DANS L'ATTAQUE
Les troupes du génie pouvant être appelées à concourir avec les troupes d'infanterie à l'attaque ou à la défense des positions et des retranchements, il nous a paru utile de rédiger pour leur usage une instruction dans laquelle nous avons cherché à exposer, avec méthode et clarté, les formations de combat qui sont la conséquence des progrès réalisés depuis quelques années dans l'armement et dans la tactique (1).
(1) Pour apprécier la révolution que les progrès de rarmeittent ont opérée dans la tactique de rinfanterie il suffit de considérer:
io Que le fusil rayé de petit calibre a plus de justesse de tir à 1,200 mètres que n*en avait le fusil lisse à 250 mètres ;
2o Que le soldat accroupi, à genoux, couché, abrité derrière un pan de mur, une grosse pierre ou un tronc d*arbre, (ire 6 fois plus vite avec le fusil actuel que ne tirait le soldat debout, avec Tancien fusil ;
3(> Que la vitesse de tir du fusil actuel peut être presque doublée par remploi du chargeur rapide (inventé récemment par Kbenka), qui permet à un soldat ordinaire de tirer d9 coups par minute, résultat que n'atteint pas le meilleur fusil à répétition (le Kropatchek),
A cet effet, nous avons consaltô un grand nombre d'écrits, publiés par des officiers qui ont joué un rôle dans les dernières guerres ou tiré leurs conclusions des résultats constatés pendant ces guerres.
Comme il arrive toiyours en pareil cas, ces conclusions sont loi^n d*ôtre concordantes ; on peut même dire que sur certains points elles sont diamétralement opposées.
Tous les écrivains militaires reconnaissent que la solution du problème est des plus difficile, quelques-uns môme soutiennent qu*il faut y renoncer, le combat moderne étant devenu ingouvernable à cause de Taction dissolvante qu'il exerce sur les troupes. Cette quasi-impossibilité de maintenir la cohésion et la discipline, s'explique par les vives allures qu'exige le combat et par l'impression profonde qu'il produit sur l'esprit des combattants.
La discussion continuant, et la presse militaire produisant chaque jour des arguments nouveaux en faveur de ces diverses interprétations, nous ne pouvons pas avoir la prétention de trancher la question et de mettre les parties d'accord.
Nous voulons simplement faciliter la tâche de nos jeunes camarades, en leur faisant connaître le résultat de nos études sur une matière qu'ils n'ont pas eu le temps, ni peut-ôtre la volonté d'approfondir comme nous l'avons fait.
Lorsque les principes généraux que nous exposerons et les préceptes qui en découlent, seront sur quelques points on désaccord avec le règlement sur les exercices et les manceuvres de Vinfanterie helge^ nous aurons soin de signaler ces points et de les discuter. Les divergences de l'espèce sont, du reste, inévitables en ce moment, parce que la tactique de l'infanterie est loin d'être fixée et que
Téinde des formations de combat, dans Tofiensive comme dans la défensive, a donné lieu à des solutions diverses, que Ton trouve exposées dans les règlements de manœuvre adoptés récemment en France, en Italie, en Allemagne, en Autriche et en Belgique. Pour rendre ces divergences moins sensibles, les auteurs des règlements dont il s*agit ont évité de traiter ou de préciser certains points, ce qui permet d^affîrmer qu*aigourd*hui l'instruction du combat est plus ou moins livrée à Tinspiration ou au caprice des chefs, faute de doctrines et de formations nettement définies.
Les inconvénients de cette situation ne sont contestés que par ceux qui prétendent qu'à la guerre « il faut agir selon les lieux, les temps et les circonstances », aphorisme dangereux, qui a toigours servi de masque à la routine et à l'ignorance, et à propos duquel le maréchal Bugeaud disait, il j a plus de quarante ans :
« Il ne faut pas se livrer aux hasards de l'inspiration n il faut avoir des principes »», vérité qu'avant lui, deux grands capitaines, Frédéric II et Napoléon, avaient exprimée dans les termes suivants : Frédéric : — « La guerre » est une science pour les hommes supérieurs , un art » pour les médiocres et un métier pour les ignorants »; Napoléon : — « On obtient par le travail autant que par le génie ».
Avant d'exposer les principes de l'attaque et de la défense des positions par l'infanterie, et avant d'indiquer en détail la marche du combat dans ces deux cas, nous croyons nécessaire de faire connaître les résultats de quelques expériences de polygone et les conclusions qui ont été tirées des faits constatés pendant les dernières guerres.
