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CHAPITRE XVIL

APPLICATIONS DIVERSES, LIGNES CONTI- NUES, LIGNES A INTERVALLES, TÊTES DE PONT, DÉFENSES DE DÉFILÉS, CAMPS RE- TRANCHÉS PROVISOIRES.

Les tracés et les profils qui ont été décrits ' dans les chapitres précédents peuvent être appliqués dans presque toutes les circonstances de la guerre. L'officier de troupe qui en aura fait une étude approfondie et qui connaîtra bien les propriétés des divers types d'ouvrages, ne sera jamais embarrassé lorsqu'il devra retrancher un camp ou un défilé, construire une tête de pont ou organiser une partie de ligne d'investissement. Afin d'en donner la preuve nous examinerons quelques cas particuliers, et nous indiquerons pour chaque cas les travaux à exécuter.

Lignes à intervalles.

Ces lignes que l'on emploie pour retrancher les parties d'une position qui ne sont pas défendues par des couverts

ou par des obstacles naturels, se composent habituellement de tranchées-abris avec de larges intervalles (fig. 267),

Fig. i67.

et exceptionnellement de redans, de lunettes ou de

Fig. S68.

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Fig 36«.

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Fig. 870.

redoutes se protégeant mutuellement et flanquant do<%

bouts de retranchements constraits sur les côtés ou un peu en arrière.

Les fig. 268, 269 et 270 représentent les principaux types modernes de lignes à intervalles. Le dernier a été proposé par le colonel baron de PidoU, commandant du génie de Tarmée autrichienne à Sadowa. Nous préférons le type fig. 269.

Lignes continues.

Ces lignes ne s^employent que très rarement et toigours sur les parties du champ de bataille qui doivent être organisées pour une défense passive. En revanche elles sont fréquemment appliquées dans la construction des lignes d'investissement, des têtes de pont et des camps provisoires, ainsi que dans la défense des villages et des défilés.

Les lignes continues sont tantôt recttlignes ou légèrement courbes et fianquées par des redans, des redans-

Fig. Î7i. Fig. 87Î.

coupés (1) (fig. 271), ou des lunettes (fig. 272), tantôt brisées, c'est-à-dire formées de saillants et de rentrants,

(1) Quelques auteurs appellent ces redans à pans coupés des demiredoutes, expression qui nous semble impropre.

dont les faces se flanquent mutuellement. A cette dernière espèce appartiennent les lignes à tenailles (fig. 273), les

Fig. 873.

lignes à crémaillère (fig. 274) et les lignes bastionnées

Fig. 274.

(fig. 275). Quand on ne peut pas donner aux tenailles dea

Fig. S7K.

tH * '♦o^

angles rentrants de 90 à 120 degrés, on fianque les branches de chaque tenaille au moyen d*un redan disposé comme l'indique la fig. 276; c'est le tracé à redans et d tenailles.

Les tracés brisés battent moins efficacement le terrain

aux grandes distances et sont plus exposés aux feux d*enfilade que les tracés non brisés. On ne les appliquera donc que lorsqu*il sera impossible de faire usage de tracés rectilignes ou légôrement courbes. Ce cas se présente souvent dans les pays de montagnes où Ton ne peut guère employer avec succôs que le tracé À tenaille et le tracé à crémaillère.

Fig. 276.

Lorsqu'une ligne continue a un profil avec fossé, il est indispensable d*y ménager des passages, pour favoriser les mouvements offensifs. Ces passages sont nécessaires encore lorsque la ligne continue a le profil d*une tranchéeabri, parce que la cavalerie et Tartillerie ne peuvent pas franchir une masse couvrante de 1°^20 de hauteur. Les fig. 273, 275, 277 et 278 montrent comment doivent être

Fig. «77.

organisés les passages dont il s'agit pour qu'ils ne constituent pas des points faibles et des trouées par lesquelles l'ennemi pourrait atteindre les troupes qui circuleraient n arrière.

en arrière.

Le meilleur dispositif poar ane ligne droite ou courbe

Fig. S78.

