I. — Organisation défensive des bois
Autrefois on appuyait souvent les ailes d*une armée & de grands bois que les tacticiens considéraient comme impraticables; mais depuis que Tinfanterie est exercée au combat en ordre dispersé et qu*on lui enseigne méthodiquement les principes de la défense et de l'attaque des bois, on a reconnu que ces couverts forment de mauvais points d*appui, parce qu'ils exigent trop de travaux et trop d'hommes, et que Toccupant j perd tous les avantages résultant d'un grand champ de tir, dès que l'assaillant est parvenu à s'emparer de la lisière.
En revanche, on pourra tirer un excellent parti des bouquets de bois situés en avant du front ou du âanc d'une posisition ou sur son alignement. Il suffira pour cela de rendre défensives les lisières exposées aux atta-
ques, en y faisant des abaiis et en les défendant par une forte chaîne de tirailleurs, avec soutiens et réserves.
Lorsqu'une ligne de défense doit traverser une grande forêt dont il est impossible d'occuper la lisière antérieure, (ce cas peut se présenter dans Finvestisseinent des places), on pratique, en avant de la ligne de défense, une percée de 200 à 300 mètres de largeur et Ton crée deux lisières artificielles le long de cette percée, Tune pour empêcher Tennemi de déboucher de la partie non occupée du bois, l'autre pour l'empêcher de pénétrer dans la partie occupée.
Pour constituer une lisière défensive au moyen d'abatis, on renverse 4 ou 5 rangées d'arbres, les uns sur les autres, sans détacher les troncs de leurs souches, aân qu'ils soient plus difficiles à déplacer.
Si les arbres sont très gros, on empile entre les arbres les plus rapprochés de la lisière de grosses branches, disposées en abatis.
Si le bois est composé de bouquets d'arbres ou de taillis, on abat de petits arbres, en arrière d'une bande de 10 à 20 mètres de largeur, parallèlle à la lisière, et on les engage entre les arbres de cette bande, pour arrêter ou entraver l'ennemi. Les tirailleurs se blottissent derrière le masque ainsi formé, en utilisant autant que possible les gros arbres pour se couvrir.
Lorsque, sur une partie de la lisière, le taillis est trop jeune pour qu'on en puisse former un abatis, on défend cette partie au moyen de tranchées-abris.
On peut aussi relier les petits arbres et les branches des jeunes taillis au moyen de fils de fer.
« Il est presque impossible d'entreprendre les abatages sur toute la longueur de la lisière à la fois ; il importe donc de suivre un ordre déterminé, susceptible de pro-
doire un résultat utile dès le début du travail. On organisera d'abord les abatis des saillant» et des rentrants, c'est-à-dire des parties flanquantes; puis ceux des débouchés de routes et de chemins ; ensuite ceux des autres points probables d'attaque, d'aprôs la position de l'ennemi, les facilités plus ou moins grandes d'accès, etc.; enfin, si on a le temps, on achôvera les abatis sur le reste du pourtour » (1).
Si le nombre des défenseurs d'un bois est insuffisant et si l'on a assez de temps pour retrancher la lisiôre, on créera en certains points des abatis purement défensifs, de 80 à 100 mètres de profondeur, qui, étant infranchis* sables, n'exigeront que de simples postes de surveillance.
Pour diminuer les difficultés du commandement et de la direction des troupes, il est nécessaire de diviser les bois en secteurs et de confier la défense de chaque secteur à une unité de tactique (compagnie ou bataillon). Ces secteurs seront limités par un chemin, un abatis, un ruisseau, une haie ou toute autre clôture.
Quand on le pourra, on devra préparer, en arrière de la lisière postérieure, une ligne de défense pour empêcher l'ennemi de sortir du bois. À cet effet, on élèvera des épaulements sur le prolongement de toutes les routes qui débouchent de la lisière, en ayant soin de les tenir hors de portée des tirailleurs de cette lisière. En même temps on postera l'infanterie dans des bâtiments, des enclos, des chemins creux ou des tranchées-abris d'où elle puisse combattre ces mêmes tirailleurs.
