DÉFENSES ACCESSOIRES
Les défenses accessoires, dont Tennemi ignore Texistence et qui le prennent au dépourvu, sont les plus efficaces.
De là découle ce principe, que les défenses accessoires doivent, autant que possible, être cachées par des masques naturels ou par des levées de terre.
Ayant pour objet d'arrêter Tassaillant ou de ralentir sa' marche, elles produisent le maximum d'effet lorsqu'elles se trouvent sous le feu du retranchement.
Le fond du fossé convient donc moins pour l'emplacemeht des défenses accessoires que le glacis ou le bord de la contrescarpe (s'il n'y a pas de glacis). Toutefois un obstacle dans le fossé sera utile s'il oblige une partie des assaillants à s'arrêter devant la contrescarpe avant de descendre dans le fossé, qui est l'angle mort du retranchement.
AbatlB.
Les abatis sont la défense accessoire qu'on emploie le plus fréquemment pour renforcer les retranchements improvisés.
On les place devant la contrescarpe des ouvrages fermés et des retranchements, — dans les fossés qui n'ont pas assez de profondeur pour former un obstacle sérieux, — debout contre le talus de contrescarpe, pour rendre la descente dans le fossé difficile ou impossible {ûg. 212) (1),
msii
— en avant d'une tranchée-abri, s'il y ades arbres à proximité (fig. 213), — à la gorge des ouvrages, quand cett« gorge est ouverte ou incomplètement défendue, — dans les angles morts des retranchements, pour que l'ennemi ne s'y rassemble pas, — dans les chemins creux quel'ondoitbarrer,
— à la lisière des bois et dans les intervalles des ouvrages et des postes fortifiés qui entrent dans la composition d'une ligne de défense ou d'une enceinte de village.
Les abatis qu'on forme au moyen d'arbres croissant
(1) On les désigne Bons l« nom d'abaiii deboui.
sur les lieux s'appellent abatts sur place ou naturels, et ceux qu'on forme au moyen d'arbres coupés ailleurs s'appellent àbatis rapportés (1) ou artificiels,
Pig. â13.
Ces derniers se font avec des arbres de 5 à 7 mètres de longueur, dont les troncs n'ont que 0°*12 à 0^15 de diamètre.
Les arbres sont recroisés ou placés l'un à côté de Tautre (fig. 214). On les dépouille de leurs feuilles et de
Fig. 3U.
leurs menus branchages, pour qu'ils ne fournissent pas de couvert à l'ennemi, et Ton taille leurs grosses branches en sifflet, pour qu'il soit plus difficile de les franchir ou de passer à travers.
Lorsque l'abatis se compose d'arbres non recroisés, on a soin d'entrelacer leurs branches ou de axer les
(1) On les appelle aussi abatie de transport.
troncs au sol, soit par des piquets à mentonnet, soit par des perches transversales liées aux arbres avec des harts ou maintenues par des piquets croisés.
Les meilleurs abatis sont ceux dont les grosses branches sont réunies par des.âls de fer.
Pour former un abatis sur place, on renverse les arbres les uns sur les autres ou les uns à côté des autres, en laissant les troncs attachés aux souches.
Ce sont les abatis les plus difficiles à déplacer, car les abatis rapportés se font avec des arbres moins lourds ou avec des têtes de gros arbres, que Ton traîne à bras d'hommes ou au moyen de chevaux, et que Ton fixe au sol par des piquets à mentonnet. Les efforts de quelques hommes munis de cordes suffisent, en général, pour arracher et déplacer de petits arbres fixés de la sorte.
Les abatis sur place ont de 40 mètres à 60 mètres de largeur. On procède à Tabatage en allant d'avant en arrière et en faisant tomber les arbres du côté de Tennemi, sans les détacher entièrement de leur souche.
Les abatis rapportés se composent de trois à six rangées d'arbres, disposées de manière que les couronnes de la deuxième rangée couvrent les troncs de la première, et
Fig. 215.
ainsi de suite (voir fig. 215). On raccourcit les troncs sur place, pour en rendre le transport plus facile. Lorsqu'il ne se trouve sur les lieux que de gros arbres.
on forme l'abatis au moyen de maîtresses branches àe 3 à 4 mëtrea de longueur, que l'on établit dans plusieurs tranchées parallèles, disposées comme l'indùlue la Ûg. 216.
Flg. 216.
Ces abatis de branches portent le nom de vignes.
