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DES POSITIONS DÉFENSIVES

Généralités.

Dans une position on distîngae : le ft'ont ou la ligne qui fietit face aax établissements probables de Tennemi et dont les extrémités 8*appellent flancs on ailes ; les abords, ou le terrain qui s'étend en ayant du front et en dehors des flancs, jusqu'à la limite de la portée efficace du canon; Yintérieur, qui comprend Tespace occupé en profondeur depuis la ligne des tirailleurs jusqu'à l'emplacement de la réserve générale ; enfin les derrières, ou le terrain par lequel s'opère la retraite.

Les conditions générales auxquelles une position doit satisfaire ont été admirablement résumées dans les termes suivants, par Napoléon :

" 11 faut que toutes les machines de jet y soient en jeu •» et favorablement placées ; il faut que la position prise »» ne soit pas dominée, prolongée, enveloppée, et qu'an » contraire, elle domine, prolonge, enveloppe la position » opposée.

* L'art des positions, écrivait-il à l'un de ses généraux.

n consiste à se saisir des accidents favorables, pour en n fortifier son ordre de bataille et à laisser les accidents n défavorables en avant et sur les flancs, pour qu'ils affain blissent Tordre de bataille de Tagresseur. »

Il importe que dans la limite de la portée des armes à feu — et tout au moins de la mousqueterie — le terrain soit favorable à Taction de ces armes et ne présente que des couverts utiles à la défense. En général, les haies, les vignes, les clôtures, les légères dépressions ou déchirures du sol, les ravins de moins de 2 inôtres de profondeur, les fossés, les petits canaux, les chemins creux et les remblais parallèles au front de la position, sont favorables à l'attaque, par ce qu'ils fournissent à ses tirailleurs des masques et des abris qui les préservent plus ou moins des feux de la première ligne de bataille.

Cette ligne sera généralement établie sur le bord ou sur la crête d'un plateau. L'occupation du bord est la plus avantageuse, parce que de là on découvre mieux le versant, et aussi parce qu'on trouve souvent en arrière de ce bord, sur la crête, de bons emplacements pour les batteries, ce qui permet d'étager les feux d'artillerie ou d'établir une ligne de mousqueterie devant une ligne de bouches à feu.

Si les abords de la position sont couverts, un des premiers soins de l'occupant sera de dégager le champ de tir,

" Le front d'une grande ligne de feux, dit le colonel du génie Guichard, doit, pour être favorable, remplir les conditions qu'on recherche dans le tracé d'une crête de fortification, c'est-à-dire : bien voir^ couvrir en arriére^ battre et flanquer les abords^ enfin n'avoir ni de prés, ni de loin y des angles morts ou des secteurs privés de feux.

n Les meilleurs abords sont ceux qui, raccordant une

crête dominante à une plaine bien découyerte, sont à pentes douces et régulières, susceptibles d'ôtre à la fois bien battues en tous leurs points parrartillerie et lamousqueterie, permettant le mouvement et Faction des trois armes {j compris les charges de la cavalerie), puis offirant de bons débouchés pour passer de la défensive à Toffensive. Si, comme on le suppose, on a le commandement de relief, de telles pentes sont de nature à gêner la marche ascendante des attaques, sans entraver pourtant les retours offensifs. »

Les plateaux précédés d'enrochements, d^escarpements naturels ou de pentes abruptes, ne conviennent pas ; on peut tout au plus, dans certains cas, y appuyer les ailes de Tarmëe.