C'est également ainsi qu'on empêchera l'ennemi de déboucher d'une forêt trop grande pour être défendue et
(i) Travaux de campagne. Résumé des conférences faites à l'école du génie, de VersaHles, Paris 1878.
située en avant d'une position. Si une pareille forêt se trouve à moins d'une bonne portée de fusil de la première ligne de bataille et qu'on ne puisse pas l'abattre ou l'incendier en partie, elle constituerA un véritable danger pour l'occupant, parce qu'elle restreindra son champ de tir et masquera les mouvements de l'assaillant.
La mise en état de défense de divers bois, exécutée de 1876 à 1878 par des compagnies du génie de l'armée française, a permis de constater que des travailleurs placés dur la lisière, à raison de 2 ou 3 hommes par mètre courant, peuvent, en une heure de travail, organiser un abatis résistant (1).
Lorsque la lisière a un grand développement, on se contente de créer des abatis sur les parties saillantes, qui sont des points d'attaque.
Si, en arrière de l'abatis, il n'y a pas de gros arbres pouvant abriter les tirailleurs, on établit des couverts en terre et en branches aux points les plus importants de la lisière.
Fig. 140.
iC09)
La fig. 140 représente un couvert de ce genre, que l'on désigne sous le nom àiQparapet-aJbatis,
On peut aussi créer un couvert en empilant, suivant la direction de la ligne de défense, des branches d'arbres
(1) IrOiVaux de campagne , elc.
sar les extrémités d'un abatis, en les maintenaat par des Fie. <4t.
m^xwmiiWi^ -mmurimMIg:^
piquets à mentonnet (ûg. 141) et en coosoUdant tonte la Fig. ua.
le à l'aide de gazons oude terre. (VoirOg. 142 et 143).
Les flg. 144 et 145 représeiitent nne aatre dûposition, Fig. 1«.
facile à réaliser daos lea boig de hante futaie, soit è. la Fig. ttS.
lisière de cea bois , soit i. l'intérieur, pour créer une seconde ligne de défense.
Les parapets-abatis (flg. 140, 1 43, 143) sont très atilea, en avant d'nne liaiâre, pour flanquer de longes parties en ligne droite, ou pour oonvrir des débouchés qu'il est néoeasàire de laisser libres sur la partie aatérieare et eor les côtés du bois, afin de faciliter les retonrs offensifs et les contre-attaques. (Voir ûg. 146 et 147). Les
Fig. 146.
parties saillantes a ot b sont flanquées par des parapetoabatis c, c, servant également k battre les passages
^diqués par des traits pointillés) qu'il importe de conserver poor les besoins de la défense.
Les flg. 148 et 149 font connaître deux autres dispositions pour barrer les routes qui doivent rester libres; dans l'une, le barrage est en avant, dans l'antre en arrière de la lisière.
On rend impraticables les chemins des bois en jetant di
Vif. m.
arbres en travers, ou en constraisant une barricade d Fig. H9-
sive, formée de troncs d'arbrea empilés entre lesquels on serre de fortes branches formant abatis. (Fig. 150).
Un point important dans Torganisation défensive des Ibois est Tamélioration des chemins existants et Touverture de chemins nonveanx.
Il doit y avoir une communication directe en arrière de la ligne des tirailleurs; on la crée en coupant, sur une
Fig. 450.
zone de 8 à 10 mètres de largeur, les arbres et les taillis nécessaires pour la construction de Tabatis de la lisière.
Il doit j avoir en outre des communications directes entre les tirailleurs, les soutiens et les réserves spéciales (1).
Pour en créer le moins possible, on placera les soutiens près des chemins existants ou sur ces chemins mêmes, s'ils ne peuvent être enfilés par Tartillerie ennemie.
Dans les bois d'une grande étendue, on met des poteaux indicateurs à tous les chemins.
Enûn, Ton crée des couverts contre les éclats de pro-
(i) Ce sont les réserves des tirailleurs. Ici, comme dans les villages, on les désigne sous le nom de réserves spéciales^ pour ne pas les eonfondre avec la réserve générale.
jecUles et les éclate de bois pour lea troapes de soutien placées dans des endroits exposés, lorsque, comme dans les lignes d'investissement, le bois doit âtre occupé lon^ temps. (Pig. 151).
