MANIÈRE DE RETRANCHER UNE POSITION
Lorsqu'une position aura été choisie par le commandant en chef de l'armée, celui-ci s'entendra avec le commandant du génie et le commandant de l'artillerie, sur la manière de retrancher cette position.
La première ligne de bataille sera établie sur la partie du terrain d'où l'on découvre et bat le mieux les abords de la position. Ce sera généralement le bord ou la crête d'un plateau.
Au moment où l'armée s'établira sur la position, elle sera couverte par ses avant-postes. Lorsque ceux-ci devront se replier devant l'ennemi, les sentinelles deviendront des tirailleurs, les petits postes, des soutiens, et les grands-gardes, des réserves. La chaîne des tirailleurs s'arrêtera à 800 mètres au plus de la 1^® ligne (1), après
(i) Pour que rartillerie de la i^ ligne de bataille, chargée d'appuyer la chaîne des tirailleurs, ne soit pas trop éloignée des batteries qui soutiennent la chaîne ennemie, supposée arrôtée à KOO ou 600 mètres de l'autre chaîne. (Ce qui porte Tespace entre les deux lignes de batteries à !l,iOO ou 2,200 mètres.)
qu'elle aura été renforcée par les soutiens. Bientôt le combat de tirailleurs se développera et s'accentuera. Ce moment arrivera, en général, quand les deux chaîne» seront à 500 mètres Tune de Tautre. Alors elles s'arrêteront quelque temp^, et le combat se prolongera jusqu'à ce que Tune des deux chaînes doive se replier.
Les réserves de la chaîne défensive se tiendront à 100 mètres environ en arrière, couchées, abritées par des plis de terrain, ou établies dans des tranchées.
Il va sans dire que si le versant à défendre présente une crête militaire, c'est sur cette crête que la chaîne des tirailleurs s'arrêtera. Elle y sera dans des bonnes conditions pour soutenir un combat défensif et infliger de grandes pertes aux échelons successifs des troupes attaquantes. Toutefois si, en avant de la position, il y a un plateau secondaire par lequel l'ennemi doit arriver et dont le bord soit à portée de fusil de la crête militaire, c'est sur ce bord que l'on établira la chaîne des tirailleurs. Là elle ne sera pas dominée, et elle aura devant elle un grand champ de tir. Elle pourra, de plus, rapprocher ses réserves à petite distance, sans les exposer aux vues ni aux feux de l'ennemi, ce qui ne serait pas possible si elle occupait la crête militaire.
Les points d'appui naturels (villages, groupes de maisons, fermes, bouquets d*arbres, etc.), et les points d'appui artificiels (redoutes, lunettes, etc.) de la première ligne se trouvent sur cette ligne (alors ils sont dits intercalés) ou en avant (auquel cas ils sont dits avancés).
Les points d'appui doivent être peu nombreux, mais fortement retranchés et vigoureusement défendus.
Entre ces points, ou en arrière, on choisit les emplacements les plus favorables (points dominants ou faisant
saillie sur le bord du plateau) pour j placer les batteries des diTisions et des corps d^armée (1).
Dans les interyalles des batteries et des points d'appui intercalés, on construira des tranchées-abris pour les troupes d*infanterie de la l'^ ligne.
Quelquefois il existe en avant d'une position, et à bonne portée du canon (1,500 ou 2,000 mètres) un ruisseau, de petites collines, des groupes d*arbres et des maisons, qui peuvent être défendus avantageusement. On retranchera alors rapidement cette position avancée ou position (favant'îiffney pour forcer l'ennemi à engager prématurément ses forces, lui faire perdre du temps, arrêter ses reconnaissances, cacher les dispositions prises par la défense et permettre à celle-ci de terminer ses travaux sur la position principale.
Pour que les retranchements de la position avancée ne puissent pas, après que l'assaillant s'en est emparé, appuyer ses mouvements offensifs ou soutenir sa retraite, on évitera d'y intercaler des ouvrages fermés ou des ouvrages dont la gorge soit trop facile à clore.
On pourra donner à ces retranchements de faibles profils et y ménager de larges trouées, parce que ce n'est pas sur la position avancée que le sort de la journée se décidera.