RÉSULtATS d'expériences.
Diverses expériences faites à TEcole de tir de Spandaa, en 1872, ont prouvé qu'à 500 mètres, 60 tirailleurs couchés mettent hors de combat en 2 minutes :
Dans un demi-bataillon en ligne (couché) 165 hommes
Dans un demi-bataillon en ligne (debout) 424 —
Dans 2 colonnes de compagnie à intervalle (couchées) 428 —
Dans un demi-bataillon par peloton et par le flanc 571 —
Dans 2 colonnes de compagnie à intervalle (debout) 669 —
Dans un bataillon en colonne double
(debout) 675 —
Il a été constaté au camp de Bruck que des feux de tirailleurs, exécutés contre un front de compagnie debout représenté par 128 figures entières, donnent :
26 p.c. d'atteintes à . . . . 600 pas. 23, 6 p.c. — .... 800 —
Ces mômes feux exécutés contre un front de compagnie représenté par deux cibles de 25 pas, placées à 18 pas Tune de Tautre, donnent :
• 02, 7 p.c. d atteintes à . . . . 600 pas. 49, 6 p.c. — .... 800 —
En 1875, on a tiré à Bruck contre un but représentant une colonne de 48 pas de largeur sur 48 pas de profondeur. Ce but était composé de quatre rangées de cibles. On fit tirer individuellement et sur appui des tireurs de 1*^ classe. Les résultats obtenus furent les suivants :
à 1,400 pas 72 p. c.
Diverses expérience?, résumées dans les règlements de tir de larmée belge (1) et de l'armée prussienne, ont abouti aux conclusions suivantes :
Le bataillon en colonne double, serrée en masse, reçoit trois fois autant de projectiles que le bataillon déployé.
La colonne de compagnie debout supporte un peu plus de pertes que la ligne, jusqu'à 700 mètres; au delà et jusqu'à 1,600 mètres, ses pertes sont plus du double de celles.de la ligne.
La colonne de compagnie couchée doit s'attendre à des pertes qui sont en moyenne doubles et triples de celles de la ligne couchée.
Les feux à volonté ont plus d'efficacité aux grandes distances que les feux de masses, parce que, dans les premiers, le tireur fait partir le coup dès que son arme est ^iàkA-^ bien pointée, ce qui n'est pas possible lorsqu'il doit faire feu au commandement du chef.
Néanmoins, dans bien des cas, les salves font plus d'efiet aux grandes distances que lé tir individuel, parce
(I) Pul)liécnl879.
que, la fumée se levant après chaque décharge, on peut apprécier l'effet produit et rectifier, s'il y a lieu, les hausses. Bans le tir individuel et continu, exécuté par de fortes lignes de tirailleurs, il se forme, au contraire, un nuage sans éclaircies qui rend cette rectification impossible.
Néanmoins la supériorité du tir individuel ne peut être contestée lorsqu'il s'exécute à des distances où l'espace dangereux comprend toute la trfigectoire (à partir de 300 mètres). C'est, en effet, celui qui, dans le môme laps de temps, consomme le plus de cartouches.
Il a été constaté que les feux de peloton donnent de meilleurs résultats que les feux de compagnie.
Pour se rendre compte des effets du tir aux grandes distances, il faut s'avoir que les petites erreurs de visée sont peu importantes dans ee. tir.
Le général Tschebichev a prouvé que de 200 à 600 pas la portée du fusil varie de 100 pas pour une différence de 11 minutes dans l'angle d'inclinaison de Tarme, et que de 2,000 à 3,000 pas la portée varie de 100 pas pour une différence de 1° 19'. Donc, plus les distances augmentent, moins sont sensibles les variations qu'éprouve le tir par suite des irrégularités du pointage. (Voir Annexe n«2.)
A cet écart, dû au tireur, et qui s'appelle Yécart pratique, vient se joindre l'^car^ notmal dû à l'arme, qui augmente avec la distance. Réunis, ils forment Vécart total. (Voir Annexe n® 2 et ûg, 29 bis.)
Un tir exécuté en Russie, avec le fusil Berdan, à
2,700 mètres, a donné 8 p. c. de balles dans Tespace occupé par une colonne de compagnie ayant 21 mètres de front et 21 mètres de profondeur.