On fixe les branches au moyen de piquets à mentonnet, et on les relie par des perches, axées au sol de la même manière (1).
Les terres qui proviennent des tranchées à section triangulaire servent à former un glacis qui cache les vignes et les protège en partie contre les feux de l'attaque.
On recommande aussi de préserver de la sorte les abatis rapportés, en les plaçant dans un avant-fossé à section triangulaire (flg. 217). A. l'appui de cette reoom-
Fig. in.
(1) Pour dvilar l'emploi de loDfs piqnets, percbe« aux grosBes branches avec dea harts.
mandation, on fait remarquer qu*à Duppel, des abatis de branches non abrités furent rapidement dispersés par les batteries prussiennes; mais des faits plus récents, constatés pendant la guerre franco-allemande, ont prouvé que le feu de Tartillerie n'est guère efficace contre des arbres renversés, surtout quand les grosses branches sont reliées entre elles par des fils de fer. On peut donc, dans la construction des abatis de branches, combler les tranchées à section triangulaire, pour éviter les remaniements de terre qu'exigent les vignes à tranchées vides couvertes par un glacis (fig. 218).
Fig. S18.
\.. .1 sea t.oo.
Voici comment se construiseot les vignes à tranchées pleines : On commence par creuser la tranchée la plus rapprochée de l'ennemi, en jetant les terres sur le bord opposé ; on y place les branches de manière à les recouvrir; on les fixe au sol au moyen de piquets à mentonnet ou de perches maintenues par des piquets semblables, et Ton recomble ensuite la tranchée.
Les mêmes opérations se répètent pour les tranchées suivantes.
Un atelier de 6 à 8 hommes, lorsque les tranchées sont creusées et les branches à pied-d'œuvre, place, fixe et recouvre, par heure, 8 à 10 mètres courants de branches.
Pour exécuter les tranchées, préparer les piquets et les perches, il faut deux ateliers de même force.
Diaprés le Manuel du pionnier allemand^ rétablissement rapide d^unabatis rapporté exige 1 homme par mètre courant (ce qui suppose que les arbres sont sur place ou à pied-d'œuvre). Avec des arbres de 0°*08 à 0°*10 de diamètre, ou de grosses branches de 4 mètres de longueur, lorsque les bois sont abattus, un atelier de 10 honmies exécute par heure 15 mètres courants d*un abatis de 6 mètres de largeur (4 hommes transportent les branches, 2 les placent et 4 les assujettissent).
Une expérience faite à Olmutz prouve qu'il faut 84 travailleurs pour établir en 3 heures, à la lisière d'un bois, un abatis de 45 mètres de largeur et de 153 mètres de longueur, lorsque les arbres ont en moyenne 0'"22 de diamètre.
Petits piquets.
Quand le bois fait défaut, on peut remplacer les abatis et les vignes par de petits piquets à deux pointes, de0™75 à 1 mètre de longueur, âchés en terre à 0°^15 l'un de l'autre, et à une profondeur de 0°*40 à 0™50 (1).
Etant plus faciles à détruire que les abatis et les vignes, les petits piquets doivent être protégés par un glacis contre les feux de l'artillerie lorsqu'ils sont établis en avant du fossé.
On les place généralement au delà de la contrescarpe,
— sur les capitales des saillants, — au fond des fossés,
— sur la berme et à la gorge des ouvrages.
(i) Les pointes supërieures sont taillées après renfoncement des piquets, sinon il faudrait, pour ficher les piquets en terre, frapper sur un maillet entailli^ recouvrant leur pointe supérieure.
Un atelier de 4 hommes établit par heure 3^"* de cet obstacle. 6 à 8 hommes préparent dans le môme temps les 120 piquets nécessaires à ce travail.
Les petits piquets placés en avant du fossé doivent former une bande d'au moins 4 métrés de largeur. Pour les cacher lorsqu'il n'y a pas de glacis, on les recouvre de menus branchages, de hautes herbes ou de blé.
Fig. S19.
Réseaux en fil de 1er.
Les réseaux en ôl de fer constituent une défense accessoire des plus efficaces. Ils ne se voient pas de loin, ils ne masquent pas les feux de la défense et ils résistent bien aux projectiles de Tartillerie.
On en tire le même parti que des abatis et des trous de loup, et ils sont plus faciles à établir. Placés au fond d'un fossé, leur utilité est particulièrement grande lorsque ce fossé est flanqué.