(voir fig. 277) est celui qui porte le n® 1, et que la fig. 279 représente à une grande échelle. Il consiste en deux

Fig. S79.

flancs A et B, et en un redan C D, appelé couvre-sorties. Ses avantages sont de bien masquer la trouée E et de flanquer le fossé du retranchement. Le dispositif n^ 5 a les mêmes propriétés et procure, en outre, un flanquement direct au couvre-sorties ; mais il est plus compliqué et exige plus de temps. Le dispositif n^ 2 est bon aussi, mais il ne protège pas aussi bien la trouée du retranchement contre les feux d*écharpe ; les dispositifs n^'' 3 et 6

sont plus simples encore et, dans bien des cas, suffisants. Enfin, le dispositif n^ 4, dont le passage est protégé uniquement par les feux croisés des crochets en retour, est le plus simple de tous et, à cause de cela, celui qu'on employera de préférence pour les retranchements à faible profil du champ de bataille.

Les n^^'* 1, 2 et 5 seront appliqués aux retranchements des têtes de pont et des défilés, aux lignes d'investissement et aux camps retranchés provisoires qui exigent des profils de tranchées-abris renforcées ou des profils de redoutes.

Lorsqu'un passage doit être ménagé dans un rentrant, on l'organise comme celui du rentrant 1, fig. 273 ou des rentrants 2 et 3, fig. 275 ; et s'il doit être ménagé dans un saillant, on l'organise comme celui du saillant 2, fig. 273.

Tous les passages que nous venons de décrire, à l'exception du type 4, fig. 278, ont Finconvénient de retarder la marche des colonnes en les forçant à suivre un chemin

Fig. S80.

sinueux. C'est pourquoi il sera utile de former dans les retranchements qui ne peuvent pas être franchis par l'infanterie de doubles rampes analogues à celles que représentent les fig. 280 et 281. Le premier dispositif est le plus facile à construire et celui qui exige le moins de déblai, mais le second a l'avantage de ne pas former de digue dans le fossé. On le préférera donc lorsque le retranchement sera fianqué. A cause de ses doubles rampes il

convient surtout pour les têtes de pont, parce qu'il favorise le débouché rapide des troupes dans un mouvement en avant et leur prompte évacuation dans un mouvement rétrograde.

Fig. S8i.

Lorsqu'on aura des lignes fortifiées à construire, soit sur un champ de bataille, soit devant une place, on fera bien de ne jamais perdre de vue ce précepte de Yauban : « 72 faut conduire le retranàJiement en ligne droite^ par le sommet des hauteurs^ sans affecter d'y faire des redans ou parties 'Saillantes j pour flanqua; on ajoutera plus tard d cet égard, si on le peut, tout ce qu*on voudra, »

Quand le terrain s'abaisse devant un retranchement (voir

ûg. 282), il cesse d'être battu par l'artillerie si la pente est de plus de l/ô, et par la mousqueterie si la pente est de plus de 1/4. A la rigueur on peut encore battre avec la mousqueterie des pentes plus fortes, mais alors le parapet devient très faible à l'endroit de la ligne de feu et les défenseurs doivent se découvrir beaucoup pour tirer. Aussi préfôre-t-on, dans ce cas, occuper le terrain obliquement.

Supposons, par exemple (voir fig. 283), que le retranchement A, dans la vallée, doive être continué par un retranchement qui hatte le versant B C d*un monticule situé en

Fig. S83.

avant d'une position. Si ce versant est trop raide pour être battu par les coups directs â? j/ du retranchement a & c, ou par les coups obliques œ z, tirés les uns et les autres sous Tangle de 1/4, on renoncera à ce retranchement et Ton 7 substituera le retranchement oblique de. Pour que ce dernier soit correct, il faut qu'il satisfasse aux conditions suivantes :

P La ligne d c doit avoir sur rhorizon une inclinaison maximum de 1/10, les mouvements de troupes et de matériel étant trop difficiles sur des terre-pleins plus fortement inclinés (1) ;

2oLes coups de feu 1, 2, 3, etc., tirés normalement à la direction générale c d doivent bien battre le terrain.

Fig. i84.

Si celui-ci (voir a &, âg. 284) se relève devant le retranchemenl, il est battu quelle que soit sa pente.

S*il s^abaisse (voir âg. 285) et s'il affecte une forme

Fig. 285.

concave, la partie B C D de la concavité est soustraite à Faction de ses feux.

S*il affecte une forme convexe (fig. 286), le même fait se produit.