A 2,800 mètres, la balle de ce fusil perce une planche de 25 millimètres d'épaisseur et peut, par conséquent, mettre un homme hors de combat.
En 1878, on a tiré à Grosfejedlersdorfs, près de Vienne, contre des cibles représentant trois pièces d'artillerie entourées de leurs servants.
211 hommes, placés à 1,400 mètres de ces cibles, ont brûlé en 3 minutes 2,110 cartouches et touché 189 fois les cibles, soit 9 p. c. de coups réussis. A 900 mètres, il y a eu 11 1/2 p. c. de coups réussis.
Les tireurs avaient été pris au hasard dans un bataillon de la garnison de Vienne.
Un résultat plus remarquable encore a été obtenu en 1873 en Angleterre, avec le fusil Martini-Henry qui a un tir plus exact et une trajectoire plus rasante que les autres fusils. A Dumdum on plaça aux distances réglementaires des cibles représentant une demi-batterie en action (1); 20 hommes tirèrent, à 1,500 yards, 200 coups individuellement ; ils atteignirent les servants 8 fois, les avant-trains et les attelages 3 fois. Ils tirèrent ensuite des salves par fractions de 10 hommes ; sur 200 coups 28 atteignirent les servants et 16 les avant-trains et les attelages.
A Meerut, 56 hommes tirèrent 948 coups en 2 minutes 57 secondes, sur une cible de 18 pieds de longueur et
(i) Musketry instruction and long-range infantry fire, par le lieatenaDl Waltbr h. James, r -b.
de 6 pieds de hauteur, à la distance de 1,200 yards; 153 coups atteignirent cette cible, soit 16,35 p. c. (1).
En 1874, des troupes avec le chargement de campagne s'arrêtèrent, après une marche de 25 kilomètres, sur le champ de tir de Leichfeld, près de Munich. Elles tirèrent à 1,066 mètres sur des cibles représentant des tirailleurs couchés. Ces cibles furent atteintes par 30 balles sur 100.
L'instruction sur le tir de l'armée prussienne admet, comme donnée expérimentale, que lorsqu'on tire 100 balles à 1,200 mètres de distance, elles atteignent une zone efficace de 95 mètres de profondeur; 30 à 50 balles sont groupées au centre de la zone et 10 à chacune de ses extrémités.
Cette môme instruction constate qu'un tir, fait par un groupe, avec les hausses combinées de 1,100 et de 1,200 mètres contre des cibles placées les unes derrière les autres, à 10 mètres de distance, a donné les résultats suivants : 300 balles tirées ont atteint un rectangle dangereux (pour l'infanterie) de 20 mètres de largeur sur 300 mètres de profondeur. Entre 1,000 et 1,050 mètres on a relevé 21 balles. Entre 1,050 et 1,100, 96 balles; entre 1,100 et 1,150, 163 balles; entre 1,150 et 1,200 mètres, 161 balles; entre 1,200 et 1,250 mètres, 130 balles, et entre 1,250 et 1,300 mètres, 16 balles : total 589 empreintes. Ces chif&es toutefois ne donnent pas les résultats que l'on obtient réellement à la guerre, «ne môme balle, dans les expériences de polygone, traversant généralement plusieurs cibles.
(1) Les servants étaient représentés par des cibles qui avaient 4 pieds de hauteur et 20 pouces de largeur; les avant-trains et les attelages, par des cibles qui avaient 8 pieds de hauteur et autant de largeur.
A 1,000 mètres, contre un bataillon en colonne double, la moyenne des coups ayant touché s'est élevée, en Prusse, à 30, 40 et marne 50 p. c, après quelques coups d'essai.
On a conclu de ces diverses expériences qu'un bataillon de 1,000 hommes produit le môme effet, dans le môme laps de temps, qu'une batterie de 6 pièces tirant à obus (1).
Si la batterie tire à shrapnels, son effet sera beaucoup plus grand
Sur les terrains plans et parallèles à la ligne de mire, les coups se groupent sur une surface assez constante (voir annexe n® 2) qu'on nomme la surface horizontale des coups ou zone couverte. Ils sont plus serrés vers le centre et plus clairsemés vers les extrémités.
