
patrie, c'est l'Islam, de même que son Code est le Coran L'Islam fait des
conquêtes aux deux extrémités de la civilisation : d'une part, il jette ses illets dans les antiques réservoirs d'hommes, tels que ta Chine et les Indes, où la patrie n'a jamais eu de contours très précis ;.... d'autre part, il groupe les tribus mobiles, pour lesquelles notre vie réglée, laborieuse et sédentaire ressemble fort à Tesi^lavage : l'Islam les embrasse sans les étoulTer en leur
ouvrant les portes d'une cité qui n'a pas de murailles L'avenir est peut-
4^tre à la puissance d'Europe qui saura le mieux tirer parti de cette formidable association dont les membres, répandus sur le globe, se prosternent
trois fois par jour, en tournant des mains suppliantes vers la Mecque
Nos ingénieurs et nos savants feront certainement la conquête de l'Asie
Quant à nos conceptions politiques ou mêm.e religieuses, elles ne sont pas faites à leur taille. Nous échouerons infailliblement, si nous ne respectons pas la diversité des croyances et des institutions » (René Millet, Autour des Balkans, pp. 374, 392, 395, 397).
1751. — « 11 y a incompatibilité d'humeur entre nous et l'Arabe. Ni le temps, ni la politique, ni les missionnaires n'y peuvent rien changer. Qu'on on accuse la race ou la religion, il n'importe guère. L'antipathie est là, et
elle subsistera aux siècles des siècles, car elle ne peut pas ne pas être
Nous sommes des irréconciliables, son peuple et nous, parce que nous avons des manières trop diverses de comprendre des termes aussi essentiels que ceux de dignité humaine et de sentiment moral ; parce qu'il y a un désaccord trop profond entre nos conceptions de la tÂche de Thumanité et de sa fin sur la terre ; parce que nos mots d'ordre sont trop différents. Le mot d'ordre de l'Arabe est : /mtnobilité ; le nôtre : En avant ! Il n'y a rien de commun entre nous (Arvède Barine, Princesses et grandes darnes^ pp. 213 et 214).
1752. -— « Celte civilisation nouvelle qui lentement les étreint (les Chù
nois) ne croyez pas qu'ils l'admirent. Ils sont trop intelligents pour n'en
pas apprécier la force et les puissants moyens d'action. Us les étudient et, dans la mesure du possible, se les approprient ; mais, au fond de leur cœur, ce qui domine, c'est la haine et le mépris. L'Européen est et sera toujours un parvenu né d'hier, pour eux dont l'antiquité se perd dans la nuit des temps. A la mobilité constante de nos institutions politiques, ils opposent l'immobilité séculaire dos leurs, les rites transmis de génération en généra* tion, tout un ensemble de traditions philosophiques et religieuses qu'ils
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tiennent pour le dernier mot de la sag:es8e et de Texpérience humaines » (C. de Varigny, L'Océan Pacifique^ p. 11 i).
1753. — Peut-on espérer changer Tàme de ces peuples, et, devant l'expansion indéniable du mahoraétisme, cx)mment croire que les idées européennes régneront un jour sans partage sur le globe tout entier ? — Des traités de paix, d^alliance, de commerce peuvent dissimuler ou atténuer les divergences. — La Chine, le Japon ont adopté bien des règles du Droit international positif européen. — Ces emprunts partiels, qui pourront s'accroître encore, souhaitons-le, n'effaceront pas la différence profonde qui sépare les principes premiers de civilisations opposées, différence qui éclate un jour, tout à coup, dans un événement imprévu, à la manière de ces îles volcaniques, qui surgissent subitement dans des mers dont la calme surface dissimulait les orages intérieurs.
Au cours de l'impression de cet ouvrage, d'importants accords sont intervenus, le 8 avril 1904, entre la France et la Grande-Bretagne, au sujet de TEgypte (n»" 143 *\ 189, 305, 512 et 789),du Maroc (n^- 790 et 905), de Terre- Neuve et de l'Afrique (n»» 342, 580 * et 963), du Siam (n»» 1432 et 791), de Madagascar (n°« 141, 143 S 187 et 658) et des Nouvelles-Hébrides (n« 184). — Nous croyons utile d'en donner ici le texte :