Les réseaux sont constitués au mojen de pieux de 1™50 à 2 mètres de longueur et de O'^IO de diamètre, reliés par un fil de fer de 2 1/2 à 4 1/2 millimètres d'épais-
seur. Les pieux sont enfoncés de manière que leurs t'êtes dépassent le sol de 0°^90 à l'^BO ; ils sont espacés de 2 mètres à 2""50. S'ils étaient plus rapprochés, on pourrait appuyer des claies sur leurs têtes et franchir ainsi le réseau; s'ils Tétaient moins, on pourrait trop facilement arracher ou couper les ôls.
Les mailles du réseau sont formées par Tentrelacement de fils passant alternativement à la tète des pieux et à leur pied, à O'^IS ou 0°»20 du sol (fig. 220). Le fil le plus gros est employé à la partie supérieure du réseau, parce que c'est la première à laquelle Tennemi s'attaque ; pour la même raison on fiche les pieux les plus grands et les plus forts dans les rangées extérieures.
Un réseau de 0"90 de hauteur ne peut être enjambé par l'infanterie; 0°*40 suffisent pour arrêter la cavalerie.
Le réseau doit avoir au moins 10 mètres de largeur et présenter une certaine irrégularité d'entrelacement pour échapper à toute destruction méthodique. On donnera à ses piquets des hauteurs inégales pour que l'assaillant ne puisse pas le franchir en . posant dessus des planches ou des claies.
Cependant, pour enseigner la construction des réseaux dans les polygones, on supposera que les piquets sont disposés régulièrement.
Voici comment on procédera dans ce cas :
Le réseau est divisé en tranches égales dont la longueur dépend du temps que l'on peut consacrer à sa construction.
Chaque tranche est exécutée par un atelier placé sous la direction d'un sous-offlcier.
Chaque atelier est composé d'autant de brigades de 4 hommes qu'il y a de rangées de piquets et d'intervalles.
Chaque brigade est munie des outils suivants :
1 piquet amorçoir ;
1 masse carrée (qu'on peut remplacer par un tronçon
d'arbre) ;
2 marteaux (qu*on peut remplacer par le dos d'une
hache) ; 2 pinces coupantes sur le côté ; 1 vrille (1).
Le sous-officier âche en terre de petits piquets à remplacement des pieux lesquels doivent ôtre disposés en quinconce, À 2"^50 Tun de Tautre ; 2 hommes font ensuite avec le piquet amorçoir les trous dans lesquels les 2 hommes suivants enfoncent les pieux.
Pour la pose du ûl, on assigne une brigade à chaque rangée de pieux et une à chaque intervalle. Les brigades placées dans les intervalles relient diagonalement les pieux de deux rangées successives. Deux hommes portent le fil et le développent en l'arrêtant alternativement  la tête et au pied des pieux; 2 autres suivent avec des pointes, une vrille et un marteau, et assujettissent le fil (voirfig. 220). On termine en reliant les têtes de tous les piquets avec le fil le plus gros. De distance en distance on maintient ce fil par des pointes rabattues, pour que la destruction d'une partie du réseau ne s'étende pas aux parties voisines.
On évite de tendre trop le fil, pour n*en pas faciliter la rupture.
Un atelier de 12 hommes établit par heure 10 mètres
(1) Elle sert à percer des trous dans les têtes des pieux pour le logement du fli. On peut s*eo passer, en enroulant le fil autour des têtes des pieux et en le fixant à ces têtes par des crampons ou des pointes rabattues.
carrés de résean exigeant l'emploi de 4 pieux et de 150 mâtres de fil. Four exécuter ce travail, il n'est pas nécessaire d'avoir des hommes exercés.
Faute de âl de fer, on peut se servir de lattes, de perches ou de cordes.
Un réseau en fil de fer, appliqué sur le talus de con-
Fig. àto.
R^noH m fil de fer.
Poie du fil:
dan$ rinlervalle it deux ntitgitt.
trescarpe, forme un obstacle trôs redoutable. On obtient aussi un bon résultat en enfonçant sur la benne on dans le talus d'escarpe une ou deux rangées de piquets, entrelacés de gros fils de fer.
On peut également relier, an mojen de ces fils, des
palissades couchées sur la berme ou plantées au pied du talus d'escarpe, à 2 mètres l'une de l'autre (flg. 281). Cet obstacle offre plus de résistance aux projectiles et à l'action des chargées de dynamite que les palissades et les fraises ordinaires; mais il est assez facile de le détruire
ou d'j pratiquer des ouvertures, au moyen de pinces coupantes ou de haches.