Une bonne position défensive doit satisfaire encore à d*autres conditions. Il faut :

P Que Tennemi soit obligé de Tattaquer ou de battre en retraite, ce qui implique la condition qu*il ne puisse pas la tourner et encore moins Tinvestir, comme le firent les Prussiens à Sedan (I) ;

2o Qu'elle soit favorablement disposée par rapport aux lignes d'approvisionnement qui partent de la base d'opération, et par rapport à la ligne de retraite. Cette condition stratégique est de la plus haute importance. Elle n'est pas remplie lorsque, par exemple, la ligne de retraite est parallèle au front, ou forme avec ce front un angle très aigu ;

(1) Pour ce motif on doit éviter d^enfermer nne armée dans une forteresse, et même dans nn camp retranché, k moins qu'elle ne soit désorganisée on qu*elle ne puisse plus tenir la campagne, ou, enfin, qu'il n'y ait pas en arrière une autre armée ou fraction d*armée sur laquelle elle ail intérêt à se retirer, pour reprendre TofTensive et continuer la lutte dans de bonnes conditions.

3^ Que la retraite soit fiicile et sûre. Il ne faat donc pas s*établir immédiatement en avant d*un cours d*eau, comme le firent les Russes à Friedland et les Autrichiens à Sadowa; il ne faut pas non plus prendre position en avant d^une chaîne de hauteurs, percée d*un petit nombre de passages étroits;

4^ Un cours d*eau ou des défilés de montagnes en arrière d*une position n*ofi^nt des avantages à la défense que lorsqu*ils en sont assez éloigpnés (1) pour qu'on puisse organiser en avant des défilés (gorges ou ponts), une résistance sérieuse, et lorsque leurs débouchés sont assez nombreux pour permettre aux troupes de s'écouler rapidement (2) ;

5^ Une position derrière un cours d*eau n*est bonne qu*à la condition que la vallée soit battue par de fortes batteries, qui rendent impossible ou excessivement dangereuse la construction de ponts de circonstance ou le passage de vive force, et à la condition aussi qu'on puisse franchir le cours d'eau, pour prendre l'offensive au moment opportun, ce qui suppose l'existence de deux ou trois têtes de pont, composées d'ouvrages résistants ;

6^ Il faut, pour qu^une position soit bonne, que l'armée en puisse déboucher dans plusieurs directions ou, en d'autres termes, que la position se prête bien aux retours offensifs stratégiques et tactiques ;

7o II faut aussi que le terrain occupé par l'armée ne soit pas trop morcelé, parce qu'il est important que tontes les parties de l'ordre de bataille soient bien reliées entre

(i) Cet éloignement doii être en rapport avec TéteDdoe da front delà position. Ponr ans grande année il ne pent ôtre inférieur k 4 ou 8 lieues.

(S) Celte condition exige que les ponts soient protégés par des têtes de pont à l'abri d'une attaque de vive force.

«lies, afin qu'il y ait continuité de défense ei non morcellement. Pour le môme motif les communications en arriôre du front, entre le centre et les ailes, doivent être nombreuses, faciles et directes ;

8^ Un ravin parallèle au front d*une position, est avantageux lorsque le fond en peut être battu de la première ligne de bataille. Il brise les attaques, ralentit leur mardie et permet à la défense de masquer une partie de ses troupes, pour faire des retours offensifs qui surprennent Tassaillant.

Les ravins en arrière de la position ne sont utiles qu*à * la condition de ne pas entraver ni ralentir la retraite. Alors, 8*118 ne peuvent être tournés, ils fourniront d'excellentes positions d*arrière-garde qui permettront d'arrêter ou d'entraver la poursuite par la cavalerie ennemie.

c Quant aux ravins qui se trouvent à l'intérieur même de la position, ils procurent aux 2^ lignes et aux réserves d'excellents abris ; peuvent être utilisés, lorsqu'une route en dessert le fond, k dissimuler les manœuvres ayant pour but de porter des forces d'un point du cbamp de bataille A un* autre ; concourent à constituer à l'avance une 2^ ligne de défense, pour le cas où l'on serait forcé en quelques points du front ; fournissent enfin généralement, des endroits abrités pour l'organisation des premiers secours à donner aux blessés (1). >»

Les ravins transversaux, en avant du front, sont souvent utiles, parce qu'ils séparent et désunissent les agresseurs; mais il faut qu'ils n'opposent pas d'obstacle aux mouvements offensifs de la défense et qu'ils ne créent pas des espaces privés de feux. Les ravins transversaux,

(i) Tactique^ poiUions militaires et application de la fortification au terrain, par le eoioiel Gaichafd.