Lorsque, à défaut d'une position avancée, on jugera nécessaire d'occuper un petit plateau ou une crête secondaire, hors de portée de fusil de la première ligne, on y
(i) Une partie de Tartillerie sera tenue en réserve. D'après les résultais des dernières guerres, on peut Tévaluer ii 4/3 au plus, puisque le nombre des pièces engagées à la fois à Spicheren, Woerth,Borny, Marsla-Tour et Gravelotte, s'est élevé à S i/2 par 1,000 hommes et que le nombre total des pièces n'a pas dépassé 3 4/2 par 1,000 hommes (de tontes armes).
construira une ou plusieurs lunettes, qu seront défendues par rinfanterie seulement. L'artillerie, destinée à protéger ces lunettes, s'établira sur les côtés (voir fig. 136) et
non en arriére, comme le proposent la plupart des ingénieurs et des tacticiens (fig. 137). « Placé ainsi, disent-ils, f* Fartillerie pourra non-seulement tirer jusqu'au moment n critique de l'assaut, mais elle servira encore à mitrailler » l'intérieur de l'ouvrage, après sa chute, et à le rendre m intenable à l'ennemi. » Argument sans valeur I Le plus souvent, en effet, les batteries, placées latéralement et en arrière de la lunette, ne pourront pas découvrir ni battre le terrain «n avant (voir fig. 137) ; pour qu'il en fût autrement, il faudrait que le sol se relevât ou qu'il fût horizontal, ce qui arrivera très rarement. Quant à
ravantage de pouvoir tirer h mitraille dans Tintérieur de Touvrage, on Tobtiendra également dans le cas de la fig. 136, en prescrivant aux batteries latérales de se retirer et d'aller prendre position en C, dès que Tinfanterie ennemie sera arrivée près du fossé de la lunette ; cette retraite ne présentera aucun danger, grâce & Tappui de la réserve extérieure, qu'on établira dans les tranchées xy^x' y\ qui relient entre elles les batteries et la lunette.
Fig. 137.
itt
Un grand nombre d'écrivains militaires soutiennent que les troupes qui défendent les points d'appui avancés ou, s'il vlj a pas de ces points, les tirailleurs qui ont pour mission de ralentir et de désunir l'attaque, doivent être fournies par la première ligne de bataille (1). Nous ne sommes pas
(A) D*aprè8 le colonel Gaichard : « en France les troupes avancées et la première Ugne ne font qu'on » .
de cet avis. Les troupes de la premiôre ligne ont le rôle le plus important à jouer, puisqu'elles doivent sinon repousser Tattaque, au moins soutenir le premier effort de Tassaillant, qui est toi\jours le plus énergique. Elles ne rempliraient pas conyenablement ce rôle, si elles se composaient d'une partie seulement de troupes fraîches, auxquelles viendraient se joindre les compagnies de tirailleurs fatiguées, ayant épuisé leurs munitions et plus ou moins démoralisés par les succès de Tennemi.
Il serait plus rationnel, selon nous, d'emprunter les troupes de la position avancée, à la deuxième ligne ou aux réserves particulières, qui ne doivent pas entrer immédiatement en action.
Nous croyons aussi qu'il faut se garder d'établir un trop grand nombre de bataillons sur cette position, parce que le terrain qu'ils auront à défendre sera généralement dominé et par conséquent défavorable, qu'il devra être évacué après une courte lutte et que ce mouvement de recul, qui, presque toi\jours, se fera avec précipitation, exercera un effet moral d'autant plus fâcheux sur les troupes de la première ligne, que les bataillons repoussés seront plus nombreux.
Si, au contraire, la résistance des troupes avancées se prolongeait et prenait une tournure avantageuse, le commandant de l'armée pourrait être entraîné à les faire soutenir par les bataillons de la première ligne, et dès lors le combat le plus important aurait lieu sur un terrain moins favorable au défenseur que celui sur lequel il se trouvait d'abord, ce qui lui causerait un préjudice énorme.
Emplacements de l'artillerie.