Si l'on place sur la surface horizontale des coups, des cibles verticales, espacées de 10 en 10 mètres et ayant une hauteur d*homme, chacune de ces cibles sera touchée par tous les coups relevés en arrière d'elles, sur une étendue égale à celle de la zone dangereuse. L'expérience prouve qu'à toutes les distances la profondeur de la zone efficace (sur laquelle les balles sont suffisamment groupées pour produire de l'effet), est d'environ 100 mètres, et que sur cette zone on relève entre 49 et GO pour 100 de coups jusqu'à 1,200 mètres, et entre 42 et 56 pour 100 de coups jusqu'à 1,400 mètres. (Voir Annexe n^ 2.)
(1) Celte conclusion a élë tirée d'une série d'expérience faites récemment à Madrid avec des canons Armslrong. (Voir : Le tir de Cinjanterie aux grandes distances^ par ie capitaine Yerhersch, p. 85.)
Les mêmes expériences ont prouvé que TefTet du shrapnel est dix fois plus grand que celui de l'obus ordinaire (à la distance de 1,040 mètres) ; mais cette conclusion, avant d'être admise, a besoin d'être confirmée par des expériences plus nombreuses et plus décisives.
C'est sur ce fait qu'est basée la règle qui prescrit, pour le tir aux grandes distances, de différencier les hausses de 100 mètres aân que les zones efficaces se touchent.
Avec deux hausses, la zone efficace totale aura donc 200 mètres de profondeur et avec trois hausses, 300 mètres.
Toutefois rintensité du feu sera moindre sur la zone atteinte que si Ton avait tiré le môme nombre de balles avec une seule hausse. C'est pourquoi certains auteurs condamnent l'emploi de plusieurs hausses comptant sur la dispersion moins forte, mais suffisante, que produisent la maladresse et l'émotion des tireurs.
Une expérience faite à Spandau prouve que, pour lancer le môme nombre de balles avec deux hausses sur une zone efficace de 100 mètres de largeur, il faut tirer d'autant plus de coups que la distance est plus grande. De Yannexe n^ 2, qui résume cette expérience, on peut conclure que pour atteindre de 384 coups 11 cibles espacées de 10 mètres, il faut tirer 200 balles avec les hausses de 700 et de 800 mètres, plus de 400 balles avec les hausses de 1,100 et de 1,200 mètres, et plus de 600 balles avec les hausses de 1,200 et de 1,300 mètres.
11 s'ensuit que le tir aux distances supérieures à 1,200 mètres ne doit être conseillé que lorsque l'on a beaucoup de cartouches à brûler, à moins que l'on n'employé des fusils à âme hélicoïdale qui ont, aux grandes distances, un tir beaucoup plus exact que les fusils à noyau cylindrique.
Il va sans dire que si le sol fait un angle ascendant avec la ligne de mire, la profondeur de la zone efficace diminue en proportion de la pente, et que Teffet contraire se produit si le sol fait un angle descendant avec la ligne de mire. (Voir le chapitre V, traitant de l'influence du terrain sur les effets du tir.)
* lit
De 600 à 1,200, la chance d'atteindre est la môme, que le but soit une escouade déployée de 14 hommes (8 mètres) ou une compagnie entière formée sur deux rangs ^48 mètres); elle est plus grande dans le cas de cette escouade que dans celui d'un peloton marchant par le ôanc. A 600 mètres un homme isolé a autant de chances d'être touché qu'un groupe non déployé à 1,200 mètres. Au delà de 600 mètres, un homme isolé est moins exposé que ce groupe. Il y a donc avantage, lorsqu'on marche à l'attaque, à déployer les groupes (les hommes à trois pas les uns des autres), dès qu'on est arrivé à 1,200 mètres de l'ennemi (1).
Il est constaté que l'artillerie tire souvent trop bas (2) et que l'infanterie tire en général trop haut (3) ; c'est pourquoi le nouveau règlement de tir de l'armée belge prescrit de viser toujours le pied apparent de l'objet que l'on veut atteindre.
Il est constaté aussi que les pertes impressionnent plus vivement une troupe en colonne qu'une troupe en ligne déployée, surtout si cette troupe s'arrête pour tirer. Cela provient de ce que les hommes blessés ou tués dans une masse profonde sont vus par un plus grand nombre de soldats que les hommes blessés ou tués dans une ligne mince. La différence d'effet est surtout grande quand l'infanterie est exposée aux feux de l'artillerie.
(1) Voir Le tir réel du fusil modèle i}6 1874, par le major Ortus, ancien capitaine de tir.