(1) Celte difflcuUé n'existe toutefois qae pour les relrancbements annés de canons. On peut donc admettre ane pente plus raide lorsque les retranchements, sont défendus exclusivement par Tinfanterie.

Si le terrain est en partie concave et en partie convexe

Fig. 286.

(fig. 286), il y a un point B où la convexité cesse et où commence la concavité. Ce point, appartenant à la crête

Fig. S87.

militaire, marque l'endroit où il convient d'établir les retranchements destinés à battre le versant et la vallée. Si les troupes ne sont pas retranchées, on les place un peu en arrière de B, pour soustraire une partie du corps des hommes aux coups que tirera Tassaillant pendant sa marche ascendante (voir fig. 288).

Quand on ne peut pas raccorder un retranchement bas avec un retranchement élevé par une seule tranchée oblique satisfaisant aux conditions énoncées ci-dessus, on emploie le tracé à crémaillère.

L'officier de troupe qui devra construire un retranchement de Tespôce sera souvent embarrassé, Tapplication du tracé à crémaillère offrant dans la pratique d*assez grandes difficultés (1). C*est ce qui nous engage à exposer les principes de ce tracé, dont on à fait souvent un emploi abusif.

Fig. 3S8.

Remarquons d abord que le tracé a crémaillère, sur une ligne droite (ûg, 274), forme une série de rentrants et de saillants à angle droit (2).

Lorsque la direction générale du retranchement n'est pas rectiligne et qu'elle suit par exemple le bord arrondi d'un plateau (fig. 289), les rentrants aaa seuls auront 90° ; les saillants bbb seront aigus ou obtus, selon que la courbure sera convexe ou concave.

Lorsqu'une crémaillère est tracée sur un terrain en pente il faut, pour que le fianquement soit rasant, que les courtes branches ou les flancs se trouvent à un niveau plus élevé que les longues branches ou les faces.

En vertu de ce principe le tracé à droite de la redoute

(1) On se rendra compte de ces difficultés lorsque l'on connaîtra les conditions auxquelles doivent satisfaire les retranchements construits sur des pentes, conditions que nous exposerons plus loin.

(â) Généralement les angles rentrants auront une amplitude de iOQo pour les raisons exposées page âO. Nous leur avons donné 90» pour faire mieux comprendre notre théorie sur l'emploi du tracé à crémaillère.

0, fig. 290, avec flancs en saillie, est défectueux, la longue branche ah étant flanquée par la courte branche hc qui est à 3 mètres au-dessous du point a. Or dans ces conditions le flanquement est inefficace parce que ses feux sont flchants au lieu d*étre rasants, et que les défenseurs des flancs sont exposés aux feux plongeants des assaillants

Fig. S89.

réunis en avant du point d'attaque a. Ces assaillants peuvent en outre contre-battre les flancs de loin et diriger des feux d'enfllade, voire même des feux de revers, sur les défenseurs des faces cd et fe.

En vertu du même principe le tracé à droite de la redoute B, avec flancs en retraite, est correct ;

1° Parce que la longue branche cb est flanquée par la courte branche ac^ qui est à 3 mètres au-dessus du point b, ce qui fait que les défenseurs de cette dernière peuvent

diriger des feux rasants dans le fossé c & et des feux plongeants contre les assaillants réunis en ayant du point d'attaque h ;

Pig. S90.

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2^ Parce que les assaillants arrêtés devant le fossé du retranchement, au point a, ne peuvent diriger ni feux d'enfilade ni feux de revers contre les défenseurs des longues branches de et fg;

S"* Parce que les flancs en retraite faisant face au rentrant ne peuvent pas être contre-battus de loin (1).

Le principe qui règle le tracé des longues branches est «elui-ci : Les longues branches doivent bien battre le terrain en avant et ne pas être enfilées par les feux plongeants de Vennemi,

La première condition est remplie lorsque Tangle a, fig. 201, que font ces branches avec la direction des courbes de niveau, est égal ou supérieur à 60 degrés. En effet, «'il n'était que de 35 degrés, par exemple, le coup de feu le plus oblique ab battrait moins bien le terrain que le coup de feu a'b\ qui peut être tiré dans la direction même de la courbe de niveau, quand Tangle a est égal ou supérieur à 60o.

D'après ce principe on peut considérer comme bons les tracés AR, AR' et AR" (fig. 292).