Les tacticiens sont d'accord sur la nécessité d'employer l'artillerie par grandes batteries poar qu'il y ait de Tunité dans son action. Cette nécessité, toutefois, est plus impérieuse pour l'attaque que pour la défense, parce que celle-ci ne connaissant pas, en général, le point sur lequel l'assaillant portera le gros de ses forces, doit disséminer davantage son artillerie. A Woerth, les Allemands eurent une batterie de 84 bouches à feu ; à Mars-la-Tour, une de 108; à Gravelotte, une de 132 et une de 180. A Spicheren, Tartillerie française occupait un front de 2 kilomètres, et celle des Allemands, un front de môme longueur; à Bornj le front était, respectivement, de 2 1/2 et de 3 kilomôtres, k Mars-la-Tour de 4 1/2 et de 4 kilomôtres ; à Gravelotte, Tartillerie allemande embrassait un front de 8 kilomôtres ! L'auteur à qui nous empruntons ces chiffres (1) en conclut que, dans les demiôres batailles, l'artillerie occupait en moyenne un tiers du front de combat, et que le nombre de bouches à feu engagées à la fois, s'élevait À 2 1/2 par 1,000 hommes (2).
On ne saurait nier que ces grandes batteries en avant desquelles, dans la plupart des cas, on ne peut établir de l'infanterie, sans masquer prématurément leurs feux, et en arriôre desquelles on ne peut pas non plus en placer sans l'exposer aux éclats des coups qui atteignent les batteries ou qui passent au-dessus, on ne saurait nier, disons-nous, que ces batteries ne présentent de sérieux inconvénients et que, pour ce motif, il ne soit avantageux d'établir au moins les grosses bouches à feu, sur les hau-
(i) Colonel Gaichard.
(3) Lee antres élaieDt en réserve, en mouvement ou hors de combat.
teurs en arriôre de la première ligne, où elles sont mieux protégées et peuvent rester plus longtemps en position que sur le bord du plateau (1). Lorsque le terrain ne présentera pas de ces hauteurs, on réduira de moitié environ l'intervalle de 16 mètres (qu'ont pris, en moyenne, les bouches à feu dans les dernières grandes batailles), ce qui pourra se faire, sans trop exposer les servants, si Ton retranche les pièces, ou si on les établit dans des batteries continues, ou encore si on les réunit, deux par deux» dans des abris espacés de 16 & 20 mètres.
On doit laisser derrière les batteries un espace libre de 700 à 800 mètres, par ce que les éclats des obus sont dangereux jusqu'à 600 mètres du point de chute et qu'il importe de mettre également les troupes & l'abri des éclats produits par les coups trop longs.
Uespace à laisser libre en arrière, sur les côtés, est réglé par le cône de dispersion des éclats d'obus, qui a 260 mètres de base, & la distance de 450 mètres (annexe I). La zone dangereuse des .balles des shrapnels a moins d'étendue, l'angle de leur cône de dispersion n'étant que de 28 degrés.
Les bons emplacements de l'artillerie sont ceux d'où Ton peut battre complètement le terrain en avant de la position, enfiler les chemins qui y conduisent, prendre d'écharpe les colonnes arrivant des places de rassemblement, battre les défilés (surtout leurs débouchés) et les endroits où il est probable que l'ennemi établira ses premières batteries. Des points avantageux encore sont ceux d'où Ton peut protéger efiicacement les clefs de la posi-
(4) Placées sur la ligne de parlage.Ies batteries poarront, en outre, sou* tenir la retraite, puisqu'elles découvriront tout le plateau et, quelquefois même, le versant postérieur.
tion, flanquer les postes avancés de la ligne de bataille et battre d*enfilade ou d*ëcharpe les pentes qui conduisent à la position et les plis de terrain qui se trouvent en avant.
Très souvent ces emplacements favorables senties parties dominantes du terrain. Les autres armes se règlent sur eux, tout en tenant compte des principes tactiques auxquels doivent satisfaire leurs propres emplacements. C*est ce qui a fait dire au grand état-major prussien, dans sa relation de la guerre franco-allemande : « L*artillerie » constitue en quelque sorte la charpente fixe de Tordre » de bataille. »
Il ne faut jamais oublier, cependant, que si rartillerie est aujourd'hui Tarme principale au début (dans la défense comme dans Tattaque), Tarme principale, à la fin ^ est toujours rinfanterie. L*une prépare, assure môme la victoire, mais Tautre la décide en refoulant et en culbutant Tennemi et en s*emparant de ses positions.
Retranchements de la première ligne de bataille.