Le mc^or du génie prussien Scbumann a proposé d'employer, au lieu de réseaux en fil de fer, plusieurs rangées de spirales en fil d'acier de 5 millimètres d'épaisseur. Ces
spirales s'aplatissent en forme d'anneau pour le transport et reprennent leur déyeloppement lorsqu'on défait la corde qui les maintient.
En les posant, on les relie au moyen de fils de fer (fig. 222), pour qu'elles ne s'affaissent pas sous le poids des hommes qui essayeraient de les franchir en les couvrant de madriers ou de claies.
Fig. âSâ.
Des spirales de Fespôce fourniraient un moyen facile et prompt de mettre l'infanterie à l'abri des attaques de vive force, et particulièrement des charges de cavalerie. L'essai n'en a pas encore été fait sur une échelle assez grande pour qu'on puisse en recommander l'emploi. S'il réussissait, l'inventeur aurait résolu l'important problème de créer des réseaux en fils métalliques sans devoir enfoncer des pieux, opération que la nature du sol et le voisinage de l'ennemi rendent souvent impossible.
Trous de loup.
Pour rompre l'élan des troupes qui se portent à l'assaut d'un ouvrage fermé ou d'un retranchement, on établit en
avant du fossé une triple ou quadruple ligne de trous de loup.
On peut aussi employer les trous de loup dans des fossés larges et peu profonds, à la gorge des ouvrages, devant un abatis important, ou en arrière d'un avant-glacis.
Devant une batterie, ils ont pour effet de neutraliser
Fig. 9S3.
fv
Faction des obus en interceptant leurs éclats et d'arrêter les tirailleurs chargés de se jeter sur le front de la batterie pendant que d'autres troupes l'attaquent en flanc. Malheureusement, les trous de loup exigent beaucoup de temps et sont difSciles à faire avec des travailleurs non exercés. Ils ont de plus l'inconvénient de pouvoir être promptement comblés, lorsqu'on amasse les terres autour de
leurs borda. Ponr ce motif, on donne la préférence aux trous de loup à base circulaire {&g. 223) ou à base carrée (flg. 224), dont les déblais sont ntUisés soit pour compléter le parapet du retranchement, soit pour former un glacis qui mette les trous à l'abri des vues et d'une partie des coups de l'ennemi.
Dana le cas de la fig. 223, les intervalles des trouB de loup Bout rendus infranchissables au moyen de petits piquets recouverts de légers branchages. Cette précaution n'est pas nécessaire quand on emploie des trous de loup
Fig. aS4.
b. base rectangulaire, séparés par des parois de O^IS à O^dO d'épaisseur (fig. 224).
Les petite piqnets toutefois sont encore utiles dans ce cas pour empêcher l'enuemi de franchir les trous de loup en les recouvrant de planches ou de claies.
Les trous de forme pyramidale ne peuvent être construits que dans des terres fortes, k cause du peu d'épaisseur de leurs parois. Ils opposent plus de difficultés & l'assaillant que les trous coniques, surtout quand l'attaque a lieu la nuit.
Un homme creuse un trou de loup en 2, 3 ou 4 heures, suivant la nature du terrain. Il faut 1 homme pour ente-
ver la terre provenant de 2 trous, et 1 homme pour appointer et enfoncer par heure 10 piquets.
XJn défaut général des trous de loup est de fournir aux tirailleurs qui précèdent les colonnes d'attaque un abri contre les feux du retranchement, et de leur permettre de tirer des coups ajustés sur les défenseurs de la banquette.
On fait remarquer, à la vérité, qu'il suffit pour rendre ce tir impossible de donner aux trous de loup plus de 1"^50 de profondeur, soit en les creusant davantage, soit en relevant les terres sur leurs bords ; mais lorsque chaque soldat aura un outil de pionnier (ce qui ne peut tarder), il sera facile aux tirailleurs d'exhausser le fond très étroit de ces excavations, et s'il y a des terres sur leurs bords, d'en abattre assez pour frayer un chemin praticable au gros de la troupe. Il est donc probable que désormais on ne fera plus guère usage de trous de loup dans la fortification improvisée.