PJf. 181.
Afin de pouvoir continuer la lutte après la perte de la lisière, on barrera de distance en distance les chemins qui aboutissent au point d'attaque, en a;ant soin de ménager des communications autour des barricades ponr l'usage du défenseur.
On cherchera en outre à former une seconde ligne de défense, parallèle à la lisière. Elle se composera d'abatis et de couverts longeant de larges percées pour l'ouverture desquelles on utilisera les chemins existants et les clairières.
Il faut avoir soin de ménager dans cette ligne des trouées suffisantes pour assurer la retraite des troupes de la première ligne.
La défense de la seconde ligne est confiée aux réserves spéciales. Les tirailleurs et leurs soutiens se reforment en arriére. Pendant ce mouvement de retraite, la réserve générale doit prendre de grandes précautions pour empêcher que l'ennemi ne s'avance par les côtés du bois et ne tourne ainsi les défenses intérieures.
Les batteries se placent habituellement en avant de la lisière pour la flanquer et en défendre Taccôs. On a soin, dans ce cas, de les établir vis-à-vis d'un débouché de route, afin de mieux assurer leur retraite.
La même précaution doit être prise lorsqu'on les place en arriére de la lisière, où elles se trouvent souvent dans de meilleures conditions, pouvant de là voir l'ennemi sans être vues. Il sera nécessaire toutefois de couper alors une partie du bois, pour que les pièces ne soient pas gênées dans leurs mouvements (voir fig. 152), et de rapprocher les batteries autant que possible de la lisière, pour qu'il n'y ait pas en avant d'elles des arbres qui, touchés par des obus même tirés trop haut, produiraient des éclats dangereux.
IL — Organisation défensive d'un bâtiment isolé.
Les bâtiments- isolés ou les groupes de bâtiments dont on fera choix comme points d'appui d'une position, doivent être solides et offrir toute garantie contre le danger d'incendie. On s'abstiendra, par conséquent, de retrancher les maisons en bois ou en torchis, ou couvertes de chaume. Si ces dernières sont inévitables, on aura soin d'enlever leur toit.
Il importe également que le bâtiment à retrancher occupe un emplacement d'où l'on puisse diriger contre l'assaillant des feux de front et des feux de flanc, qu'il
fasse partie d*un enclos entouré de fortes haies ou de murailles et que les constructions soient disposées de façon À rendre possible le flanquement de la partie contre laquelle Tattaque sera rraisemblablement dirigée.
Fig. i5S.
X X X X X nxfc ky*jj\
11 est rare que Tune ou Tautre de ces propriétés ne fasse pas défaut. Dans ce cas Tart j suppléera.
Pour mettre un bâtiment isolé en état de défense, on commence par vider les greniers et par éloigner tous les objets inflammables: meules, dépôts de bois, appentis, etc., qui se trouvent à proximité. On ferme ensuite toutes les entrées du rez-de-chaussée et des caves, en assujettissant les ventauz, lorsqu*ils s'ouvrent en dedans, au moyen de coins, de traverses ou d'étançons, et lorsqu'ils s'ouvrent en dehors, en les fermant, en enlevant les poignées des
gemires et an clouant, k l'inténear, de forts madrien en trkveTB des ventanx, aoua le lintean et an-doBSufl du senil.
Lorsqu'on a les oatils nécessaires pour per«er des trous dans les mura du vestibule, il sera pluf facile de barricader la porte à l'aide de deux pidces de bois a et b (flg. 153) qu'à l'aide d'étangons.
Pig. ISS.
On tara bien d'élever, dans le vestibule, une barricade en menbles on en matériaux de construction, lorsqu'il n'y a pas ane seconde porte que l'on puisse condamner comme la première.
Les portes peu épaisses sont renforcées au moyen de
madriers on en aocamalant contre elles des tonneaux, des meubles, des matelas, des sacs remplis de terre, etc^
On peut également condamner une porte en créant un obstacle extérieur, par exemple un fossé dont les terres sont rejetées contre les ventaux.
Les larges entrées des granges sont obstruées an moyen de chariots ou de lourds instruments aratoires.
Fig. 154.
BluuBas