On n*est pas d*accord sur la manière de retrancher la première ligne de bataille.
Quelques tacticiens voudraient qu'on se bornât à exécuter les travaux nécessaires pour Foccupation des point» d*appui, et qu'on plaçât les troupes destinées à défendre les intervalles, en arrière de ces intervalles, abritées par des masques naturels.
Mais alors, au moment décisif, ces troupes devraient agir à découvert, pour empocher l'ennemi d'envelopper et de tourner les points d'appui.
Evidemment, leur action serait plus efficace et leurs pertes moindres, si elles combattaient dans des tranchées occupant les intervalles des points d'appui ou situées un
peu en arrière (pour utiliser le couvert de la crête, en attendant Tattaque). C'est donc ce mode de défense qu*il convient de préférer.
Lorsqu*nne position ne présente, sur son front, aucun point d*appui naturel, on crée des points d*appui artificiels, qui sont des redoutes ou des groupes de retranchements composés de redoutes, de tranchées et d*épaulements.
Comment établira-t-on ces redoutes et ces groupes de retranchements ?
Les uns proposent de les espacer de 1,000 môtres au plus, pour que Fennemi ne puisse pas les dépasser sans s*exposer à des feux croisés de mousqueterie, et d*établir  200 ou 300 môtres en arrière de leurs intervalles, des batteries pour les soutenir.
Les autres reprochent à cette disposition les défauts suivants (1) :
« 1^ Pendant Tattaque, chaque ouvrage est livré à » lui-môme, comme un ouvrage isolé, car il ne peut recen voir aucun appui des ouvrages voisins, trop éloi- ■»» gnés ;
n 2^ Chacun d*eux n'offre qu*un front très minime et, « par suite, un développement insuffisant de feux ;
« 3^ Ces ouvrages sont soumis à des feux d'artillerie «> très intenses et deviennent de véritables nids à projecn tiles. »
Ils remédient à ces défauts, en formant sur diferents points du champ de bataille, des agglomérations d'ouvrages, et en rapprochant assez les ouvrages dans chaque groupe pour qu'ils puissent se soutenir mutuellement. Entre les groupes, ils laissent des intervalles de 1500 à
(i) Travaux de campagne, page 407.
2500 mètres, défendus par des batteries, élevées à 300 ou 400 mètres en arrière (fig. 138j.
Voici quels sont les avantages qu'ils attribuent à cette disposition :
•* Le travail total n*est pas plus considérable que si les ouvrages étaient régulièrement espacés de 800 à 1000 mètres ; chaque ouvrage est mieux soutenu par ses voi-
Fig. 438.
Bins ; le développement des feux de chaque groupe est très considérable, surtout si Ton intercale des tranchéesabris entre les différents ouvragep d*un même groupe ; ces ouvrages ne sont plus des nids à projectiles, car de loin leurs crêtes se confondent avec celles des tranchées intermédiaires, et, par suite, Tennemi est conduit à disperser son tir; enfin, la grande distance qui sépare les différents groupes est éminemment favorable à la marche des troupes, déployées pour Toffensive. »
Selon nous, ces grands intervalles sont un véritable danger pour la position, car il ne sera pas difficile & Tennemi de s'avancer par là n'ayant aucun feu d*artillerie à
craindre de la part des groupes, et la mousqueterie n*étant plus trôs efficace au delà de 600 mètres.
Nous critiquons aussi remplacement des batteries. Dan» la plupart des cas, elles se trouveront sur le plateau dont les troupes occupent le bord et, par conséquent, il leur sera impossible de battre le terrain en pente qui s'étend devant les groupes et par lequel les assaillants aborderont de la position.
Selon nous, la première ligne de bataille devra être occupée par des redoutes, dont les plus importantes seront armées de canons. Elles se trouveront sur les points d*où l'on peut flanquer la ligne de bataille, ou battre un accès principal, ou dominer un point d'appui avancé, ou diriger des feux d'écharpe et de revers sur des colonnes ennemies qui tenteraient de passer par les intervalles de la ligne. Ces redoutes, points d'attaque obligés, seront dans les meilleures conditions, si elles occupent des emplacements naturellement forts, et si elles sont espacées de façon que l'artillerie de chacune d'elles puisse battre efficacement le terrain en avant des redoutes voisines, ce qui suppose des intervalles de 1,800 à 2,000 mètres au plus.