(2) Études sur la nouvelle tactique de Vinfanierie, par le culooel
VOR SCHEBFF.
(3) Cela provient de ce que le recul de l'arme fait relever le bout da ciinon et de ce que be.'tucoup de tireurs prennent le guidon trop bas.
Un soldat ordinaire tire avec les fusils Albini, Comblain, Gras, Mauser, Berdan, Werndl, etc., 12 coups par minute, et un soldat exercé, 14 coups.
Avec le chargeur rapide de Krenka, les mômes soldats peuvent tirer respectivement 19 et 21 coups, l'arme à Tépaule et en visant.
Cet appareil consiste en un magasin de carton pouvant contenir 1 0 cartouches ; on le fixe au fusil dans un teneur métallique^ qui est attaché au fût, sous le canon, près du tonnerre.
Appliqué aux fusils ordinaires, il leur donne des propriétés qui dépassent celles des meilleurs fusils à répétition.
Ainsi, avec le fusil d'Evans, qui porte 26 cartouches dans la crosse (plus qu'aucun autre fusil à répétition), og peut tirer, à la hanche et sans viser, 52 coups en 3 minutes, tandis qu'avec le fusil Berdan (ou tout autre semblable) pourvu du chargeur rapide, on peut tirer dans le môme temps 75 coups à la hanche et 55 coups Tarme à Tépaule et en visant (1).
Cela provient de ce que le magasin du chargeur rapide peut ôtre fixé au fusil en 3 secondes, tandis qu'il faut, pour charger le magasin d'un fusil à répétition, environ 30 secondes.
L'appareil de Krenka, qui sera vraisemblablement adopté dans toutes les armées, aura pour résultat d'augmenter encore, dans une proportion notable, l'efficacité déjà si effrayante du tir de la mousqueterie. Quoi qu'en disent certains auteurs, son emploi sera plus favorable à
(i) Ces données soni le résultat d'expériences faites en Russie. {Voir : Le feu rapide de l'infanterie^ etc., par B.-J.-L. de P., témoin oculaire de la guerre d*Orienl.)
la défense qu'à l'attaque, celle-ci ne pouvant pas, lorsqu'elle se porte rapidement à l'assaut d'une position, tirer ni aussi rapidement ni avec autant de justessse que la défense. Presque toiyours abrit^ ou retranché, le défenseur utilisera sans diflSculté toutes les propriétés de son arme, tandis que l'assaillant perdrait son élan et l'avantage de la force morale que donne l'offensive, s'il s'arrêtait fréquemment pour viser et tirer.
Il y a, du reste, un autre obstacle qui s'oppose à ce que l'attaque tire aussi rapidement que la défense : c'est l'impossibilité d'assurer un approvisionnement considérable de cartouches à une troupe engagée avec l'ennemi. Pourvoir chaque homme de 180 cartouches dont 60 portées par lui, 60 par les caissons de régiment et 60 par les caissons du parc, est déjà un problème assez difficile à résoudre (1). Que seraiirce si l'on devait donner à chaque assaillant assez de munitions pour lui permettre de tirer à certains moments 15 à 20 coups par minute? Il y a là une difficulté insurmontable pour l'attaque et qui peut, au contraire, être résolue facilement pour une troupe en position.
Le général Lewal a résumé comme suit les avantages de la défense :
Trois cents hommes attaquant ne lancent pas plus de
(1) On est généralement d*avis que cet approvisionnement ne suffit plus et qu'il devrait être porté à 250 environ.
Dans les manœuvres d'automne, exécutées à Gassel en 1878, par le il® corps allemand, on a appliqué sur une grande échelle les nouveaux principes de la tactique du feu. Or il a été brûlé là, en 3 jours, 110 cartouches par homme, bien que chaque séance n'eût pas dépassé une durée de 3 à 4 heures, et que les feux eussent été conduits avec calme et intelligence.
C'est un argument en faveur de l'accroissement du nombre des cartouches, qui ne doit pas être dédaigné.
balles dans le môme laps de temps que 100 hommes en position, et le tir de l'attaque est moitié moins efficace que celui de la défense, à nombre égal de coups.
D'un autre côté, le défenseur» abrité dans mie trancbée,. n*a qu'une superficie vulnérable de 1/3.
11 résulte de là que, à égalité de combattant, les chances entre l'attaque et la défense sont comme 3 est à 18 ou comme 1 est à 6.