Lequel faut-il préférer en supposant que lé point de <lépart R de la crémaillère dans la vallée ne soit pas déterminé et imposé?

(i) En fortiflcation permaoeate les flancs en refrai/a ont rinconvénient d*aagmenter Télendne de l'angle mort, inconvénient qui provient des grande reliefs que comporte cette furtiflcatîon, et auquel on remédie par la construction de casemates flanquantes, établies au niveau du fossé. Cet inconvénient n'est sérieux, dais la fortification de campagne, que lorsque les longues branches suivent une pente rapide. Alors il est plus avantageux d'appliquer le tracé avec flancs en sailliCf d'autant plus que le défout de ces flancs de pouvoir être contre-battus de loin et d'être plongés par l'assaillant établi sur la crête du glacis dans le prolongement du fossé qu'ils battent, est moins grave en fortiflcation de campagne qu'en fortification permanente, oii l'on cherche à contre-battre les flancs, de loin, avec des canons établis sur le terrain des attaques, et de près, avec des canons logés sur le glacis. Moins grave aussi est, dans ce cas, riaconvénient du tracé avec flancs en saillie d'avoir de longues branches que l'ennemi peut généralement enfiler.

Remarquons d'abord que les prolongements des faces du tracé AR tombent sur le retranchement ab de la vallée, et que par conséquent Tennemi ne pourrait pas diriger un tir d'enfilade contre les défenseurs de ces faces. Cet avan-

Fig. 291.

tage n'est pas acquis aux deux autres tracés AR' et AR'% puisque les prolongements des faces EF vont ficher dans le sol en 0, devant le retranchement de la vallée, de sorte que leurs défenseurs peuvent être atteints par des feux

plongeants d*enfilade. Pour ce motif c'est le toicé AR qui doit être préféré. Ce tracé assure aussi une protection plus efficace au retranchement ab, ses longues branches battant mieux le fond de la vallée. En revanche le tracé AR' et surtout le tracé AR", — si le versant n'a pas une forte pente — dirigent plus de feux sur le plateau et sur

Fig. 29:2.

les bords du plateau par lesquels doivent s'avancer les troupes qui se portent à Tattaque de la lunette A. Lors donc que cette lunette est un point exposé et qu'il est important d'y être plus fort que dans la vallée, on donnera la préférence au tracé AR". D'où l'on peut tirer cette conclusion pratique, que le choix de la direction à don^r au retranchement à crémaillère dépend de la

nature du versant sur laquelle il s^agit de rétablir et de rimportance tactique du point A.

La fig. 290 fournit un exemple à Tappui de ce principe. En effet, si les points B et E sont déterminés d^avance, le retranchement entre ces deux points devra

Fig. â93.

suivre la direction B C £, et non la direction B C E, parce que les longues branches hi de ce dernier pourraient être enfilées et plongées de tous les points du versant opposé, situés sur le prolongement OP. Ce tracé serait au contraire le meilleur des deux si le point déterminé d'avance se trouvait en E', parce qu'alors les prolon-

gements des longues branches de la crémaillère tomberaient si près de la crémaillère du versant opposé, que Tennemi ne pourrait pas les enfiler sans s^exposer lui-même à des feux d*enfilade et à des feux de front rapprochés. Il y a un cas où les principes exposés plus haut ne peu-

Fig. 494.

vent pas être appliqués. Ce cas se présente lorsqu'un retranchement doit être tracé sur une pente très raide et que ses points de départ et d'arrivée sont situés à une grande distance l'un de l'autre. Ainsi, pour réunir le point A d'un retranchement bas au point B d'un retranchement haut (fig. 294), on emplojera le tracé 1,2, 3,

4, 5, 6, si le point B est le point d'attaque probable, parce que les flancs en saillie de ce tracé, bien que mal disposes au point de vue du flanquement, se trouvent dans de bonnes conditions pour battre le terrain qui conduit au point B et les pentes qui précèdent les longues branches, lesquelles sont trop obliques par rapport aux courbes de niveau pour avoir de Faction sur ces pentes.

Si au contraire le point B était un point fort, et que Tattaque par les versants AB présentât moins de diflicultes, on donnerait la préférence au tracé flg. 294, dont les flancs en retraite sont mieux disposés pour le flanquement, tout en battant bien la pente du terrain, et dont les longues branches sont soustraites à Tenfilade et moins obliques par rapport aux courbes de niveau, ce qui est un avantage au point de vue de leur action sur le terrain.