Entre les redoutes, sur leur alignement ou en arrière, se trouveront les grandes batteries, qui doivent entamer le combat de loin. Tout le reste de la première ligne sera occupé par des tranchées-abris, avec de larges intervalles, pour faciliter les mouvements offensifs de l'artillerie et de la cavalerie. Si ces tranchées sont profilées comme elles doivent l'être, elles n'opposeront aucune entrave à la marche des troupes d'infanterie déployées pour l'offensive.
Quand les tranchées-abris sont creusées sur le bord du plateau, les bataillons qui doivent les occuper pourront se tenir en arrière, dans des plis de terrain, ou couchés
par terre, poar mieax se soutraire aux coups de Tartillerie ennemie. Us n'occuperont alors ces tranchées qu*au moment où Tassaillant prononcera son attaque décisive.
Les troupes de seconde ligne que Ton ne pourra pas abriter dans des plis de terrain ou derrière des couverts naturels, seront également protégées par des tranchées pour lignes déployées ou pour colonnes de bataillons (fig. 72»»»').
La nécessité d'établir les retranchements sur les bords du plateau occupé parTarmée en position, oblige souvent à construire des tranchées que l'ennemi peut enûler.
Si elles ont peu de longueur^ on les protège au moyen de traverses, et elles sont alors très utiles pour flanquer la partie de la position en avant de laquelle elles se trouvent. Si elles ont, au contraire, une grande longueur, on les remplace par des bouts de tranchées, que Ton dispose en échiquier, parallèlement au front de la position, pour les soustraire à Tenfllade (voir flg. 139).
Lorsqu'une position doit être fortement occupée et offrir une longue résistance, on peut, si on a le temps et si le terrain s'y prête, créer une seconde ligne de défense à 1,000 mètres au moins de la première ligne; elle sera composée de redoutes, plus fortes mais moins nombreuses que celles de la première ligne, de batteries retranchées établies sur les parties dominantes du terrain, de tranchées-abris creusées dans les intervalles des redoutes, d'abatis, etc.. On utilisera les obstacles et les accidents de terrain qui se trouveront dans l'étendue de cette ligne, et on y ménagera de nombreux et larges intervalles, principalement sur les directions favorables à la retraite. Entre ces ouvrages et la première ligne, on détruira tous les couverts qui pourraient être utilisés par l'ennemi ou masquer les feux de la défense.
Les redoutes et les batteries de la seconde ligne ont pour objet de repousser Tennemi, après qu*il aura forcé la première ligne, de Tempêcher de s'établir sur le plateau et de préparer les retours offensifs des troupes disponibles de la seconde ligne et des réserves.
Fig. 439.
Si le temps et les bras j^écessaires pour organiser cette seconde ligne font défaut, on se bornera à construire quelques ouvrages, dans le but de soutenir la retraite.
Ces ouvrages, si on les établit sur le bord postérieur du plateau, pourront battre de leurs fronts de tête la première ligne et de leurs fronts de gorge le vçrsant par lequel les troupes doivent se retirer. Il faut toutefois, pour atteindre ce double but, que le plateau ait au plus 2000 à 2500 mètres de largeur.
S'il est plus large, les ouvrages destinés à favoriser la retraite occuperont les têtes des défilés et les côtés des
routes par lesquels la retraite se fera; autant que possible on ne les éloignera pas à plus d*une bonne portée de canon des retranchements de la première ligne.
Ces ouvrages ne seront généralement que des tranchéesabris pour rinfanterie et des épaulements pour Tartillerie de Tarriôre-garde.
Organisation d'un champ de bataille lorsqu'on prend l'offensive dès le début.
Voici en quels termes cette question a été traitée dans les conférences faites à Técole du génie de Versailles :
« L'armée attaque les positions ennemies, Taction s'engagera donc sur un terrain qui n'est pas encore conquis, et, par suite, il ne peut être question de préparer ce terrain. D'ailleurs, la troupe qui attaque a pour elle la force morale et Timpétuosité du choc, et si elle y joint la supériorité du nombre, elle n'a que faire du secours de la fortification pour gagner la bataille.