Le Manuel du pionnier allemand ne recommande qu'une seule espèce de trous de loup, que l'on construit comme suit (fig. 225) :
Sur plusieurs lignes parallèles, tracées à 0™90 l'une de l'autre, on place des piquets en quinconce, à 0"*90 de distance (fig. 225). Ces piquets forment les centres de petits trous de loup ayant 0™60 de profondeur et 0"*60 de diamètre à la partie inférieure. On enfonce dans le fond de chaque trou un grand piquet terminé en pointe, et l'on garnit de petits piquets les intervalles.
Pour que ces trous de loup forment un obstacle sérieux, il faut qu'il y en ait au moins sept rangées. On augmente la valeur de l'obstacle en tendant au-dessus des excavations un réseau en fils de fer attaché à de forts piquets.
Les terrée excavéee servent à former un glacis en avant des trous de loup ou sont dispersées en arrière.
Quatre hommes peuvent exécuter en une heure 1 mètre courant de cet obstacle et disperser les terres provenant de la fouille, lorsque le nombre des lignes est tel qu'il j ait par mètre courant 8 à 10 trous de loup.
Fin. 32S-
Pour appointer et enfoncer les petits piquets des intervalles, il faut un personnel double du précédent.
Ces sori;es de trous de loup sont surtout employés pour défendre l'approche des saillants exposés à l'attaque.
PaliflBadements.
Une antre défense accessoire dont on ne fera plus gaère usage en campagne sont les palissades. Le tir plongeant, la dynamite et le fulmi-coton comprimé ont, en effet, rendu leur destruction trop facile pour qu'il ne soit pas prudent d'y renoncer ou, tout au moins, d'en limiter l'emploi à la fermeture des entrées des redoutes.
Une disposition qui soustrait les palissades au tir de
Fig. Mil.
^AmP
l'ennemi et qui permet d'atteindre ics travailleurs chargés de placer des saucissons de dynamite ou des disques de poudre-coton, est celle que représente le prodl n" 4, fig. 202. Nous croyons, à cause de cela, devoir la recommander pour le renforcement des redoutes, lorsqu'on disposera du temps et des matériaux nécessaires.
Dans ce cas, on pourra également établir au pied de l'escarpe, non pas une palissade, mais une palanque avec ou sans fossé â fond de cunette (flg. 226, 227 ou 228); ce moyen, toutefois, n'est applicable qu'aux ouvrages passa-
gers et aux ouvr&ges mixtes, pour la construction desquels on dispose de plusieurs jours ou de plusieurs semaines.
Placées verticalement au pied du talus de contrescarpe,
Fif. M8.
on obliquement, 4 une certaine dUtance do ce pied, les palissades opposent plus de difficultés k la destraction par la hache, parce que les travailleurs sont fanés et n'ont pas
la place nécessaire pour manier lears outils. Ces palissades sont aussi plus difficiles à franchir, parce que leurs extrémités peuvent être battues par les défenseurs de Touvrage.
Pour établir une palissade on creusa une rigole de O'^SO de profondeur et de 0"'40 de largeur dans laquelle on place et fixe, de 5 en 5 mètres, des palis de jalonnement que Ton relie ensuite les uns aux autres.
Quelquefois on réunit les palis à la partie inférieure et à la partie supérieure par des pièces transversales appelées liteaux que Ton fixe au moyen de chevilles de bois ou goumablei. Ces pièces augmentent la résistance des palissades à quelques-uns des moyens employés pour les détruire.
Les fraises ou palissades inclinées que Ton établissait autrefois sur la berme, sont avantageusement remplacés par une rangée de petits arbres ou de grosses
Fig. Sf9.
branches, préparés comme pour abatis. On les engage par le gros bout dans le talus extérieur du parapet et on les %^e ensuite par des harts à de longues perches a (fig. 229), maintenues sur la berme au moyen de piquets à mentonnet. Le profil fig. 230 indique une autre disposition, qui offire plus de solidité, mais qui exige aussi.
après rachôvement du parapet, de plus grands remaniements de terre.
On devra renoncer désormais^dans la guerre de campagne aux chevaux de frise, chansse-trapes, croix de Saint- André, herses, planches traversées de clous et autres défenses accessoires d'une construction difficile, dont la plupart, du reste. n*ont plus Timportance ni Teffîcacité qu'elles avaient autrefois ou qu'on leur avait faussement attribuée.
Fig. *230.