Tètes de ponts.

Souvent, pour couvrir un pont, Ton ne peut disposer que du temps qu il faut pour l'établir. Dans ce cas on

Fig. S95.

construit d'abord la tranchée-abri a a'& (fig. 295), pour battre de feux de front le terrain en avant du pont ; on creuse ensuite les tranchées-abris cd et ef^onv battre

ce même terrain de feux d*écharpe et pour flanquer les faces a a et a' b.

Quand il s*agit d*un pont plus important, pour la défense duquel on peut construire des tranchées d*un fort profil, et que Ton ait simplement pour but d*en interdire

Fig. S96.

barrières.

tranchéeS'ftbris.

Taccôs à des partis ou à de petits corps ennemis, on employera des retranchements dont Toccupation n*exige que peu de troupes. On pourra à cet effet adopter Tun des types flg. 296, 297, 298 et 299. Le débouché du pont

Fig. 297.

dans les trois derniers types est protégé contre les coups d*enfllade par un ouvrage A qui sert en même temps de réduit aux défenseurs de la tête de pont. C'est tantôt un redan aplati, analogue au couvre-sorties (fig. 279), tantôt une redoute (fig. 296). Au delà du réduit ou du tambour

qui en tient lieu se trouve un retranchement dont toutes les parties sont flanquées et auquel on donne le proâl des redoutes. Ce retranchement est battu extérieurement et

FJg. S98.

intérieurement par les batteries B et C, situées sur Tautre rive. Lorsqu*on n*aura pas d^artillerie à sa disposition, on remplacera ces batteries par des tranchées-abris. Cestran-

chées seront très utiles encore dans les intervalles des batteries pour ralentir la poursuite et faire essuyer de grandes pertes à Tennemi pendant qu'il sera engagé sur le

pont (voir fig. 298, 299, 300 et 301). Aux saillants de la tête du pont et aux extrémités des ailes se trouvent des passages par lesquels une troupe en colonne peut facilement déboucher au delà du cours d*eau ou se replier

en deçà.

Fig. 300.

La âg. 301 représente une tête de pont ordinaire, permettant à un corps de troupes de déboucher en présence

Fig. 304.

de Tennemi pour prendre Toffensive, ou de se retirer devant des forces supérieures sans courir le risque d*être acculé à la rivière.

Dans Tun et lautre cas il faut que Tennemi ne poisse pas détruire le pont à coups de canon.

Cette condition exige que Ton donne à la tête du pont une profondeur de 2 kilomètres (1), & moins toutefois que le pont ne soit établi dans un coude qui empêche Tennemi de le battre d'écharpe, ou en travers, à une distance convenable.

Le type dont il s*agit étant celui d*une petite tôte de pont de manœuvre, il importe que les ouvrages qui le constituent aient besoin de peu de troupes pour leur défense et qu'ils offrent néanmoins assez de résistance pour qu'on ne puisse pas s'en emparer avant que toutes les forces qui doivent se porter en deçà ou au delà du pont n'aient effectué leur passage. On donnera donc à ces ouvrages le profil le plus fort, et on les protégera, autant que possible, par des défenses accessoires. Le développement de ces sortes de têtes de pont (surtout utiles en cas de retraite) est calculé d'après la force de l'arrière-garde chargée de les occuper et de les défendre.

Le passage est protégé contre les feux de front par un réduit (2) sur les côtés duquel se trouvent les crochets B et C

(4) On estime que pour détniire un pont en maçonnerie, rartillerie de campagne doit 8*ëtablir à 1500 mètres au plus, et pour détruire un pont en bois, à 3500 mètres au plus. Or, comme les redoutes et les batteries d*une tète de pont peuvent empêcher l'artillerie ennemie de se loger à moins de 4500 mètres de la tète de pont, il s^ensuit que celle-ci doit avoir une profondeur minimum de SOOO mètres si le pont est en bois et visible de loin.