« Toutefois, la fortune peut lui être contraire, et le devoir d'un général en chef, malgré toute sa confiance dans le succès, est de prévenir la possibilité d'un échec et d'indiquer d'avance les lignes de retraite. C'est sur ces lignes et en arrière du premier obstacle sérieux et facile à défendre qu'il convient de créer des retranchements : « Ils marquent, dit le général Brialmont, la limite du ft mouvement rétrograde, les troupes s'y arrêtent et s'y n rallient naturellement, parce que l'honneur leur fait un n devoir de les défendre ; la confiance renaît, le feu n s'ouvre, la poursuite cesse, et, si tout va bien, on pourra n même reprendre l'offensive, n
u Ces retranchements doivent consister en épaulements pour l'artillerie, dominant bien le terrain parcouru par
rennemi, en villages, fermes ou bois organisés défensivement, et en quelques ouvrages simples sur les clefs de position. Us seront généralement élevés pendant la bataille môme, soit par les troupes du génie, soit par quelques corps de réserve, car il serait mauvais que les troupes engagées eussent connaissance de ces précautions prises en prévision d*un échec.
« Dans le cas, au contraire, où Tofiensive réussit, et où Tennemi est successivement chassé de ses plus belles positions, la prudence conseille encore de fortifier rapidement les principaux points conquis, pour j déjouer toute tentative de retours offensifs. Les travaux devront se borner à des tranchées-abris, à des barricades et à Torganisation défensive des accidents du sol, des localités ou des ouvrages conquis sur Tennemi.
« G*est ainsi qu*en 1859 «' les Français retranchèrent Vercelli, pour soutenir leur marche offensive et fortifièrent Palestre, ainsi que la tête du pont de Tubigo, pour assurer leur retraite en cas d'échec.
« Pendant la guerre franco-allemande, les Allemands n*ont jamais omis de fortifier au fur et à mesure de leur marche en avant, les principaux points conquis sur les Français : Faulquemont le 11 août, Pont-à-Mousson le 13. Pendant la bataille du 18 août, ils fortifièrent Gravelotte, le village de Vernéville, les bois voisins et le cimetière (1); ils préparèrent, en cas de retraite, des épaulements de batterie et minèrent les ponts; plus tard les trois corps
(i) Sur leur gauche et en d'aaires points, les Allemands consolidèrent leurs progrès par l'organisation défensive des localités conquises, c C*est ainsi, dit on auteur frunçaiâ, qu'ils fortifièrent Saiote-Marie-aux-Chènes, aussitôt après y avoir pénétré; aussi tous nos retours offensifs pour y rentrer do nouveau, échouèrent- ils » .
qui opérèrent leur concentration vers Pithiviers, ne firent plus une marche sans fortifier leurs positions et les localités qulls trayersent >* .
Nous igouterons que, dans, la guerre d*Orient, les Turcs et les Russes ont procédé de la même façon.
A la bataille de Lovtcha, livrée le 3 septembre 1877, et la yeille de cette bataille, le général Skobelew retrancha toutes les positions qu*il conquit successivement. Son chef d^état-major dit à ce propos : « La nécessité de fortifier <• rapidement les points que nous venions d'occuper f» devant Lovtcha, nous fit sentir Tinsuffisance des outils ** de pionniers dont nous disposions. **
La même précaution fut prise par Tintrépide général russe pendant Fattaque des retranchements élevés par les Turcs sur les Montagnes vertes de Plevna. Les diverses positions qu*il prit avant d'atteindre ces montagnes, furent toutes retranchées avec le plus grand soin. On lit dans V Invalide russe: <« Le 8 septembre, au point du jour, nos ** troupes attaquèrent la deuxième crête des Montagnes n vertes^ en chassèrent Tennemi et le poursuivirent jusqu'à » la troisième crête; mais elles furent à leur tour repous- » sées et obligées de se replier sur la deuxième, où elles n se maintinrent Bise fortifièrent rapidement, »
A l'avenir, aucun général intelligent et prudent n'agira plus autrement. Toutefois, l'emploi des retranchements dans l'ofiensive sera toigours moins fréquent et plus restreint que dans la défensive, parce que celui qui attend son adversaire a plus de temps et de ressources pour se fortifier que celui qui se porte en avant.