à rintérieur de la position^ sont, aa contraire, toujours nuisibles.

Un ruisseau parallèle au âx>nt est avantageux, s*il est à portée de fusil (500 à 800 môtres) de la crête occupée par la 1'^ ligne, ou des postes avancés de cette ligne, parce qu'il entrave et retarde Tattaque et oblige Tassaillant à rester longtemps exposé à des feux meutriers; mais il faut alors prendre des mesures pour franchir ou traverser facilement le ruisseau, quand le moment sera venu de prendre Toffensive.

La défense du ruisseau cesserait toutefois d'être efficace, si Tennemi pouvait occuper, à portée de fusil, une crête dominant les postes chargés de lui en disputer le passage.

La bataille de Woerth offre un exemple des services que peut rendre un ruisseau (la Sauer) couvrant le jfront d*une position défensive.

Un ruisseau sur les derrières d'une position, s'il a une direction favorable, permet de retarder la poursuite, en organisant sous sa protection une bonne résistance d'arriôre-garde, et en barrant les routes que doit suivre Tennemi.

La profondeur de V ordre de &atot7Z^ dépend du nombre de lignes dont il se compose et de la nature du terrain. On admet généralement qu'il faut une première ligne bordant soit la crête, soit le bord du plateau, une 2® ligne pour la soutenir, une 3*^ ligne formée par les réserves des divisions et de corps d'armée, appelées réserves particulières^ et une 4® ligne occupée par la réserve générale. Cette dernière est placée d*ordinaire au centre de la position. Si l'armée a plus de deux corps, la distance entre le centre et les ailes est trop grande pour que la réserve générale puisse, dans certains cas, venir au secours d'une aile en

temps opportun. On doit alors former des réserves spéciàleB é^ ailes ^ tirées de la réserve générale ou, ce qui est préférable, des corps qui occupent les ailes de Tordre de bataille.

Les distances entre les diverses lignes sont réglées d'après le terrain. Autant que possible on appliquera le principe suivant : ToiU ce qui ne doit pas être immédiatement engagé^ doit être hors de faction du feu^ mais d portée d'intervenir. Il ne faut donc pas que deux lignes successives puissent être atteintes par les mêmes batteries. Or les sbrapnels et les obus lancent des balles et des éclats dangereux jusqu*à 600 mètres du point où ils font explosion. En conséquence on placera, en terrain découvert, la 2« ligne à 700 mètres de la 1^® pour qu'elle soit a Tabri, non-seulement des coups réussis, mais encore des coups trop longs, dont les projectiles éclateront derrière la l'^ ligne, dans une bande de 100 mètres de largeur. On réduira cette distance de moitié (d'après Yerdj du Yernois), si l'intérieur de la position se compose d'un terrain ondulé qui permet de soustraire la 2® ligne aux vues et aux coups de l'ennemi. Les réserves particulières se placeront au minimum à 600 mètres de la 2^ ligne (1), et la réserve générale, à 1,500 ou 2,000 mètres des réserves particulières, pour qu'elle soit hors de portée de l'artillerie ennemie, laquelle ne s'établit guère & moins de 1,800 mètres de la 1™ ligne de bataille. Laprofondeur de V ordre de bataille ou de la position sera donc de 2,800 ou de 3,800 mètres, non compris lespace occupé par les tirailleurs, leurs soutiens et leurs réserves.

Pour déterminer la force ou Vétendue de Tordre de bataille, on doit tenir compte de ce fait, que dans les combats

(4) Quelquefois on élabtira les réserves des divisions à 400 mètres de la 3« ligne, et les réserves des corps, à 300 mètres de celles-ci.

liyrés depuis 1854, la force moyenne des armées en position a été de 8,45 hommes an mètre courant. Avant cette date elle était de 10,50 (1). Pendant les mômes périodes la force des ordres de bataille offensifs a toi^jours été supérieure à celle des ordres défensife d'environ 2 hommes par môtre courant, ce qui prouve que Toccupation pre* mière du terrain équivaut à un accroissement d'effectif de 20 à 25 pour cent.