(2) On donne à ce réduit le nom de tambour quand il se compose d*une palanque construite en corps dVbres; mais cette substitution du bois à la terre n'est pas à conseiller, des expériences faites en Autricbe en 4876 ayant prouvé que des palanques couvertes même jusqu'à hauteur des créneaux par une masse de terre dont le talus a S de base pour 4 de hauteur ne résistent qu'aux premiers coups de canon.

qui empêcheront Tennemi d'atteindre rapidement le pont, après qu'il aura pénétré dans Touvrage par les extrémités a et 6, appuyées à la rivière.

Si la tête de pont ne doit servir qu'à favoriser une marche en retraite, on lui donnera moins de développement, mais on occupera fortement les hauteurs d'où Ton pourrait enfiler le pont ou menacer la retraite, et l'on construira sur la rive amie des batteries pour tenir l'ennemi à distance et l'empêcher de prendre pied dans les ouvrages de l'autre rive.

La partie saillante de la tête de pont sera occupée par une redoute dans laquelle on établira deux compagnies dlnfanterie et 6 bouches à feu ; les côtés où les longues branches se composeront d'un retranchement à profil renforcé, fianqué par des couvre-sorties.

Les troupes, dès qu'elles auront passé le pont, se porteront en avant par les passages qui longent la gorge de la redoute D, par ceux qui débouchent vis-à-vis des couvresorties c ^, et par ceux qui se trouvent aux extrémités a et h des longues branches.

Quelquefois, pour accélérer le débouché et la rentrée des troupes, on forme dans les longues branches 2 ou 4 rampes i, i, analogues à celles décrites plus haut.

Ces longues branches sont battues, extérieurement, par les batteries E et F établies sur l'autre rive du cours d'eau.

Le réduit A et les crochets 6 et C sont occupés par la réserve des défenseurs de la tête de pont, lesquels forment, suivant les circonstances, ravant-gardeoul'arriôregarde du corps de troupes qui doit passer le cours d'eau.

Le pont se trouvant au sommet d'un arc concave ne peut pas être battu de loin par l'artillerie ennemie; si la rivière ne suivait pas cette direction avantageuse, il faudrait

ou bien augmenter la profondeur de la tête de pont, ou bien occuper par des ouvrages détachés les points où l'ennemi pourrait établir ses bouches à feu, ou bien encore battre efficacement ces points de la rive amie, pour que l'ennemi n'en put tirer parti.

La tête de pont que nous venons de décrire présente un minimum de travaux. On obtiendrait évidemment une résistance plus grande si Ton remplaçait les couvre-sorties c et d par des redoutes, ou mieux encore si l'on adoptait le dispositif à 4 redoutes de la fig. 302. Aiors^

nécessairement, la défense serait successive, tandis que dans le cas de la ôg. 301, la prise de la redoute D entraînerait l'abandon total des retranchements dont elle forme la clef.

La fîg. 303 représente une grande tête de pont de manœuvre composée d'un réduit A A couvrant les deux ponts, d'un noyau œ B y formant un retranchement continu et d'une ligne à intervalles composée de redoutes, de batteries et de tranchées. Les redoutes occupent un arc de cercle enveloppant les ponts et tenant l'ennemi assez éloigné pour qu'il ne puisse pas les détruire.

alors même que la rivière, au lieu de former un arc concave vers Tennemi, formerait une ligne droite ou un arc convexe.

Le cordon extérieur se compose de cinq redoutes ayant chacune pour garnison deux compagnies et une batterie de

Fig. 303.

campagne, et de deux demi-redoutes a et &, occupées chacune par une compagnie et une demi-batterie. Sur les côtés de ces ouvrages il y a des tranchées-abris, aux extrémités desquelles se trouvent des épaulements pour pièces de campagne. Le développement de cette ligne d*ouvrages est calculé de manière que Tarmée dont elle doit assurer le passage pjiisse prendre, en arrière, une position à raison de huit à dix honames par mètre courant.

Le noyau formant deuxième ligne de défense est constitué comme la této de pont de la figure 301, sauf les

batteries œ et y y nécessaires pour balayer les parties de terrain qui longent la rivière.

La disposition en forme de redan, qui a été donnée à ce noyau, est favorable au flanquement par les batteries £ et F. C'est ce qui Ta fait recommander par Bousmard et d'autres ingénieurs ; mais elle a Finconvénient de présenter de longues lignes pouvant être battues d'enfilade dôs que Tennemi a franchi la ceinture extérieure. Pour ce motif nous préférons la disposition convexe indiquée par la fig. 304. Il faut aussi que le noyau offre une résis-

Fig. 304.

tance successive ou qu'il exige plusieurs attaques simultanées, ce qui implique la nécessité d'établir sur son périmètre 3 ou 4 redoutes. Lorsqu'il n'y a qu'une redoute, comme dans la fig. 301, il suffit do s'en emparer pour faire évacuer l'ouvrage tout entier.