Les défenses accessoires peuvent être préparées et, en partie, mises en place pendant qu'on exécute les terrassements. Si elles ne sont que partiellement terminées au moment de l'attaque, elles ont encore l'avantage de permettre au défenseur d'affaiblir son feu là où elles existent, et de le renforcer là ou elles n'existent pas.
Depuis que l'infanterie a des fusils à tir rapide, tout obstacle qui arrête ou ralentit la marche de l'assaillant fait éprouver à celui-ci de grandes pertes. On peut donc dire que l'importance des défenses accessoires, loin d'avoir diminué, s'est au contraire fort accrue. C'est pourquoi la troupe doit être munie des outils nécessaires pour organiser ces défenses ; et comme les réseaux de fils de fer sont l'une des plus efficaces et des plus faciles à créer.
il convient que les bataillons transportent sur leurs voitures des rouleaux de ce ûl et que, chaque compagnie ait quelques hommes munis de ce qu*il faut pour les mettre en œuvre. Ainsi pourvu et outillé, un poste d'infanterie pourrait en moinç d'une heure, former un rempart en quelque sorte invisible qui le mettrait complètement à Fabri des attaques de la cavalerie.
Fig. 231.
Nous rangeons parmi les défenses accessoires les palissades à dispositions flanquantes, les caponniôres palissadées et les blockhaus en bois de grume que Ton établit
dans les fossés des grandes redoutes et des fortins pour la construction desquels on peut disposer de plusieurs jours.
La fig. 231 fournit un exemple de palissadement à dispositions flanquantes.
La flg. 232 et le profil AB représentent un type de caponnière à ciel ouvert, décrit par le capitaine du génie Girard (1). Il a la propriété de mettre les tireurs â Tabri des coups plongeants, grâce aux lignes transversales de palissades qui jouent ici le rôle de traverses. On ne pourrait atteindre ces tireurs qu*en jetant sur la caponnière, du haut de la contrescarpe, des matières enflammées ou des grenades à main.
Pour que les défenseurs eussent quelque sécurité, il faudrait qu*ils pussent arriver à leur poste et se retirer par une galerie en charpente, débouchant de Tintérieur de la redoute dans la caponnière ou dans un passage en arrière, fermé de chaque côté, en a et 2», par une barrière basculante (2).
La situation serait encore meilleure si à la caponnière ouverte on substituait une caponnière fermée ayant les dimensions et le profll du blockhaus flg. 233, proposé par le major Tschierschky. Ce blockaus, très simple, n'exige pas d'assemblages et peut être exécuté par des ouvriers d'une habileté ordinaire.
La muraille se compose de montants de 4 mètres de longueur enfoncés dans le sol à 1 mètre de profondeur et pénétrant par leurs extrémités, façonnées en biseau, dans
(\) Traité des applications lactiques de la fortification,
{^) Le passage en arrière de la caponnière n'est utile que sMl y a
dans le fossé une palanqiae dont les défenseurs doivent pouvoir arriver
rapidement à leur poste et se retirer de même.
Fig. 23â.
Profii AB.
.TiV
/ *V , i Af. t
leB entatlleB des pièces du recouvrement. Ces piàces étant ainsi affaiblies à l'endroit même Où ellea reposent sur les montants, on place de distance en distance des étançons e
soutenant deux sommiers équarris qui portent tout le poids du recouvrement.
Fermeture et défense des brèohes et des passages pratiqués dans les murs d'enclos.
Ces ouvertures sont bouchées d'ordinaire au moyen de corps d*arbres ou d*abatis rapportés. Dans le premier cas (fig. 234), on place intérieurement, contre Touver-
Fig. â34.
ture, une rangée de troncs a que Ton maintient à Taide de trois montants b, soutenus par des contre-fiches c, dont le pied s'appuie sur un madrier ou sur un corps d'arbre (au besoin, sur un morceau de planche ou sur une grosse pierre).
La fermeture en abatis rapportés se compose de plusieurs arbres dont les branches sont coupées en sifflet (flg.235).
Pour que l'assaillant ne puisse pas enlever ces arbres, on les fixe contre la paroi intérieure du mur au moyen d'une forte perche cd^ engagée dans les branches des
troncs et reliée à ces branches, aus points a. et h, par des cordes ou des harts.
On peut aussi fixer les arbres au sol par des piquets à mentonnet.