On peut donc admettre comme bonnes moyennes, pour Tordre défensif, 8 à 10 hommes et, pour Tordre offensif, 10 à 12 hommes.

La formation en bataille se composera de divisions et de brigades accolées. Cette disposition est justifiée par 1& nécessité de réduire le front de combat à des proportions convenables, de tenir les troupes mieux dans la main du chef et de rendre plus faciles la transmission des ordres, la surveillance et la direction du combat, le relèvement et le renforcement de la 1^ ligne de bataille.

La même raison ne peut être invoquée en faveur de Taccolement des régiments. En conséquence, chaque moitié de brigade formera une ligne, qui sera sous les ordres du commandant du régiment. On obtiendra ainsi plus d'ensemble et de vigueur dans Tezécution que si» par exemple, chaque régiment avait 1 bataillon en première ligne, 1 en deuxième ligne et 1 en réserve, ou 2 bataillons en première ligne et 1 en deuxième ligne.

Les principes qui règlent le choix des positions pour une armée, sont applicables, dans certaines limites, au choix des positions pour des fractions de troupes. C'est

(i) Gela résulte d'an tableau dressé avec beaucoup de soin parle colonel Guichard, et qui comprend toutes les grandes batailles livrées depuis Fleuras, en 4690, jusqu*à Montbéliard, eniSTi.

ce qui nous a engagé à les exposer dans an Manttel, qui a ponr objet d*enseigner aux officiers de troupes Tart d*occuper et de retrancher le terrain.

Les terrains montagneux et les terrains montueux offrent rarement de bonnes positions. Les meilleurs, sons ce rapport, sont les terrains ondulés, parce qu'ils n*ont pas rinconvénient des pentes abruptes mal Yues et mal battues, et qu'on y trouye fréquemment de larges plateaux favorables à rétablissement des troupes, ainsi que des localités (1) propres à servir de points d'appui à l'ordre de bataille. Ces terrains ne présentent pas non plus de profondes déchirures, plus nuisibles à la défense qu'à l'attaque. Leurs ondulations sont suffisamment profondes pour accroître les difficultés de la marche et diminuer l'efficacité du feu de l'assaillant, tout en favorisant l'action des armes de jet du défenseur, et en lui permettant de prendre l'offensive dans de bonnes conditions. Ces ondulations procurent à la défense d'excellents couverts, où elle peut masser ses troupes à l'insu de l'ennemi pour les soustraire à ses feux ou pour le surprendre par de brusques contre-attaques.

Les vastes plaines n'ont pas ces propriétés remarquables, et elles présentent des inconvénients qui sont surtout graves quand l'occupant n'a pas une grande supériorité, numérique. Ces inconvénients sont les suivants :

1^ Les plaines, à cause de la fertilité du sol, ont beaucoup plus de plantations et de couverts de toute espèce

(i) On désigne sons ce nom les maisons, les groupes de maisons, les pares entourés de clôtures et les villages propres à servir de points d'appui à une position.

que les terrains ondulés, ce qui fayorise Fattaque et nuit à Faction des armes à feu de la défense ;

2® On y trouve par contre moins d'obstacles propres à. appuyer les ailes de Tordre de bataille, ce qui permet à Tassaillant de déborder ces ailes ;

3^ Elles permettent à Tattaque de prendre une position enveloppante et d'écraser, par des feux concentrés, les localités qui forment les points d'appui de Tordre défensif ;

4^ En cas de revers, elles exposent les défenseurs à Taction vigoureuse de la cavalerie ennemie, qu'aucun obstacle n'arrêtera, à moins qu'il n'y ait, sur les derrières de la position, un ruisseau qui puisse être défendu efficacement par Tarriôre-garde.

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