Le noyau sert à faciliter la retraite de l'armée on cas d'échec, et à assurer celle des garnisons des redoutes avancées lorsqu'elles sont vivement repoussées par l'ennemi. Il doit donc être assez ample pour qu'on y puisse réunir et abriter ces garnisons.

Le noyau sert encore à protéger les ponts contre les feux de front, et à préparer par Faction de son artillerie un retour offensif contre les ouvrages extérieurs au moment où ceux-ci tombent au pouvoir de Tennemi. Pour ce motif il est utile que ces ouvrages se trouvent à bonne portée de canon des batteries du noyau, et que ces batteries puissent y plonger, ce qui n'est possible que lorsque, au débouché du pont, il y a des hauteurs qui dominent le terrain environnant.

Observation générale.

Dans ce qui précède nous avons supposé que le terrain au delà des ponts était plat et dépourvu de couverts naturels. Ce cas ne se présentant pour ainsi dire jamais, il est entendu que remplacement et la forme des ouvrages qui constituent les têtes de pont seront réglés d'après la nature du terrain et la manière dont il est occupé ou mis en culture. Si au delà du pont se trouve une agglomération de maisons on la retranchera pour former le réduit ; et si à remplacement reconnu le plus avantageux pour le noyau ou pour la ligne à intervalles il y a des villages, des fermes, de petits bois, des chemins creux ou d'autres couverts naturels, on les utilisera comme on utilise ces mômes couverts dans la fortification d'un champ de bataille.

Nous n'avons voulu donner ici que des types propres à faire comprendre les principes auxquels doivent satisfaire les têtes de pont. Bien appliquer ces types au terrain et les modifier selon les circonstances est le fait de l'ingénieur et du tacticien. Or s'il est vrai que tout officier de troupe doit être tacticien et tout tacticien plus ou moins ingénieur, il n'est pas moins vrai que pour bien exécuter

les travaux qu'exigent aujourd'hui la défense et Tattaque des positions et des postes, Tintervention des officiers et des troupes techniques est absolument nécessaire, et même dans une proportion beaucoup plus forte qu'autrefois.

Camps retranchés provisoires.

S'il s'agissait de créer autour d'une ville ou d'un village, ou sur un point stratégique quelconque, un camp retranché pour une armée ou pour un corps d'armée, on formerait un cordon d'ouvrages à intervalles, semblable à la première ligne de défense de la grande tête de pont que nous venons de décrire (ôg. 303), et l'on établirait au centre une enceinte de sûreté, analogue au noyau de cette même tête de pont. Cette enceinte devrait être assez vaste pour fournir au besoin un abri à la troupe campée et assez éloignée (2000 mètres environ) de la ligne extérieure pour que le canon ennemi ne pût pas faire essuyer de grandes pertes au gros de la troupe qui s'y trouverait réuni.

Défense des défilés.

Supposons qu'il s'agisse de retrancher un défilé traversant un bois et un marais. On veut pouvoir déboucher de ce défilé et, au besoin, en disputer le passage à l'ennemi. Dans ce cas c'est la tête du défilé qui devra être défendue.

Voici comment on organisera cette défense.

Les routes X et Y se réunissent au point Z, dans le marais. Pour les battre, on construira la redoute A, dont deux côtés seront à peu près perpendiculaires à la direction de ces routes. On reliera cette redoute des deux côtés, au marais, par un retranchement continu, semblable

A celui des longues branches de la tète de pont fig. 301, Fig. 30fi.

avec cette différence toutefois que les redans couvresorties Cj d seront transformés en batteries a , a pour qu'aucune partie du terrain en avant des débouchés ne soit privée de feux d'artillerie. Dans ce même but on établira une batterie c à Textrémité de la branche droite du retranchement, près du marais.

La valeur défensive de la tête du défilé serait évidemment plus grande si Ton composait cette tète de trois redoutes (voir ûg. 306), puisque alors l'abandon de la

Fig. 306.

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