Un moyen plus rapide de fermer les brèches d'un enclos est de pousser contre ces brèches des chariots remplis de terre ou de pavés, et de glisser, entre les roues, (tes corps d'arbres pour compléter l'obstruction.
Pig. SU.
•Enân, lorsqu'on veut condamner une ouverture sans renoncer à la possibilité de s'en servir, on construit en avant ou en arriére un tambour en corps d'arbres.
Obstruction des gués.
Pour obstruer un gué on y plante des piquets A âeur d'eau, et on en relie les tâtcs au moyen de fils de fer. On peut aussi le rendre impraticable en y jetant des herses de laboureur ou de grosses pierres; mais plus souvent on emploiera des arbres dont les branches taillées en sifflet seront dirigées vers l'ennemi.
A quelque moyen que l'on ait recours, il sera utile
d'établir dans le prolongement du gué, soit une batterie, soit une tranchée-abri, pour empêcher que Tassaillant n'enlève ou ne détruise les obstacles qui le rendent impraticable.
On rétablit un gué en arrachant les piquets (à moins qu'on ne puisse les couper au ras du fond) , en retirant au moyen de cordes ou en rejettant sur les côtés du gué les arbres qui l'obstruent et, s'il y a des terres ou des planches garnies de clous au fond du gué, en les recouvrant" de fascines lestées ou en les déplaçant avec des gaffes.
DeBtxixction des défenses accessoires.
La destruction des défenses accessoires rentre dans les attributions des troupes du génie qui seules possèdent les engins, les outils et les munitions nécessaires pour exécuter ce travail avec succès. Cependant, comme une troupe d'infanterie peut se trouver dans la nécessité de détruire ou de franchir ces obstacles, sans le concours de travailleurs spéciaux, il est utile d'indiquer ici les moyens qu'elle devra employer dans ce cas.
Avant de mettre la troupe en marche, il faudra que le feu de l'artillerie ait endommagé autant que possible l'obstacle à détruire.
L'oiBcier qui commandera cette troupe devra, par une reconnaissance préalable, se rendre compte de la nature et de l'importance du travail à exécuter, afin de déterminer le nombre d'hommes dont il aura besoin, les outils et les engins qu'il devra emporter.
Les travailleurs suivront de près les tirailleurs.
Pendant que ceux-ci, couchés à proximité des défenses accessoires, entretiendront un feu nourri, les premiers se
mettront à Tœuvre on se conformant aux indications suivantes :
Palissades. — Dans une palissade entamée par Tartillerie, on agrandit les ouvertures avec la hache et la scie, de manière à pouvoir y faire passer plusieurs hommes de front. Dans les palissades intactes, on fait des brèches au moyen de disques de poudre-coton ou de saucissons de dynamite ; mais comme ces moyens ne sont pas à la disposition de rinfanterie, on sera généralement obligé, dans le cas dont il s'agit, de franchir Fobstacle en formant au pied de la palissade un amas de terre, de sacs de foin, de fascines ou de gabions.
RéseaiAX de fil de fer. — On les détruit en coupant les ûls, en arrachant les piquets ou en enfonçant ceux-ci à ras du sol, si la terre est légère.
Quand le réseau supérieur est très solide et & peu près plan, on peut le franchir en le couvrant de claies ou de planches.
La meilleure manière de détruire une haie ou une palissade en ûl de fer est de couper les fils au moyen de pinces ou de cisailles. On peut aussi les rompre à la hache, en soutenant les fils avec un maillet ou en les attaquant près des points d'attache.
Trous de loup. — En terre légère, on les remplit à la pelle ; en terre forte, on les comble au moyen de sacs remplis de paille ou de foin.
On peut aussi les couvrir de planches ou de claies, après avoir coupé ou scié les piquets qui dépassent le sol.
Petits piquets, — On les coupe, on les casse ou on les couvre de claies, de bottes de paille ou de foin.
AbcUis. — Dans les abatis, il y a toiyours des parties moins garnies, à travers lesquelles on peut se frayer un passage en coupant à la hache les branches les plus embarrassantes.
Les abatis rapportés et les vignes peuvent généralement être arrachés par les efforts de plusieurs hommes munis de cordes, après qu'on a enlevé les piquets et les harts qui retiennent les branches ou les arbres.
On parvient aussi à pratiquer des passages dans les abatis au moyen de charges de poudre-coton ou de dynamite, mais il faut pour cela recourir aux troupes du génie, qui seules possèdent ces charges et savent les employer judicieusement.